‹ Vie de s. François d'AssiseChapitre 181 sur 257 · Gel · texte numérisé non relu

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Il y a de plus à cette piélé quelques caractères particuliers qu*il est nécessaire d'indiquer.

D'abord la liberté vis-à-vis des observances : Fraoçois sent tout ce qu'il y a de vide et d'orgueil dans la plupart des dévotions. II y voit un piège, car l'homme en règle avec les minuties du code religieux risque d'oublier la loi suprême de l'amour; de plus le religieux qui s'impose un certain nombre de jeûnes surérogatoires, se fait admirer par les simples, mais parle plaisir qu'il trouve à cette admiration, il fait de son œuvre pie un véritable péché. Aussi, chose étrange, à i'encontre des autres fondateurs d'ordres, est-il allé dans les diverses règles qu'il a faites^ en allégeant les observances *.

On ne peut voir là un simple hasard, puisqu'il eut à lutter contre ses disciples pour faire prévaloir sa volonté ; or précisément ceux qui étaient le plus disposés à se relâcher du vœu de pauvreté, étaient les plus désireux d'étaler à tous les yeux quelques pratiques dévotieuses.

oc Le pécheur peut jeûner, disait alors François, il peut prier, pleurer, se macérer, mais ce qu'il ne peut pas, c'est être fidèle à Dieu, ù Belle parole qui ne serait pas déplacée dans la bouche de celui qui est venu prêcher le culte en esprit et en vérité, sans temple, sans prêtre, ou plutôt, oïl tout foyer sera un temple et tout fidèle un prêtre.

Le formalisme religieux, dans quelque culte que ce

1. Secundum primam regulam fratres feria guarta et sexta^ et per licentiam beati Francisei feria secunda et sabbato jejunabant* Jord. 11. Cf. RegAWi^ cap. 3 et Reg. 1223, cap. 3, où le vendredi est le seul jour de jeûne conservé.

l'homme intérieur et le thaumaturge 223

soit, prend toujours des allures guindées et moroses. Les pharisiens de tous les temps, se défigurent le visage, pour que nul ne puisse ignorer leurs dévotions : François non seulement ne pouvait souffrir ces simagrées de la fausse piété, mais il mettait la gaieté et la joie au nombre des devoirs religieux.

Comment être triste, quand on a dans le cœur un trésor intarissable de vie et de vérité, qui ne fait que s'accrottre à mesure qu'on y puise? Comment être triste, quand, malgré bien des chutes, on ne cesse de progresser? Il y a pour Tâme pieuse qui grandit et se développe, une joie analogue à celle de Tenfant, si heureux de sentir ses pauvres petits membres se fortifier et lui permettre chaque jour un effort de plus.

Aussi le mot de joie est-il peut-être celui qui revient le plus souvent sous la plume des auteurs franciscains^ : le maître alla jusqu'à en faire un des préceptes de la Règle2.

Il était trop bon général pour ne pas savoir qu'une armée joyeuse est toujours une armée victorieuse. Il y a dans l'histoire des premières missions franciscaines des éclats de rire qui sonnent haut et clair^.

Au reste, on s'imagine souvent le moyen âge comme beaucoup plus triste qu'il n'a été. On souffrait beaucoup alors, mais l'idée de douleur n'étant jamais

4. 1 CeL 10; 22; 27; 31; 42; 80; 2 Gel 1, 1 ; 3, 65-68 ; Eccl. 5; 6; Jord. 21 ; Spec. 119 a; Conform. 143 a2.

2. Caveant fratres quod non ostendant se tristes extrinsecus nubilosos et hypocritas ; sed ostendant se gaiidentesin Domino, hilares et convenientea gratioaoB. Reg. 1221, cap. 7. Cf. 2 Gel. 3,68,

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