‹ Vie de s. François d'AssiseChapitre 26 sur 257 · ËTLDB CRITIQUE DES SOURCES XLIX · texte numérisé non relu

ËTLDB CRITIQUE DES SOURCES XLIX

Le long travail du BoUaudiçte Suysken est vicié par un défaut analogue : rivé à son principe que les plus anciens documents sont toujours les meilleurs ^, il s'est établi sur la Première Vie par Thomas de Celano comme sur un roc inébranlable et a jugé toutes les autres légendes à travers celle-là^.

Quand on rattache lejs documents aux circonstances troublées de leur apparition, quelques-uns perdent un peu de leur autorité, d'autres qui avaient été négligés, comme étant en contradiction avec les témoignages devenus quasi officiels, reprennent tout à coup voix au chapitre, tous enfin gagnent une vie qui double leur intérêt.

Ce changement de point de vue dans Tappréciation des sources, cette critique que je serais tenté d'appeler solidaire et organique, amène une transformation profonde dans la biographie de saint François. Par un phénomène qui peut sembler étrange, on arrive à tracer de lui un portrait qui se rapproche bien plus de celui qu'il a dans l'imagination populaire en Italie, que de celui qu'en ont fait les savants historiens mentionnés plus haut.

Lorsque François mourut (1226), les partis qui divisaient l'Ordre étaient déjà entrés en lutte. Cet événement précipita la crise : frère Elie remplissait depuis cinq ans les fonctions de ministre général avec le titre de vicaire. Il déploya une stupéfiante activité. Investi de la confiance de Grégoire IX, il écarta les eelanti

1. Il va sans dire que je ne veux pas m*élever contre ce principe, un des plus féconds de la critique, mais encore ne faut-il pas remployer isolément.

2. Les travaux d'érudition parus en Allemagne dans ces dernières années pèchent par le même défaut. On les trouvera cités en temps utile dans le corps de Touvrage.

des charges, fortifia la discipline jusque dans les provinces les plus éloignéesi obtint de nombreux privilèges de la curie, et prépara avec une incroyable rapidité la construction de la double basilique où devaient reposer les cendres du Stigmatisé ; mais malgré tous ses efforts, le chapitre de 1227 le laissa de côté et choisit Jean Parenti comme ministre général.

Furieux de cet échec, il mit aussitôt tout en œuvre pour être nommé au chapitre suivant. Il semble même qu'il n'ait tenu aucun compte de la nomination de Jean Parenti, et qu'il ait continué à se comporter comme s'il eût été ministre ^.

Très populaire parmi les Assisiates, tout éblouis de la magnificence du monument qui surgissait sur la Colline de V enfer, devenue la Colline duparctdis] sûr d'être appuyé par une partie considérable de l'Ordre et par le pape, il poussa les travaux de la basilique, avec une décision et un bonheur peut-être uniques dans les annales de l'architecture'.

1. Eccl. 13. Voluerunt ipai, quos ad capitulum concesse>*at venire frater Helias; nam omnes concessit etc. An. fr. t. I, p. 241. Cf. Mon. Germ. hist. Script, t. 28., p. 564.

2. La mort de François est du 3 cet. 1226. Le 29 mars 1228 Elle reçoit l'emplacement de la basilique. VInstrumentum donationis est conservé encore aujourd'hui à Assise : Pièce n« 1 du deuxième paquet d' Instrumenta diversa pertinentîa ad Sacrum Conventum. Il a été publié par Thode : Franz von Àssisi, p. 539.

Le 17 juillet de la même année, lendemain de la canonisation, Grégoire IX posait solennellement la première pierre.

Moins de deux ans après, l'église basse était terminée et^le 25 mai 1230 on y transportait le corps du Saint.

En 1236, l'église supérieure était achevée à son tour. Elle était déjà décorée d'une première série de fresc[ues, et Giunta Pisano peignait Elle do grandeur naturelle, agenouillé au pied du crucifix au-dessus de l'entrée du chœur.

En 1239, tout était parachevé, et le campanile recevait les fi-

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