‹ Vie de S. Vincent de Paul, instituteur et premier supérieur général de la Congrégation de la missionChapitre 55 sur 80 · DE SES VISSIONS EN GIÊNÊHÂL · texte numérisé non relu

DE SES VISSIONS EN GIÊNÊHÂL

U b'6«( pas nécessaire d'employer ici un long discours pour faire Toir au lâctenr la nécessité ou Futilité des missions auxquelles M. Yinoent et les siens ont trayaillé. L'expérience, depuis plus de quarante ans qu'elles ont commencé, la fait assez connaître. Et s'il f avait quelqu'un qui n'en fut pas pleinement persuadé, il n'aurait qu'à jeter d'un côté les yeux sur l'état déplorable où se trouvaient avant oe temps la plupart des peuples, et particulièrement ceux de la campagne , qui semblaient être comme ensevelis Ams les ténèbres d'une profonde ignorance des choses de leur salut, et, par une suite inévitable, plongés en toutes sortes de vices; ei d'autre edté oonsidérer les effets salirtaires que les missions de M. Vineent oat produits et les conversions admirables qu'elles y ont opérées i certes il serait obligé de reconnaître et de confesser que la main de Dieu était atec son fidèle serviteur; et qu'entre plusieurs autres excellents itioyens eitérieurs pour le salut des âmesi sa miséricorde a voulu partieulièrttaitot employer en ee dernier siècle eelui de ses missions^ comma l'un des plus efficaces et des plus souverains, et sur lequel il voulait ré* pandre une ^ns grande abondance de ses divmes bénédietions.

Ymei H qu'un eeelésiaetiqne de condition et d$ vertUi qui avait assisté et iBèitte travaillé à une mission dons une grosse bourgade de la province d'Aiîjou^ écrivit sur ce surjet, il y a plus de vingt ansf à M. Vincent :

« E&tre les pa*sonneS| lui dit-ilt qui (mt fait des confessions générales» je puis vous assurer qu'il s'en est trouvé plus de quinze cents qai n'en avaient Jamais fait une bonne, et qui, outre cela^ pour la plupart, avaient erdupi en des pécbés très-énormes l'espace de dix, de vingt et de trente ansi leequ^s ont atoué ingénument que jamais ils ne s'en fussent confessés è leurs pasteurs et confesseurs ordinaires* L'ignorance y a étâ trouvée très-grande; mais il y avait encore plus de malice, et la honte qu'ils avaient de déclarer leurs péchés allait jusqu'à un tel point , que quelques-uns d'entre eux ne pouvaient se résoudre de les déclarer même

daos les confessions générales qu'ils faisaient aux missionnaires ; mais enfin, pressés vivement par ce qu'ils entendaient aux sermons et aux catéchismes, ils se sont rendus et ont avoué franchement leurs fautes avec gémissements et larmes. >

Un grand prélat, dont la mémoire est en bénédiction (c'est messire Jacques I^escot, évëque de Chartres), écrivant à M. Vincent sur le sujet des mêmes missions, en Tannée 1647, lui parle en ces termes :

c Je ne puis recevoir une nouvelle plus agréable ni plus avantageuse que celle qu'on me mande, que vous désirez faire continuer les missions en mon diocèse, si Je le trouve bon. 11 n'y a point de diocèse en France dont vous puissiez disposer plus absolument; et je ne sais s'il y en a où les missions puissent être plus utiles et plus nécessaires, pour les ignorances étranges que je rencontre en mes visites, lesquelles me font horreur. Je ne détermine rien, ni lieu, ni temps, ni pouvoir: tout est à vous; et pour parler aux termes d'Abraham : Ecce universa coràm te simt, et je suis moi-même en vérité et de cœur, votre, etc. •

Un autre prélat, que nous ne nommerons point, parce qu'il est encore vivant, écrivant en l'année i65i à M. Vincent sur ce même sujet : c La mission, lui dit-il, est un des plus grands biens et des plus nécessaires que je connaisse ; car il y a la plus grande ignorance du monde parmi le pauvre peuple, et si vous pouviez voir quelle elle est dans mon diocèse, elle vous exciterait à compassion. Je puis dire, en vérité, que la plupart de tous ceux qui sont catholiques ne le sont que de nom et seulement à cause que leurs pères l'étaient, et non pas pour savoir ce que c'est que d'être catholiques. Et c'est ce qui nous donne mille peines, d'autant que nous ne pouvons mettre aucun ordre dans le diocèse, que ceux à qui cet ordre ne plaît pas ne témoignent être aussi contents d'aller an prêche comme à la messe. »

M. Vincent n'était que trop convaincu par sa propre expérience de Textrême besoin que les peuples avaient d'être instruits des choses nécessaires à leur salut et d'être disposés et portés à faire des confessions générales ; et comme c'était dans les missions qu'on leur rendait ces offices de charité avec plus de fruit et de succès, c'était aussi ta cause pour laquelle il s'y appliquait de tout son pouvoir et y conviait et portait , autant qu'il était en lui, tous ceux qu'il voyait propres pour y travailler, tant de sa congrégation que des autres. Nous allons rapporter au paragraphe suivant le sommaire d'un petit discours fomilier qu'il fit un jour auxsiens sur ce sujet, dans lequel on pourra voir quels étaient ses sentiments touchant la nécessité et l'utilité des missions.

§ !•*. Paroles remarquables de M, Fincent touchant les Missions.

c Nous avons obligation (dit-il, parlant un jour à ceux de sa compagnie) de travailler au salut des pauvres gens des champs» parce que Dieu nous a appelés pour cela; et saint Paul nous convie de marcher en notre vocation et de correspondre aux desseins éternels que Dieu a eus sur nous. Or, ce travail-là est le capital de notre Congrégation : tout le reste n'est qu'accessoire; car nous n'eussions jamais travaillé aux ordinants ni aux séminaires des ecclésiastiques, si nous n'eussions jugé qu'il était nécessaire pour maintenir les peuples en bon état et conserver les fruits des missions, de faire en sorte qu'il y eût de bon ecclésiastiques parmi eux ; imitant en cela les guerriers conquérants qui laissent des garnisons dans les places qu'ils ont prises, de peur de perdre ce qu'ils ont acquis avec tant de peine. Ne sommes-nous pas bien heureux, mes frères, d'exprimer au naïf la vocation de Jésus- Christ ; car qui est-ce qui exprime mieux la manière de vie que Jésus-Christ a tenue sur la terre, que les missionnaires? Je ne le dis pis seulement de nous , mais je Tentends aussi de ces grands ouvriers apostoliques de divers ordres qui font des missions et dedans et dehors le royaume. Ce sont là les grands missionnaires desquels nous ne sommes que les ombres. Voyez-vous comme ils se transportent aux Indes, au Japon, au Canada, pour achever . l'œuvre que Jésus-Christ a commencée et qu'il n'a point quittée , depuis le premier instant qu'il y a été appliqué par la volonté de son Père ! Pensons qu'il nous dit intérieurement : Sortez , missionnaires, allez où je vous envoie ; voilà de pauvres âmes qui vous attendent , le salut desquelles dépend en partie de vos prédications et de vos catéchismes. C'est là, mes frères, ce que nous devons bien considérer; car Dieu nous a destinés pour travailler en tel temps , en tels lieux, et pour telles personnes. C'est ainsi qu'il destinait ses prophètes pour certains lieux et pour certaines personnes , et ne voulait point qu'ils allassent ailleurs. Mais que répondrions-nous à Dieu , s'il arrivait que par notre faute quelqu'une de ces pauvres âmes vint à mourir et à se perdre? N'auraitelle pas sujet de nous reprocher que nous serions en quelque façon causes de sa damnation, pour ne l'avoir pas assistée comme nous le pouvions? Et ne devrions-nous pas craindre qu'il ne nous en demandât compte à l'heure de notre mort? Comme au contraire si nous correspondons fidèlement aux obligations de notre vocation , n'aurons-nous pas sujet d'espérer que Dieu nous augmentera de jour*en jour ses grâces, qu'il multipliera de plus en plus la compagnie, et lui donnera des hommes qui auront des dispositions telles qu'il convient pour agir dans son esprit , et qu'il bénira tous nos travaux? Et enfin toutes ces âmes qui obtiendront le

$fklutHJfim^l P4r RAJtra ministère re^ront t^w^igni^se à Dieu de n#tre fidélité daps nos fonctions.

« Que ceux-là seront heureux qui, à l'heure de la mort, verront accomplies en eux ces belles paroles de Notre- Seigneur : Evangelizare paii^ peribus misit me Dominus ! Voyez , mes frères , comme il semble que ÎTotre-Scîgneur nous veuille djéclarer par ces paroles qu'un de ses principaux ouvrages était de travailler pour les pauvres. Mais malheur à ^ous, si nous nous rendons lâches à servir et secourir les pauvres; car après avoir été appelés de Dieu et nous être donnés à lui pour cela , il s'^en repose en quelqupfoçon sur nous. Souvenez-vous de ces paroles d'tin saint Père : Si nonpwlsti, occidisii, qui s'entendent à la vérité de la réfection corporelle, mais qui se peuvent appliquer à la spirituelle , avec autant de vérité et même avec plus de raison. Jugez si nous n'avons pas sujet de trembler, si nous venons à manquer en ce point; et si, à cause de l'âge, ou bien sous prétexte de quelque infirmité ou indisposition , noi|s venons à nous ralentû* et à dégénérer de notre première ferveur. Pour moi, nonobstant mon âge , je ne me tiens point excusé de travailler au service des pauvres , car qui m'en pourrait empêcher? Si Je ne puis prêcher tous les jours, je prêcherai deux fois la semaine; ^i si je n'ai assez de force pour me faire enteadre dans les grandes chaires, je parlerai dans les petites ; et si \t n'avais pas encore assez de voix pour cela , qui pst-ce qui m'empêcherait de parler simplement et familièrement ù ces bonnes gens , comme je vous parle à présent , les feisant approcher et mettre autour de moi comme vous êtes? Je sais des vieillards qui , au jour du jugement, pourront s'élever contre nous, et entre autres un bon père Jésuite, homme de sainte vip, lequel après avoir prêché plusieurs années à la Cour, ayant été atteint à l'âge de soixante ans d'une maladie ^ui le mena à deux doigts de la mort , Dieu lui fit connaître combien il y avait de vanité et d'ioutilité en la plupart de ses discours étudiés et polis, desquels il se servait en ses prédications , en sorte qu'il en re^ssentit plusieurs remords de conscience : ce qui fut cause qu'ayant recouvré sa santé, il demanda et obtint de ses supérieurs la permission d'aller catéchiser et exhorter familièrement les pauvres de la campagne. Il employa vingt ans dans ces charitables travaux, et y persévéra jusqu'à la mort^ et se voyant près d'expirer, il demanda une grâce, qui fut qu'on enterrât avec son corps une baguette dont il se servait en ses catéchismes , afin , disait-il, que cette baguette rendît témoignage comme il avait quitté les emplois de la Cour pour servir Notre-Seigneur en la personne des pauvres de la campagne.

c Quelqu'un de ceux qui cherchent à vivre longtemps pourrait peutêtre appréhender que le travail des missions ne vînt à raccourcir ses

Joiirs et avAneer Pheure ée sa iMrt, et pour cela t&eberait de s'en exeDi|[rf.er9 autant qo'fl lui serait possible, comme d'un malheur qu'il aurait siget de craindre ; mais je demanderais à celui qui aurait un tel sentiment : Est-ce un malheur à celui qui voyage dans un pays étranger d*Avaneer son chemin et s'approcher de sa patrie? Est-ce un malheur à eeux qut navijguent d'approcher du port? Est-ce un malheur à une àme fidMe que d'aiier voir et posséder son Dieu? Enfin , est-ce un malheur 0UY missionnaires d^aller bientôt jouir de la gloire que leur divin maitre leur a méritée par ses souffrances et par sa mort? Quoi! a-ton peur qtt*une chose arrive, que nous ne saurions assez désirer et qui n'arrive toojoitt^ que trop tard?

f Or, ce que je dis ici aux prêtres, Je le dis aussi à ceux qui ne le sont pas, je le dis à tous nos frères . Non , mes Frères ! ne croyez pas que parce que ^am n^ites pas employés à la prédication, vous soyez pour cela exempts des obligations que nous avons de travailler au salut des pauvres , car TOUS le pouvez faire en votre feçon, peut-être aussi bien que le prédieateiir même , et avec moins de dan];er pour vous ; vous y êtes obligés ^ant membres i'un même corps avec nous , tout de même que tous les naembres du sacré corps de Jésus-Christ ont coopéré, chacun en leur manière, è Tœnvre de notre rédemption ; car si le chef de Jésus-Christ a été peroé d'épines, les pieds ont été aussi percés des clous avec lesquds il était attaché à la Croix : et si, après la résurrection , ce sacré ebef a été récompensé, les pieds ont aussi participé à cette récompense et ont partagé avec lui la gloire dont il a été couronné. >

§ II. Sentiments de M. Fincent touchant les vertus tes plus nécep- ^fpps wx misstonmires, et à la manière de prêcher qu'ils devaient ^e^ir,

Ce grand serviteur de Dieu étant rempli d*un esprit vraiment apostofique, pouvait bien connattre quelles étaient les vertus les plus convenables et nécessaires aux missionnaires, puisqu'il les possédait toutes en on degré trèséminent, et qu'il les avait très-parfaitement pratiquées, comme il se verra en la troisième partie de cet ouvrage. Ce n'était donp pas tant par son raisonnement que par sa propre expérience qu'il disait qu'entre toutes les vertus, les missionnaires avaient particulièrement besoin d'une protonde humilité, et d'une grande défiance d'eux-mêmes, pour ne pas attribuer è leur industrie ni à leur travail la conversion des âmes, et les autres bons succès de leurs missions ; mais en rendre lld^Mient toute la gloire Si Dieu , ne retenant rien pour eux sinon la confusion de leurs défauts et de leurs manquements. Il estimait aussi qa^ils devaient avoir une grande toi et une parf^iite confiance en Dieu

pour ne se laisser aller au découragement dans les peines et les eontra*

dictions , et ne se rebuter pour les difficultés qui se rencontrent dans leurs emplois ; une grande charité et un zèle très-ardent du salut des âmes, pour les aller chercher, et les secourir et servir; une grande douceur et patience pour les attirer et supporter; une grande simplicité et prudence pour les conduire droitement à Dieu; un grand détachement des choses de la terre pour être plus libres dans les travaux qu'ils entreprennent pour Dieu, et plus propres pour inspirer aux autres l'afSection des biens du ciel; une continuelle mortification de corps et d'esprit, afin que les mouvements de la nature n'empêchent point en eux les opérations de la grâce ; une grande indifiérence % l'égard des emplois» des lieux, des temps et des personnes , pour n'avoir autre prétention en toutes choses que de faire la volonté de Dieu; en sorte que ceux-là même qui parleraient en publie fussent toujours disposés à consentir bien volontiers qu'un autre vînt prendre leur place et occuper leur chaire au milieu d'une miesion, si telle était la volonté du supérieur; et pour ce sujet, il ordonnait particulièrement à ses missionnaires de déférer aux religieux et aux autres prédicateurs qu'ils trouveraient dans les paroisses , surtout lorsqu'ils y avaient des stations , leur cédant volontiers la chaire et leur témoignant toute sorte de respect. Enfin, il voulait que ses missionnaires fussent personnes d'oraison et de bon exemple, estimant que, par ce moyen, ils feraient plus de fruits qu'avec toute la science et l'éloquence qu'ils pourraient employer; l'oraison attirant en eux une abondance de grâces et d'onctions intérieures , et le bon exemple disposant les esprits pour bien recevoir ce qu'ils leur communiqueraient après l'avoir reçu de Dieu.

