CHAPITRE XLVIL
I>ÉN0MBREMENT DE PLUSIEURS ÉTABLISSEMENTS DE LA CONGRÉGATION DE LA MISSION PAIT EN DIVERS LIEUX DURANT LA VIE DE M. VINCENT.
Dieu ayant planté la Congrégation de la Mission dans son Église comme une vigne mystique , qui devait fructifier avec le secours de sa grâce pour la sanctification d'un grand nombre d'âmes^ il voulut, pour la rendre plus fertile , qu'elle étendit ses pampres et qu'elle M provignée en divers lieux par les établissements nouveaux qui en ont été faits, que Ton peut bien avec vérité attribuer plutôt à la volonté de
Dieu qu'à celle des hommes; M. Vincent , qui y devait coopérer plus efficacement qu'aucun autre, n'y ayant donné son consentement, que lorsqu'il a vu ne le pouvoir refuser sans résister à Dieu.
Ou|re les trois établissements faits à Paris, savoir : au collège des Bons- Enfants, à Saint-Lazare et à Saint-Cbarles, dont nous avons déjà parlé, le premier se fit en Lorraine en la ville de Toul, à Tinstance de messire Cbarles Chrétien de Gournay, évéque de Scylhîe, qui avait pour lors l'administration du diocèse de Toul, dont peu de temps après il fut évéque. Cet établissenlent se fit Tannée 1635, en la maison du Saint-Esprit, du consentement des religieux, laquelle maison fut unie à ladite Congrégation de la Mission, et cette union autorisée par lettrespatentes du roi, vérifiées en parlement.
Trois ans après, c'est-à-dire en Tannée d638, M. le cardinal de Kichelieu voulant laisser un monument de sa piété, et donner des marques de Testhne qu'il faisait de M. Vincent et de son institut, fonda une maison des prêtres de la Mission en la ville de Richelieu, avec obliga* tion de fah*e quelques missions tous les ans, non-seulement dans le diocèse de Poitiers dans lequel est la ville de Richelieu, mais encore dans celui de Luçon, à cause qu'il en avait été autrefois évéque ; en attendant que d'autres prêtres de la même Congrégation fussent établis audit Luçon, lesquels satisfaisant à cette obligation des missions pourraient y multiplier leurs emplois; et dans ce désir il laissa quelque argent pour leur logement.
Quelque temps après, une maison y ayant été achetée, M. Vincent y envoya environ Tannée 1645 trois ou quatre de ses ouvriers pour y résider tout à fait désirant de contenter en cela messire Pierre de Nivelle, évéque de Luçon, qui les demandait, et qui les ayant reçus leur donna tous les pouvoirs ordinaires pour travailler par tout son diocèse ; ce qu'ils ont toujours fait depuis, non-seulement à la décharge des missionnaires de Richelieu, qui pour cet effet leur ont assigné un petit fonds pour partie de leur subsistance, mais aussi pour le plus grand bien des âmes qui en sont assistées plus amplement.
En la susdite année 1638, il se fit un autre établissement de la même Congrégation en la ville de Troyes en Champagne, par les bienfaits de feu M. René de Bresse, évéque de ladite ville, et de feu M. le commandeur de Sillery.
En Tannée 1640 M. Vincent envoya quelques prêtres de sa Congrégation pour travailler dans le diocèse de Genève en Savoie, pour satisfoire au désir très-ardent que messire Juste Guérin, alors évéque de Genève, lui en avait témoigné, et aux instances charitables de la vénérable mère de Chantai, fondatrice et première supérieure du saint ordre
4«i religieuiea de laViettation en la ville d'Anneeyv qui espérait conserver en ce diœèse» par le moyen des missions, les grands biens que le bienheureux François de Sales y avait faits. M. le commandeur de Sillery » porté d'une dévotion toute singulière envers ce saint prélat» fit ime fondation pour l'entretien de ces prêtre& missionnaires» qui y ont toujours travaillé depuis, et s'y sont employés non-seulement à faire des missions pour Tinstruction et sanctification du peuple de la campagne, mais aussi à procurer la réformation et perfection du clergé, tant par les exercices de Tordination, que par ceux qui se font dans le séminaire qu'ils commencèrent au mois d'octobre de l'année suivante 164i, pour élever les ecclésiastiques dans l'étude delà science et de la vertu.
