‹ Vie de S. Vincent de Paul, instituteur et premier supérieur général de la Congrégation de la missionChapitre 11 sur 80 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

CIS QUI S£ PASSA EN LA CONVERSION D^ QUELQUES» HiUTIQIIEi» ()UÇ M. VINCENT RAMENA HEUREUSEUENT i h'ÉGhl&V GAlil0UQII9«

Ce fut pendant le temps qu'il travaSlait à Châtillon , que Dieu se servit de son zèle et de sa prudence pour désabuser quelques esprits engagés dans rhérésie , et les remettre dans le chemin de la vérité.

Nous rapporterons seulement ici ce qui se passa en la conversion de deux de ces hérétiques entre plusieurs autres, qui ont, après Dieu, roMigatibn au zèle de M. Vincent, d'avoir par ses charitables entreprises recouvré le don de la Foi, que l'hérésie leur avait ftiit perdre.

Le premier fut un jeune homme de Châtillon, nommé M. Bénier, néde parents hérétiques qui l'avaient soigneusement instruit dansleurs erreurs. Il était iils unique et avait hérité de grands biens de ses parents, dont 11 usait assez mal ; et la mauvaise liberté que lui donnait sa fausse religion, le portait aune vie fbrt dissolue et libertine. M. Vincent, touché d'un vrai zèle de la gloire de Dieu , et désirant retirer cette proie des mains des démons et la remettre à Jésus-Christ, s'insinua petit à petit dans l'amitié de ce jeune homme , et quoiqu'il passât dans Fesprit de tous ceux qui le ce»naissaient pour un débauché , il ne laissait pas de l'aller souvent visiter, et de s'entretenir avec lui; ce qui donnait beaucoup d'étonnement à un chacun , non sans quelque jalousie des ministres de OifttiUon, qui ne se souciaient pas que M. Bénier continuât ses d^auches , pourvu qu'il ne quittât point leur parti. Us commencèrent d'en prendre quelque ombrage lorsqu'ils le virent plus modéré qu'auparavant; car ce fut la première démarche que M. Vincent hii fit faire pour le mieux dispeser à reconnaître et embrasser la vérité : et enfin son heure étant venue , et Dieu lui ayant ouvert les yeux et toucha lefiCHir, il quitta en mèmç

teopset 665 débauches etsesbérésies, et se porta tout d'un coup si avant dans la pratique des vertus dirétiennes , qu'il fit résolution de gar* der le célibat toute sa fie , et en une semaine il remit deux ou trois métairies à des personnes auxquelles il craignait que son père n'eût pas donné une entière satisfaction, bien qu'aucun ne s'en plaignit; et pour le surplus de son bien, il s'en servit pour faire des aumônes et autres oeuvres de piété; M enfin, par son testament, U employa le reste en plusieurs legs pieux , et particulièrement an une ibndation pour établir les Pères Capucins à Chàtillon. C'est le Révérend Père Desmoulins de l'Oratmre, alors supérieur en la ville de Màcon , qui a eu une particulière connaissance de ces heureux eflfets de la grâce de Dieu en ce vertueux converti, et qui en a rendu un fidèle témoignage par un écrit dans lequel il met entre autres choses , « que ce qui lui a semblé plus remartjuable en cette conversion de mœurs aussi bien que de créance, et qui «ait plus à notre sujet , est que Dieu s'étant servi de M. Vincent pour la faire (ce sont ses propres termes), il en laissa néanmoins tout l'honneur B ceux qui n'y avaient aucune autre part que d'avoir assisté à Tabjuration et donné l'absolution; laquelle, bien qu'il l'eût pu donner suivant l'ordre de M. de Marquemont , archevêque de Lyon, son humilité ne lui permit pas d'en recevoir l'honneur qu'il voulut déférer à d'autres. •

Le second hérétique que M. Vincent ramena à l'Église , fut M. Garron, qui se retira depuis à Bourg, ville capitale de Bresse : c'est par lui-même que l'on a appris sa conversion de l'hérésie, en ayant écrit une lettre de reconnaissance à M. Vincent , en date du 27 août 16S6 , c'est-à-dire quarante ans ou environ après cette conversion.

« Voici, lui dit-il , l'un de vos enfants en Jésus-Clirist , qui a recours à votre bcmté paternelle , dont il a ressenti autrefois les effets , lorsque l'enfisintant à l'Église par l'absolution de l'hérésie, que votre charité lui donna publiquement en l'église de Ch&tillon-lès-Dombes, Tannée 1617, vous lui enseignâtes les principes et les plus belles maximes de la religion catbûii^e, apostolique et romaine , en laquelle , par la misérieorde de Dieu , j'ai persévéré , ^t mphre de eontmuer le reste de ma vie : Je suis ce petit Jean Garron , neveu du siéor Ëeynier de Ghfttillon , m la maison duqud vous logiez pemtont que vous Utes séjour audit Chàtillon. Je vous supplie de me donner le secours qui m'est nécessaire pour m'empédier de rien faire contre les desseins de Dieu : J'ai un fils unique qui , après avoir achevé ses classes, a formé le dessein de se fistire jésuite ; c'est le fils le plus avantagé des biens de la fortune qui soit en toute cette pro« vince : que dois^|e fiiire ? mon doute procède de deux choses , etc. • 11 déduit ensuite les raisons pour et contre ce dessein , et eonolut abiai t « Je eraifn de faillir, et j'ai cru que vous me feriea la ^àce de deniier

vos avis Idss us à Tun de vos ea&nts, qui vous en supplie très^humblement. Vous agréerez que je vous dise que dans Châtillonrassociatioa de la Charité des servantes des pauvres est toujours en vigueur. >

On ne sait pas quelle réponse M. Vincent fit à cette lettre ; mais ce qu'elle contient fait assez voir la grftce que Dieu lui avait donnée de connaître parfaitement les cœurs, et en enseignant la vérité, dlnspirer aussi Tamour de la vraie vertu et de la solide piété. Voilà un père de famille des plus riches de sa province, qui n'a qu'un fils unique qu'il chérit tendrement , qui le veut quitter et le priver de la plus douce con* solation qu'il eût au monde ; cependant il ne consulte point la chair ni le sang , mais s'adresse à celui duquel , après Dieu , il tenait la vie de son àme , et lui demande ses avis pour connaître ce que Dieu désire de lui en une telle rencontre ; étant tout prêt de sacrifier cet Isaac , si telle est la divine volonté; tant la piété et l'amour de Dieu que M. Vincent avait fait éclore dans son àme, avaient jeté de profondes racines, qui produisaient quarante ans après des fruits d'une vertu si héroïque.

Cette même lettre fut aussi sans doute un grand sujet de consolation à M. Vincent, en son extrême vieillesse, lui faisant connaître que Dieu , par une spéciale protection de sa grâce , conservait encore en sa faveur cette première association ou confrérie de la Charité, qu'il avait commencée il 7 avait quarante ans en la ville de Chàtillon , et qui a servi de moUf et de modèle pour en établir depuis un si grand nombre d'autres en tant de lieux , où les pauvres malades, qui sont les membres souffrants de Jésus-Christ , reçoivent un si noble secours et pour leurs corps et pour leurs âmes.

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