Pour ce qui est de la manière de prêcher dans les missions, voici ce que M. Vincent en écrivit à l'un de ses prêtres dès l'année 16SS :

c J'ai appris de diverses personnes, lui dit-il, la bénédiction qu'il plaît à la bonté de Dieu de répandre sur votre mission de N. Nous en avons été tous fort consolés ; et parce que nous reconnaissons que cette abondante grâce vient de Dieu , laquelle il ne continue qu'aux humbles, qui reconnaissent que tout le bien qui se fait par eux vient de Dieu ; je le prie de tout mon cœur qu'il vous donne de plus en plus l'esprit d'humilité dans toutes vos fonctions, parce que vous devez croire très-assurément que Dieu vous ôtera cette grâce, de sorte que vous viendrez à donner lieu en votre esprit à quelque vaine complaisance, vous attribuant ce qui n'appartient qu'à Dieu seul. Humiliez- vous donc grandement, Monsieur, dans la vue que Judas avait reqn de plus grandes grâces que vous, et que ces grâces avaient ou plus d'eflet que les vôtres, et que, nonobstant cela, il s'est perdu. Et que profitera-t-il donc

aâ plus grand prédicateur du monde et doué des plus excellents talents, d'avoir fait retentir ses prédications avec applaudissement dans tout une province, et même d'avoir converti à Dieu plusieurs milliers d*&« mes y si, nonobstant tout cela, il vient à se perdre lui-même.

« Je ne vous dis pas ceci, Monsieur, pour aucun sujet particulier que j'ai|^e craindre cette vaine complaisance ni en vous, ni en N. qui tra« vaille avec vous; mais afin que si le démon vous attaque de ce côté-là , comme sans doute il le fera, vous apportiez une grande attention et fidélité à rejeter ses suggestions, et à honorer rhumilité de notre Seigneur. J'avais ces jours passés pour le sujet de mon entretien la vie commune que notre Seigneur a voulu mener sur la terre ; et je voyais qu^il avait tant aimé cette vie commune et abjecte des autres hommes, que pour s'y ajuster, il s'était abaissé autant qu'il avait pu, jusque là même (6 chose merveilleuse et qui surpasse toute la capacité de Tentendement humain ! ) qu'encore qu'il fut la sapience încréée du Père étemel, il avait voulu néanmoins prêcher sa doctrine avec un style beaucoup plus bas et plus ravalé que n'a été celui de ses apôtres.Voyez, je vous prie , quelles ont été ses prédications , et les comparez avec les épitres et prédications de saint Pierre, de saint Paul et des autres apôtres. Il semblerait que le style dont il use est d'un homme qui a peu de science , et que celui de ses apôtres paraît comme de personnes qui en avaient beaucoup plus que lui , et ce qui est encore plus étonnant est qu'il a voulu que ses prédications eussent beaucoup moins d'efifet que celles de ses apôtres ; car l'on voit dans TÉvangile qu'il gagna ses apôtres et ses disciples presque un à un, et cela avec travail et fatigue : et voilà que saint Pierre en convertit cinq mille dès sa première prédication. Certainement cela m'a donné plus de lumière et de connaissance, comme il me semble, de la grande et merveilleuse humilité du Fils de Dieu qu'aucune autre considération que j'aie jamais eue sur ce sujet.

« Nous disons tous les jours à la sainte Messe ces paroles, in spiriiu humilitatis, etc. Or un saint personnage me disait un jour comme l'ayant appris du bienheureux évêque de Genève, que cet esprit d'humilité, lequel nous demandons à Dieu en tous nos sacrifices, consiste principalement à nous tenir dansiine continuelle attention et disposition de nous humilier incessamment , en toutes occasions, tant intérieur rement qu'e^çtérieurement. Mais, Monsieur, qui est-ce qui nous donnera cet esprit d'humilité? hélas! ce sera Notre- Seigneur, si nous le lui demandons, et si nous nous rendons fidèles à sa grâce, et soigneux d'en produire les actes. Faisons-le donc, je vous en supplie, et t&chons pour cela de nous ressouvenir Tun de l'autre, quand nous prononceroQS ces même« parolc$ au saint wtd} je l'espère de votre charité, » T. it \^

Et parlant un jour aux prêtres de sa maison sur|ee mène si4et : < il faul, leur disait-il» que la Compagnie se donne à Dieu, pour expliquer par des comparaisons familières les vérités de TÉvangile, lorsqu'on travaille dans les missions. Étudions-nous donc pour façonner notre esprit à cette méthode, imitant en cela Notre-Seigneur» lequel» comme dit le saint Évangéliste, sineparabolU loquebaturad eos. N'employons que sobrement dans les prédications 4es passages des au{Rirs profanes, encore faut-il que ce ne soit que pour servir de marche-pied à la sainte Écriture. »

Il recommandait aussi à ses missionnaires de ne se laisser emporter à une ferveur excessive dans leurs prédications, et ne pas tant élever le ion de leur voix ; mais de parler au peuple simplement, et avec une voix médiocre, tant pour mieux profiter à leur auditoire, qui écoute plus volontiers, et reçoit mieux ce qui lui est dit de la sorte, que pour ménager leur force et leur santé. Car ayant à prêcher souvent, et presque tous les jours, pendant une bonne partie de Tannée, et même en quelques occasions deux fois le jour, ils se réduiraient eux-mêmes dans rimpuissance de continuer, si à force de crier, ils venaient à gâter leur voix et leur poitrine. Voici ce qu'il en écrivit un jour à l'un de ses prêtres :

« On m'a averti, lui dit-il, que vous faites de trop grands efforts en parlant au peuple, et que cela vous affaiblit beaucoup. Au nom de Dieu, Monsieur, ménagez votre santé et modérez votre parole et vos sentiments. Je vous ai dit autrefois que JVotre-Seigneur bénit les discours qu'on fait en parlant d'un ton commun et familier, parce qu'il a luimême enseigné et prêché de la sorte, et que cette manière de parler étant naturelle, elle est aussi plus aisée que l'autre qui est forcée, et le peuple la goûte mieux et en profite davantage. Croiriez-vous, Monsieur, que les comédiens ayant reconnu cela, ont changé leur manière de parler, et ne récitent plus leurs vers avec un ton élevé, comme ils faisaient autrefois ; mais ils le font avec une voix médiocre, et eomme parlant familièrement à ceux qui les écoutent. C'était un personnage qui a été de cette condition lequel me le disait ces jours passés. Or si le désir de plaire davantage au monde a pu gasjuer cela sur l'esprit de ces acteurs de théâtre, quel sujet de confusion serait-ce aux prédicateurs de Jésus- Christ si l'affection et le zèle de procurer le salut des âmes n'avait pas le même pouvoir sur eux.

u Au reste j'ai été bien contristé de ce qu'au lieu de faire le grand catéchisme le soir, vous avez fait des prédications dans votre mi^ion, De qui ne se doit pas : 1** parce qu/e le prédicateur du matin peut avoir peine de cette seconde pr^ication ; 2'' p^rae que le pwpte a plus dé

^ as rr-

besojo é^ 0e ç^^misi^ et qu'il en progie davantage ; ;^" j^rçQ qv^'m faisant ce catéchisme il semble qu'il y a en qpelqqe foçpn plus de sujeii d'honorer la manière que notre Seigneur Jésus-Cbrikt a teniip poiif, instruire et pour convertir le monde ; U"" parce que c'est notre u$age» e^ qu'il a plu à Notre-Seigneur de donner de grâ^des bénédictions à cette pragqlje, en laquelle il se trouve plus de moyen d'exercer rhumilité. « ,

§ III. L'ordre que Af. Vincent observait et a voulu être observé ' parles siens dans les Missions, '

Puisque toutes les choses qui viennent de DicM sont dans Tprdre ' , comme le saint apôtre nous enseigne, et que c'est Tordre» aipsî que dit saint Augustin, qui nous conduit à Dieu % les missions étant des ouvrages de la grâce divine pour aider les âmes à retourner à Dieu, lorsqu'elles s'en sont éloignées par le péché, il fallait par conséquent qu'elle se fissent avec ordre, et que chaque troupe de missionnaires fût comme une compagnie de soldats bien disciplinés, ou comme une petite armée bien rangée , laquelle par son bon ordre se rendit terrible et formidable anx ennemis de Jésus-Christ ^

C'est la raison pour laquelle M. Vincent se prescrivit dès le commencement un ordre dans ses missions, qu'il a voulu depuis être observé par tous les siens en la manière suivante. Premièrement les missionnaires ne vont point travailler aux missions , en quelque lieu que ce soit, qu'ils n'aient un mandement de M. Tévêque du diocèse, pour le présenter à messieurs les curés , desquels ils doivent avant que de commencer aucune fonction en leurs paroisses, obtenir ie consentement, et recevoir la bénédiction, ou en leur absence de leurs vicaires : et en cas de refus de leur part, les missionnaires s'en retournent , prenant humblement congé d'eux, pour iiïiiter et honorer l'acquiescement de Notrer Seigneur au refus qu'on lui a fait quelquefois en pareilles occasions , iiinsi qu'il est rapporté d^ns l'Evangile.

Ayant obtenu le mandement du prélat , et le cposeqtement du cur^ en la paroisse duquel la mission se doit faire , un prêtre va en (^ire l'ouverture un jour de fête ou de dimanche par un sermon qu'il fait prdir naire^ent Je matin, pour avertir les habitants de la venue prochain^; des missionnaires et du service qu'ils désirent leur repdre, et, pour I§s exhorter à pénitence, et se disposer pour faire de bpnnes cpnfessiqos. Et le même jour après vêpres il fait pour l'ordinaire encore un mivp aero^qn pour les instruire de la manière de bipQ fure {eurs confessions,,

< Qa» à 060 Birnt, ordfnàta Bunt, Jd^Aorn., iS. ^ T«fHl>Uis ul casiron^m acie» prdinata. Canticor,, Ç.

et particulièrement de se bien examiner, leur expliquant brièvement les péchés plus ordinaires qui se commettent contre les commandements de Dieu , ou bien quelque autre pièce forte pour les exciter davantage à la pénitence.

' Quelques jours après les autres missionnaires destinés pour travailler en cette paroisse étant arrivés , ils commencent de s'appliquer aux ef/iTciccs et fonctions ordinaires des missions^ qui consistent principalement à prêcher y faire les catéchismes grands et petits, entendre les confessions, moyenner les réconciliations et accommodements de ceux qni sont en quelques inimitiés ou discorde, visiter et consoler les malades, faire la correction fraternelle aux pécheurs impénitents, remédier autant qu'il se peut aux abus et désordres publics, et généralement s'employer à toutes les œuvres de miséricorde et charité spirituelle qui leur sont convenables, et dont la Providence divine leur fournit des occasions ; sans oublier néanmoins leurs exercices propres et particuliers de l'oraison mentale, de l'office divin en commun, du saint sacrifice de la Messe, des examens généraux et particuliers, et autres semblables pratiques spirituelles.

Ils ont aussi toutes leurs heures réglées , soit pour le lever, le coucher, la réfection, la méditation, la Messe, Toffice divin et autres exercices que nous avons dit; soit pour les prédications, catéchismes, confessions et autres fonctions propres de la mission , auxquelles ils s'appliquent avec une grande assiduité.

Ils font ordinairement tous les jours trois sortes d'actions publiques; c'est à savoir une prédication dès le grand matin , afin que les pauvres gens des champs y puissent assister , sans se détourner de leurs ouvrages accoutumés; le petit catéchisme à une heure après midi; et le grand catéchisme, au soir, au retour de leur travail.

Les sujets plus ordinaires de ces prédications, outre les deux qui se font à l'ouverture de la mission , dont il a été déjà parlé , sont des parties de la pénitence en particulier; des fins dernières de Thomme, de l'énormité du péché, des rigueurs de la justice de Dieu à l'égard des pécheurs, de l'endurcissement du cœur, de l'impénitence finale, de la mauvaise honte, des rechutes dans le péché , de la médisance, de l'envie, des'haines et inimitiés, ^es jurements et blasphèmes, de rinleoH pérance au boire et au manger, et autres semblables péchés qui se commettent plus ordinairement parmi les gensde la campagne ; comme aussi delà patience 9 du bon usage des afflictions et de la pauvreté, de la charité, du bon emploi de la journée, de la manière de bien prier Dieu, de fréquenter dignement les sacrements, d'assister dévotement au saint sacrifice de la Messe, de Timitation de Pfotre-Seigneur, de la dévotion

envers sa très-sainte Mère»delaperséférance»e( autres semblables Tertos et boiiBes œuvres qui sont propres aux personnes de cette condition.

On change Tordre et le sujet des prédications, selon les occasions et les besoins y et on en retranche ou l'on en ajoute d'autres , à proportion que la iDissi<m est plus longue ou plus courte , et cette durée se règle selon rétendue des lieux , le nombre et la disposition des personnes : en sorte que Ton continue ordinairement jusqu'à ce que tons les habitants du lieu, grands et petits, soient suffisamment instruits et mis en état de salut» par le moyen des confessions générales auxquelles on les excite autant qu'il se peut.

Pour ce qui est du grand catéchisme qui se foit le soir, les matières ordinaires sont, premièrement l'explication des mystères principaux de la religion , c'est à savoir de la très-sainte Trinité , de l'Incarnation da Fils de Dieu et du très-saint Sacrement de l'autel ; ensuite des commandements de Dieu, de ceux de l'Église, et puis des Sacrements, des articles du Symbole , de l'Oraison dominicale et de la Salutation angelique. Le tout à proportion de la durée de la mission , comme il a été dit ci- dessus au sujet des prédications du matin. Et si la mission ne dure pas assez de temps pour expliquer toutes ces choses, on se réduit aux plus importantes et nécessaires , que Ton enseigne brièvement et lamilièrement, selon la portée des auditeurs.

On fait ce catéchisme comme il a été dit, vers le soir, dans la chaire du prédicateur pour une plus grande commodité des auditeurs , et Ton commence ordinairement par une courte récapitulation du précédent catéchisme, sur lequel on fait aussi quelques interrogations aux enfimts pendant un petit quart d'heure, ensuite de quoi on explique le sujet duquel ou doit traiter, et après cette explication à laquelle on donne un peu d'étendue, on en tire quelques fruits et quelques moralités, pour joindre ensemble l'instruction et l'édification des auditeurs.

Le petit catéchisme se fait à une heure après midi , pour rinstruction des petits enfants ; on le commence le premier jour par une petite exhortation femilière, par laquelle on les convie d'y assister, et on leur donne des avis nécessaires pour s'y bien comporter. Et puis les jours suivants on leur fait des instructions sur la Foi, sur les principaux mystères de notre religion , sur les commandements de Dieu et sur les autres matières qui se traitent au grand catéchisme; mais le tout fort familièrement et proportionnément à la portée de leur petit esprit. Ce petit catéchisme se fait sans monter en chaire , le catéchiste se tenant parmi les enfants, auxquels il fait à la fin chanter les commandements de Dieu, pour les mieux inculquer dans leurs esprits.

Sur la fin de la mission Ton prépare avec un soin particulier les en-

fents qoi n'ont point encore reçu le très-saint Sacrement, et qui sont jugés capables de le recevoir, à fetre leur première communian; et outre les instriictions particulières qui leur sont laites pemlanl la mission, on y ajoute encore une exhortation la veille de là comiiiaiiion , potrr les 7 mieux disposer, et une autre immédiatement devant leur roommnnton eh présence du très-saint Sacrement pourlesexelttir à une l^us grande dévotion et révérence envers cet adorable my^ëne. Et après les vêpres on fait une procession solennelle , en laqudle oli porte Je très-saint Sacrement, et les enfants quS ont fait leur pr^mièmeom^ munion , y assistent et marchent deux à deux devant le safinl Sacrem^t , ayant chacun un cierge en inain , et le clergé avec le peinte cn- ' suite. £t au retour de cette procession , on fait encore une autre briève exhortation aux enfants et au peuple , et enfin pour action de grâces et conclusion de cette cérémonie, on chante le Te Deum laudamus. Et quelquefois on chante le lendemain de bon matin une messe d'action de grâces, à la fin- de laquelle on fait une prédication de la persévérance, si on M l'a faite quelque jour précédent. C'est encore un u^agè introduit par M. Vincent dans les missions d'établir quand il se peut commodément dans les lieux, la Confrérie de la Charité^ composée de -femmes et de filles pour l'assistance corporelle et $[Hritue}le des pauvres malades ; et pour cet effet , vers la fin de la mission , Ton feit quelques exhbrtâltions particulières sur le sujet de la charité env^*s les pauvres , et des règlements et pratiques (»*dinaires de cette confrérie.

