‹ Vie de s. François d'AssiseChapitre 120 sur 257 · Gel. 21; Bon · texte numérisé non relu

Gel. 21; Bon

Celte chapelle, encore debout aujourd'hui après avoir échappé aux révolutions et aux tremblements de (erre, est véritablement un Bélhel, un des rares points du monde où s'est appuyée la mystique échelle qui relie le ciel à la terre ; c'est là qu'ont été faits quelques-uns des plus beaux rêves qui aient bercé les douleurs de l'humanité. Ce n'est pas à Assise dans la merveilleuse basilique, qu'il faut aller pour deviner et comprendre saint François ; c'est vers Notre-Dame des Anges qu'il faut porter ses pas, aux heures où les prières machinales cessent, au moment où les ombres du soir s'allongent, où toute la friperie du culte disparait, noyée dans l'obscurité, où la nature semble se recueillir pour entendre tinter les cloches lointaines.

François songea sans doute à s'y établir comme ermite. Il rêvait d'y passer sa vie dans le recueillement et le silence, d'entretenir la petite église et d'appeler de temps en temps un prêtre pour y dire la messe.

Rien encore ne lui faisait prévoir ce qu'il deviendrait par la suite comme fondateur religieux. Un des côtés les plus intéressants de sa vie est en effet ce développement continu qui s'y révèle ; il est du petit nombre de ceux pour lesquels vivre c'est agir, et agii* progresser. Il n'y a guère que saint Paul chez lequel on retrouve au même degré le dévorant besoin de faire toujours plus, toujours mieux ; et il n'est si beau chez eux que parce qu'il est absolument instinctif.

Quand il commença à restaurer la Portioncule, ses projets ne dépassaient donc guère un horizon assez borné, il se préparait à une vie de pénitence plutôt qu'à une vie d'activité. Mais une fois les travaux achevés, il était impossible que cette manière un peu égoïste et

passive de faire son salut le satisfit longtemps. Au souvenir de l'apparition du Crucifié» il sentait sourdre en son cœur des émotions incompréhensibles et fondait en larmes sans savoir si c'était par admiration, par pitié ou par envie ^.

Lorsque les réparations furent finies, la méditation occupa la plus grande partie de ses journées. Un Bénédictin de l'abbaye du mont Subasio^ venait de temps en temps dire la messe à Sainte-Marie ; c'étaient les heures lumineuses de la vie de François: on peut se figurer avec quel soin pieux il s'y préparait et avec quelle foi il écoutait les enseignements divins.

Un jour, c'était probablement le 2& février 1209, fête de saint Malhias, la messe fut célébrée à la Portioncule^.

Lorsque le prêtre se tourna vers lui pour lire les paroles de Jésus, François se sentit saisi d'un trouble profond. Il ne voyait plus le prêtre; c'était Jésus, le Crucifié de Saint-Damien qui lui parlait :

(( Partout sur votre chemin prêchez et dites : Le royaume des cieux est proche. Guérissez les malades, rendez nets les lépreux, chassez les démons.

QcYous avez reçu gratuitement, donnez gratuitement. Ne prenez ni or ni argent, ni monnaie dans vos ceintures, ni sac, ni deux tuniques, ni sandales, ni bâtoo, car l'ouvrier mérite sa nourriture. »

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