‹ Vie de S. Camille de LellisChapitre 83 sur 237 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

de jours auparavant, ils avaient entendu répétera Camille touchant la divine Providence, surtout parce que le cardinal jouissait alors d'une très bonne santé, et n'avait pas la moindre indisposition. Quelques jours avant, il avait été légèrement mal «de, et, quoique le saint Fondateur vîntle voir de temps en temps, dansles divers entretiens qu'ils avaient eus ensemble, il ne lui avait jamais dit un seul mot de ses intentions. Seulement, la maladie devenant plus grave, — et il fut alors visité fréquemment par Camille et ses compagnons, à la grande satisfaction du cardinal, — ce dernier, après avoir fait secrètement son testament, se voyant sur le point de mourir, pressait les mains de Camille qui était au chevet de son lit, et le regardantavecdes yeux, quoique tristes, plus affectueux que de coutume, semblait lui dire : « Père, je vous ai aimé pendant la vie; souvenezvous après la mort de prier pour moi. » Mais Camille, ne pénétrant pas plus avant et ne pensant pas le moins du monde à un accroissement de biens temporels, priait continuellement Dieu de lui accorder une sainte et heureuse mort. Au moment où il expira, Camille éclata en sanglots et, baisant amoureusement la pâle figure du cardinal, il la baignait de ses larmes, pleurant aussi la perte que faisait son Institut que la mort privait d'un si bon père. Comme il était ainsi livré tout entier à sa douleur, les personnes qui se trouvaient présentes l'engagèrent à cesser de pleurer et à donner des ordres pour les obsèques, en lui disant que ce soin le regardait, puisqu'il était héritier. Le no-

taire, qui ouvrit le testament, lui ayant répété la même chose, le serviteur de Dieu fut très surpris de ce secours inattendu, et fit connaître, en versant des larmes encore plus abondantes, combien il ressentait vivement la perte de ce prince bienfaisant qui avait comblé de faveurs son Ordre au momentdelamort,commeili'avaitfaitpendantsavie.

Le cardinal ordonna dans son testament qu'on l'enterrât sans aucune espèce de pompe; Camille, apprenant cela, alla sur-le-champ supplier le Souverain Pontife d'accorder la dispense nécessaire et de permettre que l'on rendît au défunt les honneurs qu'il méritait. Sa Sainteté l'accorda sans peine, et Camille fit faire de magnifiques obsèques à un prince de l'Église si libéral, qui lui avait donné tant de preuves de la bonté sans bornes qu'il avait pour lui. Camille et ses Religieux accompagnèrent le corps jusqu'au lieu de la sépulture en répandant des pleurs. Il fut inhumé dans l'église de Saint-Clément, intra muros, comme il l'avait ordonné lui-même. Sur le mausolée fut placée une grande plaque de marbre, où l'on grava en caractères de bronze une inscription qui rappelle les mérites du cardinal et les dons, vraiment dignes d'un prince, qu'il fit à l'Institut. Les saints Religieux ont payé ladette de reconnaissance par leurs prières continuelles, et ont éternisé la mémoire de leur bienfaiteur d;uis leurs annales. Le cardinal Mondovi mourut le 17 décembre en 1592.

Au moment où Camille assistait à ses funérailles et passait parla porte Sainte-Marie, les admi-

nislrateurs de la société du Gonfalon lui présentèrent une bulle dorée, qui faisait connaître tous ses privilèges, voulant ainsi lui faire entendre que le temps était venu où il pouvait remplir ses engagements, tellement là nouvelle de l'héritage s'était répandue avec rapidité ! Camille, prenant alors la bulle et la baisant affectueusement, s'écria : « Dieu soit loué ! car il a bien voulu faire revivre le temps des miracles, ce que ne pouvaient croire ces messieurs; » faisant allusion à ce qui s'était passé entre eux et lui. Il les paya exactement et acquitta toutes ses autres dettes. Il répara les constructions antiques de la maison de Rome, augmenta le cloiire, fit construire de nouveauxlaboratoires et de nouyelies cellules. Il mettait luimême la main à l'œuvre ainsi que ses religieux, portant les matériaux et transportant ceux qui étaient inutiles jusqu'à la place Sainte-Marie du Panthéon. Camille était aidé dans ce travail par Jules Léon, docteur en droit, prélat des deux signatures, novice à cette époque — des hommes très remarquables se faisaient honneur de porter la croix; — il emportait avec le Père général les pierres et la terre que Ton déblayait. Le cardinal Cajetan,avec lequel ce prélat avait été intimement lié avant de quitter le siècle, ayant passé par hasard, et voyant le docteur .Julus se livrant à un semblable travail, fit arrêter son carrosse, et ne put s'empêcher de verser des larmes d'admiration, en voyant tant d'abnégation dans un homme si élevé, qui s'abaissait à un emploi si humble par amour pour Dieu et par obéissance pour ses supé-

rieurs. Il l'embrassi tendrement, et. à cause de l'estime qu'il avait pour lui, il donna à l'établissement, une once d'eau, que l'en fit arriv» r par des conduits dans la maison, ce qui contribua à l'ornement et à l'embellissement de la cour, et permit de fournir d'eau les cuisines qui en manquaient.

Après la perte si regretiable du cardinal Mon* dovi, Camille, reconnaissant que son Ordre était une jeune plante; qu'il pou<rait difficilement se soutenir, sans l'appui de quelque personnage important qui pût non seulement l'aider de ses largesses, mais encore le défendre de son autorité, quoique la bulle en eût disposé autrement, jugea à propos de choisir un autre protecteur, et prit, avec la permission du Souverain Pontife, à la place du cardinal défunt, le cardinal Salviati, son ancien bienfaiteur.

L'Institut ne possédait alors que deux maisons, celle de Rome et celle de Naples; le vénérable général se trouvait tantôt dans l'une, tantôt dans l'autre, selon que l'exigeaient les besoins de l'administration. Après la prière du matin, il était continuellement dans les hôpitaux et dans les maisons où il était appelé. Chaque jour l'Ordre voyait accourir dans son sein des sujets d'élite, des hommes d'un grand dévouement, qui se consacraient au service des pauvres. Camille crut qu'il pouvait l'étendredans les autres parties de l'Italie : matière du second livre, que nous ferons précéder de quelques observations, tendant à prouver le besoin qu'avait l'Église de l'établissement de ce saint Institut.

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