Lorsque les confesseurs n'ont plus guère d'emploi à la fin de la mis^ sion , on prend soin de f;ure confesser tous les petits eniiants, qui n'ont pas encore atteint l'âge propre de communier, et que l'on v(»t néanmoins avoir assez de discernement pour commettre des péebés, et offenser Dieu^ pour les disposer à ce sacrement, et leur apprendre à se bien confesser, on leur fait quelques petites instructions particulières, : proportionnées à là portée de leurs espiits : en quoi on tâche de remédier à deux abus qui se trouvaient autrefois en la plupart des paroisses ées champs; l'un est qu'en quelques lieux l'on fetisait confesser les petits enfents publiquement et tous ehsemble; et en d'autres On ne les feisait point confesser du tout, sinon quand ils étaient en l'âge de eommunier.

Enfin pendant tout le temps de la mission , on visite souvent les ma* lades, et surtout les pauvres , leur procurant autant qn'on peut toutes sortes d'assistances corporelles et spirituelles, et les disposant et aidant è feire de bonnes confessions générales, pour mettre leur salut en plus grande assurance.

On voit aussi les mattres et màîttresses d'école , et on leur donne les itstnisitons et les avis nécessaires pour s'acquitter dignement de leurs

ebarflfes, et pour porter les enliBiits à la vertu, et leur iospirer la piété.

Il y a Moore une chose que M. Vincefit observait dans les missions et voulait être exactement observée des siens, c'est à savoir défaire l^ instroctions et rendre tous les services dont a été parlé, gratuitement, et sans' être en auenue feçon à charge aux personnes auxquelles on rend cet ofltee de charité , si ce n'est simplement pour le logement et les ustensiles nécessaires, qui ne se peuvent pas commodément porter; ce que les [prêtres de sa coni^régatkm ont toujours depuis inviols^lement observé.

Outre toutes ces fonctions qui se pratiquent à Tégard des personnes laïques^ M. Vincent voulait encore que ses missionnaires s'employassent, comme ils font, pendant le temps de leurs missions, à rendre tous les services qu'ils peuvent aux ecclésiastiques des lieux où ils travaillent, particulièrement par le moyen des conférences spirituelles , dans le^ quelles ils traitent avec eux des obligations de lair état, des défauts qu'ils doivent principalement éviter^ des vertus qu'ils sont obligés de pratiquer, et qui leur sont les plus propres et ccmvenables, et autr^ semblables sujets.

Or, quoique dans le commencement, comme il a été Ht ailleurs, M. Vincent se rendit extrêmemeht assidu aux misskms, voyant la nécessité de ce charitable emploi, et Taffoction des peuples pour en profiter, en sorte que lorsqu'il était obligé de retourner à Paris » il lui semblait, comme il a dit quelquefois, que les portes de la ville devaient tomber sur lui, tant il faisait scrupule de vaquer à autre chose qu'au sdlut de ces pauvres âmes, qui se perdaient feute d'assistance, néanmoins ayant reconnu par sa propre expérience que cet emploi qui est grandement pénible, et qui d'ailleurs dissipe beaucoup l'esprit, ne se peut continuer sans quelque relâche; cela lui fit prendre résolution de donner chaque année quelque temps de repos aux ouvriers qui travaillent dans les missions ; et il lui sembla que le plus propre pour cela était celui de la moisson et des vendanges, les gens de la campagne se trouvant alors si fort occupés à leur récolte, qu'ils ne peuvent, sans s'incontimoder notablement, assister aux exercices de la mission. Il destina . donc cette saison, tant pour donner temps aux missionnaires d'étudief , composer, et préparer les matières qu'ils doivent prêcher et enseigner dans leurs missions suivantes; que pour leur donner aussi moyen, après avoir servi les autres, de travailler pour eux-mêmes et pour leur propre perfection , vaquant avec plus de loisir et de tranquillité à la recoilection et à la piière, cohformément à ce que Notre-Seigneur fit feire à SCS Apôtres , lorsqu'un jour étant retournes des liera ou il les avait

envoyés prêcher» et lui ayant rapporté ce qu'Us y avaimit £att, il leur dit : « Venez un peu à Técart dans un lieu solitaire, pour y demeurer quelque temps en repos et en tranquillité*. » Et c'est ce que M. Yincent procurait à ses missionnaires, pendant ces vacances spirituelles qu'il leur faisait prendre, dont ils employaient, comme ils font encore, une bonne partie à faire les exercices de la retraite, les confessions annuelles, et le renouvellement de leur intérieur. Car il arrive assez souvent aux personnes qui travaillent pour le salut des autres , et qui vaquent aux fonctions apostoliques, ce que Ton voit aux horl<^es, lesquels en servantlepublic, se démontent et s'usent; et pour cela ont un besoin particulier de réparer le déchetque cause la dissipation extérieure par Texercice du recueillement intérieur. £t à ce propos M.Vincent disait quelquefois : « Que la vie d'un missionnaire devait être la vie d'un cbartreux à la maison, et d'un apôtre à la campag^, et qu'à proportion qu'il travaillera plus soigneusement à sa perfection intérieure, ses emplois et ses travaux seront aussi plus fructueux pour le bien spirituel des antres. » £t dans une lettre qu'il écrivit en l'année 1631 à un de ses prêtres, lui parlant sur ce même sujet, c Nous menons, dit-il, une vie presque aussi solitaire à Paris que celle des chartreux; parce que, ne prêchant, ne catéchisant, et ne confessant point à la ville, personne n'a affaire à nous, et nous n'avons aussi affaire à personne ; et cette solitude nous fait aspirer au travail de la campagne, et le travail à la solitude. »

§ IV. Avis que M. Fincent donnait à ses Missionnaires, touchant la manière d'agir avec les hérétiques dans les Missions.

Comme il se trouve souvent des hérétiques dans les lieux oiï se font les missions, particulièrement en quelques provinces, telles que sont celles de Guienne, du Languedoc, du Poitou, etc. , où cette zizanie s'est répandue plus que dans les autres; aussi M. Vincent, dont la charité n'avait point de bornes , et qui embrassait le salut de ces dévoyés avec autant d'affection que celui des autres , voulait que ceux de sa compagnie s'employassent selon leur pouvoir dans leurs missions, à procurer la conversion de ceux qu'ils y rencontraient ; mais pour y bien réussir, il leur prescrivait diverses maximes, que rexpérience lui avait fait connaître très-propres pour cette fin.

Premièrement, il estimait que les contentions et disputes en matière de religion , et particulièrement celles qui se font avec esprit d'aigreur, et avec des paroles piquantes , n'étaient en aucune façon propres pour convertir les hérétiques ; c'est pourquoi il recommandait aux siens de les éviter absolument , surtout les invectives ; et les reproches. U disait

* Venite i eoraam ia deseriom iocum , •( requiescUe. If are,, 6.

i ce propos qae les gens doctes ne pouvaient rien gagner avec le diable par ist superbe, d'autant qu'il en était plus rempli qu'eux ; mais au contraire qu'il serait aisément vaincu par Thumilité, parce que c'était une arme dtmt il ne pouvait se servir. Il ajoutait sur ce même sujet qu'il n'avait jamais vu ni entendu qu'aucun hérétique eut été converti par h subtilité d'un argument, mais bien par la douceur et par l'humilité.

Or, quoique M. Vincent ne fut pas d'avis que ses missionnaires s'engageassent aux contentions et disputes contre les hérétiques, il leur recommandait pourtant d'apprendre soigneusement tout ce qui appartient à la tliéologie polémique, et aux controverses , pour être toujours prêts, selon la maxime du Prince des Apôtres, de rendre raison de leur foi, d'en soutenir la vérité, et de convaincre de fausseté les erreurs contraires ; conférant à l'amiable avec les hérétiques , et répondant doucement à leurs objections, plutôt pour les convertir que pour les confondre. Et de tout temps il les a obligés de faire des conférences et une étude particulière sur ce sujet. Voici ce qu'il en écrivit dès l'année 1628 , de la ville de Beauvais, où il était alors , à celui auquel il avait laissé en son absence la conduite du collège des Bons-Enfants à Paris.

c Comment se porte la compagnie, lui dit- il, chacun est-il en bonne disposition et bien content? les petit» règlements s'observent-ils ? étudiet-on, s'exerce-t-on sur les controverses? y observez-vous l'ordre prescrit? Je vous supplie , Monsieur, qu'on travaille soigneusement à cela; qu'on tâche de bien posséder le petit Becan , il ne se peut dire combien ce petit livret est utile à cette fin. Il a plu à Dieu se servir de ce misérable (c'est de lui dont il parle ) pour la conversion de trois personnes depuis que je suis parti de Paris ; mais il faut que j'avoue que la douceur, l'humilité et la patience , en traitant avec ces pauvres dévorés , est comme l'àme de ce bien. Il m'a fallu employer deux jours de temps pour en convertir un, les deux autres ne m'ont pas coûté de temps. J'ai bien voulu vous dire cela à ma confusion , afin que la compagnie voie que s'il a plu à Dieu de se servir du plus ignorant et du plus misérable de la troupe, il se servira encore plus efficacement de cbacun des autres. >»

C'était donc sa maxime de joindre à la doctrine et à l'étude des controverses une bonne provision d'humilité , de douceur, de patience, pour s'en servir lorsqu'il sera question de converser ou de conférer avec les hérétiques ; il voulait même qu'on leur témoignât quelque sorte de respect et d'affection , non pour les flatter dans leurs erreurs , mais pour gagner plus facilement et plus efficacement leurs esprits; surtout il estimait que la vie vertueuse et exemplaire des catholiques, et particulièrement des ecclésiastiques et des missionnaires , aurait plus de force qu'aucune autre chose, pour les retirer de l'erreur, et leur Sairc em-

brasier la Téritable rdigfon : c'est ce qu'il â souvent itroolqué dans ses lettres» comme entre les autr^ écrivant au supérieur de la maison de Sedan , il lui parle en ces termes.

« Lorsque le roi vous envoya à Sedan , ce fut à condition de ne jamais disputer contre les hérétiques , ni en chaire, ni en particulier, sachant que cela sert de peu , ef que bien souvent on fait plus de bruit que de fruit. La bonne vie , et la bonne odeur des vertus chrétiennes mises en pratique, attire les dévoyés au droit chemin , et y confirme les cMhoIi^ ques : e'est ainsi que la compagnie doit profiter à la ville de Sedan , en ajoutant aux bons exemples les exercices de nos fonctions , comme d*in^ struire le peuple de notre façon ordinaire, de prêcher contre le vice et les mauvaises mœurs , d'établir et de persuader les vertus , montrant teur nécessité , leur beauté, leur usage et les moyens de les acquérir : e^est à quoi principalement vous devez travailler. Que si vous désircE parler de quelques points de contro^^erse , ne le faites point si TÉvangtle du jour ne vous y porte ; et alors vous pourrez soutenir et prouver les vérités que les hérétiques combattent, et même répondre à leurs raisons , sans néanmoins les nommer, ni parler d'eux. >

Et l'un des frères de la Congrégation de la Mission , qui était fort habile en chirurgie, ayant eu mouvement d'aller contribuer par les bt^faits de son art et de sa charité à l'établissement de la foi dans l'Ile de Madagascar, M. Vincent l'envoya pour s'embarquer à la Rochelle au mois de décembre de l'année 1659, avec quelques prêtres de sa même compagnie. Mais ce bon frère ayant remarqué que plusieurs huguenots devaient faire le même voyage , et s'embarquer dans le même navire qui les devait mener en cette tle, il en conçut uii g^and déplaisir qu'il fit eonnaltre à M. Vincent par une de ses lettres , à laquelle ce sage supérieur des missionnaires fit la réponse qui suit :

c Je suis fort affligé , lui dit* il , de savoir que vous avez dtfô hérétiques dans votre vaisseau , ^ par conséquent beaucoup à souflrir de leur part. Mais enfin Dieu est Je maître, et il l'a ainsi permis pour des raisons que nous ne savons pas ; peut-être pour vous obliger d'être plus retenu en leur présence , plus humble, et plus dévot envers Dieu , et plus cbaritafete envers le prochain , afin qu'ils voient la beauté et la sainteté de notre reygion, et qu'ils scrient par ce moyen excités d'y revenir. Il fattdra soigneusement éviter toutes sortes de disputes et d'invectives avec eux, vous montrer patient ^ débonnaire en leur endroit , lors même qu'ils s'échapperont contre vous , ou contre notre créance et nos pratiques. La vertu, est si belle et si aimable , qu'ils seront contraints de l'aimer en vous , si vous la pratiquez bien. Il est à souhaiter que dans les senri- -ees que tom retdez à IMeu siur ie vaisseau, V9us ne fossîez peînt accep-

tioa de personne, et le mettiez pas dHérénce qui t>fti*ais8e, efltre les eatiiQliqaes et les hugueiiotsy efin que oenz-éi coiiiia»8eiit que vous les aîm€2 eR Dieu. J'espère que vos bcms exemples profiteront aux m» et aax antres. Ayez soin de votre santé , je vous en prie » et de edle de noe missienottâres > etc< »

§ V. Des fruits en général qui ont été produits par les Missions (U de M. Vincent et des siens.

Puisque, selon la maiidae de FÉvangile, l'on eonnatt Farbre par les 'frtrits , et qu'il n'y a point de marque plus assurée de sa bonté et fertilité , que de voir l'abmdanee et l'utilité des fruUs qu'il produit , nous ne saurions mieux connaître rëxoellenee et rntilké des missions et des emplois des missionnaires institués par M. Vincent , qu'^ rapportant les eftets salutaires qu'ils ont causés et les grands biens qu'ils ont produits dans toute rÉglise. Nous dirons premièrement quelque chose de cesfruits en général , et puis nous viendrons au détail et au particulier, le tout néaiH moins simplement et sans aucune exagération ; car nous ne prétendons pas ici faire un panégyrique , mais un simple récit > dans lequel touteftois le lecteur trouvera d'autant plus de satisfaction et même d'édification , qu'il y verra la pure vérité des choses rapportée sans auoin artifice et avec plus de sincérité;

Nous avons dit en la première partie comme avant même que M. Yineent eût institué sa Congrégation, il commenta ses premières missions dès Vanùée 1617, et les continua jusqu'efti Tannée 1625, non-seulement dans 1^ bmirgs et rillages de plusieurs diocèses, mais aussi dans l'hdpital des Petites-Maisons de Paris et dans celui des galériens, et à BoiV deàttx dans lès galères ; à quoi il ftit aidé par plusieurs ecclésiastiques d'érudition et de piété , et même de condition et de naissance* On ne sait paf le nombre de ces missions qu'il a faites lui-même en persoime, durant ces sept ou huit premières années, mats il est constant qu'il en fit pr^qifê en toutes les terres de la maison de Gondy, y comprenant a«ssf celles de madame la générale des galères ; qui allaient à près de quarante, tafit villes que bourgs et villages, et qu'outre celles-là il en^ feît encor/p en beaucoup d'autres lieux. Depuis la naissàhce de la Gon- -grëgi^ioH de là Mission, qui fut en l'année 1635 , jusqu'en Tabnée lêafii, qu'elle fut établie à Saint- Laxare, il a fait par lui ou par les siens tout aii QÉoins eent quarante missions. £t depuis l'année 1632 jusqu'à la mott de ee grand serviteur de Dieu , la seule maison de Saint-Lazare M a fait par son ordre près de sept cents , en plusieurs desquelles il a luimême travaillé avec grande bénédiction. A quoi , si on ^oute toutes celles que les autres maisons de sa compagnie établie en plus de vingt-

cinq diocèses, dedans et dehors le royaume de France » ont faites sous sa conduite, qui est-ce qui pourra concevoir la grandeur, l'étendue et la multiplicité des biens qui m ont réussi pour la gloire de Dieu et pour l'utilité de son Église? Qui pourra dire combien de personnes, qui étaient dans une ignorance criminelle des choses de leur salut , ont été instruites des vérités qu'elles étaient obligées de savoir? combien d'autres qui avaient toute leur vie croupi dans l'état du pécbé , en ont été retirées par de bonnes confessions générales? combien de sacrilèges qui se commettaient en la réception indigne des sacrements ont été réparés? combien dlnimitiés et de haines déracinées et d'usures bannies ? combien de concubinages et autres scandales ôtés? Mais combien d'exercices de religion et de pratiques de charité établies? combien de bonnes œuvres et de vertus mises en usage en des lieux où elles n'étaient seulement pas connues? et ensuite combien d'àmes sanctifiées et sauvées qui glorifient maintenant Dieu dans le ciel , lesquelles auraient peut-être » sans le secours qu'elles ont reçu des missions , persévéré jusqu'à la mort dans leurs péchés , et à présent blasphémeraient et maudiraient Dieu avec les démons dans l'enfer? C'est lui seul qui connaît l'étendue et le nombre de tous les biens que sa grâce a opérés par le ministère de ses serviteurs dans ces emplois apostoliques , et qui les manifestera un jour à sa plus grande gloire. Et pour comprendre tout en peu de paroles, il semble que sa providence miséricordieuse ait voulu employer les missions pour coopérer efficacement aux effets principaux qu'il avait dessein de produire par rincarnation de son Fils , et qu'il avait fait prédire par son prophète : c'est à savoir, d'effacer r iniquité ^ d'abolir et exterminer le péché, et de rétablir la sainteté et la justice ".

