LIVRE PREMIER
teur de Dieu ne s'en offensa pas, il déplora seulement l'insensibilité et la dureté de cœur de cet homme.
De là il passa à la Santa Casa de Lorette, pour remercier la sainte Vierge de la faveur qu'il avait obtenue par sa glorieuse intercession. Il y dit la messe avec une grande ferveur et en versant d'abondantes larmes.
11 retourna ensuite à Rome, où, ayant trouvé la maison grevée de beaucoup de dettes, — elles montaient à neuf mille écus — , il fut dans un grand embarras; car chaque jour la confrérie du Gonfalon, à laquelle on devait de très fortes sommes, faisait de nouvelles instances pour être payée. Quelques maisons contiguës à la Madeleine, où habitait la Congrégation, lui appartenaient : on lui devait quelques loyers, et, comme la confrérie était obligée, le 10 juillet, de tenir des engagements considérables qu'elle avait pris, elle envoya les officiers de police du Vicaire (1) faire une saisie chez Camille ; dès que celui-ci les aperçut, il se jeta aux pieds du crucifix. Les huissiers, ne trouvant aucun objet de valeur, se retirèrent, après avoir mis le séquestre sur une maison qu'avait achetée Fermo Calvi, quelques jours auparavant, et dont il avait fait présent à l'Institut.
Dans cette position pénible, Camille ne sut trouver d'autre remède que de recourir à son refuge ordinaire, la prière, qui l'avait tiré des situations les plus critiques. C'est pourquoi il supplia Notre-
(1) Nom donDé au magistrat chargé de l'administration crimiuelle et civile.
Seigneur de venir à son aide dans cette extrémité. Il lui vint aussi en pensée d'aller se jeter aux pieds du Souverain Pontife et de lui découvrir avec confiance tout ce qui se passait. En attendant, il prit des arrangements avec la Confrérie, et lui acheta ces maisons moyennant certains payements à termes.
Lorsqu'on allait écrire l'acte de vente, un des administrateurs, voyant la pauvreté extrême dans laquelle Camille se trouvait à cette époque, désespérant presque de toucher le prix fixé, — il montait à quatre mille écus, — dit à Camille : c Mon Père, et le reste du payement, quand aura-t-il lieu? » voulant donner à entendre qu'ils mourraient tous sans le voir s'effectuer. Alors Camille, surpris de son peu de confiance, lui répondit : « Refuseriez-vous par hasard à Dieu le pouvoir d'envoyer demain matin à cette porte des sacs d'écus?» Ce qui fit sourire un des administrateurs, qui lui dit : « Ce n'est plus maintenant le temps des miracles. » Cependant la moitié de l'année ne s'était pas encore écoulée, qu'ils furent obligés de reconnaître la main de la Providence, comme nous le verrons dans le chapitre suivant.
Après cela, Camille alla trouver le pape à Frascati. Il lui baisa les pieds, et lui dit modestement : « Très Saint-Père, notre pauvre Institut, qui ne cesse jour et nuit de se consacrer au service des malheureux infirmes détenus dans la sombre obscurité des prisons, qui prodigue ses soins aux mourants au milieu des odeurs fétides des hôpitaux et dans la ville entière, est tellement obéré,