‹ Vie de s. François d'AssiseChapitre 138 sur 257 · Gel. 35j Bon. 40 et · texte numérisé non relu

Gel. 35j Bon. 40 et

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pour lui comme la radieuse aurore de sa vie spiriluelle*.

Les Frères s'étaient mis à prêcher dans toutes les localités qui se trouvaient sur leur passage. Leurs paroles étaient toujours à peu près les mêmes; ils souhaitaient la paix et exhortaient à la pénitence. Enhardis par Taccueil qui leur avait été fait à Rome et qu'ils pouvaient très innocemment considérer comme plus favorable qu'il n'avait été en réalité, ils le racontaient à tout vpnant et rassuraient ainsi les scrupules.

L'effet de ces exhortations, où François ménageait si peu ses auditeurs, mais où ses reproches les plus sévères étaient mêlés de tant d'amour, fut énorme. L'homme veut surtout être aimé, et s'il rencontre quel- ; qu'un qui l'aime sincèrement, il lui refuse bien rarement son cœur et son admiration.

Ce n'est que le bon sens vulgaire qui confond i'amour avec la faiblesse et la complaisance. On voit parfois les malades baiser fiévreusement la main du chirurgien qui les opère : nous faisons souvent de même pour les chirurgiens spirituels, car nous sentons tout ce qu'il y a de vigueur, de pitié, de compassion dans les tortures qu'ils infligent, et les cris qu'ils nous font pousser, . sont autant des cris de reconnaissance que des cris de douleur.

On accourut de tous côtés pour entendre ces prédicateurs plus sévères encore à eux-mêmes qu'aux autres. Des membres du clergé séculier, des moines, des

1. La seule route reliant Celano à Rome ainsi qu*à toute l'Italie centrale et septentrionale, passait par Âquila, Rieti, et venait rejoindre à Terni les grandes voies conduisant du nord de la Péninsule vers Rome.

hommes instruits, même des riches, se mêlaient souvent aux auditoires improvisés qui se formaient dans les rues et sur les places publiques. Tous ne se convertissaient pas, mais il leur était bien difficile d'oublier cet inconnu, qui s'était rencontré un jour sur leur chemin, et qui, en quelques paroles, avait porté le trouble et la crainte jusqu'au fond de leurs cœurs.

François était vraiment, comme dit Celano, 1 étoile brillante du matin. Sa prédication si simple s'emparait des consciences, arrachait les auditeurs à la boue mêlée de sang dans laquelle ils piétinaient, pour les entraîner malgré eux, bien haut, en plein ciel, dans les sereines régions ou tout se tait, sauf la voix du Père céleste: «Tout le pays tressaillait. Les champs eu friche se couvraient déjà de riches moissons; la vigne desséchée recommençait à fleurir^.»

Seule une âme profondément poétique et religieuse — (n'est-ce pas tout un?) — peut comprendre les ravissements et les joies qui inondaient l'âme des fils spirituels de saint François.

Le plus grand crime de notre civilisation industrielle et commerciale est de ne nous laisser de goût que pour ce qui s'achète à prix d'argent, et de nous faire oublier les jouissances les plus pures, les plus vraies, qui sont là, à notre portée. Le mal remonte bien loin : oc Pourquoi, disait le Dieu du vieil Isaïe, pesez- vous de l'argent pour ce qui ne nourrit pas? Pourquoi travaillez-vous pour ce qui ne rassasie pas? Écoutez-moi donc, et vous mangerez ce qui est bon, et votre âme se délectera de mets succulents^.»

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