Or, en attendant que Dieu en découvre dans l'éternité les pièces tout entières , nous en rapporterons seulement quelques petits échantillons dans les chapitres suivants ; mais auparavant nous ferons ici quelques remarques nécessaires sur ce sujet.

La première est que les missionnaires n'ont point fait de recueil exprès des fruits de leurs missions, s'occupant plus à faire de bonnes œuvres qu'à les écrire; et que ce que nous en rapportercvds a été trouvé par hasard dépuis peu par-ci par-là , dans quelques lettres , entre un très^rand nombre , écrites tant par les prélats dans les diocèses desquels M. Yincent par leur ordre a fait travailler, que par les missionnaires de sa Congrégation lui rendant compte de leurs missions. Si Yoa eât pu les parcourir toutes, on aurait encore trouvé des choses beaucoup

■ Fincm accipiat pcccatam et deleatur iniquilas et addacatar |o8titia sempitenia. Dan,^

meilleures , mais cela serait trop immense d'eD parier au long; le peu que nous en dirons servira pour feire juger du reste.

La seconde remarque est que M. Yincent ne voulait point que ses missionnaires fissent leurs ouvrages à la hâte et en courant , mais qu'ils 7 employassent tout le temps et tout le loisir nécessaire pour y bien réussir, et pour en rapporter le fruit qu'ils se proposaient, qui était l'instruction des ignorants , la conversion des pécheurs , la sanctification des âmes et le rétablissement du service de Dieu. Et pour cet effet, quand ils travaillaient en quelque lieu , ils n'en sortaient point que tout le peuple n'eût été bien instruit , et mis en état de se sauver ; employant pour cette fin tout le temps nécessaire , en sorte que les missions duraient quelquefois jusqu'à cinq ou six semaines dans les gros lieux , quoiqu'à la vérité le temps le plus ordinaire pour les villages médiocres soit de trois semaines ou environ, et pour les plus petits lieux quinze jours ou à peu près.

De plus , afin que ceux qui travaillaient dans les missions fussent mieux en état de le faire avec bénédiction , M. Vincent établit pour règle, que tous ceux qui se donneraient à Dieu pour le servir dans sa congrégation , renonceraient à toutes charges et négociations d'affaires, afin qu'étant ainsi dégagés et entièrement libres ils pussent s'employer sans aucun empêchement aux fonctions charitables des missions , et, à l'imitation du Fils de Dieu , aller de village en village évangéliser les pauvres.

Quoique le principal dessein de M. Vincent ait été de pourvoir aux besoins presque extrêmes des pauvres de la campagne et qu'il ait par* ticulièrement attaché à leur service et assistance ceux de sa compagnie, il n'a point pour cela eu moins de charité envers les habitants des villes, car il a souvent excité et porté plusieurs vertueux ecclé^astiques , par^ ticulièrement ceux qui s'assemblent à Saint-Lazare pour les conférences spirituelles , à entreprendre plusieurs missions en diverses villes de ce royaume et même en celle de Paris , où étant assisté de ses charitables amis et de sa prudente conduite, ils ont réussi avec une grande bénédiction. Et non-seulement ceux qui ont été comme appliqués par lui , se sont adonnés à ces saints emplois; mais on a vu un très>grand nombre d'autres ecclésiastiques , depuis que M. Vincent a institué sa congrégation de missionnaires, s'unir et s'associer ensemble, et même former des compagnies en diverses provinces , pour faire des missions et travailler à l'instruction et au salut des peuples, les uns à son imitation et excités par son zèle, les autres conviés par les succès de ses missions, et peut-être quelques-uns par émulation. Mais ce grand serviteur de Dieu, animé d'une charité vraiment apostolique, approuvait, estimait

Qt hmit ioi^imn hai|tcBiM Éoot oe'qiii m f^snit pour le serrî^ de Dieu; soit que cela M fit à son imitatiop ou pur émulatûm, o^ par quelque autre motilP que ce pût être, il ne lui importait paSf po^irvu que Jésus-Cbriât fût anuoneé, sou saint nom connu et glorifié, et le& ftines rachetées par ^n sang , sanctifiées et sauvées.

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SECTION II

RELATION DES FRUITS PLUS CONSIDÉRABLES DE QUELQUES MISSIONS PARTICULIÈRES FAITES EN DIVERS LIEUX. DE LA FRANCE.

§ I. ^a diocèse de Paris.

C'est de M. Vincent que nous avons appris un fruit fiort eonsidér able d'une mission faite dans un village du diocèse de Paris , dont il fit luimême le récit à la communauté pour Texciter à en rendre grâees à Dieu.

« Je prie la compagnie, lui dit-il, de remercier Dieu des bénédictions qu'il a données aux missions qu'on vient défaire, et particulièrement à celle de N., qui sont notables. II y avait une étrange division en cette paroisse ; les habitants avaient une grande aversion contre leur curé ; et le curé , d'un autre côté , avait sujet de se ressentir du mauvais traitement qu*il avait reçu de ses paroissiens, à raison de quoi il était en procès contre eux , et même en avait fait mettre en prison trois on quatre des principaux, parce qu'ils en étaient venus si avant que d'user de mains mises dans l'église sur lui ou sur quelqu'un des siens. La plupart d'entre eux ne voulaient pas seulement ouïr la messe et sortaient de l'église quand ils le voyaient aller à l'autel ; enfin le mal était grand, et je n'en ai pas encore vu un pareil. Ils protestaient qu'ils n'iraient jamais à confesse à lui > et qu'ils passeraient plutôt la fête de Pâques sans communier.

< Se voyant réduits en cet état, quelques-uns d'entre eux vinrent eéans , il y a quelque temps , pour nous prier de \fm aller faire la mission. Nous l'avons faite, et par la miséricorde de Dieu , tous se sont mis en leur devoir. Mais ce qui nous doit davantage exciter à bénir et à remercier Dieu, c'est qu'ils se sont parfaitement réconciliés avec leur pasteur, et qu'ils se trouvent maintenant dans une grande paix et union 4ont ils ont un grand contentement de part et d'autre, et une égale reconnaissance , car dix ou douze sont céans pour nous en reonereiar de toute la paroisse , lesquels m ont dit tant de bien de cetite mission, qu^ j'avais p^ine de les entendre.

< Qui estrce qui a fait cela , Messieurs , sinon Dieu seul? ÉtaiMI m

pooroir des bmvies d% hm eatto réwîoa? Gertos, ^laiid bien tou( un parlement se serait mêlé d'un accommodement si difficile, entre des esprits si fort aliénés, à peine en seraient- ils yenus à bout, pour ce fui regarde seulement la police extérieure. C'est donc Dieu qui est l'auteur de cette bonne œuvre et à qui nous en devons rendre grâces. Je tous prie, Messieurs , de le faire avec toute TaflEection que vous pourrez , et outre cela de demander à sa divine bonté qu'elle donne à la compagnie Tesprit d'union et l'esprit unissant qui n'est autre que le Saint-Esprit même, afin qu'étant toujours bien unie en elle-même, elle puisse unir ceux du dehors ; car nous sommes établis pour réconcilier les âmes avec Dieu, et les hommes avec les hommes. >

Voici le résultat d'une autre petite mission faite en la paroisse de N., proche de Paris , qui n'est que de trois cents communiants , où il s'est fait neuf choses diflerentes , qui sont dignes de remarque , et qui serviront pour faire voir l'utilité des missions, lesquelles ordinairement sont les mêmes choses dans tous les lieux où les mêmes besoins se rencontrent.

c l"* Les marguilliers qui s'élisent deux par an, et qui depuis dix ou douze ans n'avaient rendu aucuns comptes , et retenaient entre leurs mains plusieurs sommes appartenant à l'église et à la fabrique , ayant été avertis de Tiiiyustice qu'ils commettaient, ont rendu leurs susdit^ comptes et entièrement payé tout ce dont ils étaient redevables.

« 2^ Divers particuliers, qui retenaient depuis longtemps plusieurs titres et papiers de l'Église, les ont rapportés et rendus, et on les a mis dans un coffre fermant à trois clefs.

« 5^ Divers concubioages ont cessé, et les concubinaires se sont séparés ou bien sont sortis hors de la paroisse.

c 4^ Tous les habitants, hommes» femmes et enfants, ont si bien requ la semence de la parole de Dieu et se sont rendus avec une telle assiduité aux exercices de la mission, qu'ils n'ont perdu aucune prédication du soir, ni du malin, non pas même le catéchisme qui se fait après midi, où ils assistaient avec une attention merveilleuse.

« b"" Quoiqu'ils fussent pauvres, ils ont fait faire un taberuacle et donné un ciboire et un calice d'argent, celui duquel on se servait auparavant n'étant que d'étain.

c 6« Ils ont en partie rétabli leur église qui était menacée d'une ruine totale et prochaine, et même ont pris résolution de la réédifier tout-àfait, quoique tout cela leur dût coûter du moins douze mille livres.

€ 7** Tous les procès et différends ont été accordés, en sorte qu'il n'en est pas resté un seul dont on ait eu connaissance, et ces accords se sont

fiiils si chrétiennement, que les personnes s'allaient demander pardon à genoux les uns che^ les autres.

c S"" Tous les pauvres malades ont été visités, secourus et assistés corporellement et spirituellement.

« 9^ Enfin chaque habitant ayant fait bonnement et louablement sa confession générale et s'étant acquitté de ses autres devoirs pendant le temps de la mission , est demeuré non-seulement bien instruit et bien consolé en son intérieur, mais aussi dans une vraie disposition et résolution de vivre chrétiennement à l'avenir. •

Nous ne rapporterons pas ci-après ainsi en détail les succès des autres missions, car cela serait trop long et sujet à beaucoup de redites. Nous nous contenterons seulement de remarquer quelques circonslances principales, dont on a eu connaissance par le témoignage des missionnaires et autres personnes di^jnes de foi.

§ II. Au diocèse de Saintes.

M. Vincent ayant envoyé des prêtres de sa Congrégation pour travailler aux missions dans le diorèse de Saintes, environ Tannée 1634, voici ce qu'une personne de grande piété en écrivit :

€ Notre-Seigneur bénit plus qu'il n'est croyable la mission de Saintonge; il s'y fait quantité de conversions de mœurs et de religion; mais ce qui fait admirer le travail des missionnaires, c'est qu'ils font voir au peuple la beauté de h religion catholique selon leur méthode ordinaire, sans disputer; ce qui fait que plusieurs hérétiques se convertissent. Madame de N. m'a dit qu'elle ne pense point à ces bons missionnaires que comme aux ouvriers de la primitive Église, sur la relation que lui en font ceux qui viennent de ces côtés-là, tant catholiques qu'hérétiques. >

Il y eut encore d'autres prêtres missionnaires envoyés dans le même diocèse de Saintes par M. Vincent, en Tannée 1640, à l'instance de feu M. de Raoul, alors évèque, et qui, avec son clergé, les a établis dans ladite ville, et il plut à Dieu donner bénédiction aux missions qu'ils firent en ce diocèse, dont il réussit beaucoup de biens selon le témoignage des ouvriers confirmés par plusieurs lettres de ce bon prélat.

c Nous sommes, dit un missionnaire dans une de ses lettres, à la fin de notre mission de N., qui a duré sept semaines. Je n'oserais vous mander les bénédictions que nous y avons reçues, de peur de me trop satisfaire. C'est tout dire, que cette paroisse, qui était réputée la plus perdue de toute la Saintonge pour les inimitiés, les discordes, les meurtres et les autres abominations qui s'y commettaient, est maintenant.

par la misërieorde de Dieu, toute changée et feit une publique réparation de tous les scandales qu'elle a donnés. Il se trouve un grand concours de personnes à toutes les actions de la mission, même au petit catéchisme; les querelles s'apaisent, les rancunes se dissipent, et les réconciliations se font même sans que nous nous en mêlions. Nous attribuons toutes ces grandes grâces à la seule bonté de Dieu et aux mérites de la très^ainte femiile de Notre-Seigneur, à laquelle nous avons dédié cette mission. Les habitants d'une paroisse éloignée d'une lieue s'étant assemblés, se sont adressés à leur curé, et lui ont dit que puisqu'ils ne pouvaient avoir la mission chez eux, qu'ils désiraient et lui demandaient que tous les matins il leur apprit à prier Dieu et à le bien servir : ce que ce bon curé a commencé de faire avec beaucoup de fruit.

Un autre, écrivant d'une mission faite en quelque autre paroisse du même diocèse : « Cette mission, dit-il, a reçu beaucoup de bénédictions, et par la grâce de Dieu fort extraordinaires ; il s'est fait des accords fort importants et très-difficiles, desquels plusieurs personnes de grande considération, et même monseigneur l'évéque , n'avaient pu venir à bout par le passé, les cœurs se trouvant fort aigris depuis longtemps et ayant des prétentions de grands intérêts et de grands dommages, qui avaient produit de très-f&cbeux procès ; mais par la miséricorde de Dieu ils sont enfin terminés, et les personnes parfaitement réconciliées ; de sorte qu'ayant trouvé à notre abord cette paroisse toute divisée, nous Tavons laissée bien unie et en grande paix par la miséricorde de Dieu» qui lui a fait encore d'autres grâces singulières pour des grands pécheurs et pécheresses publiques qui se sont convertis, pour de grandes et notables restitutions qui s'y sont faites secrètement et publiquement, et aussi pour quelques hérétiques auxquels Dieu a touché le cœur, et qui se soht convertis. >

Un autre missionnaire, rendant compte à M. Vincent de ce qui s'était Ait à la mission de Gémousat, du même diocèse , en Tannée 1647, lui manda qu'outre les fruits ordinaires et communs à toutes les missions, il y avait sept ou huit hérétiques qui avaient abjuré leurs erreurs, et ajouta que plusieurs autres avaient grandes dispositions à se convertir, mais qu'ils en étaient empêchés par l'appréhension d'être surchargés de tailles, à cause que les principaux qui les imposent sont hérétiques ; et même que la plupart seraient Irès-aises que le roi les obligeât d'aller à la messe, pour lever le respect humain qui les retient. « L'un de ces convertis est un vieillard j lequel nous avions exhorté plusieurs fois, mais inutilement; et après avoir fait notre dernier effort, un peu avant notre départ 9 voyant que nous ne pouvions rien gagner sur lui, nous T. h "

elnm U VWf» àê tmmnf è h sainte Yms» «t la iwpliar à*m9lùfm 6,e^ ÎQterfiessions pour obtenir la c^n^ersien de e^ pau?re àé^Qjé. lïous aliâpo^ à eette întantiofi nous prosterner à genoux et répiter les ltta« nie^f et ?oiIà que les ayapt achevées, nous voyons notre vieillard rêver nir h nous ^t nous avouer qu'il reconnaissait la véritiâ et qu'il était en volonté d'aly'urer aon hérésie; ce que nous lui ftines faire» et ensuite sa eiwfession générale, et puis nous le reçûmes à la sainte communion. Et m nous disant adieu , il nous pria instamment de le recommander aux prières de tous les catholiques. »