En la même année 1641, M. Dominique Séguier, évéque de Meauz » approuva et autorisa un établissement des prêtres de la même Congrégation en la ville de Crécy en Brie, pour foire des missioïis en son diocèse» et cet établissement fut fondé par M. l'Orthon , conseiller secrétaire du roi , sous le nom du roi même.
L'année suivante 1642» se fit la fondation et établissement des mêmes prêtres de la Mission en la ville de Rome, par les libéralités de trèsnoble dame Marie de Vignerod, duchesse d'Aiguillon, nièce de M. le cardinal de Richelieu» dame très-zélée pour la gloire de Dieu, et douée d'une très-grande charité envers le prochain » qui Ta toujours rendue fort tendre et sensible aux misères corporelles et spirituelles des pauvres, spécialement des plus abandonnés» et même de ceux qui étaient dans les lieux les plus éloignés. Cette vertueuse dame avait des sentiments extraordinaires d'estime et de confiance pour M. Vincent » et M. Vincent avait réciproquement pour elle un re&pect» une déférence et une reconnaissance toute particulière.
La même dame duchesse a aussi fondé en divers temps de quoi entretenir sept prêtres missionnaires pour travailler à faire des missions en son duché d'Aiguillon, et dans son comté d'Âgénois et de Condomois» et M. l'évêque d'Agen les établit à Notre-Dame de la Rose en son diocèse» près fa ville de Sainte-Livrade, selon la fondation.
Par les bienfaits et diiarités de la même dame» les prêtre& de la même Congrégation de la Miv'sion ont été fondés et établis Tannée suivante 4643, en la ville de Marseille, pour y exercer toutes leurs fonctions, et particulièrement pour instruire et conscder les pauvres forçats des galères de France, et leur aider à faire leur sahû; et cette fondation de Marseille fut quelques années après augmentée par la même dame» pour faire assister spiritueUement et corporellementpar lesmissioraiaires, les pauvres chrétiens esclaves en Barbarie.
En la même année 1643, feu M. Alain de Solminihac, évêque baronet
C6firtd de Gabors» dmt là BoéoM^ire e»t em vénération k tooteFÉglne pour les émuieotes vertus dont sa ?ie a été oroée , et partietiUèreBiait pour sa yîgMa&ce ps^oride, et pour le zMe de la a^re de Dieu et du sriat de ses dkMîésaâos é^sa il était aaimé, ee saint prélat» dis-je» faisant une professtmi ouverte d'honorer et estimer les gràoes singulières qu'il reconnaissait en la personne de M. Yinceiit et en son institut» erut procurer un grand avastage à tout son diocèse» y établissant» comme il fit, une maism de prêtres de la Congrégation de la Mission.
Le feu roi Louis XIII de. très-glorieuse ménmre ayant acquis environ ce même temps la souveraineté de Sedan» qui était presque tout infectée de l'hérésie » il c^ira que M. Vincent envoyât des prêtres de sa Congre* gation pour y faire des missions, et pour instruire e( affermir les catbo* liques qui étaient pour la plupart peu instruits» et dont la foi était en un contHiud péril de subversion» à cause du fréquent commerce qu'Us »\meïd avec les hérétiques.
Pour cet effet Sa Majesté ordonna ^'une somitie assex considérable serait mise entre les mains de M. Yincent pour être employée aux frais de ces missions : mats après la mort de ce grand roi » Louis XIY» son successeur à prés^t glorieusement régnant » de l'avis de la reine ré^ gente sa mère, voulut que ce qui se trouva rester alors de cet argent servit de fondation pour une maiscm fixe et arrêtée des mêmes prêtrea de la Mission » comme en effet elle fui établie par M* Ëléonor d'Étampes de Yalen^ay, archevêque de Reims » Tan 1644.
La maison de la Mission de Moptmirail » qui est une petite ville en Brie» au diocèse de Sûissons» fut fondée en Tannée 1644 par M, le due de Retz» et M. Toublan , son secrétaire» eut la dévotion de cmitribuer ^elque chose de son bien à cette fondation.
