AUTRES RELATIONS DES FRUITS DES MISSIONS FAITES EN ITALIE
§ I. En diçers lieux aux environs de Rome.
Nous passerons de France en Italie , et nous accompagnerons les missionnaires que M. Vincent, comme il a été dit en sa vie, envoya pour s^établir dans cette première ville de la chrétienté, où ayant été favorablement reçus par le souverain pontifê Urbain VIII , de très-heureuse mémoire, il ont trouvé occasion d'exercer leur zèle ordinaire, suivant les ordres qui leur en ont été donnés de la part de Sa Sainteté, nonseulement dans l'enceinte de Rome par les ordinations, conférences spirituelles, retraites, et autres charitables services qu'ils y rendent aux ecclésiastiques , mais aussi dans les missions qu'ils ont été conviés de faire en divers lieux , tant des environs de cette ville, que du reste de l'Italie:
Nous parlerons premièrement d'une espèce de mission fort extraordinaire , et autant difficile que charitable , à laquelle ils ont commencé
de travailler depuis plu$ de viogt ans, et contimient encore maintenant : c'est à l'égard des pâtres ou bergers de la campagne.
Et afin que ceux qui n'ont pas été à Rome conçoivent mieux ce que nous avons à dire sur ce sujet, il fout savoir que cette grande ville est comme au milieu d'un petit désert, c'est-à-dire que, quatre ou cinq lieues à Tentour, il n'y a ni bourgs ni villages : ce qui procède non du défaut du terroir qui est assez bon, mais de la qualité de l'air qui y est malsain, à raison de quoi on ne peut trouver que difficilement des gens de travail pour le cultiver, d'autant qu'ils n'y peuvent pas vivre. Ce qui fait que les terres demeurant incultes, il y a grande abondance de pâturages pour le bétail, qu'on y amène de toutes parts pour y passer l'hiver; et au printemps on le ramène daus le royaume de Naples et dans les autres lieux d'où on Ta amené. De sorte que les hommes qui les gardent demeurent cinq ou six mois dans ces campagnes désertes, sans entendre presque jamais la sainte Messe ni recevoir les sacrements; de quoi même ils ne se mettent pas beaucoup en peine, étant pour la plupart gens grossiers et très-peu instruits des devoirs du chrétien. Ils s'en vont tous les jours d'un côté et d'autre séparément, pour mener paître leurs troupeaux ; et la nuit ils les renferment dans des parcs, auprès desquels ils dressent des cabanes portatives, où ils se retirent dix ou douze' ensemble pour l'ordinaire, et quelquefois plus en chacune.
Or, M. Vincent qui a toujours fait une profession particulière de pourvoir aux besoins des âmes les plus délaissées, sachant l'état dans lequel ces pauvres pâtres passaient la plus grande partie de leur vie, dont il avait connaissance, recommanda -particulièrement aux prêtres qu' 1 envoya en Italie, de secourir et assister ces pauvres gens, et de leur donner la pâture spirituelle, pendant qu'ils s'occupaient à donner la corporelle à leurs troupeaux. Il avait d'autant plus de compassion peureux, et de désir qu'ils fussent assistés, qu'il honorait avec plus de dévotion en leurs emplois, quoique bas et abjects selon les hommes, une des plus excellentes qualités du Sauveur du monde, qui se nomme par excellence dans l'Évangile, le Bon Pasteur, et qui a transmis cette qualité en touseeux auxquels il a confié la conduite de son bercail, qui est l'Église, et particulièrement en celui qui est le premier et le chef de tous les fidèles ; c'est à savoir le souverain pontife.
Ces bons missionnaires ayant requ une telle recommandation de la part de leur père, et y étant d'ailleurs assez portés par leur propre zèle, pensèrent par quel moyen ils pourraient travailler à l'instruction de ces pauvres pâtres. Ils reconnurent bien d'abord qu'il n'y avait pas moyen de les assembler dans une église, pour les prêcher et catéchiser,
cûounje Hojfi lût daas U$ vatridi mtesjone ; attaidu gu'Ui ne pmrrdeDt jamais se résoudre de qi^itter leurs troupeaux» et cpi'il oe serait pas même raisonnable de Texlger d'eux» à cause des inconTénîepts €pà en auraient pju arriver. Mais la icliarité leur suggéra en ce rencontre le meilleur expédient, gui iiit d'aller attendrje tous les jours sur le soûr ces pauvres pâtres lorsqu'ils retouroeraient en leurs cabanes, et de passer la i^uit avec eux pour prendre occasion de leur parler et de les instruire, k quoi le teiops du carième leur lembla ausâ le plus propre, pour obtenir d'eux ^n(i pjius facile ^udi^nce. Suivant donc cette résolution, s'étant partagé; pour faire plus de fruit» ils s'en allèrent un en chaque cabane» où ils les attendaient le soir à leur retour, et là ils tâchaient de s'insinuer doucewcAt dans leurs esprits, leur disant d'^ibord qu'ils ne venaient pas pour leur rien demander» mais plutôt pour leur faire du bien» et les priaient à cet effet d'agréer .qu'ils passassent la nuit avec eux : pendant qu'ils apprêtaient l^enr spuper» ils les eQtretenaient des choses nécessaires et utiles à leur salut» les instruisant des principales vérités de la foi; et des disppsiijion^ requises pour recevoir dignement les sacrements» particulièremcj^t cieui: dje 1? Pénitence et de l'Eucharistie» comme aussi de la manière 4e biea vivre et de s'acquitter de tentes Ijss obligations d'un cbrétiefî. £t gu^nd l'beufe de prendre le repos ptaijt yenue, ils )es fa^aijept prier Diisu» et mmUi ils se couchaient auprès d'eux sur quelques peaux de brebis, et souvent à plate terre. Après ayoir continué à diverses re^M^ise^ jcas mstruptions» l^s voyant suffisamm/spt préparés, ils les f ejceyajue^t au sacrement de Pénitence» ^ leur faisaient faire de bonnes confessious générale^ de nuit qn de jimr, scipn leur commodité. £( lorsqu'ils avaient repdu le même office de dur rite dans toutes les cabai^e^ ii^ eqvjrons» ils les assemblaient tous im jpjur de fête» ou de dimanche; en la plus prochaine ch^pelij^» y (en ayant quelquies une$ dans ces vastes compagnes ; et là ils célébraient la s^te Me$;se» leur fajsatjent une exhortation» et lem* donnaient ^ tjHi^laMinti^ Gpmmunion; ^près qi^pi ces p^uvreç pâtres» k Timitatiiop de ceux qfi yinrent adorer JésMs-Cbrist dans la crèche» f'ev retQuro^^è^ louant et glorifiapt Pieu, et le remède/liant des grâces que sa n^i^i^ficQrd^ leur iivait faites» par l'ei^ff efpise de ces bons missionnaires, qui epptifiui^t eoepre de tpmps en teiqpf | }^ur rendre eette pUaritable assistance.
