ETUDE CRITIQUE DES SOURCES UX
Toute la furear du vieux pontife se déchaîna contre Élie. Il faut lire les documents pour voir à quel diapason elle pouvait monter. Le frère riposta avec une virulence moins verbeuse^ mais plus accablante encore ^ Ces événements eurent à travers toute l'Europe un retentissement inimaginable^^ et jetèrent dans l'Ordre un trouble profond. Beaucoup de partisans d'Élie se laissèrent persuader qu'ils avaient été trompés par un imposteur et se rapprochèrent du groupe des zélateurs qui ne cessait de réclamer l'observation pure et simple de la Bègle et du Testament.
Thomas de Celano fut de ce nombre 3. Il voyait avec une profonde tristesse les influences innombrables qui travaillaient sourdement l'institut franciscain et le menaient à sa ruine. Déjà dans les couvents circulait un refrain chantant la victoire de Paris sur Assise, c'est-àdire de la science sur la pauvreté.
Les zélateurs reprenaient courage. Peu accoutumés aux subtilités de la politique ecclésiastique, ils ne comprenaient pas que le pape, tout en maudissant frère Élie,
i. A$8er^at etiam ipse prœdictus f rater Helyas . . . papam . . . fraudem faeere de pecunia collecta ad succursum Terrœ Sanctœ, scripta etiam ad heneplacitum suum in caméra sua bullare clam et sine fratrum assensu et etiam cedula^ vacuas^ sed bullatas, multas nunciU suis traderet . , . et alia multa enortnta impoauit domino papce^ ponens ob suum in celo. Matth. Paris, Chron, Maj. ann. 1239, ap. Mon. Ger. hist. Script, t. 28, p. 182. Cf. Ficker, n. 2685.
2. V. Ryccardi de S. Germano chron, ap. Mon. Gorm. hist. Script, t. 19, p. 380, ann. 1239. — La lettre de Frédéric se plaignant de la déposition d'Éiie (1239): Huillard-Bréholles, Hist. Dipl. Y. p. 346—349. Cf. la Bulle, Attendite ad petram, fin février 1240, ibid. p. 777—779. Potthast, 10849.
3. Il était sans doute aussi parmi les plus ardents adversaires de Temperenr. Son \illage avait été brûlé sur Tordre de Frédéric II en 1224, et les habitants transportés en Sicile, puis à Malte. Richird de S. Germano, loe. cit. ann. 1223 et 1224.
ne modifiait en rien rorientation générale qu'il avait donnée k l'Ordre. Les ministres généraux Albert de Pise (1239—1240), Aimon de Faversham (1240—1244), Crescentius de Jesi (1244 — 1247) furent tous, avec des nuances diverses, les représentants du parti modéré.
La première légende de Thomas de Celano était devenue impossible. Le rôle qu'il j donnait à Elie était presque un scandale. La nécessité de la remanier et de la compléter s'imposa clairement au chapitre de Gênes (1244).
Tous les frères, qui avaient quelque chose à raconter sur la vie de François, furent invités à le mettre par écrit et à l'adresser au ministre Crescentius de Jesi K Celui-ci fit immédiatement rédiger, sous forme de dialogue, un opuscule qui commençait par les mots: Venerabilium gesta Fatrum. Déjà au temps de Bernard de Besse on n'en avait plus que des fragments^.
Mais heureusement, plusieurs des travaux qui virent le jour à la suite de la décision de ce chapitre nous ont été conservés. C'est à elle que nous devons la Légende des Trois Compagnons et la Seconde Vie par Thomas de Celano.
1. Y. le prol. de 2 Gel. et des 3 Soc. Cf. Glassber^r, ann. 1344. An. fr. t. II, p. 68. Spéculum Morin, tract. I, 61 b.
2. Caialogus Ministrorum, édité par Ehrle: Zeitschriftf t. 7, (1883) n* 5. Cf. Spec, 208 a. Marc de Lisbonne en parle un peu pins longuement, mais il en fait honneur à Jean de Parme, éd. Diola, t. II, p. 38. D'autre part, dans le manuscrit 691 des archives du Sacro-Gonirento à Assise, (c'est un catalogue de la bibliothèque du couvent fait en 1381) on trouve, f» 45 a, l'indication de cet ouvrage: • Dyalogus sanctorum fratrum cum postihus ci^us principium est : Venerahilia gesta patrum dignosque memoria , finis veto : non indigne feram me quoque reperisse consortem. In quo lihro omneê quatemi sunt X12L