CeUe de Saintes se fit aussi en la même année par les soins de messire Jacqi£ss Raoul » alors évêque de ladite ville j et par la cmtribution de naessieurs de son clergé, pour les missions et pour le séminaire.
L'année suivante 1645 se fit un autre étabil^seinent en la viUe du Mans» à Tinstance très-grande de M. Émeric dek f^rté, évéqpe 4» Mans» par l'autorité duquel, à la solUcitation deM. Tabbé Lucas, maître et chef de l'église collégiale de Notre-Dame de Coëflfort» defeti<toti6». royale en ladite ville» et avec le consentement des cbai»iin9s» ftit MtA l'unira de cette église » maisoBf et appartenances » à la GoBgrégrtiOn do la Mmion , qui a été autorisée et confirmée par lettres*patentes du roiV avec le conseiitement de messieurs de la ville.
£t m la mèïm année 1645» messire Achille de Harls^» évêque dO Saint-Malo, ayant demandé des prêtres de la même Congrégation ûA lu Missio» à M» YmoHlt pottr trai^atfler dttw sw dioo^t îi Wi
T^ya quelques-uns qui furent peu de temps après établis par le même prélat en Tabbaye de Saiot-Méen dont il était abbé , et du consentement des religieux qui cédèrent leur maison et leur mense aux missionnaires : l'union en a été faite depuis à la même Congrégation par notre saint Père le pape Alexandre VII , par bulles apostoliques , qui ont été autorisées par leltrespatentes du roi.
Il ne faut pas ici omettre qu'en ladite année i6&5 et aux deux sui- Tantes, M. Vincent étant sollicité par quelques personnes vertueuses et zélées, et encore plus par sa propre charité , d'envoyer de ses prêtres en plusieurs provinces étrangères et éloignées pour diverses œuvres de charité , et ayant obtenu toutes les facultés et pouvoirs nécessaires du Sainl-Siége apostolique, il en envoya quelques-uns en la ville de Tunis et en celle d'Alger en Barbarie, pour l'assistance spiritudle et corporelle des chrétiens esclaves , tant sains que malades, qui se trouvaient alors dans un grand abandon. Il en envoya d'autres en Hibemie pour l'instruction et encouragement des pauvres catholiques de ce royaumelà , qui étaient grandement oppressés par les hérétiques d'Angleterre. Et son zèle ne mettant point de bornes aux effets de sa charité, il en destina encore d'autres en Tile de Madagascar, dite de Saint-Laurent, qui est au-delà de l'équateur, où les peuples vivent, les uns comme idolâtres, et les autres presque sans aucune religion. Cette ile, qui est d'une étendue fort vaste , est comme un grand champ couvert de ronces , qoe cet ouvrier évangélique a commencé de défricher par la culture que les siens ont essayé d'y faire avec des travaux indicibles , qui en ont déjà consumé plusieurs d'entre eux. Et ce qui est digne déconsidération, est que M. Vincent a témoigné une fermeté et une constance invincible à la poursuite de ces entreprises apostoliques, particulièrement en cette tle infidèle , et dans les villes de Tunis et d'Alger en Barbarie, nonobstant les grandes difficultés qui s'y rencontrent , et les pertes notables qu'il y a souffertes. Nous réservons pour le second livre à parler plus en particulier des bénédictions que Dieu a versées sur ces missions éloignées, et des fruits qui en ont été recueillis par sa grâce.
En la même année 1645, M. le cardinal Durazzo, très-digne archevêque de Gênes en Italie, ayant api;M*is les services que M. Vincent et les prêtres de la Congrégation rendaient à l'Église en divers lieux , et principalement en Savoie et à Rome, voulut procurer un semblable bien dans son diocèse : c'est pourquoi ayant témoigné à M. Vincent son grand désir d'avoir des prêtres de sa Congrégation dans la ville de Gènes, et l'ayant instamment prié de lui donner cette satis&ction,il lui en envoya quelques-uns qu'il reçut avec grande affection, et fit lear étaUissement dans une maison qu'il fonda, MM. Baliano, ilaggioet
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Jean-Christophe Moneia, prêtres, nobles génois, ayant aussi eontrtbué de leurs biens pour cette fondation*
En Tanné 1650 les prêtres de ladite Congrégation furent établis en la ville d'Agen par M, Barthélémy d'Albène, évêque dudit lieu, qui leur donna la direction perpétuelle de son séminaire.
