ÉTUDE CRITIQUE DES SOURCES
Il est peu de vies dans Thistoire aussi bien documentées que celle de saint François. Ceci étonnera sans doute plus d'un lecteur , mais pour s'en convaincre on n*a qu'à parcourir la liste ci-dessus qui a été cependant rendue aussi succincte que possible.
Il est admis dans les milieux savants que les éléments essentiels de cette biographie ont disparu ou ont été complètement altérés. L'exagération de certains écrivains religieux^ qui adoptent tout^ et, entre plusieurs récits d'un même fait, choisissent toujours le plus long et le plus merveilleux, a amené une exagération pareille en sens contraire.
S'il fallait signaler au fur et à mesure des événements les résultats de ces deux excès, ce volume devrait être doublé et même quadruplé. Les personnes qui s'occupent de ces questions trouveront dans les notes la brève indication des documents originaux d'où provient chaque récit *.
Pour ne plus revenir aux erreurs qui ont cours sur les documents franciscains, et en signaler en quelques
1. Si quelqu'un de studieux se trouvait embarrassé par la rareté extrême de certains ouvrages cités, je me ferai un devoir et un plaisir de les communiquer, ainsi que la copie des manuscrits dltalie.
lignes Textrême importance, j'en prendrai deux pour exemple : nul parmi les contemporains n'a aussi bien parlé de saint François que M. Renan ; il 7 revient dans tous ses ouvrages avec une piété émue, et il était mieux à même que personne de connaître les sources de cette histoire. Cependant il n'hésite pas à dire, dans jes pages qu'il consacre au Cantique du soleil, Tœuvre la plus connue de saint François : « L'authenticité de ce morceau parait certaine, mais il faut remarquer qu'on n'en a pas l'original italien. Le texte italien qu'on possède est une traduction d'une version portugaise, laquelle était elle-même traduite de l'espagnol ^ »
Or le texte italien primitif existe^, non seulement dans de nombreux manuscrits en Italie et en France, — en particulier à la Mazarine ^, — mais aussi dans le livre fort connu des Conformités^.
Une erreur, d'une portée bien autrement grave, est celle que fait le même écrivain en niant l'authenticité du Testament de saint François : cette pièce n'est pas seulement la plus belle expression du sentiment religieux de son auteur, elle constitue aussi une sorte d'autobiographie et contient la révocation solennelle et à peine déguisée de toutes les concessions qui lui avaient
1. £. Renan. Nouvelles études d'histoire religieuse^ Paris 1884, in-8ûp. 331.