CHAPITRE XIIL
IlIVERSSS OEUVRES DE PIÉTÉ AUXQUELLES M. VINCENT s'aBONNA DEPUIS SON RETOUR £N LA MAISON DE GONDY.
Li f nôe charité a'eit jamaù oisive , et depiis qu'elle possède parfiii* tenwnt en oorar, elle rexcite et presse cMltoueUemeat à laire teut ce q[u'il peut pour la gloire de Dieu et pour le salut et la sanctificaU(»i des lMDes.C(MDMeM. Vanoeit était aniiaé de cette ^rtu, il en produisait ^te mmms en 4ms tes Keuc oà il «e reneontrait ; et il ne fut pas sitât de P^our m lawtisoiideGondy^ qu'il «ommem^ de travaSler comme A avait fiiit à CfaMilion , et en tous les auU'es lieux oiï il s'était reneoatré 4 «t ^après la mission de Viltepreux et des villages circonvatsins , dont â at été parlé en ruB des i^iéeédenls cbapiires, il entreprit diverses autaes Bii^ms d«n totis kt nUa^es ^ dépendaient de ia auiiflio de
Gondr, où il fit des fruits incroyables, auxquels madame la générale preoait toujours une très-bonne part , non-seulement par les aumônes et bienfaits qu'elle répandait de tous côtés, mais allant elle-même en personne, quoique faible et souvent infirme, en tous les lieux qui dépendaient d'elle, ou de M. son mari, visitant et consolant les malades , apaisant les discordes , terminant les procès , et appuyant de son autorité tous les biens que M. Vincent et ceux qui travaillaient avec lui s'efibrçaient de faire pour l'extirpation des abus et des scandales et pour l'avancement du royaume de Jésus-Christ. Ëtant ensuite retourné à Montmiraii , M. Vincent y recommença les exercices ordinaires de sa charité, faisant des catéchismes aux pauvres et aux enfants, se rendant assidu aux confessions et à la visite des pauvres malades. Et ayant en quelqu'une de ses exhortations parlé de la dévotion particulière que tous les chrétiens devaient avoir envers la très-sainte Mère de Dieu , il commença de faire chanter un salut en son honneur par les enfants les jours de samedi ; laquelle dévotion s'est toujours continuée ; et les plus anciens de ce lieu qui ont survécu à M. Vincent, ont rendu ce témoignage après sa mort, que depuis ce temps-là ils l'ont toujours considéré comme un Saint.
C'était en l'année 1620 qu'il travaillait de la sorte à Montmiraii , où madame la générale ayant appris qu'il y avait trois hérétiques en ces quartiers-là, elle pria M.Vincent d'entreprendre leur conversion, et pour cet effet elle les faisait venir au château, et M. Vincent employait ordinairement deux heures entières aies instruire, et à résoudre leurs difficultés ; ce qu'ayant fait pendant une semaine , il y en eut deux à qui Dieu ouvrit les yeux de l'âme , et toucha le cœur pour connaître la vérité et l'embrasser; mais le troisième qui faisait un peu le suffisant , et qui se mêlait de dogmatiser, et même ne menait pas une très-bonne vie, quoiqu'il fût convaincu, il ne fut pas pourtant persuadé : il cberchait des subterfuges, et revenait toujours avec de nouveaux doutes; et une ibis entre les autres (comme M. Vincent l'a rapporté en quelques assemblées pour l'édification de ceux qui étaient présents) étant presque disposé à feire l'abjuration de ses erreurs, il lui fit l'objection suivante :
c Monsieur, lui dit-il, vous m'avez dit que l'Église de Rome est conduite du Saint-Esprit, mais c'est ce que je ne puis croire; parce que d'un côté l'on voit les catholiques de la campagne abandonnés à des pasteurs vicieux et ignorants , sans être instruits de leurs devoirs , sans que la plupart sachent seulement ce que c'est que la religion chrétienne; et d'un autre l'on voit les villes pleines de prêtres et de moines qui ne font rien, et peut*être que dans Paris il s'en trouverait dix mille
qui iaiisent cependant ces pauvres gens des champs dans cette i^norance épouvantable > par laquelle ils se perdent. £t vous voudriez me persuader que cela soit conduit du Saint-Esprit ! je ne le croirai ja-* mais» »
M. Yincent fut fort touché de cette objection faite par un héréUque» et en reçut une nouvelle impression en so^ esprit du grand besoin spirituel des peuples de la campagne, et de Tobligation de les assister» qu*il ne connaissait déjà que trop par sa propre expérience ^ et néan^ moins , sans témoigner son sentiment , il repartit à cet homme, < qu'il était mal informé de ce dont il parlait ; qu'il y avait en beaueoup de paroisses de bons curés et de bons vicaires ; qu'entre les ecclésiastiques et les religieux qni a)!)ondent dans les villes , il y en avait jrfusieiu'S qui allaient catéchiser et prêcher à la campagne ; que d'mitres étaient ap* pliqués à prier Dieu et à chanter ses louanges de jour et de nuit; que d'autres servaient utilement le public par les livres qu'ils composât, par la doctrine qu'ils en$eign<^t et par les sacrements qu'ils adminis^ trent -, et que s'il y en avait quelques-uns d'inutiles, et qui ne s'acquit-* tassent pas comme ils devaient de leurs obligations, c'étaient des hommes particuliers sujets à faillir, et qui ne sont pas TÉglise* Que lorsqu'on dit que l'Église est conduite du Saint-Esprit , cela s'elrtepd en général, lorsqu'elle est assemblée dans les conciles; et encore en particulier , quand les fidèles suivent les lumières de la foi et les règles de la justice chrétienne : mais quant à ceux qui s'en éloignent , ils résistent au Saint-Esprit ; et bien qu'ils soient membres.de l'Église, ils scfut néanmoins de ceux qui vivent selon la chair (comme parle saint Paul), et qui mourront. > Quoique cette réponse fût plus que suffisante pour satisfaire cet hérétique , il demeura néanmoins toujours obstiné dans son erreur, tant il s'était mis fortement en re$prit , que l'ignorance des peuples et le peu de zèle des prêtres était im argument infaillible que l'Église romaine n'était point conduite du Saint-Esprit.
