‹ Vie de s. François d'AssiseChapitre 170 sur 257 · Ad hœc, ut ipse dicehat, • . 1 Gel · texte numérisé non relu

Ad hœc, ut ipse dicehat, • . 1 Gel

poraiDes; elle n'est chez lui qu'une manifestation du sentiment de la nature, sentiment tout mystique, on dirait panthéiste, si ce mot n'avait un sens philosophique trop déterminé et absolument en opposition avec la pensée franciscaine.

Ce sentiment qui, chez les poêles du treizième siècle, est si souvent faux et maniéré, n'est pas seulement vrai >chez lui, mais il a quelque chose de vivant, de sain, de robuste^. C'est cette veine de poésie qui a rendu à r Italie conscience d'elle-même, lui a fait oublier en quelques années le cauchemar des idées cathares, et l'a arrachée au pessimisme. Par elle aussi, François est devenu l'initiateur du mouvement artistique qui a précédé la Renaissance, l'inspirateur de celte nuée de Préraphaélites, dessinateurs maladroits^ parfois grotesques, auxquels nous retournons aujourd'hui avec une sorte de piété, trouvant à leurs saints disgracieux une vie intime, une expression morale que nous cherchons en vain ailleurs.

Si la voix du petit pauvre d'Assise fut si bien

1. On a voulu comparer à cet égard François à quelques-uns de ses contemporains ; mais la similitude des mots fait éclater la diversité d'inspiration : qu'Honorius III dise : Forma rosœ est inferius angusia, superius ampla et significat quod Christus pauper fuit in mundo, sed est Dominus super omnia et implet universa. Nam sicut forma rosœ etc. (édit. Horoy t. I , col. XXIV et 804) et fasse tout un sermon sur le symbolisme de la ro^, ces dissertations alambiquées n'ont rien à voir avec le sentiment de la nature. C'est l'arsenal de la rhétorique médiévale, employé a disséquer un mot. Il y a là un effort intellectuel, et non un chant d'amour. L'imitation dira : Si votre cœur était droite toute créature serait pour vous un miroir de vie et un livre de sainte doctrine , lib. II» cap. 2. Le sentiment naïf de la beauté de la création est encore absent ici ; elle devient un pédagogue déguisé.

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entendue^ c'est qu*ici comme ailleurs, elle n'avait rien de coQveDU. Comme on est loin, avec lui^ de la piété effarouchée et pharisaïque de ces religieux qui défendaient l'accès des couvents aux femelles des animaux. Sa notion de la chasteté ne rappelle en rien cet excès de pruderie : un jour, à Sienne, il se fit donner des tourterelles, et les tenant dans le pan de sa tunique : «Tourterelles, petites sœurs, vous êtes simples, innocentes et chastes, pourquoi vous êtes-vous laissé prendre? Je vais vous sauver de la mort et vous faire des nids pour que vous puissiez procréer et multiplier, selon le commandement de notre Créateur. 2>

Il alla en effet faire des nids pour toutes, et les tourterelles se mirent à pondre, à couver et à élever leurs nichées sous les yeux des frères ^.

A Rieti, une famille de rouges-gorges était la commensale du monastère, et les petits venaient picorer sur la table même où les frères prenaient leur repas 2. Non loin de là> à Greccio ^, on apporta à François un levraut vivant qui avait été pris au piège : ce Viens à moi, lui dit-il, frère levraut. 2> Et comme la pauvre bête lâchée se réfugiait auprès de lui, il la prit, la caressa, et enfin la mit par terre pour lui rendre la liberté; mais elle revint à plusieurs reprises, si bien qu'il fallut la porter jusqu*à la forêt voisine, pour qu'elle consentît à reprendre sa liberté^.

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