‹ Vie de S. Camille de LellisChapitre 66 sur 237 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

Enfinle bienheureux Camille et ses compagnons se rendirent si utiles dans ces temps calamiteux, que, lorsqu'ils s'approchaient des malades, ceuxci les regardaient comme des anges envoyés du ciel pour les délivrer et les sauver. En effet, ils avaient raison de penser de la sorte, car le saint homme ne recula devant aucune fatigue, quelque grande qu'elle fût, pour les soulager dans leur misère. On le voyait continuellement remplir dans ce but les ministères les plus humbles, même pendant les plus fortes chaleurs de l'été.

Il allait chercher les remèdes chez les apothicaires avec une telle ardeur, qu'il ne s'arrêtait jamais en chemin avec les personnes, même le plus haut placées, qui cherchaient à le retenir. Il arriva un jour que, portant un médicament pour un infirme, il rencontra un cardinal qui lui demanda comment se portaient ses malades ; il marchait toujours d'un pas précipité, et lui répondit brièvement qu'ils allaient mieux. Ce prélat voulant s'entrelenirquelquesinstants aveclui pour prendre de plus amples informations, Camille lui dit avec une sainte liberté : « Èminence, je vous en supplie au nom de Notre-Seigneur, ne me retenez pas plus longtemps, parce que l'heure de donner ce remède au malade commence à passer; » et, enlevant un pan de son manteau, il lui montra un petit vase qui le contenait. Il continua son chemin, et laissa le cardinal plein d'admiration pour la charité si vive de l'homme de Dieu.

Quand il portait la viande aux malades, il rencontrait souvent le cardinal Sfondrato, qui était si

charmé de ce touchant spectacle, qu'il faisait arrêter son carrosse, et se plaisait aie voir distribuer les aumônes ; et il en était si édifié, qu'étant monté plus tard sur la chaire de saint Pierre, sous le Rom de Grégoire XIV, il ne fit pas difficulté d'accorder la profession à Camille, en érigeant la Congrégation en Ordre religieux. Il l'enrichit en outre d'un grand nombre de privilèges, et, pour prouver la tendre affection qu'il avait pour le saint fondateur, dès qu'il fut assis surle trône pontifical, il lui envoya sept cents éçus d'aumône, et, tant qu'il vécut, il lui assigna cinquante écus par mois, sachant avec quelle fidélité il distribuait aux pauvres ce qu'on lui confiait.

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