A. SS. Aprilis, t. IH, p. 238d
2. Je veux dire qu'entre Tinspiration de François et les doctrines cathares, il y a une antithèse irréductible ; mais il ne serait pas difficile de trouver chez lui des paroles et des actes, qui rappellent la haine des Cathares pour la matière ; par exemple , la manière dont il traite son corps ; quelques-uns de ses conseils aux frères : Unuaquisque habet in potestate sua inimicum $uum videlicet corpus^ per quod peccat, Man. 338 d'Assise, f» 20 b. Conform. 138 b 2. — Cum majorem inimicum corpore non habeam, 2 Gel. 3, 63. Ce sont là des obscurcissements momentanés , mais inévitables ; des instants d'oubli, de découragement, où l'homme n'est plus luimême et où il répète machinalement ce qu'on dit autour de lui.
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le désordre de la pensée à cette époque que cette résurrection du manichéisme.
A quel degré de lassitude et de folie fallait-il que ritalie religieuse fût arrivée pour que ce mélange d'idées bouddhistes, mazdéistes et gnostiques y ait trouvé du succès ?
La doctrine cathare reposait sur Tantagonisme de deux principes, Tun mauvais, Tautre bon. Le premier a créé la matière, le second a créé les âmes qui passent de génération en génération d*un corps dans un autre pour arriver au salut. La matière est la cause et le siège du mal; tout rapport avec elle constitue une souillure^ ; en conséquence les Cathares renonçaient au mariage, à la propriété, et recommandaient le suicide. Tout cela était entremêlé de mythes cosmogoniques fort compliqués.
Leurs adhérents se divisaient en deux catégories, les purs ou parfaits, et les croyants qui étaient prosélytes au second degré et n'avaient que des obligations très simples. Les adeptes proprement dits étaient initiés par la cérémonie du consolamentum^ ou imposition des mains, qui devait faire descendre sur eux l'esprit consolateur. Il y en avait de si enthousiastes qu'après la
Le Trai saint François est au contraire Tami de la nature, c*est celui qui?oit dans toute la création Tœuvre de la bonté divine, le rayonnement de la beauté éternelle, c'est celui du Cantique des Créatures, qui voyait dans son corps non l'Ennemi, mais un frère : CoBpit hilariter loqui ad eorptis ; Gaude, frater corptM, 2 Gel. 3,
1. Quodam die^dicta fdbrissa dixit ipsi te$ti prœgnanti, guod fogaret Deum, ut liberaret eam a Dœmone, quem habebat in ventre,., Gulielmua dixit quod ita magnum peccatum eratjacere cum uxore sua quam cum concubina, Dôllinger, loo. oit, p. 24 et 35.
cérémonie ils se mettaient en endura^ c'est-à-dire se laissaient mourir de faim pour ne pas sortir de cet état de grâce.
Dans le Languedoc, où on prit Thabitude de les appeler Albigeois, ils avaient une organisation qui embrassait toute FEurope centrale, et entretenaient de tous côtés des écoles florissantes fréquentées par les enfants de la noblesse.
En Italie, ils n'étaient guère moins puissants: Concorrezo, près de Monza en Lombardie, et Bagnolo donnèrent leurs noms à deux congrégations un peu différentes de celles du Languedoc^.
Mais cest surtout de Milan ^ qu'ils se répandirent dans toute la Péninsule et ûrent des prosélytes jusque dans les districts les plus reculés de la Calabre.
L'état d'anarchie où était le pays leur fut très favorable. La papauté était trop attentive à déjouer les efforts spasmodiques des Hohenstaufen pour mettre dans sa lutte contre l'hérésie la persévérance et la suite néces-
1. Celles des Concorrezenses et des Bajolenses, En ItaUe Caihari se transforma en Gazzari; da reste il y avait dans chaque oonlrée des appellations particulières ; une des plus répandues dans les pays du nord était celle de Bulgares qui marque Torigine orientale de la secte, d'où le terme d'argot Boulgres et ses dérivés (V. MatthieUf Paris ann. 1238). Cf. Schmidt, Histoire des Cathares, in-8% 2 vol. Paris 1849.
2. Le nom le plus courant en Italie fut celui de Patarins, qui leur fut donné sans doute à cause du quartier des fripiers qu'ils habitaient à Milan: la contrada dei Patari, qu'on retrouve dans beaucoup de villes. Patari ! est encore aujourd'hui le en des cbilfonniers dans les petites villes de Provence. Au treizième siècle Patarin et Cathare sont synonymes. Mais auparavant, le terme de Patarins avait eu un sens tout différent. Voir \i fort remarquable étude de M. Félix Tocco sur ce sujet dans son Eresia nel medio evo, in-12. Florence, 1884.
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saires. Aussi les idées nouvelles étaient-elles prêchées jusqu'à Tombre de la basilique de Latran: en 1309 Othon IV, venant se faire couronner à Rome, y trouva une école où le manichéisme était publiquement enseigné*.
Malgré son énergie, Innocent III n'avait pas pu enrayer le mal dans les États de l'Église. Le cas de Y iterbe en dit long sur les difficultés de la répression : en mars 1199, le pape écrit au clergé et au peuple de cette ville pour rappeler et aggraver les peines portées contre l'hérésie. Malgré cela les Patarins eurent la majorité en 1205 et réussirent à nommer consul l'un d'entre eux 2.
La colère du pontife fut alors sans bornes; il fulmina une bulle où il menaçait la ville de la mettre à sac, et ordonnait aux cités environnantes de se jeter sur elle si dans les quinze jours elle n'avait pas donné satisfaction *.
Ce fut en vain; les Patarins ne furent inquiétés que pour la forme; il fallut la présence du pape lui-même pour assurer l'exécution de ses ordres et faire démolir les maisons des hérétiques et de leurs fauteurs (automne de 1207)*.
Mais étouffée sur un point, la révolte se montrait
.sur cent autres; on la trouve à ce moment triomphante
de tous côtés : à Ferrare, Vérone, Rimini, Florence,
i. Gésaire de Heisterbach, Dial, mirac^ t. I, p. 309, éd. Strange.