A. SS. Maii, t. V, p
3. Bulle du 6 juin 1205, Polthast 2237 ; Migne, VII, 83. Ce cardinal Léon (du titre presbytéral de Sainte-Croix de Jérusalem) était Tun des plus appréciés par Innocent III. C'est à lui et à Hugolin, le futur Grégoire IX, qu'il confiait à cette époque les missions les plus délicates (par exemple, en 1209, ils seront nommés légats auprès d'Othon IV). Cet envoi prouve quelle importance le pape avait mise à Tafifaire d'Assise, quoique ce fût une bien petite ville.
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durant ces premières aonées du XIIP siècle. Il faut que ia déchéance morale du clergé ait été bien profonde pour que les âmes se soient tournées vers le manichéisme avec tant d*ardeur.
L'Italie peut être reconnaissante envers saint François : elle était aussi infestée de Gatharisme que le Languedoc, et c'est lui qui l'en a purifiée. Il ne s'arrêta pas à démontrer par des syllogismes ou des thèses de théologie, la vanité des doctrines cathares, mais s'élevant d'un coup d'aile à la vie religieuse, il fit soudainement éclater aux yeux de ses contemporains un idéal nouveau, devant lequel disparurent toutes ces sectes bizarres, comme des oiseaux de nuit mis en fuite par les premiers rayons du soleil.
Une partie de la puissance de saint Frangois lui est ainsi venue de ce qu'il s'abstenait systématiquement de polémique. Celle-ci est toujours plus ou moins une forme de l'orgueil spirituel; elle ne fait que creuser les abîmes qu elle prétend combler. La vérité n'a pas besoin d'être prouvée: elle s'impose. La seule arme qu'il voulut employer contre les méchants fut la sainteté d'une vie assez pleine d'amour pour éclairer et réchauffer ceux qui l'entouraient et les obliger à aimer ^.
La disparition du Gatharisme en Italie, sans secousse, et surtout sans l'Inquisition, est ainsi un résultat indirect du mouvement franciscain, et ce n'est pas le moindre 2.
1. Pas une fois nous ne le voyons aux prises avec les hérétiques. Les premiers Dominicains sont au contraire sans cesse occupés à argumenter. Voir 2 Gel. 3, 46.
2. le ne prétends pas, cela va sans dire, qu'on n'en retrouve aucune trace après le ministère de saint François, mais il ne fut plus une force, et ne mit plus en danger Texistence même de l'Église.
 la voix du Réformateur ombrien, l'Italie se ressaisit; elle retrouva son bon sens et sa belle humeur; elle élimina ces idées de pessimisme et de mort comme un organisme robuste élimine les principes morbides.
J*ai tâché de montrer plus haut combien Tinitiative de François présente d'analogie avec celle des Pauvres de Lyon. Sa pensée mûrit dans un milieu tout imprégné de leurs idées, où elles purent le pénétrer à son insu. Les prophéties de TAbbé calabrais eurent sur lui une influence également difficile à marquer, mais tout aussi profonde.
Placé aux conGns de l'Italie et comme au seuil de la Grèce, Joachim de Flore ^ forme le dernier anneau d'une suite de moines prophètes, qui se succédèrent durant près de quatre cents ans dans les laures et les ermitages du sud de la Péninsule. Le plus fameux avait été saint Nil, sorte de Jean-Baptiste farouche, vivant dans les déserts, mais qui en sortait brusquement lorsque ses devoirs dé justicier l'appelaient ailleurs. On le vit un jour apparaître en pleine Rome, où il annonça au pape et à l'empereur le déchaînement du courroux divin 2.
Épars dans les solitudes alpestres de la Basilicate, ces ermites calabrais étaient obligés de monter toujours plus haut pour fuir les populations qui, poursuivies par les pirates, gagnaient les montagnes. Ils passaient ainsi
1. Cette physionomie étrange séduira longtemps encore les historiens et les philosophes; je ne connais rien de plus savant ni de plus lumineux que la helle étude de M. Félix Tocco dans son Ereaia nel medio evo, Florence 1884, 1 vol. in-12, p. 261-409.