Le supérieur de la maison de la mission de Saintes manda dans Tune de ses lettres , qu'ayant demeuré un mois entier à travailler dans le bourg de Déniât, il se trouva tellement accablé , aussi bien que les autres missionnaires qui étaient avec lui^ de la grande foule du peuple qui venait de tous les lieux circonvoisins, qu'ils furent contraints, se voyant tout à fait épuisés jusqu'à tomber de faiblesse dans le eonfessionnal, de ee^ser les exercices de la mission, et de laisser avec beaucoup de regret un très-grand nombre de personnes qui accouraient de toutes parts, sans leur pouvoir rendre le service qu'ils désiraient. Il ajoute que pendanj. cett§ mission il y avait eu plus de quatre cents réconciliations faites at plus de cent procès terminés ; c et ces bonnes gens, ditril, avaient un U\ désir de laire leurs confessions, que sachant que nous ne recevions personne au bénéfice de l'absolution qu| ne se fût auparavant réconcilié fit qui n'eût fait raisonnablement ce qui était en lui pour termt|ier ses procès, ils allaient de maison en maison se chercher les uns les autres à cet effist. La veille de notre départ, un grand nombre de peuple se trouvant en l'église aux prières du soir, comme M. le curé eut dit tout l^aut gu^ les missionnaires lui demandaient sa bénédiction pour se retirer le l^demain, et voulant de là prendre occasion de les exhorter de faire un bon usage des instructions qui leur avaient été faites pendant U misaioq, toutes ces bonnes gens en ftirent extrêmement touchés, et se miri^nt à crier et pleurer en telle sorte, qu'il ne put jamais leur dire un seul mot qu'ils voulussent entendre, et les missionnaires eurent bien de la peine de se séparer d'eux, ne les voulant pas laisser partir. >

}1 arriva presque de même dans un autre bourg appela Usseau » proche de la ville de Niort, où après avoir travaillé un mois entier, les missionnaires étant topibés dans un semblable épuisement» et ne pou* vant plus se soutenir de faiblesse, furent contraints à leur grand regret de 9nir leur mission, laissant un nombre presque innopobrable de peiv sonnes h confesser ; ce qu'ils demandaient avec tant d'instance» fondant en larmes et jetant de hauts cris, qu'il n'y avait point de eoeor qui n'en fût touché. Il s'y (it un grand nombre de réconpiUations ; mais les mia-

sionnaires trouvèrent an commencament beaucoup de rébistance, ay^Qt voulu abolir des dames piibljques qui se faisaient en oe lieu-là aus^ fêtos de la Pentecôte , où i) se eommetlait beaucoup de désordres, et même des enlèvements de filles et des assassinats. Et comioe on eut prêché contre cet abus le jour de la Pentecôte, il y en eut quelques-uns^ lesquels en dépit du prédicateur allèrent faire leurs danses le soir de ce même jour : de quoi le directeur de la inission ayant été averti, et s'étant transporté sur le lieu avec d'autres ecclésiastiques, tous les danseurs s'enfuirent ; et le lendemain ayant forteipent parlé en chaire sur ce sujet, et rompu en présence de tout le peuple, qui était en très-grand nombre, le violon dont on s'était ser?i, oela fit un tel effet par la grâce de Dieu sur les esprits , qu'après le sermon tous ceux et celles qui avaient dansé, vinrent d'eux-mêmes se jeter à ses pieds, et demander pardon de leur faute ; et tous les habitants de ce lieii conçurent une telle horreur des danses et des maux qui en arrivaient, qu'ils les ont entièrement bannies de leur paroisse.

Il se fit encore un autre bien en cette mission, qui fut une assemblée de plusieurs ecclésiastiques des environs, où il se trouva jusqu'à dixsept curés, auxquels on fit quelques conférences, dont ik furent grandement touchés, et prirent tous une résolution de mener une vie vraiment ecelésiastique, et d'en porter les marques extérieures avec l'esprit intérieur.

Enfin, les missions qui ont été faites dans ce diocèse ont été accompagnées d'une telle bénédiction, et ont produit de si bons effets, que feu M. l'évêque de Saintes par une lettre qu'il écrivit à M. Vincent en Tannée 16&2, lui mande que les peuples étaient allés pour l'en ren^erciar. Et dans une autre lettre de la même année : c J'ai fait venir, Ipi dit-il, vos missionnaires en cette ville pour s'y reposer quelques jogrs ; ear certes il y a six mois qu'ils travaillent avec une telle assiduité, que je m'étonne qu'ils y aient pu fournir, et j'ai été moi-même sur les lieux pour les quérir. » Et en une autre lettre de 1643 : i J'ai passé, dit-il, la fête de la Pentecôte avec messieurs vos missionnaires, qui travaillent avec un merveilleux zèle, niais avec une grande consolation, vu la bénédietion que Dieu donnai h Hurs travaux ; je ne puis vous en rendre gràees proportionnées à l'obligation, etc.

§ III. Dans les diocèses de Mende et de Saint-Floar.

Le diocèse de Mende dans les Cévennes se trouvant fort rempli d'Iiérétiques, M. Vincent y a envoyé en diverses occasions plusieurs de ses missionnaires, soit pour tâcher de les ramener à la vérité, ou bien poi^r idrUfier les catholiques et lea empêcher de tomber ds^ns l'erreiir, £( ee

digne supérieur des missionnaires prit résolution d'y aller lui-même en Tannée i635. II y avait pour lors un de ses prêtres à Rome, fort versé en la connaissance de la langue hébraïque et syriaque, auquel on voulait persuader de travailler à la version de la bible syriaque en latin; mais M. Vincent jugea qu'il ferait beaucoup mieux de le venir aider à la mission qu'il voulait foire dans les Cévennts. Voici en quels termes il lui écrivit : < Je vous prie, lui dit-il, de ne pas vous arrêter à la proposition qu'on vous a faite, de travailler à cette version. Je sais bien qu'elle servirait pour satisfaire à la curiosité de quelques-uns, mais non pas certes, comme je crois, au salut des âmes du pauvre peuple, auquel la providence de Dieu a eu dessein de toute éternité de vous employer. Il vous doit suffire, Monsieur, que par la grâce de Dieu vous avez employé trois ou quatre ans pour apprendre l'hébrcUi et que vous en savez assez pour soutenir la cause du Fils de Dieu en sa langue originaire, et pour confondre ses ennemis en ce royaume. Représentez-vous qu'il y a des milliers d'âmes qui vous tendent les mains et qui vous disent : Hélas ! Monsieur, vous avez été choisi de Dieu pour contribuer à nous sauver; ayez donc pitié de nous, et nous venez donner la main pour nous tirer du mauvais état où nous sommes : voyez que nous croupissons dans Fignorance des choses nécessaires à notre salut, et dans les péchés que nous n'avons jamais confessés par honte, et que faute de votre secours nous sommes en grand danger d'être damnés. •

i Mais outre lés cris de ces pauvres âmes, que la charité vous fait entendre intérieurement, écoutez encore, s'il vous plait. Monsieur, ce que mon cœur dit au vôtre, qu'il se sent extrêmement pressé du désir d'aller travailler et de mourir dans les Cévennes, et qu'il s'en ira, si vous ne venez bientôt dans ces montagnes, d'où monseigneur l'évêque crie au secours, et dit que ce pays, qui a été autrefois des plus florissants en piété de tout le royaume, est maintenant tout en péché, et que le peuple y périt de faim de la parole de Dieu. »

M. Vincent envoya quelques années après d'autres missionnaires pour travailler en ce même diocèse , au sujet de quoi feu M. de Marillac, qui en était évêque, lui écrivit en ces termes :

€ Je vous assure, lui dit-il, que j'estime plus le travail que les vôtres font à présent dans mon diocèse , que si on me donnait cent royaumes ; je suis dans une satisfaction parfaite de voir que tous mes diocésains se portent au bien , et que mes curés fout de grands profits des conférences que vos prêtres établissent avec succès et bénédiction. »

Et par une autre lettre écrite l'année suivante, qui était en i6&3 , le même prélat lui parle en ces termes, c Voilà , lui dit-il , messieurs vos missionnaires qui s'en vont vous rendre compte de ce que nous avons

fait dans les Cérennes de mon diocèse , où j'ai fait ma visite générale , et reçu trente ou quarante huguenots à l'abjuration de leurs erreurs , et laissé autant d'autres en Tétat de faire le même dans peu de jours. Nous y avons fait solennellement la mission avec un profit incroyable. Et comme ces biens viennent de Dieu, et de vos bonnes assistances, je ne puis employer personne pour vous en faire un plus fidèle rapport ni qui s'en acquitte mieux que ces bons prêtres. »

En l'année 1636, feu M. l'abbé Olier, qui depuis a été fondateur et premier supérieur du séminaire de Saint-Sulpice , grand serviteur de Dieu 9 de très-haute vertu , et dont la mémoire est en bénédiction , ayant demandé à M. Yincent quelques prêtres de sa Congrégation , pour aller faire Iles missions dans les terres de son abbaye de Peybrac au diocèse de Saint-Flour, il s'y achemina avec eux , et quelques autres vertueux et zélés ecclésiastiques; ils firent leur première mission à Saint-IIpise , laquelle étant achevée , cet abbé admirant les effets de la grâce qui avaient paru en cet emploi, écrivit la lettre suivante au mois de juin de la même année à M. Vincent et à messieurs les ecclésiastiques de la conférence de Saint-Lazare , de laquelle il était :

c Je ne puis , leur dit-il , être plus longtemps absent de votre compagnie , sans vous rendre compte de ce qui s'est passé en ces lieux. On commença la mission le dimanche d'après l'Ascension, laquelle dura jusqu'au quinzième de ce mois. Le peuple venait au commencement selon que nous le pouvions justement souhaiter, c'est à savoir autant que nous en pouvions confesser; et cela se faisait avec de tels mouvements de la grâce qu'il était aisé de savoir en quels lieux les prêtres confessaient, les pénitents se faisant entendre de toutes parts par leurs soupirs et par leurs sanglots. Mais sur la fin le peuple y venait en si grande foule , et nous pressait avec tant d'ardeur, qu'il nous était presque impossible d'y satisfaire. On les voyait depuis la pointe du jour jusqu'au soir demeurer dans l'église, sans boire ni manger, attendant la commodité de se confesser. Et quelquefois en faveur des étrangers , nous étions obligés de continuer les catéchismes plus de deux heures , d'où néanmoins ils sortaient aussi affamés de la parole de Dieu qu'en y entrant ; et il fallait nous servir de la chaire du prédicateur pour faire ce catéchisme , n'y ayant point de place dans l'église à cause de la grande foule du peuple ' qui la remplissait toute jusqu'aux portes et aux fenêtres , qui étaient toutes remplies et chargées d'auditeurs. Le même se voyait au sermon du matin et à l'instruction du soir. Sur quoi je n'ai rien à dire, sinon que Dieu soit béni , lequel se communique avec tant de miséricorde et de libéralité à ses créatures, etSurtout à ses pauvres. Car nous avons remarqué que c'est particulièrement en eux qu'il réside , et pour l'assis-

tttiee desquels il demande la ooopératioû de ses serfiteurs. Ne refkisez pas, Messieurs, ce seccnirs à Jésus-Christ, rbonneur est trop grand de trairaiiler sous lui , et de contribuer au salut de ces âmes , et è la gloire qu'il eh doit tirer pendant toute Téternité. Vous ayez heureusement oomtoencé , et vos premiers exemples m*ont fait quitter Paris , pour venir travailler en ces lieux. Continuez donc en ces divins emplois, étant vrai que sur la terre il n'y a rien de semblable. 0 Paris I tu amuses des hommes, lesquels avec la grâce de Dieu pourraient convertir un nombre innombrable d'âmes. Hélas! combien dans cette grande ville se fait-il de bonnes œuvres sans fruit! combien de conversions en apparence! coihbien de saints discours perdus , faute de dispositions en ceux qui les écoutent ! Ici un mot est une prédication , et tous les pauvres , avee fort peu d'instruction, se trouvent remplis de bénédictions et de grâces, 6tc« >

Et par une autre lettre du 10 février de l'année suivante^ il parle en des ter nteâ :

< La quatrième de nos missions se fit il y a qumze jours, dans laquelle il s'est fait pltis de deux mille confessions générales, quoique nous ne fussions que six ouvriers, et sur la fin huit; nous étions accablas du peuple^ qui y abordait de sept ou huit lieues du pays, nonobstant la rigueur du ft*oid et l'incommodité du lieu, qui est un vrai déietit Ces bonnes gens apportaient leurs provisions pour trois ou quatre Jours, et se retiraient dans les granges; et là ou les entendait conférer ensemble de ce qu'ils avaient ouï à la prédication et au catéchisme. Et d présent Yoû voit ici les paysans et leurs femmes faire la mission euxtnèmes dans leurs familles; les bergers et les laboureurs chanter les eommandements de Dieu dans les chatnps, et s'interroger les uns les autres de ce qu'ils ont appris pendant la mission. Enfin^ la noblesse pour laquelle il semblait que nous ne parlions pas, nous servant d*un langage si grossier comme nous faisons, après s'être acquittée chrétiennement et exemplairement de son devoir, ne nous a pu laisser partir qu'en ibndant tout en larmes. Cinq huguenots ont abjuré leur hérésie en celte dernière missioil; quatre desquels qui nous fuyaient auparavant, sont venus eux-mémes nous y ehercher; et cela, Messieurs, pour nous apprendre, comme vous me l'avez souvent enseigné, que la conversion des Ames est l'ouvrage de la grâce, auquel nous mettons souvent empêchement par notre propre esprit ; et que Dieu veut toujours opérer, ou dans le néant, ou par le néant , e'est-à-dire en ceux et par ceux qui reconnaissent et confessent leur impuissance et leur inutilité. »

§ IV. Dans les diocèses de Qenève et de Marseille, Nous ne pouvons apprendre les fruits que les missionnaires établis à

AflMey dnt ^triuito tvfe la grlM da Dieu, par an témoignage plus authetitique et plus assuré que eelui de M. JasteGitériu^ éVèquedë Oenèfo, qui en éerivit k M. Vincent au mois de Juin I6fte, en ees tel-mes:

< Plût au bon Dlfeu, lui dit-il, que tous pussiez voir le centre démon cœor ; oar Téritàblëment Je tous aime et honore de toute l'éteUdue de mon alfeetioli , et je me confesse le plus obligé dé tous les hommes dil monde à Totre <$harité , par les grands bienfaits et par les fhiits 4ue messieurs les missionnaires tos chei-s enfants en Dieu font en notre dioeèse, qui soht tels que Je ne puis les exprimer, et Ils ne sont pas croyables siiloh à eelui qui les voit. J'en ai été témoin oculaire, ft Yomà^ sion de la visite que j*ai commencée après Pflqués. Tout lé ttetiple les aime, les chérit, et les loue unanimement. Certes, Monsieur, leur dàe^ trlne est sainte, et leur couversation aussi ; ils donnent k tous uue tfèsgi^adde édification par leur vie irréprochable. Quand ils ont achevé Ie# ihissioii en un village, ils en partent pour aller en un autre, et le peuple les accompagne avec larmes et pleurs, en disant : 0 bon Dietl^ que fcrone-nous, noé bous pères s'en vofit ; et par plusieurs Jours les vont encore tl-ouver mt autres villages» L'on voit des personnes des atitt^ diocèses venir pour ^e confesser à eui, et de^ conversions adiiiirabléè qui s6 flonit par leur moyem Leur supérieur a de grands dons de Dieu, et un meihrellleui 2èle pour sa gloire et pour le salut des ftmes. U pt^é* ebe avec grande ferveur et aveé grand fruit. Certes, nous sommes extrêmement obligés à M. le commandeur de Sillery d'avoir pourvu k lébr entrotien. Oh ! ooÉnbien admirable est la divine Providence, d'avoir inspiré suavement dans le cœni- de ce bon seigneur, de nous proeurei* ces ouvriers évangéliquesl C'est le bon Dieu qui a fSiit tout cela , ^ans qu'il y soit biterveau aucune persuasion humaine, ayant égard k ûMit bescrin, et au mauvais voisinage oa nous somuiei» de là miséi'able vilte de 0<mève. *

Et dans une autre lettre du moi^ d'octobre f e&i : i h nie eedlMM, IttiditMl, kJamaisvotreobligé,etkvostrès-chers enfsnts, nos bons meësieurs de la Mission, lesquels vont toujours ihisant de fcUieUî eU mtebi, et gagnant de plus en plus des kmes pour le ciel. Certes, Ifénsfiéttri Je ae eeséerai d'admirer la conduite de la divine providence dur ce pauir>e dioeèse, nous ayant envoyé ces bons ouvriers pat* votre entremise. Âdséi ne c^esserài-je de l'en remercier, et vous semblablement; car Je à^ais ttùp tafgrat si ]é né lé faisais. Hélas! nous avons perdu k noite g^fand fcgret M. le commandeur de Stllc^y, notre grand bienftiiteur, été. f*

Le mémo prélat éértvit encore nne autre lettré k M j VUicent au AHris d'koftt l«44, en ee» termes :

« Vos missionnaires , lui dit*!! , continuent de plus en plus d'enrichir le paradis des âmes qu'ils mettent en état de salut; leur en enseignant le chemin, et leur fournissant les moyens d'y arriver par leurs instructions, catéchismes, exhortations, prédications, et administrations des sacrements; avec la bonne vie qu'ils mènent, et les bons exemples qulls donnent en tous les lieux où ils font leurs missions. Il n'y a qu'une seule chose que je regrette, c'est qu'ils se trouvent en si petit nombre, eu égard à la grande étendue de notre diocèse, qui contient cinq cents et quatre-vingt-cinq paroisses. Hélas ! si Notre-Seigneur me faisait la grâce devant que de mourir, de voir qu'ils eussent parcouru tous les lieux de ce diocèse , je dirais véritablement de tout mon cœur, et avec une consolation toute particulière de mon âme : Nanc dimittis seivum tuum , Domine, secundam verbum tuum inpace, etc. »

Pour ce qui est des missions faites à Marseille, et dans la Provence, il y en a eu de deux sortes , les unes sur mer et les autres sur terre ; les premières aux forçats des galères, et les secondes aux paysans de la campagne , et toutes ont regu de grandes bénédictions de Dieu.