En Tannée 1651 , M. Vincent envoya des prêtres de sa Congrégation dans la Pologne , où ils furent quelque temps après établis et fondés dans la ville de Varsovie par les libéralités et bienfaits de la très-pieuse et sérénissime reine de Pologne qui les lui avait demandés. On verra au second livre ce qui s'est passé de plus remarquable en cette fondation qui a donné sujet à M. Vincent d*exercer une sainte générosité» un zèle vraiment apostolique et un parfait dépouillement de lui-même.
En cette même année 1651, M. Vincent envoya des prêtres de sa Congrégation qui furent établis au diocèse de Montauban, où M. Pierre de Bertier, évêque de cette ville , leur a donné la direction de son séminaire, et les a aussi employés à faire des missions dans son diocèse.
L'établissement des mêmes prêtres se fit en la ville de Tréguier en la Basse-Bretagne , en Tannée 1654 , par les bienfaits de messire Balthazar Granger, évêque et comte du lieu , comme aussi par les libéralités de M. Thépant , sieur de Rumelin , chanoine de l'église cathédrale de Tréguier, qui s'en est rendu le fondateur.
En cette même année M. Vincent envoya de ses missionnaires en la ville d'Agde enLanguedôc, selon le désir de messire François Fouquet, alors évêque et comte d'Agde , et maintenant archevêque de Narbonne, qui les avait demandés à dessein de les y établir.
Cette même année M. Vincent envoya des prêtres de sa Congrégation à Turin, eapitale du Piémont , à Tinstance que lui en fit M. le marquis de Pianezze , premier ministre d'état du duc de Savoie. C'est un sei* gneur de piété très-exemplaire, lequel , poussé d'un très-grand désir de procurer la gloire de Dieu et le salut des âmes , a voulu se rendre foudat^eur d'une maison de la Congrégation de la Mission en la ville de Turin.
En Tannée 1657, la cour étant allée en la ville de Metz, et la reine, mère du roi, toujours appliquée, selon sa piété ordinaire, à procurer le bien public, ayant été informée de quelques besoins spirituels qui se trouvaient dans cette grande ville, pensa qu'un des moyens plus eflScaces d'y remédier était d'y envoyer des prêtres de la Congrégation de la Mission : pour cet effet Sa Majesté étant à Paris, et ayant mandé M. Vincent, lui déclara son dessein , et lui dit que pour l'exécuter elle désirait qu'il envoyât des missionnabes en la ville de Metz pour y faire la^iission ; ^ quoi il répondit : « Votre Majesté ne sait donc pas , Madame , que les
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paurres prêtres de la Caiigrégatîa& de la Mksion m soBt mtssieimaires
que pour les pauvres. Que si nous sommes établis dans Paris et dans les autres Tilles épiseopales » ee n'est que pour le service des séminaires , des ordinants» de ceux qui font la retraite spirituelle, et pour aikr faire des missions à la campagne» et non pas pour précber, catéchiser ni confesser les habitants de ces villes- là; mais il y a une autre compagnie d'ecclésiastiques qui s'assemblent à Saint-Lazare toutes les semaines, qui pourront bien, si Votre Majesté Ta agréable, s'acquitter phis dignemmt que nous de cet emploi. »
A quoi la reine répondit qu'elle n'avait pas encore su que les prêtres de la Congrégation de la Mission ne fissent point de missions dans les grandes villes; qu'elle n'avait garde de les détourner de leur institut; et que ces MM. de la Conférence de Saint-Lazare venant de sa part , die trouverait très-bon qu'ils fissent cette mission. Et en effet ils la firent avee beaucoup de bénédiction pendant le carême de Tan 1658. Us étaient plus de vingt prêtres, tous ouvriers d'élite choisis par M. Vincent, qui pria feu M. l'abbé de Chandenter, personnage de singulière vertu et de très-grand exemple , de vouloir prendre le soin et ta conduite de cette mission dont il s'acquitta dignement , s'étant rendu très-exact à suivre les avis que M. Vincent hit avait donnés, et à observer toutes les pratiques qu'il avait jugé propres pour la faire heureusement réussir. Ce vertueux abbé ayant ensuite rendu compte de cette mission à Sa Majesté, elle en fut si satisfaite , qu'elle conçut le dessein de faire en ladite vMle de Metz un établissement des prêtres de la Congrégation de la MÊssion, qui n'a pourtant pu être exécuté qu'après la mort de M. Vincent.
