ÉTDDB CRITIQUE DES SOURCES LVII
mais quelques renseignements sont nécessaires pour replacer les documents dans leur milieu.
Elu ministre général en 1282^ frère Elie en profita pour travailler avec une indomptable fermeté à la réalisation de ses idées. De nouvelles collectes furent organisées dans toutes les provinces pour la basilique d'Assise dont les travaux étaient poussés avec une activité qui n'a nui ni à la solidité de l'édificCi ni à la beauté des détails, aussi achevés et aussi parfaits que dans aucun monument de l'Europe.
On conçoit les sommes énormes qu'il avait fallu drainer pour mener à bieui en si peu de temps, une pareille entreprise. De plus, frère Elie avait exigé de tous ses subordonnés une obéissance absolue : nommant et destituant les ministres provinciaux selon ses vues personnelles, il négligeait de convoquer le chapitre général et envoyait dans toutes les provinces ses émissaires, sous le nom de visiteurs, pour y assurer l'exécution de ses ordres.
Les modérés d'Allemagne, de France et d'Angleterre trouvèrent bien vite ce joug insupportable. Il leur était dur d'être dirigés par un ministre italien résidant à Assise, bourgade placée en dehors des voies de la civilisation, tout à fait étrangère au mouvement scientifique concentré dans les universités d'Oxford, Paris et Bologne.
Us trouvèrent, dans l'indignation des zélanti contre Ëlie et son mépris de la Règle, un appui décisif. Le ministre n'eut bientôt, pour se défendre, que son énergie, la faveur du pape et de rares modérés italiens. Il réprima plusieurs tentatives de révolte par un redoublement de vigilance et de sévérité.
Ses adversaires arrivèrent cependant à s'assurer des intelligences en cour de Rome ; le confesseur du pape fut même gagné ; malgré tout, le succès de la conspiration était encore incertain quand s'ouvrit le chapitre de 1239.
Grégoire IX ^ encore favorable à Élîe^^ le présidait. La peur donna tout à coup du courage aux conjurés ; ils jetèrent leurs eccusations à la face de leur ennemi.
Thomas d'Eccleston nous fait un récit coloré de ce qui se passa. Ëlie fut fier^ violent; même menaçant. II 7 eut alors, des deux côtés, des cris, des vociférationa ; on allait en venir aux mains, lorsque quelques mots du pape ramenèrent le silence. Sa résolution était prise: il abandonnerait son protégé. Il lui fit demander sa démission. Elie, indigné, refusa.
Alors Grégoire IX expliqua qu'en le maintenant en charge, il avait cru répondre au vœu de la majorité, qu'il n'entendait pas Timposer à l'Ordre, et que, puisque les frères ne voulaient plus de lui, il le déclarait déchu du généralat.
La joie des vainqueurs, dit Eccleston, fut immense et ineffable. Us choisirent Albert de Pise, provincial d'Angleterre, pour lui succéder, et mirent dès lors tout en œuvre pour représenter Élie comme une créature de Frédéric II'. L'ancien ministre écrivit bien au pape pour expliquer sa conduite, mais la lettre ne parvint pas à destination. Elle avait dû passer par les mains de son successeur qui ne la remit pas : lorsque Albert de Pise fut mort, on la trouva dans sa tunique ^.
1. En 1238 II avait envoyé Élie à Crémone, chargé d'une mission pour Frédéric II. Salimbene ann. 1229. » V. aussi l'accueil de Grégoire aux appelants contre le général : Jord. 63.
2. Voir la lettre de Frédéric II à Élie sur la translation de sainte Elisabeth, mai 1236. Winkelmann, Acta, t. I, p. 299. Cf. Huillard- Bréholles. Hist. dipl, Intr. p. ce.
8. Les éléments de ce récit sont : Catalogua Ministrorum de Bernard de Besse, ap. Ehrle, Zeitschriflj t. 7 (1883) p. 339. Spéculum 207 b et surtout 167 a— 170 a. Eccl. 13. Jord. 61—63. Spéculum Morin, tract. I, f» 60 b.