Quoique ces exefp|çes ^ pbarité pi^vers çe^ pauvres p4lF^> joints h ^ous les autres g[gp}9is que la vi^fe 4e Rome foi^pit sm mjssipnnaîres , emportent uijip jurande partie de leur tepps, ce)a ppurtant ne les a pas empêchés d'étepdre leur zèle en tous les lieux de la campagne de Bome et des diocèses voisins» et même en plusieurs d|ocç&ef plus éloignés» où ils ont fait 4es missions qui u'pnt pas produit de moindres ^u|t# que
celle$ de France. Nous 0e pr^t^dOQ^ pas ici parler de toutes , ni m^m de la vingtième partie de celles qui s'y sont faites , mais seulement d6 quelques unes des plus r^aarquables^ pour donner aux lecteurs quelques légères idées des avantage^ spirituels que les peuples de ces pro* Tinpes ont reçus et reçoivent encore tous les joi^, avec le secours de la grâce divine» du zèle de M. Vincent et des trayajux de ses enfonjs i^irituels.
En Tannée iHhiy le supérieur 4eB œj^$ji,opn?û^!Bs de Rome é.oriv^ ^ ^. Vincent sur pe sujet : t liîous avons faijt, lui dit-il ^ june m^^QQ » un lieu, dont nous supprimerons le nom, qui est un bourg fermé, coipppsé de trois mille ftmes ou envif*on , sur le passage de Rome à Na« pies. Pienda^ un mois que la mission a duré, nous avons jtrouvé des misères et àp% désordres épouvantal)le3. Là plupart des hommes et de» femmes ne savaient point ni le Pafer ni le Credo, et encore moins le^ autres choses nécessaires au salujt; il 7 avait quantité d'iniinitiés invétérés : les blasphèmes y étaient trèsrcommuns ; mai$ c'étaient des blasp^èpaes qui faisaîj^t horreur. Plusij&urs personnes (de toutes sortes d'états vivaiei^ en cpncubinage : il y avait plusleiirs femmes ^b)iqji^s et dél^auohées qui corrompaient la jeunesse ; et avec tout cela nous avops trouvé 4e grandes oppositions .et résisMinces , et le malin esprit nous a donné de violentes attaques, du côté même de ceux qui devaient davao* t^ge nous ai^yer. Enfin cette mission a été un^ souffrance presque miiifm^ {pour i|Ous : il n'y avait ppiqt d'humilité qui pût gagner Ifi X^ur de ces gens-jà ; car ils estipi^ijent qji^'il y al'ait ^ leur bpqiieur 4^ se ï^içser instruire et de se convertir, et il n'y ^vi^it poii^t moyeç d< feire paif avjsc eux qu'en cessant de prêcher et deponfe^Sj^.Néa^ipoiff^i âpri^ quinze joif rs dé patience et de persévjérance d^nç no^ exerpipes ejt fonctions orjlipaires de mîssipns , ces peuples ont commencé d'ouvri|r les yeux et de cpnnatjLre leurs désK^ilres , et sur la ^ la gr^e de Dif^ y a produit de grands biens 4 il s'y est fait qfi^tité de réponeiliatipf)s$ les inimitié^ ont été éteintes , et les l^a^phèmes ont epssé. Quatre 6^^ débauches $e sont converties; et ^tre les concubiflaires , un de^ pln^ pbstinjés, qpi vivait depuis douze ans dans son adultère publia , et caur $ait beaucoup de d^ordre en sa femiile et de scandale dans le bourg , s'est converti , a quitté le péché, et en a retranché l'occasion.
c fJn autre grand friait, entre tous les autres qui sp recueil|pnt ordinairement aux missions, est de leur avoir fait qui^er un pioché abop^ipablp qui ne se nomme point, auquel ils étaient extraordinairement sujets. La communion générale s'est faite avec de grandes dispositions, et tous ont été fort touchés d'entendre les pleurs et les gémissements , et fie voir les larmes des ftmes convc rties. ^t enfin , malgrp tous les
efforts du lûalin esprit » cette mission s'est achevée avec grande bénédiction. »
Un autre prêtre de la même mission de Rome écrivit à M. Vincent en l'année 1(^ une lettre en laquelle, après avoir parlé de plusieurs , missions faites au diocèse de Sarsina en la Romagne , et de tout ce qui s'y était passé de plus notable , il ajoute ce qui suit :
« Dans la dernière mission , dit-il , laquelle fut sur les. plus hautes montagnes de l'Apennin, nous trouvâmes un désordre général, lequel» bien qu'il soit commun à la Romagne, est néanmoins beaucoup plus grand en ces lieux écartés : c'est que toute la jeunesse, garçons et filles, s'entretiennent en des vaines et folles amourettes, et cela souvent sans aucun dessein de se marier : de quoi pour l'ordinaire ils ne se confes* sent point, et beaucoup moins des mauvais effets qui s'en ensuivent, qui sont des entretiens dangereux , à quoi ils passent souvent une partie des nuits ; ce qui arrive particulièrement les veilles des fêtes ; et ayant ces mauvaises attaches les uns envers les autres , ils ne portent aucun respect aux églises , où ils ne vont que pour se voir et s'entretenir d'œillades et de gestes immodestes. Outre les mauvaises pensées et au* très désordres intérieurs, cela est quelquefois suivi de grandes chutes fort scandaleuses, qui pourtant ne rendent pas les autres plus retenus, ni les parents plus avisés pour en éviter de pareilles.
