‹ Vie de S. Camille de LellisChapitre 79 sur 237 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

pieds, il le supplia de vouloir bien confirmer son Ordre et ses privilèges. Le Pontife acquiesça promptementà sa demande; par un Bref apostolique, daté du 20 mars de la même année, non seulement il approuva et confirma de nouveau tout ce qu'avait fait son prédécesseur Grégoire XIV, mais dans le môme Bref il lui accorda encore la l'acuité de recevoir des novices pendant deux ans, sans l'intervention d'aucun chapitre, comme il avait été prescrit par deux bulles de Sixte V. Les deux années étant écoulées, le même Souverain Pontife, par un autre Bref, en date du 31 mars 1594, accorda pour toujours cette permission : preuve évidente de l'estime particulière qu'il avait pour cet. Ordre, puisque, à l'exception de quelques-uns, la défense s'étendit sur tous les autres. Par là on voit clairement que ce saint pape, qui, étant cardinal, paraissait être opposé à l'érection, une fois élevé au pontificat, lui accorda son approbation, le confirma et l'enrichit de beaucoup de faveurs et de privilèges.

La même chose arriva au cardinal Gusano, qui avait cou'ume d'appeler la Congrégation, quand elle commença, « une compagnie ridicule ». La voyant dans la suite érigée en Ordre religieux, il ne pouvait se lasser d'admirer ses œuvres étonnantes et merveilleuses, et il montra toujours la plus grande affection pour le Père Camille. Quand les disciples de ce dernier eurent fait leur profession, la veille de la fête de sainte Madeleine, saint Philippe de Néri, tout rayonnant de joie, alla aussi rendre visite au serviteur de Lieu, ei , après l'avoir

embrassé tendrement, il lui dit : « Père Camille, vraiment le succès de cette œuvre me paraît une chose merveilleuse, et que Ton ne doit pas attribuer à des moyens humains. » Pareillement le cardinal San Severino, qui se montrait peu porté pour la confirmation, en voyant la Congrégation donner de si grandes espérances, s'y attacha tellement, qu'étant à l'extrémité, il voulut mourir entre les bras de ses religieux, en ayant toujours quatre autour de son lit.

Mais revenons à Camille : dès qu'il eut obtenu le bref de confirmation, il se rendit à Naples où, le 3 mai de l'an 1592, fête de la sainte Croix, il reçut solennellement la profession des Pères et des Frères qui se trouvaient dans cet établissement, quand on fit la profession à Rome. Il alla ensuite avec Curzio Lodi, un des profès, à Bocchianico, sa patrie, où il répartit à de pauvres veuves, à des orphelins, des pupille?, des infirmes et d'autres pauvres honteux, le prix de ce qui lui était resté de son modeste patrimoine, et quelque autre secours que lui avait remis pour cet effet Fermo Calvi. Il distribua aussi de petits traités et plusieurs objets bénits, allant de porte en porte, demandant l'aumône, à la grande édification de tous.

Comme son amour pour le prochain était très ardent, il désira le communiquer à un de ses proches parents, homme trè3 riche: il l'engagea à se détacher des biens de la terre et à se montrer libéral envers les pauvres. Celui-ci lui dit « qu'il y avait assez d'un fou dans la famille » : réponse digne d'un mondain qui tient à son or. Le servi-

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