ETUDE CRITIQUE DES SOURCES CXY
des auteurs qui en ont parlé K II est juste d'ajouter à leur décharge qu'il serait difficile de trouver un ouvrage d'une lecture plus pénible : les mêmes faits 7 reviennent jusqu'à dix et quinze fois et finissent par fatiguer les nerfs les moins délicats.
C'est à cela sans doute qu'il faut attribuer l'oubli dans lequel on le laisse. Je n'hésite cependant pas à 7 voir l'ouvrage le plus important qui ait été fait sur la vie de saint François. Evidemment l'auteur ne se place pas au point de vue de la critique historique telle qu'on la comprend aujourd'hui, mais s'il faut renoncer à voir en lui un historien, on peut hardiment le placer au premier rang des compilateurs^.
Les BoUandistes, en l'étudiant à fond, auraient vu bien plus clair dans la difficile question des sources, et auraient épargné aux auteurs qui les ont suivis une foule d'erreurs et d'interminables recherches.
1. Je n'ai pas à m*occuper ici des sottes attaques de quelques auteurs protestants contre ce li^re. Ceci est une querelle de théologiens qui n'intéresse en rien Thistoire. Nulle part Barthélémy de Pise ne £ait de saint François Tégal de Jésus, et il lui arrive même de prévenir la critique à cet égard. Y. 142 a 2.
Les BoUandistes sont aussi bien sévères : « Cum Piaanus fuerit scriptor magis plus et credului quam crisi severa usua ...» A. SS. p. 551 e.
2. Il a évité les erreurs si regrettables commises par Wadding dans sa liste des ministres généraux. V. 66 a 2, 104 al, 118b 2. 11 avait été lecteur en théologie à Bologne, Padoue, Pise, Sienne et Florence. Il prêcha de longues années et avec un grand succès dans les principales villes de la Péninsule et put ainsi profiter de ses tournées pour recueillir d'utiles indications. Marc de Lisbonne nous a conservé une notice sur sa vie. Y. Croniche dei froH Minori, t. III , p. 6 ss. de l'édition Diola. — Il mourut le 10 déc. 1401. — Pour plus de détails voir Wadding ann. 1399, YII, VIII et surtout Sbaralea, Supplementum p. 109. Il est l'auteur d'une Exposition de la Règle peu connue qu'on trouve dans le Spéculum Morin, Rouen 1509, fo 66 &-83 a de la troisième partie.
Partant de l'idée que la vie de François avait été une imitation parfaite de celle de Jésus, Barthélémy voulut rassembler, sans en laisser perdre un seul, tons les traits de la vie du Poverello épars dans les diverses légendes encore connues de son temps.
Il regrettait que Bonaventure, en empruntant les récits de ses prédécesseurs, les eût souvent écourtés i, et voulait les conserver dans leur fleur originale. Mieux placé que personne pour mener à bien un pareil travail, puisqu'il avait à sa disposition les archives du Sacro-Convento d'Assise, on peut dire qu'il n'a rien omis d'important et qu'il a fait entrer dans son ouvrage des morceaux considérables de presque toutes les légendes qui parurent au treizième et au quatorzième siècle ; on ne les y retrouve que par fragments, il est vrai, mais avec une parfaite exactitude ^.
Lorsque ses recherches n'aboutissent pas il l'avoue simplement, sans vouloir compléter les témoignages écrits par ses propres suppositions^. Il va plus loin et
1. Ce sentiment est exprimé d'une façon discrète. Par exemple f> 207 a 1 Barthélémy raconte le miracle du chapitre des nattes d'abord d'après saint Bonaventure , puis il ajoute : « Et quia non aliter tangit dicta pars {legendœ majoris) hoc insigne miraeulum: antiqua legenda hoc refertur in hune modum,* Cf. 225 a 2 m. ^Et quia fr. Bonaventura succincte multa tangit et in brevi : pro evidentia prefalorum notandum est.. . ut dicit antiqua legenda, s
2. Il faut cependant prendre garde que non seulement entre les éditions publiées il y a des différences considérables, mais que la première (celle de Milan 1510) a été complétée et remaniée par son éditeur. Les jugements portés sur Raymond Gaufridi, 104a 1, et Boniface VIII, 103 b 1 , portent la trace de retouches postérieures (Cf. 125 a 1. — Au fo 72 a 2 m. est indiquée la date de la mort de saint Bernardin, qui est de 1444 etc.). De plus on est étonné, à côté de pages où les sources sont indiquées avec clarté, d'en trouver d'autres où les récits se suivent venant on ne sait d'où.
3. F« 70 a 1. uCujus nomen non reperi%, 1 a 2 9.Multa<^e non ex industria sed quia ea noscere non valui omittendo, •
ÉTODB CRITIQUE DES SOURCES CXVIl
fait un véritable triage parmi les documents qu'il a sous les yeuX; laissant de côté ceux qui lui paraissent peu sûrs^. Enfin il a soin d'indiquer les passages dans lesquels il n'a pour autorité qu'un témoignage oral'.
Comme il cite presque continuellement les légendes de Celano, des Trois Compagnons et de Bonaventure, et que ces citations se trouvent à la vérification littéralement exactes, aussi bien que celles du Testament, des diverses règles, ou des bulles pontificales, il semble naturel d'en conclure qu'il aura porté la même exactitude dans les citations que nous ne pouvons pas contrôler et dans lesquelles nous retrouvons de longs fragments d'ouvrages qui ont disparu^.