Les missions des galères commencèrent en l'an i6/i3, au grand contentement de M. Jean^Baptiste Gaud , très-digne évèque de Marseille , qui mourut bientôt après en odeur de sainteté. Voici ce qu'il en écrivit le sixième de mars à madame la duchesse d'Aiguillon qui s'y était intéressée, à cause que M. le duc de Richelieu, son neveu, était pour lors général des galères ; et pour ce sujet elle avait prié M. Vincent d'y envoyer de ses prêtres.

« Encore qu'il n'y ait pas longtemps, lui dit ce bon prélat, que je vous ai écrit à l'arrivée de messieurs de la Mission, qu'il vous a plu nous faire envoyer ici, pour travailler dans les galères, je ne puis néanmoins tarder davantage à tous rendre compte de ce qui s'y passe , de la consolation que reçoivent tous ceux qui sont employés en ce pénible travail , et moi avec eux ; je ne doute point qu'il n'en soit ainsi de votre part. Nous avons commencé en même temps à faire la mission dans sept galères , ayant fait venir huit missionnaires de ceux qui sont en Provence , pour travailler dans quatre , et nous avons distribué dans les trois autres ceux qui nous ont été envoyés de Paris; et je donne des aides aux uns et aux autres quand ils en ont besoin, notamment pour les Italiens qui sont en grand nombre dans les galères. Le fruit a surpassé absolument l'attente que l'on avait conçue. Il est vrai qu'on a trouvé d'abord des esprits non-seulement ignorants, mais aussi endurcis dans leurs péchés , et qui ne voulai^t point ouïr parler des choses de Dieu, étant aigris au dernier point contre leur misérable condition. Mais peu à peu la grâce de Dieu , par l'entr^oaise de ces ecQléMastiques ,

à feNement amolli leurs cœurs, qu'ils fémoigneni à présent autant de contrition, qu'ils avaient auparavant fait paraître d'opiniâtreté. Vous s^iez étonnée, Madame, si vous saviez le nombre de ceux qui ont passé des trois, quatre, cinq et dix années sans se confesser; et il s'en est trouvé qui étaient demeurés en cet état l'espace de vingtcinq années, et qui protestaient de n'en vouloir rien faire, tandis qu'ils demeureraient dans leur captivité. Mais enfin Notre-Seigneur s'est rendu le maître , et a chassé Satan de ces âmes , sur lesquelles il avait usurpé un si puissant empire. Je loue Dieu de ce qu'il vous a donné cette volonté : la venue de ces missionnaires m'a fait entièrement résoudre à ceite mission, laquelle peut-être j'eusse différée en un autre temps; et il est à craindre que cependant plusieurs d'entre eux ne fussent morts dans le mauvais état dans lequel ils étaient. J'espère que Ton recueillera les mêmes fruits dans les autres galères. Je ne vous puis dire, Madame, combien de bénédictions ces pauvres forçats donnent à ceux qui ont procuré un secours si salutaire pour leurs âmes. Je cherche les moyens pour faire en sorte que les bonnes dispositions où ils sont entrés puissent continuer. Je m'en vais de ce pas donner l'absolution à quatre hérétiques qui sont convertis dans les galères ; il y en a encore d'autres qui ont le même dessein, car ces choses extraordinaires les touchent grandemeht. »

Deux ou trois mois après, M. Vincent reçut une lettre dû supérieur de ses missionnaires de Marseille, par laquelle après lui avoir mandé la triste nouvelle, de la mort de ce saint évêque, 11 lui parle de la continuation de cette mission en ces termes :

< Il nous reste encore une mission à faire sur une galère, et non plus pour cette année. Ce travail est grand ; mais ce qui nous aide beaucoup à le supporter, est le changement notable qu'on remarque dans ces pauvres forçats , qui nous donne toute la satisfaction possible. Hier je catéchisai sept turcs de diverses galères que j'avais fait venir céans; Dieu par sa miséricorde veuille bénir cette entreprise , laquelle je recommande à vos saints sacrifices. Un autre turc a été baptisé sur la galère, étant malade. Et outre ces turcs, il s'y est converti environ trente hérétiques, qui ont tous fait abjuration. »

£t par une autre lettre du premier juin de la même année 1643, écrite par le même à M. Yincent:

« Hier, luidit-il , qui était le jour de la Très-Sainte-Trinité , on baptisa dans l'église cathédrale , neuf Turcs, à la vue "de toute la ville de Marseille, les rues se trouvant toutes couvertes de monde qui en bénissait Dieu; aussi n'avions-nous pas intention de cacher cette action, afin â'^oiivotr qudqiies autres Turs qui semblent hésiter. Aujourd'hui deux

nouveaux sont veaus me trouT^r pour me dire qu'ib Teulent être ebré* tteod; ils étaient accompagnés d'un autre qui fut baptisé il y a environ dix jours. Nous continuons de leur faire le eatécbisme en italien, detti fois le jour, pour les consolider et affermir tant que faire se pourra} autrement ils seraient au hasard de retourner au mahométismei «

Depuis ce temps-là, M. Vincent a toujours entretenu des missiOB^ naires à Marseille , qui ont continué et continuent encore à faire des missions de temps en temps dans les galères, même depuis qu'elles ont été transférées à Toulon; et elles produisent toujours de très<^ands biens pour le salut des âmes de ces pauvres for(2ats.

Outre les missions des galères, les mêmes préires en font aussi en divers lieux de la campagne aveo non moins de fruit. Voici ce qu'un d'entre eux a mandé de ce qui s'est fait en une de ces missions en l'aimée 1647 :

« Nous sortons , dit-il , d'une mission qui nous a tenus l'espace de cinq semaines attachés aux confessionnaux, à la chaire et aux accommodements des procès, avec tant de succès et de ft^uit que je puis dire sai^ exagération qu'on n'en peut pas souhaiter davantage. On y a réhabilité neuf ou dix mariages clandestins; fait envircm vingt-einq ou trente aecommodements de procès , où il y allait en quelques-uns de somaies fort notables , en d'autres de l'honneur , et en d'autres de la vie ; ils se sont quasi tous âiits de gré à gré , sans l'entremise de personne; queiquet-uns même dans l'église , publiquement, et pendant la prédication^ avee tant de sentimens et de larmes , que oelui qui prêchait en était interrompu» Il arriva aussi qu'un homme de condition médiocre ayant par une émch tien de colère répondu à quelqu'un des nôtres aveo moins de discrétion, et ajouté à sa réponse un blasphème publiquement devant la porte de l'église, il en conçut un tel regret, quinze jours après , que de son propre mouvement , pour satisfaction de ce péché, U s'imposa luHttêflae de payer cent écus pour la réparation de l'église devant l»{uelle il avait proféré ee blasphème. >

§ V. Dans les diocèses de Reims, de Toul et de Rouen.

Entre lès missions du diocèse de Reio^ une des plus importantes eat eselle qui fut dite par l'ordre du roi en la ville de Sedan , en l' Anée 1643. Voici ce que le supérieur de la mission en écrivit k M. Vineeni :

i Je vous dirai , Monsieur , qde depuis qu'il a ptu à Dieu de Itormer la petite Compagnie de la Mission , elle n'a point travaillé ni si utilement, ni si nécessairement qu'eUe fiait iei. Les hérétiques oontinuent de s'éditer et d'assilter aux prédications , desquelles ils n louent fort. WL pour les eatboti^s, il fout travâilter avee eux eoâime fan ferait avae des ^èiis

t6irtiioinreaiii$eàrde|niitqiMtre m cinq mi qw la prédîoatioil est libre en cette ville , on n'y a presque parlé que de ooutrdverse « et Vtèê* peu des pratiques et des exercices de rdigiou et de piété; il s'eu est trolivé plusieurs qui a?ouaient francliem^tv qu'ils n'mf aient pas eru qu'il fût nécessaire de confesser tous ses péchés. Les même abus se cooh mettaient dans l'usage de la sainte communion , etc. En sorte qu'il nous fallut commencer de les instruire des premiers principes de la religton j il est ?rai que ce n'a pas été sans beaucoup de consolation, d'autant qu'ils écoutaient avec plaisir ce qu'on leur disait» et le pratiquaient avec fidélité. Ils ne sauraient assez admirer la grâce que Dieu leur a Mte « ni comment feire pour s'en rendre reconnaissants au point qu'ils le dé* surent. »

De ces grands besoins on peut juger quels ont été les fruits de cette missiob , qui forent en effet très-considérables, de quoi feu M. d'Etampes, pour lors arcbeyèque de Reims, témoigna ses reconnaissances, et rendit des remerclments tort particuliers par les lettres qu'il écrivit sur ce sujet à M. Tincent.

L'on a fait, depuis, plusieurs missions en divers lieux du mèmediocèse« et entre les autres le directeur de la mission qui se fit au bourg de Sillery à l'issue des gtierres^manda b M. Vincent qu'il n'y avait trouvé que quatre-vingts habitants, tous lés autres étant morts de nécesrité et de misère; mais que ce petit dombre avait fait paraître tant de bonnes dispositions, qu'il ne se pouvait rien désirer davantage ; et en partiou» lier parlant de celles qu'ils avaient» apportées en s'approchant de la sainte table: « Ils ont communié, diMI, avec de si grands ressentiments» qtie leurs larmes témoignent, d'une mahière qui ne se peut expliquer, la (Hrésence très-adoi*able de leur divin Sauveur, prmiant possession de leurs cœurs sensiblement touchés ; mais si bien convertis qu'ils protes* tent hautement cpi'ils veulent non-seslemènt renoncer à tout péchés inaia soulKlr avc^ patience et soumission tout ce qu'il plaira à Dieu, et le sertir de la boifne sorte pour TiMnour de lui seul : c'est cobiiiie ils parlent eux*mèmes, répétant souvent: Tout pour tamour de Dieu. »

Le méine, écrivant k M. Vincent du bourg de Ludes, où il faisait la mission quelque temps après : c Tout se passe ici, lui dit-il, selon vot#e désir 1 c'est tout dire. Un de nos fruits est qu'on a mis la dernière mahi pctor achever oe qui manquait & l'édifice de l'église, ce in'm n'aurait jamais fait sahs la mission. Les cabarets sont interdits aussi bien que les ass«nblées de nuit ; on ne jure plus, et l'on ne proftre qu'avec uh très grand respect le très-^saint nom de Dieti ron va se mettre in genous dans les fluiiso&s poior demander pffirdod i ceux que Too a efllittsés« >

Et d'un auAre liea do même diocèse nommé Fontaine» éeri? ant à M. Vincent, il lui dit ces pardes :

c Dieu qui a béni les missions précédentes semble augmenter ses grâces en celle-ci; car les concubinages qui avaient duré des vingt-cinq ans sont abolis; tous les procès terminés; un très-grand nombre de personnes, tant dé ce lieu que des autres circonvoisins, qui abusaient des sacrements depuis vingt, trente et trente-cinq ans» ont reconnu, et détesté leurs crimes ; les habitants de ce lieu appellent et convient leurs parents des lieux les plus éloignés, pour venir participer aux fruits de la mission ; et les gentilshommes y viennent de sept, dix et quatorze lieues du côté de RétbeL »

Enfin, ce bon missionnaire travaillant dans le bourg d'Âï, du même diocèse, dit dans une de ses lettres au même M. Vincent :

c En arrivant ici, quelques-uns des principaux nous voulaient fermer les portes, ayant indisposé les peuples à regard de nos fonctions; mais après quelques jours de patience, Dieu qui nous avait envoyés en ce lieu, par Tordre de nos supérieurs, a tellement changé les cœurs, que jamais mission n'a mieux commencé ; ils se confessent très-exactement avec toutes les marques d'une vraie contrition; ils restituent actuellement; ils vont se demander pardon à genoux les uns aux autres; ils prient Dieu soir et matin, et témoignent être résolus de changer tout à fait de vie et d'en mener une vraiment chrétienne : ils ne se peuvent rassasier d'entendre la parole de Dieu. Le ministre qui demeurait ici s'en est fui ; et le peu d'hérétiquesde ce lieu, qui sont de pauvres vignerons extrêmement ignorants, ne perdent aucune de nos prédications. >

Pour ce qui est du diocèse de Rouen, M. Vincent y a envoyé en diverses occasions des prêtres de sa Congrégation, lesquels ont fait dans leurs missions, par ie secours de la grâce de Dieu, les mêmes fruits que dans les autres diocèses. Pour n'user de redites, nous nous contenterons de rapporter ici une lettre de Mgr. l'archevêque de Rouen, écrite à M'. Vincent en Tannée 1656, qui fait voir la satisfaction qu'il avait des missionnaires et de leurs travaux.

« Je ne me lasse point, lui dit-il, de vous donner de mes lettres, parce que vous ne vous ennuyez point de nous faire du bien. Celui que mon diocèse a reçu par l'entremise de vos saints ouvriers, en est un témoignage très-certain. Et comme je remercie Notre-Seigneur de voir que son esprit est si abondamment répandu dans les prêtres que vous formez par sa grâce, je n'aurais aussi à souhaiter pour son Église, et pour la gloire de son sacré nom, sinon que tous les ecclésiastiques eussent la même capacité et la même ferveur. Je vous envoie donc le brave M. N. et sa généreuse troupe ; Us ont combattu vaillamment contre le péché;

j'e»père qu'en d'autres rencontres ils ne se lasseront pas de eontbiuer sous l'étendard du primat de Normandie, qui estime leurs vertus, qui loue leur zèle, et qui est sans réserve, de leur illustre chef, le trèshumble et très, etc. >

Pour le diocèse de Tout , quoiqu'il eût été grandement désolé par le malheur des guerres , les missionnaires néanmoins établis en la ville de Toul , n'ont pas laissé de ressentir les bénédictions de Dieu sur les missions auxquelles ils ont travaillé. Voi^ en quels termes le supérieur écrivit à M. Vincent en Tannée 1656 , d'une mission qu'il venait de faire lui troisième : « Je ne puis, lui dit-il, vous exprimer les bontés de Notre-Seigneur en notre endroit. Nous avons entendu environ cinq cents confessions générales, sans trouver un seul jour de relâche pendant un mois. Le temps fâcheux de Thiver qui avait couvert les chemins de neiges de deux pieds de hauteur, n'a pu empêcher que les pauvres gens, riches en foi, et avides de la parole de Dieu, nonobstant les vexations extraordinaires qu'ils reçoivent des gens de guerre , n'aient fiiit voir que le royaume des cieux est pour eux. Tout ce qui se peut désirer de bien s'y est feit, et nous avons sujet de dire que Jésus-Christ a pris plaisir de répandre extraordinairement en ces lieux la bonne odeur de son Évangile. >

Et dans une autre lettre écrite quelque temps après par le même : c Nous venons, dit-il , de faire mission dans une grosse bourgade nommée Charme, où après avoir travaillé pendant cinq semaines , nous en sommes revenus un peu fatigués, mais les cœurs remplis de joie et de consolation, pour les bénédictions que Notre-Seigneur nous y adonnées , et à toutes les personnes de ce lieu-là, comme aussi à plusieurs paroisses circonvoisines. M. le curé est fort zélé, et depuis lui jusques au moindre de la paroisse, tous ont feit leurs confessions générales, sans qu'il en soit resté un seul qui y ait manqué : mais ces confessions ont été si bien faites , et dans les sentiments d'une si véritable conversion , que je ne me souviens pas si de vingt-cinq missions où j'ai assisté, j'en ai vu une où le peuple m'ait paru si fort touché , comme en celle-ci ; où après avoir rendu à Dieu et au prochain offensé toute la satisfaction que nous avons pu souhaiter, chacun s'efforce maintenant de suivre nos avis , pour se maintenir en la grâce de Dieu. Il y a en ce même lieu un couvent de bons religieux, et ces RR; Pères étaient tous étonnés voyant tant de merveilles, et entre les autres leur supérieur, qui est un vrai saint.

