L EGLISE VERS
d*aujourd*hui, par le livre et le journal : rien pour cornmuoiquer la pensée ne vaut la viva vox^.
Oo a parfois répandu sur le compte des Yaudois de bien vilains récits; la calomnie est une arme trop facile pour ne pas tenter des adversaires aux abois. Aussi leur a-t-on attribué les promiscuités immondes dont on avait accusé jadis les premiers chrétiens. En réalité, leur véritable force était dans leurs vertus qui faisaient un si grand contraste avec les vices du clergé.
Les ennemis les plus puissants et les plus décidés de rÉglise furent les Cathares. Sincères, audacieux, souvent instruits et ergoteurs^ ayant parmi eux des cœurs d élite et des personnalités d*une grande puissance intellectuelle, ils furent au treizième siècle les hérétiques par excellence. Leur révolte ne portait point, comme chez les premiers Yaudois, sur des points de détail ou des questions de discipline ; elle avait une base doctrinale arrêtée, en contradiction avec le dogme catholique tout entier.
Mais, quoique cette hérésie ait été florissante en Ilalie, et sous les yeux même de saint François, je n'ai qu'à l'indiquer brièvement. Si les infiltrations du mouvement vaudois sur sa création ont été nombreuses, elle est restée totalement étrangère au Catharisme.
1. Ces voyages continuels leur firent parfois donner le nom de PassagienSf comme dans le midi de la France les prédicants de certaines sectes sont appelés encore aujourd'hui Courriers. Ce terme cependant désigna tout spécialement une secte judaîsante qui revenait^ l'observation littérale de la loi mosaïque; DôUinger, Beitrâge, t II, p. 327 et 375. Ils s'identifiraient donc avec les Circoncis de la constitution de Frédéric II (Huilhrd-Bréholles, t. V, p. 280). Voir surtout la belle élude de M. G. Molinier : Mémoires de V Académie de Toulouse, 1888.
46 VIB DE S. FRANÇOIS
Ceci s'explique tout naturellement par le fait qu'il n*a jamais voulu s'occuper des questions de doctrine. La foi pour lui n'est pas du domaine intellectuel, elle est du domaine moral : c'est la consécration du cœur. Le temps passé à dogmatiser, lui paraissait du temps perdu.
Un trait de la vie de frère Égide, montre bien en quelle maigre estime les premiers Frères Mineurs tinrent la théologie. Un jour, devant saint Bonaventure, peutêtre non sans une pointe d'ironie, il s'écria : «Hélas, que ferons-nous, nous, ignorants et simples pour mériter la bonté de Dieu ?» — oc Mon frère, dit le fameux docteur, vous savez bien qu'il suffit d'aimer le Seigneur. » — «En êtes-vous bien sûr, répliqua Égide, croyez-vous qu'une simple femme puisse lui plaire autant qu'un maître en théologie?^ Sur la réponse affirmative de son interlocuteur, il courut dehors et appelant de toutes ses forces une mendiante : « Pauvre vieille, lui cria-t-il, réjouis-toi, car si tu aimes Dieu, tu pourras être dans le royaume des cieux au-dessus de frère Bonaventure ^.d
Les Cathares n'ont donc pas eu d'influence directe sur saint François 2, mais rien ne saurait si bien montrer