‹ Vie de s. François d'AssiseChapitre 175 sur 257 · Cel · texte numérisé non relu

Cel

2. 1 Gel. 66; Cf. Bon. 180; 1 Gel. 67; Gf. Bon. 182; 1 Gel. 69; Bon. 183. Après la mort de saint François, les Namiates farent les plus empressés à venir prier sur son tombeau. 1 Gel. 128, 135, 136, 138,141; Bon. 275.

l'homue intérieur et le thaumaturge 209

De là, il parait s'être engagé dans la vallée de Rieti, où Greccio, Fonte-Colombo, San-Fabiano, Sant-Eleuthero, Poggio-Buscone conseryent ses traces mieux encore que les environs dV\ssise.

Thomas de Celano ne nous donne aucun détail sur la route suivie, mais s*étend par contre sur les succès de Tapôtre dans la Marche d'Ancône, et surtout à Âscoli. Les gens de ces contrées se rappelaient-ils encore les appels que François et Egide étaient venus leur adresser six ans auparavant (1209), ou faut-il croire qu'ils étaient tout particulièrement préparés pour comprendre TEvangile nouveau ? Quoi qu'il en soit, nulle part ailleurs on n'avait montré pareil enthousiasme ; TefTet des prédications fut si grand qu*une trentaine de néophytes reçurent immédiatement l'habit.

La Marche d*Ancône devait rester la province franciscaine par excellence. C'est là que sont Ofiida, San- Severino^ Macerata, Forano, Cingoli, Fermo, Massa et vingt autres ermitages où la pauvreté devait trouver pendant plus d'un siècle ses hérauts et ses martyrs; c'est de là que sont sortis Jean de l'Alverne, Jacques de Massa, Conrad d'Offida, Angelo Clareno, et ces légions de révolutionnaires anonymes, de rêveurs, de prophètes, qui depuis les frères extirpés en 1244 par le général de rOrdre, Grescentius de Jesi, ne cessèrent de se recruter, et, par leur fière résistance à tous les pouvoirs, écrivirent une des plus belles pages de l'histoire religieuse du moyen âge.

Ces succès, qui inondaient de joie Tâme de François, ne provoquaient pas chez lui le plus petit mouvement d*orgueiL Jamais homme n'a eu une plus grande puissance sur les cœurs, parce que jamais prédicateur ne

s'est moins prêché lui-même. Un jour frère Masseo voulut mettre sa modestie à Tépreuve :

«Pourquoi toi? Pourquoi toi? Pourquoi toi? répéta-t-il à plusieurs reprises, comme s'il avait voulu se railler de François.» — «Que veux-tu donc dire, s'écria enfin celui-ci.> — «Je veux dire que tout le monde te suit, chacun désire te voir, t'entendre, t'obéir, et pourtant tu n'es ni beau, ni savant, ni de noble famille. D'où vient donc que ce soit toi que tout le monde veut suivre ?»

— A l'ouïe de ces paroles, le bienheureuxQPrançois plein de joie leva les yeux au ciel, et après être resté un long moment absorbé dans sa contemplation , il s'agenouilla, louant et bénissant Dieu avec une ferveur extraordinaire. Puis se tournant vers Masseo : «Tu veux savoir pourquoi c'est moi que l'on suit ? Tu veux le savoir? C'est que les yeux du Très-Haut l'ont voulu ainsi : ils regardent sans cesse les bons et les méchants, et comme ces yeux très saints n'ont aperçu parmi les pécheurs aucun homme plus petit, ou plus insuffisant ou plus pécheur que moi, ils m'ont choisi pour accomplir l'œuvre merveilleuse que Dieu a entreprise \ il m'a choisi, parce qu'il n'en a pas trouvé de plus vil, et qu'il 'à. voulu ainsi confondre la noblesse et la grandeur, la force, la beauté et la science du monde i.»

Cette réponse jette un rayon de lumière sur le cœur de saint François : le message qu'il apporte au monde, c'est encore une fois la bonne nouvelle annoncée aux pauvres ; son but est la reprise de cette œuvre messianique entrevue par la Vierge de Nazareth dans son Magnificat, ce chant d'amour et de liberté, dans les

i. Spee, 103a; Fior. 10; Cf. Cow/brm. 50 b 1, 175 a 2.

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