‹ Vie de s. François d'AssiseChapitre 105 sur 257 · L EGLISE VERS · texte numérisé non relu

L EGLISE VERS

leur vie entre ciel et terre, a?ec deux mers pour horizon. Troublés par la peur des corsaires et les cris de guerre dont Técho montait jusqu'à eux, ils se tournaient vers lavenir. Les âges des grandes terreurs sont aussi ceux des grandes espérances ; c*est à la captivité de Babylone que nous devons, avec la continuation d'Isaïe, des tableaux dont Tâme humaine n*a pas encore cessé de s'enchanter; les persécutions de Néron nous ont donné l'Apocalypse de saint Jean, et les bourrasques du: XII* siècle, l'Évangile éternel.

Converti après une vie dissipée, Joachim de Flore voyagea longuement en Terre-Sainte, en Grèce et a CoDStanlinopIe. Revenu en Italie, il se mit, quoique laïque, à prêcher dans les environs de Rende et de Coseoza. Plus tard il entra chez les Cisterciens de Cortaie [Corace], près de Catanzaro, et y prononça sesvoeux. Élu bientôt, malgré ses refus et sa fuite, abbé du monastère, il fut, au bout de quelques années, pris de la nostalgie de la solitude, et alla trouver le pape Lucius III pour être déchargé de ses fonctions (1181) et pouvoir consacrer tout soh temps aux ouvrages qu'il méditait. Le pape exauça ses prières et lui permit même d'aller oii bon lui semblerait dans l'intérêt de ses travaux. Alors commença pour Joachim une vie errante de couvent en couvent qui le mena jusqu'en Lombardie, à Vérone, où nous le trouvons près du pape Urbain III.

Lorsqu'il revint dans le midi, des disciples se réunirent autour de lui pour l'entendre expliquer les passages les plus obscurs de la Bible; bon gré, mal gré if se trouva obligé de les recevoir, de leur parler, de leur donner une règle, et enfin de les installer en plein cceur

delà Sila, cette Forêt-Noire de Tltalie^, en face du plus haut sommet, dans des gorges dont le silence n'est interrompu que par le murmure de TArvo et du Neto, qui prennent leur source non loin de là. Le nouvel Athos reçut le nom de Fiore (fleur), transparent symbole des espérances de son Tonde teur K

C est là qu'il mit la dernière main aux éorits qui, après cinquante ans d'oubli, devaient devenir le point de départ de toutes les hérésies et Taliment de toutes les âmes anxieuses du salut de la chrétienté.

Les hommes de la première moitié du treizième siècle, trop occupés ailleurs, ne s'aperçurent pas tout d'abord que les sources spirituelles auxquelles ils buvaient, descendaient des cimes neigeuses de la Calabre.

Il en est toujours ainsi de Tinfluence mystique. Elle a quelque chose de vague, de ténu et de pénétrant qui échappe à une appréciation exacte. Que deux âmes d'élite se rencontrent, elles seront fort en peine pour analyser et dire les impressions qu'elles ont ressenties l'une et l'autre. Il en est de même pour une époque; ce ne sont pas toujours ceux qui lui parlent le plus souvent et le plus fort qu'elle entend le mieux; ni même ceux aux pieds desquels, écolière fidèle, elle va s'asseoir jour après jour. Parfois en allant chez ses maîtres habituels, elle rencontre tout à coup un inconnu ; elle a à peine saisi quelques paroles de ce qu*il disait, elle ne sait ni d'où il vient ni où il va, elle ne Ib

i. Â. SS. Mail, Vil ; Vincent de Beanvais, Spéculum hUtorîaUi lih, 29, cop. 40. La Sila est tout un massif montagneux, situé à Test de Cosenza que les paysans appellent Monte Nero, Les sommets aUeignent près de 2000 mètres d'altitude.

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