1. F® 78 a i. fklnformationes quas non scribo quia imper feC' tas reperi. » Cf. 229 b 2. « De aliis multis apparitionibus non reperi scripturanij quare hic non pono. »
2. F<» 69 a 1 . « Hec ut audivi posui quia ejus legendam non vidi, 0 Cf.: 68 b 2 m. «Fr. Henricus generalis minister tnihi ma'gistro Bartholomeo dixit ipse oretenus,
3. Les citations de Bonaventure sont de beaucoup les plus fréquentes : on ne saurait s'en étonner, puisque cette légende était la biographie officielle de saint François ; le chapitre auquel Barthélémy emprunte les passages est presque toujours indiqué, et, cela va sans dire, d'après la division ancienne en quinze parties. Ouvrant le livre au hasard au folio 136 a, je ne trouve pas moins de sii renvois à la Legenda major rien que dans la première colonne.
Pour donner une idée de la manière de Barthélémy de Pise, je vais donner en aperçu le contenu d'une page de son livre. Voici par exemple le f» 111 a (Lib. I, conform, X, pars II, Franciscus predicator). Dès la troisième ligne il cite Bonaventure : « Fr, Bonaventura in quarta parte majoris légende dicit quod b, Franciscus videbatur intuentibus homo alterius seculi. » Citation textuelle de Bonaventure, 45. — Trois lignes plus loin : « Verum quaîis e»e( b. F. quoad personam sic habetur in legenda antiqua . . . 'urnio facundissimus, facie hilaris etc. Suit la citation littérale du portrait de François tel que le donne 1 Gelano 83 jusqu'à: inter peeecUores quasi unus ex illis^ et pour bien marquer la fin de la citation Barthélémy ajoute: tHec legenda antiqua. » — A la colonne suivante, le paragraphe 4 commence par les mots : B, Fran^
Les citations qu'il fait de Celano ne présentent ancone difficulté; elles sont toutes exactes, correspondant tantôt & la Première, tantôt à la Seconde Légende K
Celles de la Légende des Trois Compagnons sont exactes ; mais il semble que Barthélémy les ait puisées dans un texte passablement différent de celui que nous ayons ^
Là où la question se complique et devient délicate,
eisci predicatûmem reddtbai mxroJbilem et glonosam ipsiui ioncii loquutio : etenim legenda trium Sociorutn dieit et Legenda major parte tertia : B. Franchei eloquia erant non inania, nec risu digna etc. ce qui correspond littéralement à 3 Soc. 25 et Bon. 38. Puis viennent deux chapitres de Bonaventure presque en entier, introduits par : In duodecima parte légende majoris dieit Fr, Bonaventura : ErcU enim verbum ejus etc. Citation textuelle de Bon. 178 et 179. — La page se termine par une nouvelle citation de Bonaventure : Sic dicebat prout récitât Bonaventura in octava parte Légende maiorie ; Hoc officium patri misericordiarum V. Bonav. 102 fin et 103 intégralement.-
Geci sulBt sans doute pour montrer avec quelle précision les sources sont citées dans cet ouvrage, avec quelle attention et quelle confiance doivent être examinées les parties qu'il nous conserve de documents perdus ou égarés.
1. F« 31 b 2 : ut dieit fr. Thomas in sua legenda. Cf. 2 Gel 3, 60. — 140 a 2. Fr. in leg, fr. Thome, Gf. 2 Gel. 3, 60. — 140 a 1, Gf. 2 GeL 3, 16. — 142 b 1. Fr. m leg. fr. Thome capitule de charitate, Gf. 2 Gel. 3, 115. — 144 b 1. Fr. in leg. fr. Thome capitulo de oratione, Gf. 2 Gel. 3, 40. — 144 b 1 , Gf. 2 Gel. 3, 65. - 144 b 2, Gf. 2 Gel. 3, 78. — 176 b 2, Cf. 2 Gel. 3, 79. - 182 b 2, Cf. 2 Gel. 2, 1. -^ 241 b 1, Gf. 2 Gel. 3, 141. — 181 a 2, Gf. 1 Gel. 27. Il va sans dire que ces listes de citations n'ont pas la prétention d'être complètes.
2. Fo 36 b 2. Ut enim habetur in leg. 3 Soc. Gf. 3 Soc. 10. - 46 b 1, Gf. 3 Soc. 25-28. — 38 b 2, Gf. 3 Soc. 3. — Hl a2, Gf. 3 Soc. 25. — 134 a 2, Gf. 3 Soc. 4. —142 b 2, Gf. 3 Soc. 57 et 58. — 167 b 2 Gf. 3 Soc. 3 et 8. — 168 a 1, Gf. 3 Soc. 10. — 170 bl, Cf. 3 Soc. 39, 4. — 175 b 2, Cf. 3 Soc. 59. — 180 b 2, a. 3 Soc. 4. — 181 al, Gf. 3 Soc. 5, 7,24, 33 et 67. — 181 a2, Ct 3Soc. 36. — 229 b 2, Gf 3 Soc. 14, etc. La légende des 3 Soc. que Barthélémy avait sous les yeux était bien telle que nous l'avons aujourd'hui, car il dit, 181 a 2, en se référant à 3 Soc, 67 : « ^^ habetur quasi in fine leg, 3 Soc.