‹ Vie de s. François d'AssiseChapitre 123 sur 257 · PREMIÈRE ANN^E D'APOSTOLAT · texte numérisé non relu

PREMIÈRE ANN^E D'APOSTOLAT

auditeurs comme une épée enflammée qui pénétrait jusqu'au fond de leur conscience. On ne saurait se figurer trop simplement ces premières tentatives : elles consistaient d'ordinaire en quelques paroles, adressées à des gens qu'il connaissait assez pour en savoir le point faible et y frapper avec la sainte hardiesse de l'amour.

Sa personne, son exemple étaient déjà une prédication, et il ne parlait que de ce qu'il avait lui-même éprouvé, annonçant la repentance, la brièveté de la vie, la rétribution future^ la nécessité d'arriver à la perfection évangélique ^. On ne s'imagine pas facilement combien sont nombreuses sur la terre les âmes qui attendent. La plupart des hommes passent leur vie l'âme endormie. Ils ressemblent à ces vierges du sanctuaire qui sentent parfois un trouble indéfinissable : un tressaillement infiniment doux et subtil fait bondir leur cœur, mais elles baissent les yeux et sentent la froide humidité du cloitre les envelopper de nouveau ; le rêve délicieux et empoisonné s'évanouit, et c'est tout ce qu'elles connaîtront de l'amour qui est plus fort que la mort.

C'est ainsi que sont beaucoup d'hommes pour tout ce qui se rattache à la vie supérieure. Parfois, assis seuls à l'heure du crépuscule au milieu de la c^mpagne^ ils ont laissé errer leurs regards sur les lueurs mourantes de l'horizon, et avec la brise du soir est venue à eux une autre brise, plus lointaine et presque divine, qui leur donnait la nostalgie de l'au delà et de la sainteté. Mais la nuit tombe, il faut rentrer ; on secoue sa rêverie, et il arrive souvent qu'à la fin de la vie, c'est tout ce qu'on

1. 1 Gel. 23; 3 Soc. 25 et 26; Bon. 27. Cf. Auct. Vit. Sec. ap. A. SS., p. 579.

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a entrevu du Divin ; quelques soupirs, quelques frissons, quelques gémissements inarticulés, voilà le résumé de nos efforts pour atteindre le souverain Bien.

Mais rinstinct de Tamour et du divin ne fait que sommeiller. Devant la beauté, Fa mours*é veille toujours; à rappel de la sainteté, le témoin divin qui est en nous répond aussitôt, et alors autour de ceux qui prêchent au nom de la parole intérieure, on voit accourir de tous les points de Thorizon de longues processions d'âmes altérées d*idéal. Le cœur humain aspire si naturellement à se donner que dès que nous trouvons sur notre route un homme qui ne doutant ni de lui ni de nous, nous le demande sans restriction, nous le lui donnons aussitôt. La raison comprend un don partiel, un dévouement momentané ; le cœur ne comprend que les holocaustes, et comme le fiancé à sa fiancée, il dit à son vainqueur : <e  toi seul et pour toujours ! y>

Ce qui a fait misérablement échouer toutes les tentatives de religion naturelle, c'est que les initiateurs n'ont pas eu le courage de prendre les cœurs et de ne pas leur permettre de partage. Ils ont méconnu l'héroïque besoin d'immolation qu'il y a au fond des âmes ; les âmes se sont vengées en n'écoutant pas ces amants trop peu épris.

François s'était trop complètement donné lui-même pour ne pas réclamer des autres un absolu renoncement. Depuis plus de deux ans qu'il avait quitté le monde^ la réalité et la profondeur de sa conversion éclataient à tous les yeux ; aux moqueries des premiers jours avait succédé peu à peu chez beaucoup un sentiment très voisin de l'admiration.

Celle-ci provoque fatalement l'imitation. Un homme d'Assise, à peine mentionné par les biographes, s'était

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