Bulle Quo elongati du 23 septembre 1230. Voir p
ETUDE CRITIQUE DES SOURCES XLVIl
grande que l'autorité officielle des ministres et des gardiens. Le peuple se tournait d'instinct vers eux comme vers les véritables continuateurs de Tœuvre de saint François. Ce n'était pas sans raison.
Us avaient la vigueur, la véhémence des convictions absolues; Teussent-ils voulu, ils n'auraient pas pu transiger. On les voyait apparaître tout à coup dans les villes ou les villages pour sommer les grands aussi bien que le peuple de faire pénitence. Lorsqu'ils descendaient de leurs ermitages des Apennins, les jeux brillants de fièvre, perdus encore dans la contemplation, tout dans leur personne racontait leurs radieuses visions ; et la foule étonnée et subjuguée s'agenouillait pour baiser la trace de leurs pas, le cœur mystérieusement troublé.
Un groupe plus nombreux était celui des frères qui, sans être moins saints, condamnaient ces allures. Nés loin de l'Ombrie, dans des contrées où la nature semble une marâtre, où l'adoration, bien loin d'être l'acte instinctif de l'âme heureuse s'épanoaissant pour bénir le Père céleste, est au contraire le cri de détresse de l'atome perdu dans l'immensité, ils voulaient surtout une réforme religieuse, rationnelle et profonde. Ils rêvaient de ramener l'Eglise à la pureté des anciens jours, et voyaient dans le vœu de pauvreté, entendu dans le sens le plus large, le meilleur moyen de lutter contre les vices du clergé; mais ils oubliaient ce qu'il y avait en, dans la mission de saint François, de fraîcheur, de gaieté italienne, de poésie ensoleillée.
Pleins d'admiration pour lui, ils voulaient cependant élargir la base de son œuvre, et pour cela ne renoncer à aucun moyen d'influence, surtout pas à la science.
Cette tendance dominait en France, en Allemagne et en Angleterre.
En Italie elle était représentée par une fraction très
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pui8saiit6| sinon par le nombrOi da moins par Tautorité de ses représentants. C'était celle que favorisait la papauté. Ce fut celle de frère Elie et de tous les ministres généraux de l'Ordre au XIII* siècle, si on en excepte Jean de Parme (1247—1257) et Raymond Gaufridi (1289—1295).
Dans la Péninsule, un, troisième groupe, celai des relâchés, était de beaucoup le plus nombreux : les hommes vulgaires auxquels la vie monastique paraissait la plus facile existence, les moines girovagues heureux de s'attirer un regain de succès en étalant la Règle nouvelle, y formaient la majorité de la famille franciscaine.
On comprend sans peine que des documents émanés de milieux si divers portent l'empreinte de leur origine. Les hommes qui vont nous apporter leur témoignage, sont les combattants de la lutte sur la question de la pauvreté, lutte qui a troublé l'Eglise pendant deux siècles, passionné toutes les consciences, et qui a eu ses bourreaux et ses martyrs.
Pour déterminer la valeur de ces témoignages, il faut donc avant tout en rechercher l'origine. Il est évident qu'un récit des intransigeants de droite ou de gauche peut n'avoir qu'une très mince valeur s'il s'agit de points controversés ; d'où la conclusion, que l'autorité d'un narrateur peut varier de page à page ou même de ligne à ligne.
Ces idées, si simples qu'on a presque besoin de s'excuser de les exprimer, n'ont cependant jamais guidé ceux qui ont étudié la vie de saint François. Les plus savants, comme Wadding et Papini, ont juxtaposé les récits des divers biographes, élaguant çà et là ceux qui étaient par trop contradictoires ; mais ils ont fait cela au hasard, sans règle ni méthode, guidés par l'impression du moment.