c Ayant donc par occasion appris cet abus et toutes ces fâcheuses et dangereuses suites, nous parlâmes dans nos prédications le plus fortement qu'il nous flit possible pour l'abolir; mais le mal semblait incuraUe, et on ne manquait point de raisons pour s'y flatter : ce qui nous d<mna beaucoup de peine. Mais enfin, avec la grâce de Dieu, nous j apportâmes remède en déniant l'absolution à tous ceux que nous ne voyions pas bien résolus de renoncer absolument à toutes ces folles amourettes : ce qui les toucha grandement et fut cause que presque tous se rendirent. Je leur fis lecture publiquement en italien d'un chapitre du livre de Philothée qui traite de ce défaut , et qui leur découvrit évidemment les fautes qu'ils commettaient, comme si l'auteur l'avait feit exprès pour eux. Plusieurs témoignèrent avec larmes le regret du passé et leurs bonnes dispositions pour l'avenir. Dieu veuille leur donner la persévérance.
< Enfin, Monsieur, quoique du commencement les curés de ces lieuxlà nous tinssent pour des espions , et qu'ils nous eussent hit passer dans l'esprit des peuples pour des gens suspects, voyant néanmoins la simplicité de notre procédé, l'honneur que nous leur déférions, la façon que nous tenions en nos missions, et principalement que nous étions sans aucun intérêt, ils nous sont restés tous affectionnés i et je puis
dire que nous avons emporté leurs cœurs': ce que plusieurs même ont témoigné avec larmes.
c Je ne puis ici omettre une chose arrivée dans un lieu de ces environs 9 cil il y avait un prêtre fort débordé en sa vie» lequel s'était vanté publiquement de n'être point venu à aucune de nos prédications ; et peu après il arriva , par un juste jugement de Dieu, qu'il fut misérablement tué au même lieu où il avait fait cette va&terie , par un autre méchant prêtre qui m'avait donné de belles paroles pour me foire croire qu'il voulait changer de vie, mais sans aucun effet. >
§ IL Dans les évêchés de Fiterbe, de Palestrîne et autres lieux.
Un prêtre de la mission de Rome, écrivant à M. Vincent, au mois de décembre de l'année 1655 , touchant ce qui s'était passé en une mission faite dans l'évêché de Yiterbe : « M. le cardinal Brancavio , dit-il , nous ayant fait l'honneur de nous appeler à Yiterbe , dont il est évêque, il nous envoya à Yetralle qui est un gros bourg de son diocèse à deux journées de Rome, où étant arrivés, quoique plusieurs difficultés aient' traversé nos petites fonctions , nous y avons pourtant entendu dix-sept cents personnes de confession générale, qui nous ont témoigné être bien touchées et bien pénitentes. Ce qui me semble avoir plus contribué à émouvoir ce peuple , est ce qui en apparence devait avoir moins d'effet; c'est à savoir, i"" l'explication de l'exercice du chrétien que nous faisions tous les matins à l'issue de la première messe -, T l'instruction familière qui se faisait ensuite sur les principaux mystères de la foi , et sur la manière de se confesser ; 3° l'examen général que nous disions tout haut avec les prières ordinaires , le soir immédiatement après notre prédication. Mais ce que je crois jqui fit la plus forte impression sur leurs esprits, fut une puissante semonce que leur fit notre prédicateur à la fin de son exhortation à la préparation à la communion , leur disant de la part de Dieu que personne ne fût si hardi que de s'approcher de la sainte Table, sans auparavant s'être réconcilié avec ses ennemis. Et je crois que cette dénonciation animée comme elle l'était de l'esprit de Notre-Seigneur, a plus opéré que tout le reste, particulièrement à l'égard des réconciliations entre ceux qui se haïssaient à mort, et des restitutions notables qui se sont faites, parce que depuis celte prédication on n'a vu et on n'a entendu presque autre chose que des accords qui se faisaient et des pardons qu'on se demandait les uns aux autres les larmes aux yeux , non-seulement dans les maisons , mais encore dans les rues , et particulièrement dans l'église devant tout le monde. On en faisait de même pour ce qui est de restituer le bien mal acquis, et de
parer les TfeUles dettes âba&dMâées , et cela pubttqnemeiit et coorageusement , sans se soucier de sa propre réputatron.
« Si je rapportais ici tous les cas particuliers que nous avons tuâ et entendus sur ce sv(jet J'aurais trop de choses à dire ; j'en toucherai seulement trois ou quatre des principaux. Le premier arriva pendant la procession, en laquelle un de nos prêtres rangeant les hommes deux à deux pour les faire marcher avec ordre, la Providence divine disposa les choses en telle sorte , que deux habitants du lieu qui avaient une haine fort enracinée l'un contre Fautre âq;)uis plusieurs annféés^ ée trouvèrent fortuitement rangés ensemble , et cheminèrent même quelque tempsi à côté l'un de l'autre, sani qu'aucun d'eux deux s'en aperçut ; mais s'étant ettn reconnus , Dieu leur toucha le cœur sr fortement qu'en un instant leur grande haine se trouva changée en une sincère amitié , et leurs cœurs se trouvèrent en telle disposition, que fondant en larmes , ils s'embrassèrent et s'entre-demandèrent pardon l'un à l'autre devant toute l'assistance , mais avec des paroles si cordiales, que cbacuû en fut ravi d'admiration et de consolation.
