IV. La Chronique des Tribulations par Angelo Clareno
Cette chronique fut écrite aux environs de 1330 : on pourrait donc s'étonner de la voir paraître au nombre des sources à consulter sur la vie de saint François mort plus d'un siècle auparavant ; mais le tableau que
V. Ehrle, Zeitschrift fur hath. Theql. (1883), t. VII, p. 767 et 768. On lira avec intérêt le travail de M. Glédat. Le fratre Salim" bene et de e^us chronicœ auctoritate. Paris in-4«. 4877, avec Ucr simile.
1. Le R. P. Ehrle Ta publiée, mais hélas pas intégralement, dans les Ârchiv, t. II, p. 125-155 : texte de la fin de la cinquième et de la sixième tribulation ; p. 256-327 texte de la troisième, de U quatrième et du commencement de la cinquième. Il y a joint des introductions et des notes critiques. Pour les parties non publiées je citerai le texte du manuscrit de la Laurentienne (Plut. 20, cod. 7) complété le cas échéant par la version italienne qui se trouve' à la bibliothèque nationale de Florence (MagliabecchinaXXXVII-28). Voir aussi un article du prof. Tocco* djins VArchivio siorieo italiano, t. XVII (1886), p. 12-36 et 243-61 et un de M. Richard : Bibliothèque de l'École des chartes, 1884, 5« livr., p. 525. — Cf. Tocco, VEresia net medio Evo, p. 419 ss. Quant au texte publié par DôUînger dans ses Beitrâge zur Sektengeschichte des MUtelalten. Munich 1890, 2 vol. in-8% IL Theil Dokumente, p. 417-427, il ne saurait être d'aucune utilité. Il ne peut qu'induire en erreur, tant il surabonde de fautes grossières. Des pages entières y sont omises.
Clareno nous y fait des premiers temps de TOrdre tire son importance du fait qu'il l'a tracé en faisant sans cesse appel à des témoins oculaires^ et précisément à ceux dont les ouvrages ont aujourd'hui disparu.
Angelo Clareno appelé d'abord Pietro da Fossombrone ^ du nom de sa ville natale, et parfois da Cingoli, sans doute à cause du petit couvent où il fit profession, appartenait déjà vers 1265 au parti des zélanti de la Marche d'AncÔne. Traqué et persécuté par ses adversaires pendant toute sa vie, il mourut en odeur de sainteté, le 15 juin 1339, dans le petit ermitage de Santa Maria de Aspro, au diocèse de Marsico dans la Basilicate.
Grâce aux documents publiés, nous pouvons maintenant suivre pour ainsi dire jour par jour, non pas seulement les circonstances extérieures de sa vie, mais le travail intérieur de son âme. Avec lui nous voyons revivre un Franciscain authentique, un de ces hommes qui, tout en voulant rester les fils soumis de l'Eglise, ne pouvaient se résoudre à laisser s'envoler dans le domaine du rêve, l'idéal qu'ils avaient salué. Bien souvent ils côtoyèrent l'hérésie ; il y a dans leurs paroles contre les mauvais prêtres et les pontifes indignes une amertume que les sectaires du XYP siècle ne dépasseront pas*. Souvent aussi ils semblent renoncer à toute autorité pour en appeler en dernier ressort au témoignage intérieur du Saint-Esprit', et pourtant le protestantisme