‹ Vie de s. François d'AssiseChapitre 243 sur 257 · Cel · texte numérisé non relu

Cel

«Pardonnez-moi, mon Père, lui dit un jour Tun d'entre eux, mais ce que je veux vous dire, beaucoup Font déjà pensé : vous savez comment jadis, par la grâce de Dieu, l'Ordre tout entier marchait dans le sentier de la perfection; pour ce qui regarde la pauvreté «tTamour, comme pour tout le reste, les Frères n'étaient qu'un cœur et qu'une âme. Mais depuis quelque temps tout cela a bien changé : il est vrai qu'on excuse souvent les Frères en disant que l'Ordre s'est trop agrandi pour maintenir les anciennes observances ; on va même jusqu'à prétendre que les infidélités à la Règle, telles que la construction do grands monastères, sont une source d'édification pour le peuple, si bien que la simplicité et la pauvreté primitives ne sont tenues pour rien. Evidemment tous ces abus vous déplaisent; mais alors, on se demande pourquoi vous les tolérez?»

— « Que Dieu te pardonne, mon frère, répondit François. Pourquoi m'accuser ainsi de choses auxquelles je ne peux rien? Tant que j'ai eala direction de l'Ordre et que les Frères ont persévéré dans leur vocation, j'arrivais malgré ma faiblesse à faire le nécessaire; mais lorsque j'ai vu que, sans souci de mes exhortations ni de mes exemples, ils marchaient dans la voie dont tu as^ parlé, je les ai confiés au Seigneur et aux ministres. Il est vrai que lorsque j'ai renoncé.à leur direction, alléguant pour motif mon incapacité, s'ils avaient marché selon mes désirs, je n'aurais pas voulu qu'avant ma mort ils eussent un autre ministre que moi :, malade, alité même, j'aurais trouvé la force de remplir les devoirs de ma^ charge. Mais cette charge est toute spirituelle; je ne veux pas devenir un bourreau pour frapper et punir comme les gouverneurs politiques ^»

1. Ces paroles sont empruntées à un long fragment cité par libertin de Casai, comme venant de frère Léon : Arhor vit. crue, lib, V,

Les plaintes de François devenaient si vives et si amères que, pour éviter le scandale, on ne laissa pénétrer auprès de lui qu'avec la plus grande prudence^.

Le désordre était partout et chaque journée apportait son contingent de sujets de tristesse. Le trouble jeté dans les idées sur la pratique de la Règle était extrême ; les influences occultes, qui avaient agi depuis quelques années, étaient parvenues à voiler Tidéal franciscain, non seulement pour des frères éloignés ou nouveaux, mais pour ceux-là même qui avaient vécu dans l'entourage du fondateur ^.

C'est dans ces circonstances que François dicta la lettre à tous les membres de l'Ordre, qui, dans sa pensée, était destinée à être lue à l'ouverture des chapitres et à y perpétuer sa présence spirituelle ^.

Il y reste parfaitement fidèle à lui-même; comme par le passé, il veut entraîner les frère», non par des

cap. s. C'est sûrement un morceau de la Légende des Trois Compagnons : On le retrouve textuellement dans les Tribulations. Laur. f» 16 b avec quelques phrases en plus à la fin. Cf. Conform. 136 a 2; 143 a 2; Spec. 8 b ; 26 b; 50 a; 130 b; 2 Cel. 3, 118.

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