CHAPITRE XXIV
Camille assiste les malades à Sahite-Maric-des-Anges des • Thermes.
Peu de jours avant la mort de Sixte-Quint, tandis que Ton discutait s'il était convenable d'accorder la profession, s'offrit à Camille une occasion favorable de montrer son ardent amour pour les pauvres, et de faire connaître à la ville de Rome l'excellence l'utilité et la nécessité de son Institut.
Il se déclara à Rome, sur le mont Quirinal, une
maladie cruelle : c'étaient des fièvres tellement pernicieuses, qu'il n'échappait aucun de ceux qui s'en trouvaient atteints. La mort exerçait surtout ses ravages parmi les ouvriers que Sixte-Quint, de pieuse mémoire, avait attirés à Rome pour y introduire l'art si utile de tsser la toile. Il leur avait assigné pour résidence un quartier contigu à son habitation, près de Sainte-Marie-des-Anges des Thermes.
C'était un speciacle à navrer le cœur que de voir mourir tant de pauvres gens. Dans plusieurs maisons on voyait couchés dans le môme lit le père, la mère, les enfants et tous ceux qui compo • saient la famille, étendus pêle-mêle les uns à côté des autres, de sorte que ceux qui n'étaient pas emportés par la fièvre étaient achevés par la faim ou le défaut de soins, car parmi eux il ne s'en trouvait point d'assez robuste pour les secourir, et ils ne pouvaient recevoir aucun secours de leurs voisins qui se trouvaient également infectés du même mal.
Camille connut le triste état de ces malheureux par les Pères de la maison, qui allaient les aider à mourir chrétiennement; il se hâta de se rendre auprès d'eux, et fut témoin des scènes les plus déchirantes. Ému de la plus vive compassion et aidé par les aumônes des cardinaux Gesual lo, Paleotto et Salviali, il s'occupa de remédier à tant de misères et acheta une bête de somme qui lui était indispensable pour l'exécution de son projet. Il se procura des provisions abondantes, et il envoyait tous les jours deux charges de vivres à ces infor-
tune»1. Il allait ordinairement lui-même avec quatre de ses compagnons, soir et matin, leur donner de la nourriture et les soigner. Ils distribuaient de porte en porte du pain, du vin, du bouillon, des œufs, de la viande, des tisanes, des confitures, et toutes les autres choses nécessaires. Camille donnait de sa propre main aux plus malades ce qui était prescrit par le médecin, leur procurant tout ce dont ils avaient besoin, avec une tendresse de père. Il se trouva beaucoup de maisons où la famille entière était malade, et, personne ne pouvant ouvrir les portes, ils furent contraints de se servir d'échelle et d'y entrer par les fenêtres.
Les Frères ne leur donnaient pas seulement à manger; ils faisaient leurs lits, lavaient leur vaisselle, balayaient la maison, faisaient Javer leur lmge, allaient même jusqu'à vêtir et emmailloter les enfants, dont la pâleur et lus sanglots auraient ému les cœurs les plus durs, surtout quand on les arrachait du sein de leurs mères, de peur qu'elles ne leur communiquassent la maladie ; car alors ces innocentes créatures redoublaient leurs cris déchirants. La nouveauté du spectacle en amusait quelques-uns; le plus grand nombre était pénétré d'admiration pour le vénérable serviteur de Dieu occupé à démaillotter des enfants, à les nettoyer, à les soigner et à les emmaillotter de nouveau. C'était une scène émouvante que de voir ce rude soldat, élevé parmi le tumulte des armes, remplissant avec tant de délicatesse l'office de nourrice et de mère, sous les inspirations sublimes delà charité!