• Tous ces glorieux trophées que NoU'O-Seigneur a remportés par sa grflee sur les cœurs de ceux qui avaient été rebelles à ses lois, et qui lui ont donné gloire par une véritable pénitence, nous obligent de lui

«H rtQdM ée trèstfamiiM^s reioereferaenti , «t mei partMiireiiHNlt 4e |pit«Ukr pltt$ 4u« je n'ai feitj reoGonaissant par expérience que e'e$t le grand moyen de fM'o&iar mx, èwea. Je auis retourné 4e eelta mismon avec cette pensée et ce désir. >

§ VI. En (Hivers lieux de la Bretagne,

Les missions de la Bretagne n'ont pas eu de moindres succès que celles des autres proyioces. ^e supérieur des missionnaires établis à StpMéen , au diocèse de St-Malo, écrivit à M. Vincent en Tannée 4657, qu'ayant fait une mission à Pleurtuit , on y avait entendu en confession trois mille personnes; et que si on y retournait, on aurait besoin de plus de vingt confesseurs, pour pouvoir satisfeire au grand nombre de peuple qui se présente. Il dit entre autres choses, qu'en cette mission une personne de condition , à la sortie de l'église , se mit à genoux dans le cimetière , devant tout le monde , pour demander pardon à ceux qu'il avait offensés , qui fiirent fort surpris de cette action ; et qu'une autre, avant que de se présenter au tribunal de la confession, alla de son propre mouvement jusqu'à huit lieues loin, pour demander pardon à fine personne qu'elle n'avait que très-légèrement offiensée.

£t par une autre lettre de Tan 1658 , il rapporte plusieurs choses fiopt Tomarquables qui se firent en la mission de Mauron. < Il y avait, dit-il, tous les jours , et même les ouvrables , plus de douze cents personnes qui assistaient au catéchisme : les principaux du lieu n'y manquatent non plus qu'à la prédication. Il s'est trouvé plusieurs serviteurs et servantes qui ont quitté leurs maîtres et leurs maîtresses, parce qu'ils ne leur voulaient pas donner le temps d'y venir ; aimant mieux perdre leurs gages, qu'une si belle occasion de se faire instruire. On y a vu des mères, qui après avoir fait leur devoir en cette mission, se sont mises en service à la place de leurs filles, pour leur donner moyen d'eu faire autant ; et d'autres serviteurs et servantes qui ont prié leurs maîtres et leurs maîtresses de leur permettre de venir aux instructions, et de rabattre sur leurs gages le temps qu'ils y emploieraient, et qu'ils ne pourraient travailler.

< Le dimanche de la Quinquagésime, et les deux jours suivants, il y eut une si grande et si extraordinaire foule de peuple qui se présenta pour recevoir la sainte Eucharistie , que l'on fut obligé de continuer à donner la commimion jusqu'à sept heures du soir. Et depuis que la mission est finie , j'ai af^ris que d'un grand nombre de cabarets qu'il y avait en ce lieu-là, U n'en est pas resté un seul, parce qu'ils nous avaient OUÏ dire en quelques-unes de nos prédications , qull ét^it fort difficile fue les taverniers se sauvassent en donnant à boire par excès 9 eoodoie g^eit la ootttumo an ee pays; pt de plus qu'à présent dans les marobés

qii^ib foat les ms avee les antres, au lieu de mettre quelque ar^eirt pour boire, suifrant Tusage du paye, Us le donnent à la Confrérie de la Charité, que nous y avons établie pour les pauvres malades du lieu, n

En l'année suivante le même écrivant ce qui s'était passé en une autre mission : « Voilà, dit-il , notre mission de Plaissala achevée par la grâce de Dieu , sur laquelle il lui a plu de verser si abondamment sa bénédiction, que tous ceux qui y ont travaillé tombent d'accord qu'ils n'en ont point encore vue où il ait paru tant de bien.

c On a remarqué un abord de peuple de dix-sept paroisses circon-* voisines. Plusieurs hommes m'ont dit en se présentant à la confession, que c'était le dixième jour qu'ils attendaient dans Téglise , et je crois que la même chose est arrivée à plus de cinq cents. Il s'est fait de trèsgrands biens touchant les accords et particulièrement de la noblesse; en quoi M. le baron du Rechau nous a grandement aidés. Il a une maison en cette paroisse, où il était venu de Saint-Briant , qui est le lieu ordinaire d^ sa résidence ; et ayant entendu notre première prédication, il nous vint voir avec madame sa femme au lieu où nous étiras logés, et nous dit qu'il ne s'en retournerait pojnt que la mission ne Mt achevée. Je le priai en même temps de nous aider à terminer les différends qui sont ici fort fréquents, et à faire les accords principalement entre les gentilshommes; en quoi U a réussi avec une bénédiction tout extraordinaire.

f Les jours du carnaval se passèrent en exercices de piété ; il se fit une procession solennelle le lundi, en laquelle M. l'évèque de Saint- Brieuc porta le Saint-Sacrement; et tout le peuple y assista avec tant de dévotion et de modestie, et avec un si bel ordre, marchant quatre à quatre, que, quoique pendant cette procession, qui dura près de deux heures, il plût presque toujours, il n'y eut pourtant personne qui abandonnai son rang. Le même prélat donna la confirmation le mardi suivant dans le cimetière, au veut et à la pluie , n'y ayant point de place dans l'église qui ét^it toute remplie de communiants. »

Mgr. révêque de Tréguier fit faire une mission à Guingamp après eelle de Morlaix, en Tannée i648, au sujet de laquelle écrivant à M. Vincent : i Votre lettre, lui dit-il, nous a trouvés tous occupés dans notre mission, de laquelle j'espère beaucoup ; l'un de vos prêtres y prêehe le soir admirablement et dévotement ; un autre fait le principal catéchisme à une heure après midi, où il se fait admirer et aimer des petits et des grands $ un autre fait le petit catéchisme, et mon théologal prêche le matin en bas-breton $ enfin tout le monde travaille, et on n'a pas méfne vw|u me laisser oisif, car je prêche deux jours la semaine. Nous commencerons tous à oonfssser demain, Dim aidant; les gens de

ce pays soBt foi i étonnés n'étant pas accoutumés aux missions, chacun en dit son ayis diversement» mais avec respect. J'espère qu'avec la grftce de Dieu tout ira bien. »

Et par une autre lettre de l'année 1650, écrivant à M. Vincent d'une autre mission, il lui parle en ces termes : c Je vous remercie, lui dit-il, du ministère fidèle de messieurs vos quatre prêtres en ma mission de ce lieu. Leur capacité, leur zèle et leur assiduité à prêcher et confesser ont été si grands qu'ils ont été suivis d'un fort bon succè»; je puis dire que tous les habitants de ce lieu, de tout âge, sexe et condition, se sont convertis, et j'ai grand sujet de louer Dieu de m'avoir donné par votre moyen de si bons ouvriers. M. N. a une vigueur en chaire à laquelle rien ne résiste , je le retiens déjà pour la mission de N. pour Tannée qui vient, etc. »

§ VII. En divers lieux de la Bourgogne et de la Champagne.

M. Vincent ayant envoyé quelques prêtres de sa Congrégation en Tannée 1642, pour faire la mission en la paroisse de Saint-Cyr au diocèse de Sens , voici ce que le seigneur du lieu lui en écrivit lorsqu'elle fût achevée:

c Les soins, dit-il, de messieurs vos prêtres, joints à l'exemple de leur piété , ont fait un tel changement de vie dans mes paysans , qu'à peine sont-ils reconnaissables de leurs voisins. Pour moi, j'avoue que je ne les connais plus, et je ne puis que je ne me persuade que Dieu m'a envoyé une nouvelle colonie pour peupler mon village. Ces Messieurs n'ont trouvé que des esprits rudes desquels le changement ne se pouvait faire que par la grâce qui accompagne vos ouvriers , et particulièrement ceuxci , à qui vous avez donné la peine de venir pour la conversion de ce peuple et la mienne. C'est un effet de la miséricorde de Dieu , et une conduite de votre prudence de nous avoir envoyé des hommes conformes 5 nos besoins. Et après les remerciements que je vous en fois, Une nous reste qu'à offrir des ardentes prières à Dieu, à ce qu'il comble de ses bénédictions votre compagnie , que j'estime être une des plus utiles à sa gloire , qui soit aujourd'hui dans son Église. Je demeure pourtant dans la crainte que ces pauvres gens manquant d'un bon pasteur pour les entretenir dans les bonnes résolutions qu'ils ont prises en cette mission qui leur a été si utile , ne tombent facilement dans le péché d'omission , en oubliant ou négligeant de mettre cm pratique ce qui leur a été si judicieusement enseigné ; puisque vous ne leur avez point voulu donner un curé , je crois que les ayant de nouveau engendrés à Notre-Sei* gneur, vous êtes du moins obligé de leur en procurer un par vos prièresi comme je tçw 9n nippUe de tout mon cœur, »

Madame de Saint-Cyr ne fiit pas moins reconnaissante que monsieur son mari ; voici comme elle parle dans une lettre qu'elle écrivit à M. Vin* cent sur ce même sujet :

c Bien que je me reconnaisse incapable de vous pouvoir dignement remercier de tant d'honneur et de biens que nous avons reçus par votre moyen en notre paroisse » si est-ce que je ne puis retenir cette vérité prisonnière, qu'après Dieu vous êtes en quelque façon notre sauveur» par le moyen de ces bons Messieurs que vous nous avez envoyés , qui ont fait des merveilles en ce lieu. Ils ont tellement gagné les affections de M. de Saint-*Cyr que je crains qu'il ne soit malade de s'en voir éloi* gné. Pour moi , je ne vous dis pas le ressentiment que j*en ai , étant trop triste pour vous pouvoir dire autre chose» etc. »

M. le Boucher, grand-vicaire de Fabbaye de Monstier-Saint-Jean , écrivant à M. Vincent au sujet des missions qui se faiisaient en Bourgogne en l'année 1644 : c Vous faites du bien partout /lui dit-il , et vous rendez de grands services à Dieu » à l'Eglise et à la sainte religion. Je viens de Tonnerre où j'ai vu vos chers enfants » les prêtres de la missira, conduits par un homme de. Dieu ; il faut que j'avoue. Monsieur, que tous ces bons ecclésiastiques font des merveilles par leur doctrine et par leurs bons exemples ; ils réconcilient beaucoup d'âmes avec Dieu et avec leur prochain , etc. >

L'un des missionnaires qui travaillaient en ladite province en Tannée 1650 , écrivant à M. Vincent : c Je dois vous rendre compte , lui dit-il » du fruit que vos prières et saints sacrifices ont opéré , tant à Joigny qu'à > Longron, où nous faisons maintenant la mission. Je n'ai rien à dire de Joigny, si ce n'est que j'admire l'assiduité des habitants à entendre les prédications et catéchismes , et leur diligence à se lever matin ; car on a commencé quelquefois à sonner la prédication à deux heures après minuit, et néanmoins Téglise se trouvait toute pleine, etc. »

< Il faut pourtant que j'avoue franchement que je trouve encore plus de bénédiction dans les champs que dans les villes , et que j'y reconnais plus de marques d'une véritable et sincère pénitence, et de la première droiture et simplicité du Christianisme naissant : ces bonnes gens ne se présentent ordinairement à la confession ^que fondant en larmes ; ils s'estiment les plus grands pécheurs du iponde et demandent de plus grandes pénitences que celles qu'on impose. Hier une personne qui s'était confessée à un autre missionnaire, me vint prier de lui imposer une plus grande pénitence que celle qui lui avait été donnée et de lui ordonner déjeuner trois jours la semaine pendant toute cette année ; un autre» que je lui donnasse pour pénitence de marcher nu-pieds sur la terre pen-^ dant le temps de la gelée; et en la même journée d'hier un homme me T. I. ^^ n }

vhit trouver qui me dit ces paroles : Monstenr, jai entendu à Fa prédicatiôu qu'il n'y avait point de meilleur moyen pour ne plus jurer que de se jeter aussitôt à genoux en présence de ceux devant qui on avait juré ; e'est ce que je viens de faire , car aussitôt que je me suis afvfeé que j'avais juré ma foi , je me suis mis à genoux et j'ai demandé miséricorde à Dieu. »

Environ d^x mois après, le même prêtre continuant de rendre compté à M. Vincent de ce qui se passait dans les missions de Bourgogne : c S'il est juste, lui dit-il , que celui qui a planté Tarbre ait le plaisir de lut voir porter le fruit, il est/nste aussi que vous soyez participant des bénédictions que Dieu a données en abondance à nos petits travatix. Je puis vous assurer qu'aux missions que nous avons faites depuis celle d^ Joigny, je ne crois pas qu'aucun ait manqué de faire sa confession générale , et c'est merveille de voir combien ce peuple est touché; ce qui va jusqu'à un tel point que je me sais vu en disposition de ne les entretenir que durant les premiers jours seulement , des sujets qui eïcitent ir là pénitence f à cause de la grande fen^resse de lenrs cœurs ; cair f àtaîs peur que cela ne flt tort à leur imagination. » Sur quoi il fairt remarqriei^ ^e ee prêtre missionnaire qui avait cette grâce de porter ainsi le peuple à la pénitence» était lui-même fort pénitent et faisait ce qu'il prêchait.

Entre plusieurs missions qui se sont faites en Chatnpagne i une des plus considéraMes a été celle de Nogent au diocèse de Troyes , qui se fit en l'année 1657» oà monseigneur l'évêque envoya sés^ ^teux grands-tieaires, et lui-même y vint aussi et y travailla pendant quelques jours. Elle dura six semaines ; et » avec la grâce de Dieu , elie fut accompagnée de grandes bénédictions, dont le peuple témoigna de grandes reconnaissances à son prélat ; car toutes les sortes de biehs qui se peuvent feire dans les missions se firent eii celle-ci. Et mes^ietfr^ les grandsvicaires en étant émerveillés , disaient que c'était un téfnps perdu aux ecclésiastiques qui ne s'employaient pas de ta bohn^ sottê à travaStter au âiàlttt des âmes ; et que le plus assuré moyen de faire dtï f^uit étarii de prêcher et catéchiser selon la méthode de la mission. Le peuple ét^ si assidu aux prédications et aux catéchismes, que le curé du lieu di^it n'avoir jamais tant vu de inon^ dans son église le jour de Pàqtiês, connne il en voyait les jours ouvrables, pendant le tentps de la mission.

Monseigneur l'évêque de Châlons-sur-Marne ayant demân* à M. Vincent quelques uns de ses prêtres en Tannée 1658 , pour fah*e lai mission en divers lieux de son diocèse , obh'gea plusieurs de ses curés d'y assister pour apprendre la manière de bien instruire leui% pa¥oisi$ièns. Voici ee qu'un de ces prêtres missionnaires en écrivit à M. Vincent : « Notre mission de Vassy, lui dit-il , a reçu toutes les l^nédlCfiOÉs que

Ton pouvait attendre : n(m$ éiiom aidés par ^na'trè eàrés et paif tin âiitre bon ecclésiastique , tous capables et vèf tirenx : d'eux d'entre ëùi ont si bien pris la méthode de la compagnie dans leurs prédicàtioèt*, ^e quoiqu'ils eussent peu de disposition dé fiarléf en ptiblic, ils tè font î présent aussi utilement et avec autant de faèflité que Je connaisse ^ârmî les personnes de leur profession. Les catholiques que Thérésie hiàÛ hoitcis et infectés de plusieurs ihaùvaSse^ rtraximes, les ont quittées et àtii été confirmés dans les bons ^entimérits et mis dans un train de Vie vraiment chrétienne; et non-seulement les habitants dudit lieti; mafi ceux de quatre et cinq lieufes â la fonde en ont tiré lin merveilleux profit) etc.