« Le second cas fut un certain habitant du même lieu, qui depuis longtemps devait quatre cents écus à un autre, et n'avait jamais voulu le payer, quoiqu'il en eût été souvent pressé par la voie de la justice, et même par sentences d'excommunication; en sorte que soncréafncierne s'y attendait plus : il fut néanmoins tellement changé tout à coup, qu'à l'heure même il lui paya les quatre cents écus, et depuis ce teobps-là ils ont été bons amis.
f Le troisième fut un riche avaricieux, qui depuis fort longtemps était redevable de cent écus à un pauvre homme, qui atait enfin perdu toute espérance d'en pouvoir jamais.être payéj néanmoins étant touché de Dieu , et sans être requis d'aucune personne , il fit presque comme Zachée, car il rendit à ce pauvre homme trois ou quatre fois plus qu^il ne lui devait, lui donnant une maison et une pièce de vigùe, qui accommoda grandement sa petite famille.
i Enfin le quatrième fut d'un père, lequel ayant codçu et retenu en son cœur depuis aviron trois ans une haine mortelle contre un certain qui avait voulu tuer son fils , et l'avait en efftet blessé à un bras, dont il était demeuré estropié; ayant outre cela déboursé une somme d'argent assez considérable pour le faire panser; il fit, nonobstant le ressentiment qu'il en avait, deux actions dignes d'un vrai chrétien : l'une est qu'U pardonna de bon cœur à cet ennemi qui avait assassiné son fils; et l'autre qu'il lui quitta et remit volontairement tous les frais et dépMs qu'il pouvait prétendre, quoiqu'auparavant cette mission , plu-
fletifs ié tùiseat ÈmvetA einptoyés pom les réeoncifier et aocomnifoder sans y ayoir pu réassir.
é Vofflà une partie des fruits de eette mission, que Ton peut bien dire atec vérité être les effiets de la maffo toute-puissante de Dieu; les ouvriers qai 7 travaillaient n'étant p^rs eapabîes ^opérer ees merveilles fvt des moyens û feibles ^ue eenx qui ont été ci-dessus rapportés. Et c'est ee quî me donne sujet de dire, comme autrefois ceux qui voyaient lès merveflles que Moïse faisait en préseâce de Pharaon, digitusDeiest hîci c'est le doigt de Dieu qui opère ees choses si admirables, et non pas Féloquence, ni la science, ni la sagesse, ni la puissance des hommes. Et c'est peut-être pour cela que la providence divine n'a pas voulu que liûtre grand prélat et éminentissime cardinal ait assisté à notre mission, ainsi qu'il nous l'avait fait espérery une roue de son carrosse s'étant rompue lôrscpi'it se fut mis en chemin pour y venir, car s'il nous eût ftrtt cet honneur, on eût peut-être attribué à sa présence et à son autorité la i^e de ces merveilles , que Dieu s'est voulu réserver à lui seul. >
Le même prêtre missionnan*e raconte le succès d'une autre mission laite au mois de janvi^ de Tannée suivante, dans une de ses lettres où il parle ai eêi termes :
< En la mission que nous venons de faire à Breda, nous avons rém^qué ittre grande assiduité du peuple à nos sermons et Catéchismes, auxquels ils assistaient avec un si grand désir d'en profiter, que ce qu'ils y entendaient faisait une vive impression dans leurs cœurs ; en sorte ^'on les voyait après s'instruire et s'exhorter les uns les autres. Toute la matinée du jour de la communion se passa en réconcrliattons et embrassements qu'ils se faisaient les uns aux autres ; en quoi Ton voyait manifestement h force delà grâce de Dieu ; car les phis apparents du lieu, font hommes que femmes, mettant bas tous les respects fauteains^,- ne faisaient point difficulté de s'humilier devant les plus pafuyreSy et leur demander pardon des fautes qu'ils avaient comtnises à leur t^rà. Mais quand ce vint à ta prédication qui se fit immédiatement devant la comibunion, les cœurs s'attendrirent de telle sorte, que peu s'en fallut que plusieurs ne tombassent évanoujs. Et celui qui prêcha fut contraint d'interrompre par deux fois son discours , et de cesser de parler, pour arrêter le cours des larmes et des soupirs de ce bon peuple. La prédication étant achevée, un prêtre du pays s'avança vers le grand autel, où s'étant prosterné en terre , il demanda hautement pardon de la vie scandaleuse qu'il avait menée , premièrement à Dieu , et ensuite au peuple , lequel étant extraordinairement touché d'un tel exemple, se mit è crier fout haut : Uisértcorde.
€ Le diable, envieux de tant de bons succès, s'efforça de les traverser en troublant le bon ordre et la bonne disposition de ce peuple dans la procession qui se fit après les vêpres, au sujet de la préséance qui était réciproquement prétendue par quelques confréries de pénitents établies en la paroisse. Mais Dieu par sa bonté empêcha ce désordre, en ce que pendant la contestation quelqu'un ayant avancé que le prédicateur avait dit que la préséance appartenait aux pénitents vêtus de blanc, le grand respect qu'un chacun avait pour tout ce qui venait de cette part, fit que tous acquiescèrent à cette parole , sans en faire une plus grande discussion ; et par ce^inoycn la procession se fit avec grande piété, et avec une singulière édification d'un chacun.
