LIVRE PREMIER
il est très ordinaire que dans les communautés il survienne de petites divisions, soit entre eux, soit entre les supérieurs, et que le démon s'en servirait pour les inquiéter d'autant plus aisément qu'ils seraient libres de sortir de l'Ordre, inconvénient que ferait disparaître la profession solennelle, parce que alors ils se regarderaient comme engagés irrévocablement, ce qui contribuerait à perpétuer l'Institut et à le propager dans tout le monde catholique. Une considération importante, particulière à cet Institut, c'est qu'il est essentiellement contraire aux sens, puisque ses religieux doivent presque toujours se trouver dans des lieux infects, respirer un air corrompu, au milieu de toutes sortes d'infirmités et de maladies contagieuses; que plusieurs ne persévéreraient pas s'ils étaient libres, surtout en face de la peste, puisque les plus courageux prennent la fuite, et ne s'exposeraient pas à un danger presque certain de perdre la vie ; mais qu'étant liés par des vœux, l'idée seule du devoir leurinspirerait le courage de tout braver. Ce que l'on devait considérer encore, c'est que par ce moyen on obtiendrait un très grand nombre d'ouvriers, surtout de prêtres que l'on pourrait ordonner à titre de pauvieté; qu'en se voyant ainsi consacrés à Dieu par des vœux solennels, ils affronteraient intrépidement la mort ; que, s'ils se trouvaient ave", les séculiers, ce n'était pas à propos de leurs plaisirs, mais de leurs souffrances, et que les hôpitaux, ben loin de faire perdre leur vocation, étaient bien plutôt propres à l'affermir.
Quant à la nécessité d'épurer l'ordre, en laissant une porte ouverte pour laisser sortir les indignes et les mécontents, on dit que les souverains pontifes ne manqueraient pas de trouver des moyens pour opérer Gette épuration, mais que, pour le moment, il fallait accorder la profession, comme base et fondement de tout l'édifice.
Celte opinion fut celle de Camille et des cardinaux Paleotto, Mondovi et Sfondrato, qui monta plus tard sur la chaire de saint Pierre, et elle lut adoptée par la congrégation des Rites. Mais tandis que le cardinal Gesualdo se préparait a présenter son rapport au Souverain Pontife, ce dernier mourut, le 22 août de l'an 1590. Cette mort plongea Camille dans la plus profonde douleur, car il perdit en lui un saint Pape, tendrement attaché à son Institut, qui certainement, après avoir confirmé la Congrégation, l'aurait érigée en Ordre.