‹ Vie de S. Vincent de Paul, instituteur et premier supérieur général de la Congrégation de la missionChapitre 25 sur 80 · CHAPITRE XXV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXV

LES EXERCICES BES ORDINANTS, P^UR AIDER CEUX QUI DÉSIRENT RECEVOIR LES SAINTS ORDRES*

L'avertissement de saint Paul à l'évëque saint Timothée , de n'im* poser pas facilement les maîns pour conférer le sacrement de l'Ordre , est très-important, non- seulement aux évèques, pour ne se rendre participants, comme dit le même apôtre, des péchés d'autrui, mais aussi à toute rÉglise , qui ne reçoit point ordinairement de plus grand dommage, comme a dit un saint Père , que de la part de ses propres ministres : en sorte que l'on peut dire avec vérité , que les persécutions des tyrans n'ont pas tant causé de préjudice au salut des âmes , que la vie ca nàaleuse et la conduite pernicieuse des mauvais prêtres.

C'est là aussi le sujet d'une des plus grandes peines des bons évèques, qui désirent s'acquitter dignement de leur charge , lesquels, d'un côté , voyant la nécessité de pourvoir leurs églises de prêtres et autres ministres sacrés, se trouvent, d'autre part, fort empêchés lorsqu'il est question d'en taire le choix ; étant presque impossible que dans le grand nombre de ceux qui se présentent, et qu'ils sont nécessités de recevoir pour fournir à la grande étendue de leurs diocèses, et à U multitude nombreuse des peuples qui remplissent les paroisses, il ne s'en trouve plusieurs assez mal pourvus des qualités et des vertus requises pour uq si saint ministère; et quelque diligence qu'ils puissent apporter à lexamen de la capacité de ceux qui se présentent , et à la perquisition <)eleur vie et de leurs mq^urs , ils ne peuvent pas connajitre tout qe qui en est, et ils y sont souvent trompés. Feu racs&ire Augustin Potier,

évèque de Beauvais, dont la mémoire est en bénédiction, pour son zèle, sa vigilance pastorale et ses autres vertus, avait bien reconnu ce mal , et souvent recherché les moyens d'y remédier.

Ce fut pour cela que , voyant avec quelle abondance Dieu avait communiqué son Esprit à M. Vincent, pour pourvoir aux nécessités siurituelles de son peuple , par le moyen des missions qu'il avait faites en la plupart des paroisses de son diocèse, et par les Confréries de la Charité qu'il y avait établies, il jugea qu'il n'aurait pas moins de lumière ni de grâce pour lui aider à remettre son clergé en boa état. Pour cet effet, comme il avait une grande estime de sa vertu, et une confiance particulière en sa charité , il lui déchargeait souvent son cœur^ et lui déclarait les peines qu'il ressentait sur ce sujet; il l'appelait souvent à Beauvais , ou bien il le venait visiter à Paris pour aviser aux moyens et aux remèdes les plus convenables et les plus efficaces^ Un jour entre les autres , ce bon prélat ayant demandé à M. Vincent , qu'est-ce qu'il pourrait faire pour remédier aux dérèglements de son clergé, et le remettre en l'état qu'il devait être, ce sage et expérimenté missionnaire lui répondit qu'il était presque impossible de réformer et redresser les mauvais prêtres qui avaient vieilli dans leurs vices, et les curés mal réglés en leur vie, qui avaient pris un mauvais pli ; mais que pour travailler avec espérance de fruit à la réforme de son clergé, il fallait aller à la source du mal , pour y appliquer le remède , et que puisqu'on ne pouvait que très-difficilement convertir et changer les anciens prêtres, il fallait avoir soin d'en former de bons pour l'avenir : ce qui ee ferait, premièrement en prenant résolution de n'en plus admettre aux Ordres qui n'eussent la science requise et les autres marques d'une véritable vocation. Secondement, en travaillant à l'égard de ceux qu'on voudrait admettre , pour les rendre capables de leurs obligaitions , et leur foire prendre l'esprit ecclésiastique , desquels on pourrait après pourvoir les paroisses.