c Je crois ne devoir pas ici omettre une chose, qui est qu'ayant exhorté le peuple d'acheter une croix d'argent pour servir à leur église, il n'y en eut aucun qui ne voulut avoir part à cette bonne œuvre; en sorte que chacun ayant fait ses petits efiforts pour y contribuer, la somme qui fut recueillie se trouva monter à cent écus, qui était plus qu'il ne fallait. ^
Pour ce qui est de l'évêché de Palestrine, la relation des missions qui s'y sont faites en l'année 1657, porte que la première se fit dans un gros bourg de douze cents communiants , tous remplis d'inimitiés , et s'il faut dire ainsi , tous ensanglantés des fréquents homiCides qui s'y commettaient, que Ton comptait jusqu'au nombre de soixante-dix depuis trois ans. Ce peuple , bien que cruel et adonné à ces crimes , goûta néanmoins la parole de Dieu , se rendit exact aux actions de la mission qui dura un mois, et en fit un si bon usage , que presque tous firent leurs confessions générales, et se réconcilièrent parfaitement avec Dieu et avec leurs ennemis. On en a vu plusieurs qui étaient demeurés dix et quinze ans sans se vouloir parler, qui l'ont fait de bon cœur en cette occasion. Une veuve dont le mari avait été tué, et qui avait refusé la paix à ses ennemis , quelque instance qui lui eût été faite de la leur accorder, même par M. le cardinal Colonne , seigneur dudit lieu , fut tellement touchée par une prédication, que, sans autre semonce, elle fit appeler M. le curé et le notaire, et fit cet accord en donnant le pardon avec grande joie.
Une autre veuve qui s'était montrée aussi fort difficile à pardonner à un homme qui avait tué son mari, lui pardonna de même fort volontiers en cette occasion , disant qu'elle n'avait jamais ressenti une telle consolation en tout le temps de sa vie. Après quoi quelques uns de ses parents lui ayant voulu remontrer qu'elle ne devait pas si facilement ni si promptement pardonner, pour témoigner davantage son amour vers son défunt mari, elle leur répondit qu'elle voulait sauver son &Die, et
que si la chose n'était point faite, elle la ferait encore très-Tolontiers.
Un jeune homme qui avait eu un bras coupé par un sien ennemi qu'il ne voulait point voir, l'ayant rencontré à l'issue d'une prédication dans la place publique, se mit à genoux devant lui, et puis s'étant levé, l'embrassa avec tant d'affection et de cordialité, que son exemple et sa parole servirent grandement pour en exciter plusieurs autres à pardonner les injures qu'ils avaient reçues.
Mais la plus importante de toutes les réconciliations faites en cette mission , et oii Ton reconnut plus manifestem^t l'effet particulier de la grâce de Dieu , fut celle que l'on procura entre deux des principales familles du bourg, les personnes de Tune desquelles en avaient tué un de l'autre femille, et blessé grièvement son frère; ce qui avait tellement animé les autres frères qui restaient et qui étaient gens fort cruels, qu'ils avaient résolu d'exterminer cette famille, dont quelques-uns avaient commis ce meurtre ; et l'un de ces frères , pour venger la mort d'un autre, avait tué depuis trois ans dix personnes innocentes. Cette réconciliation était fort difficile à faire ^ tant à cause. que les offensés étaient récentes, que parce que ceux qui voulaient commettre ce meurtre , battant tout le long du jour la campagne , de peur d'être pris par la justice , ne retournaient chez eux qu'à la nuit; de sorte que trèsdifficilement pouvait-on leur parler ; étant d'ailleurs tellement animés qu'il n'y avait pas apparence de pouvoir fléchir leurs cœurs : l'un d'entre eux même disait qu'il ne serait point content jusqu'à ce qu'il eût tué tous ceux de l'autre famille. Néanmoins, nonobstant toutes ces difficultés et après diverses tentatives, il plut à Dieu faire réussir cette bonne œuvre par un effet tout singulier de sa grâce. Le prédicateur de la mission étant allé trouver en un lieu écarté ceux qui voulaient faire ces meurtres, et leur ayant parlé pendant un demi-quart d'heure, les supplia au nom de Notre-Seigneur Jésus-Christ , en les embrassant cordialement, de pardonner et de faire la paix; et aussitôt le principal d'entre eux étant vivement touché par ses paroles ôta son chapeau, et levant les yeux au ciel tout baignés de larmes, lui dit : « Je promets à • Dieu et à votre révérence la paix, et je la veux faire. » Et ayant dit cela, il se retira pour pleurer avec plus de liberté. Ensuite de quoi on demeura d'accord de la conclure le lendemain : il y survint néanmoins de nouveaux obstacles et si grands que l'on croyait Taflaire rompue ; maisl'on s'avisa d'avoir recours à la très-sainte Vierge, par les puissantes intercessions de laquelle tous ces empêchements furent surmontés; et cette paix fut conciue avec tant de bénédiction, que la plupart des habitants étant venus à l'église pour admirer une si belle action, pleuraient de Joie, bénissant Dieu de ce qu'ils voyaient les offensés et les offenseurs
Vemtrasser avec tant d'affecUcHî. Un, vieillar^ d'entre eux dit à un jeune homme du parti contraire, qu'il haïssait auparavant à mort : € Je veux 'dorénavant vous tenir pour mon èls ; i à quoi l'autre répondit : < Et moi je vous tiendrai pour mon père. » .;»..!