Et toutefois, nonobstant cette obstination, l'année suivante, M. Yiqcent étant de retour à Montmirail en la compagnie de M. Feron, alOFs bacheUer en théologie et depuis docteur de Sorbonne et archidiacre de Chartres, et de M. Duchesne, aussi docteur de la même faculté et archidiacre de Beauvais , et de quelques prêtres et religieux ses amis , pour aller travailler avec eux aux exercices de la mission , tant en ce lieu-là qu'aux villages circonvoisins ; comme tout le pays fut imbu du bien qui se faisait dans ces missions , cet hérétique auquel on ne pensait plus, eut la curiosité de voiries divers exercices qui s'y pratiquaient. Il assista aux prédications et aux catéchismes ; il vit le soin qu'on.prenait d'instruire ceux qui étaient dans l'ignorance des vérités nécessaires à leur salut, Ja
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cbarité avec laquelle on s'aeeonimodait à la faiblesse et lenteur d'eftl^it des plus grossiers et stupides, pour leur faire bien entendre ee qu'ils devaient croire et feire , et les eiiets merveilleux que cela opérait dans le cœur des plus grands pécheurs , pour les porter à se convertir et à fiiire pénitence ; toutes ces choses firent une si forte impression sur son miprlt j qu'il vint trouver M. Yineent, et lui dit : c C'est maintenant que je vois que le Saint-Esprit conduit TÉglise romaine , puisqu'on y prend a»iû de l'instruction et du salut des pauvres villageois : je suis prêt d'y eutrer, quand il vous plaira de m'y recevoir. > Sur quoi M. Yineent lui aj^ant demandé s'il ne hii restait phis aucime dtiBeulté : t Non , lui réponditriU je orois tout ce que vous m'avez dit, et suis disposé à renoncer pabUqudBient à toutes mes erreurs. > M. Vincent lui ayant encore fait quelques interrogations plus particulières sur les vérités cathoUques, IM^r voir s'il s'en ressouvenait bien, et lui ayant satisfait par ses réponses , il lui dit de se trouver le dimanche suivant en l'église du village de Marchais, près de Montmirail, oà se foisait alors la mission, pour y fture son abjuration et y recevoir Fabsohition de son hérésie; à quoi il ne mjeuqnapas. Et M. Vincent , à la fin de la prédication qu'il y ftt le auilitt , en ayant averti ses auditeurs, appela cet homme par s(m nom, et U ayant demandé devant toute l'assistance s'il persévérait dans la volonté d'abjurer son hérésie et d'entrer dam le bercaU de la sainte Sglise , a lui répondit c qu'il y persévérait ; mais qu'il lui restait eacore «an difficulté, qui venait de se former dan^ son esprit en regardant uns image de pierre assez mal façonnée , qui représentait la sainte Vierge : Q%t que je ne saurais, dit-il, croire qu'il y ait quelque puissance en oette pierre, > montrant cette image qui était vis-à-vis de lui. A quoi M. Vmeait repartit : «Que l'Eglise n'enseignait pas qu'il y eût aucune v^rtii âanseesimages matérielles, si ce n'est quand il plaît à Dieu la leur f^pnnuinîqner, comme il le peut faire, et comme il l'a fait autrefois à la verge de Moïse, qui faisait tant de miracles, ce que les enfants mêmes lui ponrNûent eji&plîquer. > Sur quoi en ayant appelé un des mieux instruits, •klui ayant demandé ce que nous devions croire touchant les saintes fmaffis, reniant répondit « qu'il était boa d'en avoir , et de leur rendre Fhonneur qui leur est dû , non à cause de la matière dont elfe» sont feites,mais parce qu'elles nous^ représentent Notre-Seigneur Jésus- Christ, sa glorieuse Mère, et les autres saints du Paradis, qui ayant triomphé du monde nous exhortent par ces figures muettes de les suivre m leur foi et en leurs bonnes œuvres. »
Cette réponse ayant été trouvée bien faite, M. Vincent la répéta, et a'en servit pour faire avouer à cet hérétique qu'il n'avait pas eu raison de s'arrêter à cette difiicuHé» après avoir été instruit et inforaié de la