M. de Beauvais ayant (tort goûté cette pensée, il arriva un jour que faisant voyage, et menant avec lui M. Vincent dans son carrosse, au mois de juillet de Tannée 4628, ce bon prélat demeura quelque temps les yeux fermés sans parler, méditant quelque chose dans son esprit; et ceux qui l'accompagnaient s'étant retenus dans le silence, croyant qu'il sommeillait, il ouvrit les yeux et leur dit qu'il ne dormait pas, mais qu'il venait de penser quel serait le moyen le plus court et le plus assuré pour bien dresser et préparer les prétendants aux saints Ordres; et qu'il lui avait semblé que ce serait de les faire venir chez lui, et de les y retenir quelques jours, pendant lesquels on leur ferait faire quelques e^fcrçîces convenables pour les informer des choses qu'ils devaient

savoir et des vertus qu'ils devaient pratiquer ; alors M. Vincent, qui lui avait déjà représenté en général la nécessité de cette préparation , en approuva grandement la manière , et élevant la voix , lui dit : • 0 Mon* seigneur! voilà une pensée qui est de Dieu; voilà un excellent moyen pour remettre petit à petit tout le cierge de votre diocèse en bon ordre. » Et sur cela, rayant encouragé de plus en plus à commencer une si sainte entreprise , ce vertueux prélat se résolut dès lors d'en venir i l'exécution, et en se séparant de M. Vincent, il lui dit qu'il allait faire préparer toutes choses à cette fin, le priant de penser aux matières propres pour entretenir ceux qui se présenteraient à l'ordination, et de mettre par écrit Tordre qu'il devait observer pendant cette retraite ; il le convia aussi de se rendre à Beauvais quinze ou vingt jours avant le temps de la prochaine ordination, qui se devait faire au mois de septembre suivant. M. Vincent ne manqua pas de faire ce que ce prélat lui avait prescrit; c étant plus assuré,'comme il le disait, qne Dieu demandait ce service de lui» l'ayant appris de la bouche d'un évèque » que s'il lui avait été révélé par un aoge. > Lorsqu'il fut arrivé à Beauvais , M. Tévèque, après l'examen des ordinants, fit lui-même l'ouverture des exercices ; et les entretiens, dont le projet avait été disposé , furent continués jusqu'au jour de l'ordination, par M. Vincent et par MM. Messier et Duchène, docteurs de la faculté de Paris, à peu près selon l'ordre qu'on a depuis suivi, et que l'on suit encore maintenaut. M. Vincent expliqua particulièrement le Décalogue aux ordinants; ce qu'il fit d une manière si nette et tout ensemble si affective et si efficace, que ses auditeurs en connurent un désir de lui faire des confessions générales ; et même M. Duchène , docteur , qui faisait dé son côté une partie de ces entretiens, en fut tellement touché, qu'il voulut faire une confession générale de toute sa vie à M. Vincent, de quoi les ordinants furent grandement édifiés.

A quelque temps* de là , M. Tévèque de Beauvais étant venu à Paris, et ayant entretenu feu M. l'archevêque des grands fruits que ces exercices commençaient à produire dans son diocèse , il lui en fit voir l'importance, l'utilité, et même la nécessité; de telle sorte que ce bon prélat ordonna au commencement de l'année 1651 , que tous ceux qui seraient admis pour recevoir les Ordres dans son diocèse, seraient obligés de se retirer chez les prêtres de la Congrégation de la Mission, dix jours avant chaque ordination , pour être informés par eux des dispositions requises , et aidés à les obtenir de Dieu. M. Vincent obéissant à cette ordonnance, commença dès le carême suivant à, recevoir les ordinants au collège des Bons -Enfants, n'ayant pas encore son établissement à Saint*Lazare , et leur fit faire les exercices pendant le temps prescrit

par la même ordOBiiance; ce qui a toujours M continué dépote ee temps-là jusqu'à maintenant. De cette première maison dé la Congrégation delà Mission, celte sainte pratique de retirer et ciercer les ordînants pendant quelques Jours, s'est communiquée et répandue, parle zèle de M. Vincent , en plusieurs autres diocèses de France et d'Italie , et même jusque dans Rome , avec un fruit et une bénédiction qui se peut mieui reconnaître par les eJfets, qu'expliquer par des paroles. Nous réservons de faire voir plus en particulier dans le second livre l'ordre qu'on observe en ces exercices , les fruits qu'ils ont produits, et les raisons principales qui en font connaître l'importance et la néoesait^ pour le bien de rÉglise.

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