tl serait trop long de raconter par le menu tous les accommodenients et toutes les réconciliations qui se firent en cette mission^ la ,âi|^ision des cœurs étant presque générale en ce lieu-là, à cause quç l'offense ïaite à un particulier s'étend à tous ses parents, et leur intmfUé réciproquement vers toixie la parenté de celui qui a offensé^ en sorte qu'ils pe se parlent, ni ne se saluent.plus les uns les autres. Néanmoins par la miséricorde de Dieu on n'a point su, lorsqu'on a fini la mission yfu'il fût resté aucune personne en inimitié , tous s'élant vraiment et sincèrement réconciliés les uns avec les autres. . , ,^ . .^
tjne autre bande de missionnaires étant allée travailler dans les paroisses dépendantes de l'abbaye de Subiaco, on y fit quatre misions, ^aux^uéiies Dieu donna de (rès-^randes béî^é^ictions , tant à raison des réconciliations par lesquelles plusieurs inimitiés furent éteintes, C|ae ^r les remèdes qu'on apporta aux mauvaises amitiés, et à plusieurs sci^idales publics. Pour n'user de redites, nous rapporterpjûs seutem^wit ici ce qui arriva en l'une de ces paroisses, en laquelle troisfeq^mes^dé^uciîées demandèrent publiquement pardon dans réglise,àioutle;peiiple« ^^u scandale qu'elles avaient donné par le passé, j^ôur lei)laspIuS^e^^i régnait beaucoup dans cç même lieu, tou$ se réiK)lûrent fortement d'é- ,yiter ce malheureux péché , et plusieurs s'accordèrent entre ei^x^:^^ j[uiconque,profèrerait quelques blasphèmes dans le, jeu, "eerdrâit la ^partie, ou biei^ paierait ui^e certaine. somtse qui serait distribuée aux pauvres. Mais d'autres se résolyrent de quitter ei^tièremçnt Je^eu, pe gui est le meilleur et le plus sûr; et parae que les jours dç pes le peuple demeurait la plupart du temps :oisif sans ^v.Qir Jt quoi s'appliquer, ils acceptèrent avec beaucoup de domUté et tCaffeètion le conseil qui leur fut donné,. de i^ire acheter un grand ps^tier et iin ^ptipboflaire çôur chanter les vépfes dans leurs églises I^' Jours 'de ..fêtes, et dimanches; et de plus, quelques livres spirituels^ à savoir 4a Tie^es Saints, les Œuvres de .Grenade , et autres sembfable$vp<mrta|p^ettji^s jours-là , étant assemblés dâUs l'église , une heure ^iecture spiritiielte. , , Enfin dans une autre relàtion'envôyée par le slq^eur'des* prètrè^ide )a Congrégation de la Mission de ftome, où il est ^t/ea'pârhHit des demières missions qu'ils ataifeiit fàittes en des Keux iqu'tl Be notmae point, que Dieu y a répandu ses.bénédietipns i^rdinâires ,Tqtie.lis scandales ont césisé , les concubinages ont été ôtés , lestbitanes^q^lHloes'se sont converties , les occasions des péchés déshonnètes y quittaient très-
fréquents en ces lieut-là , ont été retranchées , et qu*il s*y e$t fait tine telle quantité d'âcccfmttiddements de différends, et de procès tant ciVils que criminels , qu'en une seule de ees missions, tin notàife fort (dtetllgctït ftit occupé Mi jours durant à écrire lé« àceôrds (jnl ff^ àtàetit farit§. On y d lïiit âussl cesser certains contrats usuraires, et révoquer quelques atièiations QU bléil dé l'Église, aût àVâleût étë làftes Uiju^tement. Et fionseuletneût les viCés et Ici désordres ont été retr^ehés, tnaiè àùisi l'âffiscfic^n de U Vertu j^ â été pisntée dans les câëurs, et toutes sortes de bonnes œuvres, particulièrement celles de la èbarité, j oui été mfees en usage ; en v otcî deux ou trot? etcraples.
 la fin de Tune de ces missknm^ le médecin d'un des lieux où elles s'étaient faites , porté d'un mouvement de charité , s'offrit de ne rien prendre durant trois ans de toutes ses vacations , à condition que le boisseau de Mé que chaque tfisfison du Ifoùf g éfaH obliffée de Nfi doMer tous les àni^, serait nfis ensemble durent lesdit^s (roiè années, pour in feire m Mont-de-Pfétd d'èUVirdn eeni séfiere de blé qui §erf irtf!<»lt pOU^ prêter aux pauvres, ce qui fut arrêté Su eonséhtemefti deé habitants.
Datts le même lieu , uh offieier vêrfant 4»6 leé enftnts étaiefit mal Instruis , ISute d'Unè |)érsontie capable de leur fUte l'IhstruotloÊl , 8*0bliged dé dotfher mt^ les ânè une b6&h« j^Hie de ses ga^ès , qui servirait ae éalMré pôtir mi tfàû falUtré.
Là edfiimùitaute déè habitante du tâêidè lieu fit êleétiéh de deiit ^Wh tecfeùrs des pativf es , rdffioe de§qtfèis devait être d'etûpêdicr ^tté léi^ dite pàuVtei àe fussent taxés Ihjtlstétaèîlt ^ pôtti- certains ddfflmages que les fermiers du èeignôtir i^rétendènt ^elqucfcls leur être faits. Et outre cela, on députa enéore tin dépositaire dès theubles des pauvtes que les sergents emportent dans leurs exécutibtts , tescjuels meublés par le déhut de ce d^iîtalfe étaient preJque tbus t)erdus tttui* les pautres.
TolTâ ûi petit échaMillod des etcelleôlè fruits que M. f lùeeht a toit êclore Sans ritMle parlé tfltafslèré des prêtres de sa Congrégation (îl*blis à Rome. Nous n'avons parlé que de ce qui est arrivé en Wlll bÛ heuf mîssWnà, ^(jtf il y eh att èù plus de deux cehls qui è*y ioiil faites depuis vtttgl-déUî ins tfiïih ibht établis eu «ètle ville éà|)llàte de tbiite îa Chrétrehlé. Mais fl(flts âtôfts jligê cfHe eeb ^ftsalt pbUr filire coàtoâftrê rabôndâtllè gï^cê ^flè flftrti k plaisait de l-fpâûàré Sur tetiS les desséite de son fidftle hfrVltétïir, et sûr les travaux et emplois de ceux que Dieu avait Ûfs sous sa côùduîte. Nèlis cbhdurbfis éé chapitre par retirait d'une lettre que M. le cardinal Spada éfcHVlt de Rome à U. Vincent len l'année l65i, où il Itïi parle en céS tei*inès :
t LMhstttut de la Cougréfeatloil de la Mis'sfoh dont tous êtes le tondateur rt le Chef, acquiert tous m idm de tïlus en plits du cWdtt et di
la réputation en ces quartiers ; j'en ai rega grand service dans ma ville , et dans tout le diocèse d'Albane, où j'ai vu des fruits extraordinaires sur ces peuples, envers lesquels ces bons prêtres ont travaillé avec tant d'application, de charité, de désintéressement et de prudence, que chacun en est demeuré extrêmement édifié. C'est à moi de vous en remercier, comme je fais, en vous assurant que j'en ai un ressentiment trèsparticulier, et que je ne manquerai de le publier pour le bien et propagation de ce saint institut, toutes les fois que l'occasion s'en présentera, etc. >
SECTION IV
DES HISSIONS FAITES EN l'ÉTAT DE GÊNES.