• Nous sommes maintenant occupés à là riiîssion de Holmorii, où ft y a encore plus de bien à espérer, attendu lé concours du peuple et l'affection de messieurs les curés qui est si grande, qu'afujourd'hrii douze curés scfùt venus exprès de trois où quatre lieues pour assister aux actions et apprendre la méthode d'instruire les peuples. •

§ VIII. En dîners autres lieux de la France.

Dès te commencement que M. Vincent envoya de ses prêtres pour travailler hors le diocèse de Paris , et dans les lieux les plus éloignés du royaume , un abbé fort célèbre lui en écrivit une lettre de congratulation au môîs de décembre 1627, où lui pstrlant sur ce sujet : « Je suis dé retour, dit-îl, d'un grand voyage que j'ai fait en quatre provinces; je vous ai déjà mandé là bonne odeur que répand dans les provinces où j'ai été l'institution de votre sainte compagnie, qui travaille pour f'înstructron et pOur l'édificatron des pauvres dé la campagne. Eh yérîté, je né crois pas qu'il y ait rien en rËglise de Dieu dé plus édifiant, ni de plus digne d^ ceuï qui portent le caractère et l'ordre de Jésus-Christ ; fl faut prier Dieu qu'il donne l'infusion de son esprit de persévérance U uh dessein si avantageux pour le bien des âmes, à quoi bien peu de ceux ([iA sont dédiés au service de Diéti s'appliquent comme if i^ut. »

M. Vincent envoya deux de ses prêtres au diocèse de Mdntâuban , environ l'année 1650 , poitî fortifier les catholiques en la pureté de lâ foi , à cause que vivant parmi les hérétiques , ils étaient dans un cohtînuel péril de se souiller de leurs erreurs; et au bout de deux ans d'uii travail continuel, il les rappela; mais quoiqu'ils eussent été prinèipalement envoyés là pourle secours des catholiques, Dieu leur fit néanmoins la grâce, pendant le séjour qu'ils y firent, de convertir vingt-quatre hérétiques.

Et quelques années après feu M. de Murviel, évèque de Montaubaù, écrivant à M. Vincent sur le sujet de plusieurs sorciers qui se rencoïi-

— 276> traient dans son diocèse» et de la peine qn'il avait de le purger de cette vermine, il conclut sa lettre par ces paroles :

« Les prêtres de la Mission sont grandement nécessaires dans ce diocèse; car dans les lieux où ils ont ci-devant travaUIé» il ne s'est trouvé aucun sorcier ni sorcière. Voilà le profit que les catéchismes et les confessions générales font partout, qui est de mettre les peuples en si bon état, que les diables ne puissent les abuser par des sortilèges, comme ils font à regard de ceux qui croupissent dans rignorance et dans le péché. »

En Tannée i63b , M. Vincent envoya d'autres missionnaires travailler dans le diocèse de Bordeaux , et ils lui mandèrent que le peuple accourait à leur mission des lieux les plus éloignés , avec tant d'ardeur» qu'il y en avait la plupart qui demeuraient des semaines entières dans le lieu où se faisait la mission , attendant qu'ils pussent trouver place pour faire leurs confessions ; quelques uns se mettaient à genoux et déclaraient tout haut leurs péchés pour en avoir l'absolution; les autres disaient qu'ils aimeraient mieux mourir que de s'en retourner sans faire leurs confessions générales.

En l'année 1638 , quelques prêtres de la Mission ayant été envoyés pour travailler au diocèse de Luçon par M. Vincent, voici ce que l'un d'eux lui écrivit trois ans après qu'ils s'y furent employés à faire des missions, c II n'e^t pas imaginable , lui dit-il, combien maintenant nos travaux passés sont détrempés de consolations , que notre bon Dieu nous envoie pour nous donner courage. Ces âmes de Poitou qui semblaient dures comme des pierres , ont pris le feu sacré de la dévotion si fortement, et avec tant d'ardeur, qu'il ne semble pas se pouvoir éteindre de longtemps. >

Un autre lui écrivant en Tannée i642 de la mission des Essarts , lui mande qu'on y avait converti sept hérétiques, et qu'il s'y était fait des changements admirables parmi la noblesse et les officiers de la justice.

Un autre lui écrivant de la mission faite à Saint-Gilles sur le bord de la mer , dit qu'en ce lieu-là les dissensions et querelles avaient été éteintes , les cœurs divisés réunis , les procè» les plus difficiles terminés, les biens d'autrui restitués , les pauvres soulagés , et les malades consolés et assistés par la Confrérie de la Charité ; et enfin les catholiques fortifiés dans la vraie religion.

Feu M. de Nivel, évêque de Luçon , écrivant à M. Vincent en Tannée 1642, touchant les missions que les prêtres de sa compagnie foisaient dans son diocèse , lui dit : « S'il plaît à Dieu que l'institut de messieurs de votre congrégation continue longtemps en son Église , elle en doit espérer de très-grands fruits. Le diocèse de Luçon, dans Té-

tendue duquel ils (rayaillent depuis trois ou quatre ans sous vos ordres; en a déjà reçu de si notables , et particulièrement le lieu même de Luçon, où leur mission a été très-fructueuse, que je me sens infiniment obligé à M. le cardinal de Richelieu de nous les avoir procurés , et à vous, Monsieur, de nous les avoir envoyés. Leur supérieur surtout y travaille continuellement avec des soins admirables ; il a des talents très-propres pour Teffet de son emploi , et son zèle le fait estimer d'un chacun. Il est en tout louable, sinon qu'il est excessif en ses travaux , si pourtant il peut y avoir de l'excès aux travaux qu'on entreprend pour gagner des âmes à Dieu. »

D'autres prêtres missionnaires étant allés du côté d'ÂngouIême en l'année 1640 , et une dame de grande condition ayant désiré qu'ils fissent la mission au bourg de Saint-Amand qui lui appartenait , un de ses principaux officiers lui en écrivit en ces termes :

t Je crois, lui dit-il , que je ne puis commencer ma lettre par un sujet qui vous soit plus agréable que par l'heureux succès de la mission qui a été faite en votre terre de Saint-Âmand; elle a réussi avec tant de bénédictions, que non-seulement les peuples qui en sont dépendants, mais encore les trente et quarante paroisses voisines y ont paru et éclaté avec des dévotions inimitables. Les minimes et les capucins n'y étaient pas des moins zélés , l'exemple desquels y a attiré une grande partie des principaux de la ville d'Angoulême. Je vous puis assurer. Madame, que, selon le bruit commun, les missionnaires n'ont jamais travaillé plus utilement pour la gloire de Dieu; ils ont converti cinq ou six des plus considérables huguenots de Montignac. M. le duc de la Rochefoucault en est si satisfait qu'il est résolu de les demander à M. Vincent pour faire la mission au printemps prochain à Yerteuil , et à Marsillac ; les sieurs N. et N. ayant assisté à cette mission ont été si fortement touchés ; que l'un d'eux s'est séparé et a résolu de ne voir jamais sa concubine, et l'autre a épousé légitimement celle qui était avec lui. »

M. Vincent envoya encore d'autres missionnaires dans le même diocèse en Tannée 1643; on ne sait pas le détail de leurs travaux, mais ils parurent iellement utiles à M. du Perron, évêque d'Angoulême, qu'il en écrivit à M. Vincent au mois de janvier de l'année suivante en ces termes :

« Quoique je vous aie déjà remercié de l'envoi de messieurs vos missionnaires en ce diocèse, j'ai cru que je ne devais pas laisser aller la let* tre de notre petite conférence, sans raccompagner de ces marques, quoique très-faibles, du vif ressentiment que j'ai du grand fruit que reçoit ce diocèse, de la charité que vous nous avez faite de nous donner de vos ouvriers. Ma consolation pourtant sera toujours imparfaite ,

Monsieur» jusqu'à ce que vous ayez comblé ce bonheur qui n'est que passager» d'une missiQn stable et permanente en ce diocèse» qui en a beaucoup pluis besoin que les autres. Quand je saurai que vous serez en ^tat de nous accorder cette faveur, je travaillerai par deçà à trouver les moyens de faire cet établissement , dont j'espère que Dieu recevra beaucoup de gloire, et TËglise de grands avantages pour le salut des ^eç, qui est la ^eule chose que je sais que vpus vous êtes proposée po^r le bu t ,4e tpiites vos actions. »

jCette lettre fut suivie quinze jours ^près d'une autre qu'un vertueux ecclésiastique d'Ângoulème écrivit à M. Vifipent en ces termes : « Jfi ip'ei^ vais présentement monter à cbisval pour porter à vos missionnaires qui tr^iv^illent à Blansac, les deniers que vous m'avez adressés pour leurs besoins. Permettiez-moi, s'il vous plaît, de vous être derechef importun, et de vous réitérer mes très-humbles prières en faveur de ce pauvre et désolé diocèse, qui vous demai^de des ouvriers stables pour le secourir dans ses nécessités spirituelles , qui sont quasi extrêmes, et qui ne seraient pas néanmoins sans remièdes, s'il s'y trouvait des personnes qui eussent un zèle et une charité désintéressée, telle que ceux de 1^ inaison de Saint-Lazare , pour en prendre }e spin. Je sais bien, M onsif^r, que la Providence pourra se servir de mille autres moyens pour cela» qiianij U lui plaira ; mais il partit clairement qu'elle ^ jeté les ye^x sur vous, et qu'elle vous a choisi entre plusieurs miniers, pour secourir nonseulement tous les pauvres diocèses de Cje royaume, mais principalement C;epx qui semblent être comme aban,dopnés de tout le njiondjç, etc. «

Feu M. de jyi^ontcbal, archievêque de Toulouse, écrivax^t h M. Vine.eut en l'an 16&0 ; f fc ne pui3, Ijui dit-i), laisser partir pes d/êux missîpnn^ûres que vous ayez envoyés en ce pays, pour vous aller reyoir , sau3 vous ren^ercier , comme je fais de tout mpn cœur, de^ grands services jqu'ilsont rendus à Dieu dans mon diocèse. Je ne vous sauraf s ^epréspn:ter les peines qu'ils y ont ppis,es, ni les fruits qu'ils y o^t faits, do^t je vous ai une particulière obligation , puisque c'est à ma charge qu'ils se j»ont ainsi employés. L'un d'eux s'pst ref^du mattre djs la langue de ep pays jusqu'à se faire admirer de ceux qui la parlpnt, et s'est montré in- JEattigable dans le trayail. Quand ils sp seront un peu rafraîchis, je vous supplierai de nous les renvoyer, car je me dispose à faire faire les exer- .cices des ordinants, etj'aibesjCHu d^ leurs secours encore pour ce sujet; tout réussira à la gloire de Qiejf si vous nous aidez, etc. >

£n l'année 16/i8, le supérieur ,de la mission 4^ Richelieu écrivit à M. Vincent qne trojs missionnaire3 venaient de faire deux missions dans le Bas-Poitou ; et qu'entre les grâces que Dieu avaU ^^i^^^ P^i* Iciu" ministre ^ la cpnversion de doi^ze hérétiques n'était pas des poioindres.

S0r quoi il lert bon 4e rasarquer une ctrconUance as^js eo0$idéra* bte 9 qui €rt que ces couversious d'hérétiques dont nous veuons de par- \sf, rt grand nooibre d'autres qui se sont faites depuis les premières auss^oos d^ M- Vincent jusqu'à préseut, ont été opérées» i¥>n pas en 4ispi^Uuit contre eux , ni en leur promettant secours, emplois ou autncs axrantages temporels, mm$ par une grâce particulière de Dieu, laquelle accompaffaaît les instructions et Iss bons exemples des missionnaires, qui, leur pnsant seulemexU; voir les vérités chrétiennes dans leur pureté, les oitf attirés à la religion caithoUque , d'une manière d'autant plus assurée, «a'elLe est plus éloignée de tout intérêt humain.

Ënyiron ce tcimps-là, les .mêmes missionnaires ayant fait mission en la paroisse de Sache, au diocèse de Tours, mandèrent à M. Vincent que , bien qu'à n'y eût que sa cents communiants en cette paroisse, il s'en était néanmoms trouvé douze cents à la communion générale ; que cette mission avait été accompagnée de très'grandes bénédictions de Dieu, qui avaient produit grand nombre 4e réconciliations, de s restitutions, 4e v^itables conversions , et autres fruits semblables ; que M* le curé , son vicaire ^ cinq autres ecpiésiastiques y avaient fait leurs confessions générales ; et q^'un des plus riches de ce bourg, fort attaché à ses biens ^ qui ne faisait que fort rarement et fort petitement raumône, avait été tellement touché, qu'il avaft fait dire au ptôm qu'il donnerait du pain trois fois la semaine à tous les pauvres qui se présenteraient à sa porte pour en demander.

Ensuite de cette mission , jl s'ea fit une autre au bourg de Viilaine , du même diocèse , et la même bénédiction y parut dans le concours et l'assiduité des peuples , dans les conversions des pécheurs et dans les réconciliations djes ennemis , entre lesquelles il s'en fit treize ou quatorze pour (ies différends de conséquence. La communion générale s'y M§m ffFiW^ ^f^^ de larmes, e^ à U procession, où il y javait près f^ f^e^f i^e pisripnnes , îfl.. le curé , âg^é de qu^trie-yingt-bui^ aps, dijt i^ pf^j^^nlt ^ jpie, qu'il éjl^it bien obligé de remercier pieu /Je tant de 0f j^ qu'il ^^it f pf ju^es gui é^^ie^ sou§ sa çouduite , n'ayapt jamais f « p^ |Le}eonc.Qur§ , f)i pne si grande déyol^ij^P dans son église qu il voyait

Il §f^ Uf^fif^ Wê Vfihsm en l'annéjs 1650 au imème diocèse de Tours, ipn Iji B^riûsse 4e CheiDy, ep laquelle, outre Ijss bénédictions ordinaires qpe Dieu verse par h bonté eu telles o/sc jbsipu^ , il $e fi^ quatre ou cinq 4c^n^Q4^J9)^ts ^t ré(:o9pili|itions très-copsi^érables : l'un eptre M. le curé et un habitant qui Tavait outragé ; l'autre entre les marguilliers qui 4y a^ept eu le maniement des biens de l'église les cinq années précédentes et ceiiii qui était. pQur lors ep charge; et cet accord f^t au grand protit

de l'église qui était trèâ^mal fournie d'ornemeiUs; le iroisième entre quelques officiers de justice» lesquels depuis six ou sept ans vivaient dans une grande inimitié ; le quatrième entre deux gentilshommes qui étaient en querelle; et le cinquième entre un des principaux bourgeois et un sien fermier , pour des comptes dont ils étaient en contestation, qui allaient à la ruine de ce laboureur. Nous omettons ici une infinité de semblables fruits des missions qui ont été faites en un très-grand nombre d'autres lieux de ce royaume , lesquels s'il fallait rapporter en détail, outre les redites continuelles et ennuyeuses, il faudrait y employer plusieurs volumes. Le peu qui a été ici rapporté suffira pour en servir comme d'échantillon et faire voir les grandes grâces et bénédictions qu'il a plu à Dieu de répandre sur tout ce royaume par le ministère de M. Vincent et des siens ; je dis , grandes grâces , si on les veut peser au poids du sanctuaire et juger de leur valeur par le prix qu'elles ont coûté à Jésus-Christ, lequel, pour nous faire connaître combien nous devions estimer la conversion des pécheurs , et par conséquent tous les moyens qui peuvent y contribuer, a déclaré dans TEvangile, « qu'il y avait une réjouissance toute particulière parmi les anges dans le ciel lors même qu'un seul pécheur se convertissait et faisait pénitence sur la terre ; » et Ton doit croire que ces esprits célestes, si sages et si éclairés, ne conçoivent pas de la joie que pour un sujet qui le mérite.

SECTION IIL

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