£n l'année 1659, il envoya à Narbonne des prêtres de sa Congrégation pour satisfaire au désir de M. François Fouquet , arcbevéque de cette ville-là , qui les avait demandés à dessein de les y établir.
Feu M. l'abbé de Sery , de la maison de Maiily en Picardie, avait proposé plusieurs fois et en diverses années à M. Vincent le dessem qu'il aurait de contribuer à la fondation d'une maison des prêtres de sa Congrégation dans Amiens; maisNotre-Seigneur l'ayant retiré de ce monde avant qu'il l'eût accompli, il n'a pas laissé de s'exécuter depuis; et cet établissement a été fait par messire François Faure , évêque d'Amiens, qui a donné la direction perpétuelle de son séminaire aux prêtres de la Congrégation de la Mission. Ce bon abbé ayant survécu peu de temps à M. Vincent, a voulu être enterré auprès de lui dans réalise de Saint- Lazare.
Feu M. Henri de Baradat ^ évêque et comte de Noyon , pair de France , désirant tvoir des prêtres de la Mission en son diocèse, en écrivit à ^* Vincent et Im en fit parler; mais M. Vincent ne voyant pas pour
ior^ toutes cbas€$ dispot^ à leur établisMioeit, différa d'en ea^insef ^ la providence de Dieu réservant l'exécution de ce pieux dessein à sou très-digne successeur M. Francis de Clermont, lequfl n'a pas eu plus tôt la conduite de ce diocèse qu'il a pensé aux moyens de pourvoir à ses besoins spirituels; et pour cela ayant appelé des prêtres de la Congrégation de la Mission, il leur a donné la direction perpétuelle de son séminaire en Tannée 1662.
II est à remarquer qu'en tout temps quantité de prélats» non-seulement de France , mais encore d'autres endroits de la chrétienté , se sont adresrsés à M. Vincent pour avoir des ouvriers de sa Compagnie, afin de les établir en leurs diocèses, et de les employer aux missions, aux exercices de l'ordination et aux séminaires. Mais ce sage instituteur ne pouvant pas en fournir à tous , ou pour n'avoir pas des hommes prêts, ou pour d'autres empêchements, a laissé ces propositions sans effet , ne voulant rien embrasser ni hors de temps, ni au-delà de ses forces.
Voilà comment Dieu voulut que ce père des missionnaires recueillît, même dès cette vie, quelque partie des fruits de ses saints travaux', et qu'il eût la consolation de voir ses en&nts spirituels multipliés comme les étoiles du ciel , et sa Congrégation heureusement établie en fort peu de temps en diverses parties du monde. Comme ses plus ardents désirs ne tendaient à autre fin qu'à procurer que Dieu fût glorifié, et les âmes qui ont coûté le sang de Jésus-Christ sanctifiées et sauvées , aussi avaitil une reconnaissance indicible de voir que sa providence eût daigné se servir de lui , quoique très-chétif et misérable , comme il s'estimait , pour procurer tous ces grands biens f car la pensée de tous ces excellents ouvrages le portait , non à s'en glorifier et à s'y complaire, mais plutôt à s'abîmer île plus en plus dans la considération de son inutilité et de son néant , et à en rendre de continuelles actions de grâces à sa divine majesté , qu'il estimait devoir être d'autant plus glorifiée de tous ces effets de sa miséricorde , qu'elle avait voulu se servir d'un instrument plus feible et plus inutile , tel qu'il pensait être, pour le produire.