Nous ne saurions mieux commencer à parler de ces missions, qu'en rapportant le témoignage qu'en a rendu M. le cardinal Durazzo, trèsdigne archevêque de Gènes, dans une lettre qu'il écrivit à M. Vincent au mois d'août 16&5 , en ces termes :
« Ces mois passés M. N. passant par ces quartiers, j'appris qu'il était de la Congrégation de la Mission ; et je me suis prévalu de son ministère en divers lieux de mon diocèse, où il a travaillé avec grand fruit et bénédiction pour le service de Dieu, pour le salut des âmes, et pour ma satisfaction particulière. Et néanmoins m'ayant dit que pour obéir à ses supérieurs, il devait se rendre à Paris, j'y ai consenti, puisque vous avez envoyé d'autres prêtres pour continuer ce qu'il a si heureusement commencé. Il y a espérance d'y établir un si pieux institut à la plus grande gloire de sa divine Majesté. J'ai voulu vous faire part de notre consolation spirituelle sur ce sujet, i
Hais pour faire voir plus en particulier les effets de la grâce de Dieu dans ces missions, nous rapporterons ici tout simplement les extraits de quelques lettres des missionnaires, lesquels y ont été employés par M. Vincent.
Un prêtre missionnaire écrivant au supérieur de la maison de Gènes pour lui rendre compte de ce qui s'était passé dans les missions où il avait travaillé : « Dieu donne grande bénédiction, lui dit-il, à nos missions, et principalement à cette dernière du lieu aijpelé Chiavari ; parce que, outre les fruits ordinaires et outre les réconciliations des particuliers qui ont été en grand nombre, trois paroisses entières se sont réconciliées qui étaient auparavant en grande désunion, etc. »
Ledit supérieur de la mission de Gènes rapportant les succès d'une autre mission, dont il ne nomme pas le lieu, dans une lettre qu'il écrivit à M. Vincent au mois de juillet i6Ue ; t Nous avons été, dit-il, jus-
qu'à diit-huit coûfesseurs : il s'est fait plus de trois mille confesèiom générales 9 et un grand nombre de réconciliations de très-grande importance, par lesquelles on a terminé des difiérends qui avaient causé vingt-trois ou vingt-quatre meurtres. La plupart de ceux qui y avaient trempé , ayant obtenu le pardon et la paix par écrit des parties offensées» pomront obtenir la grâce du prince, et être mis en leur premier état. >
Le même ajoute dans une autre lettre qu'il écrivit à M. Vincent environ ce même temps-là, une particularité qui mérité d'être observée : « Lorsque je vous écrivis, dit-U, Tordre de nos missions, j'oubliai de vous dire ce que nous faisions pour rinstruction du peuple, et pour le soulagement des confesseurs. Nous avons deux jeunes ecclésiastiques, lesquels, hors le temps du catéchisme, enseignent les mystères à tous ceux qui veulent se confesser; et lorsqu'ils sont suffisamment instruits, ils leur donnent un petit billet imprimé pour cet effet, et les pénitents le présentent à leur confesseur, lequel par ce moyen est assuré, lors* qu'un pénitent vient Ssiire sa confession, qu'U est suffisamment instruit des vérités chrétiennes, et ainsi il n'est point en peine de les en interroger : ce qui fait que les confesseurs avancent davantage, et ne font pas tant attendre ceux qui sont autour de leurs confessionnaux. •
Par une autre lettre du 6 mai 1647, le même supérieur écrivit: c Nous voici de retour de la mission deN. Elle comprenait cinq paroisses, outre le concours du voisinage. Il s'y est foit un très-grand nombre de conversions et de confessions générales, nonobstant la dureté du peuple, lequel était très-difficile à émouvoir, si bien que nous perdions presque courage au commencement. Mais Notre-Seigneur nous a voulu consoler sur la fin de la mission, touchant ces cœurs endurcis, et répandant sur eux des grâces si abondantes, que ceux qui au commencement ne voulaient point nous écouter, à la fin de la mission ne pouvaient consentir à se séparer de nous. En sorte que le jour de notre départ, étant allés à l'église pour recevoir la bénédiction de M. le curé, tout le peuple vint à l'église, et se mit â pleurer et à crier miséricorde, comme si en nous en allant nous lui eussions ôté la vie i tellement que nous eûmes bien de la peine à nous échapper. Il y a eu quantité de noblesse de la ville de Gênes qui est venue en ce lieu, et qui a assisté aux actions de la mission, dont elle a été fort édifiée. M. le cardinal archevêque de Gênes y est venu donner la confirmation; ensuite de quoi, comme il prenait sa réfection avec les missionnaires, et quelques gentilshommes qui l'avaient accompagné, un seigneur du voisinage lui ayant envoyé un présent , il s'excusa de le prendre, disant que les missionnaires avaient pour règle de ne rien recevoir en mission , et le renvoya. >
Par m^ leUre du i$ d^embrp 16^7, le piè^ç éorhmi à M. Viqaei^t d'ime autre mission , dit ^'eptr^ autrçs choses siept bandits y ay^iient ^té çonv^tis ; et qu'up jturc qui servait un gentilhomme du liep av^it ilçmapdé le baptême, qy'pn ne lui ayait p.as voulu ^éanmoiQs conférer ^'après ravoir bien instruit, çt hiçu léproMvé $a toi.
Et ^m m&e mù^sioji syjvaQte, pl.usiew;s autres bandits ^ij^ant s^^blablement été convertis , obtinrent le pardon et la paix d|B çeyx 4Qjîlt ils avaient tué ou le jpçre, oy lej frièrç^, pu tes mfents; 4 quelgues-uus jdip ^ bandits ^*éi4jA l^ié» h smom *nx piçds ijes .o|E^és« en fivaiejit ^té r$$m .et acçUj&illi^ ^v.oç grau4t) c)urU^' ^i^ ^^i^^ aboudançe de larmes r ép^mdues de p.arj ^et 4'^uJre. C sétaU au bourg de Sjestri ^u^ se faisait cette mi^$iou» dont le p^eyple aprè^ avoir apporté une assjiduilé et une dpcUité trè^-graude à toutes ]e$ uxstructiQn^, exhortations et prédications qui s'y étaient faites, témoigua sur la fio une telle affection envers les mi^ionaail^es qui leur araient rendu c.es offices de charit^ q^e sachant qu'ils étaient prêts de s^^n ailer^ ils tipre/it leur n^j^ison çofPQve assiégée pendant 4eux oji trois jours, pe pouvant du tout çon^ej^tir |i j^.ur départ; en sorte quMls furent cpntraintS; ppv.r s'échapper ^'e^?:^ ^ç $jç^- Jirpendantla uuit.
Et par une lellredu iO déceipbrç d^ F^suiée 1648, U m.aAde ^vie d9Q3 la pissiou .de rAvagne il j jivait eu encprp jplusîfeur.s band,U? àouy«rtis et reçus ^ $T^c^ et cardon.
Daas ufle Aiïtr,e missiouMe>en iaçvija- de TauRée iM9, .ttUPipe les habitants4u Ji^ufu^eut ex^tr^uiement piiuy.res^ péamooius Jia i^ro^ptc^on leur ayant èké jPaite d'établir pn leur pjjroissp la Çonfrérjie dç Jla Qh^i^ pour te pauvres maJad^s^ .cçs hftun^ ggfts ôrpnt jim Mf eiÇPort ^pur^coutrjhuer à unie çeuvre qu'ijls estiiaaieht.si bpnuç et si sainte, jqu'à ^ pi»- Hùèi^ ftuèt^ Ton frpuya jung cignts livres tJlar^fenjt^ ^ opii;e ,cçlji^ ^t dînts livrjîs en fonds et en pMi^L^lons.
D s'y est i?ncûi;e établi çne autiîe conÇ'^rie -pu cpmpfigpîe npjnr ^les lipmmesj qyS.e&t.nQKWaée âe l^ïlpcJiriae^Qiç^tienne^ ^^oçt r.emplpj i^t d'enseigner le Pater ^YÂv^e^ et l,c;s priucipes dp ja Jfoi |i ceux gui ive les saveut point, et d'aller ^ar la paroisse .chercher le.s ^epjfeuts pp^r les (alre^saister^u catéç;hisme,
L'un des ancieus prêtres fle la ÇpngrjégatiQp faisatit vo;j:age dç Pjrjs enitalie,.et ^'étaivttrpuyé à jine missip^i giip c^w$ dp .Gênes fai^ient à CastigUone au tnpîsde jléceiubre 1650, fl ep Aeçivjt à,J\I. ViiiceAt en ces termes :
« J'ai vu tous les exercices de la Biis$(pn ^çii se /ait ep cf^tte .itacoinse, et tout enspnible à MtAïïfl©ifautresyQi.sjn^vi<esp#Vple^ s^ fort assidus aux sermons et aux catéchismes, et occupent continuelte-
ment les confesseurs. Il faut avouer qu'ils ne cèdent en rien à ceux des autres pays, înâisplutôVqu^ les surpassent en quelque choseriJeùx' concubînaires publics portés*d^ùnmohV1èinent de pénitence ont tait une amende honorable publiquement dans TégUse au milieu du sermon, eu présence â*une très-grande assemblée de peuple. Plusieurs usuriers se sont obligés par écrit passé par-devant notaire de restituer tout ce qu'ils ont injustement ç^jgié dgs pau|rç§ gçp$ ^pxqHCls ils avaient prêté leur argent. La Confrérie de la Charité a été établie en cette paroisse et en toate§ les autres siis4it^s. te supérieur de cette mission fait tous les hmâis une co^pârenqe a dis ou douze curés des environs ; j'ai assisté |i l^a&âë ces confârenc^, le tout l'y passa fort bien, on en peut espérer beaucoup de profit pouç eux et pour l^urs peuples. »
Le supérienr de la maison de Gènes, dans une lettre qu'il écrivit à M. ¥tneent le ^ février if ^9 : « Nous venons, lui dit-ll , de f9û*è deux petites missions auxquelles Dieu a donné beaucoup de bénédiction , est particulièrement à la dernière.
« La paroisse n'était que de deux cent quarante communiants en un lieu fbrï écarté; et qéaniçoin^ à la communion générale, il se trouva plus d^ sept cents peraonnes qui étaient venues des liepx circonvoisins bien Soignés. Entre les réebncillatioQs; il s'est fait une paix toit considérable é^n père, duquel le fils a|né avait été tué en dormant et sans aucun çiijet, depuis peu de temps. Plusieurs personnes de eondittra a^étaimit employées saQs eâbt pour le porter à pardomer à celui qiH avait commis ce meurtre , et le jour précédent même il me l'avait re&èé lorsque je lui voulus foire la même prière , et m'avait prié de ne lui' en parler jamais plus . Mais Dieu fit par sa grflce ce que les hommes n'avaieiA pu faire par leurs remontrances et exhortations; car m'étant encore hasardé le jour suivant dele conjurer dwediefajFec prières et aveclarmes, de donner ce pardon et cette pMX pour l'amour de fifotre-Sei^nèur, il lid; 4out é'uneoup changé, et m'accorda ce que je lui deniandais , avec d«s ^mtim^ts vi^aii)PL^t €hr4tien« qol tirèrent 1^ larmes de tous ceux plurent présents. » ^
£1; jdftus une autre mission de la nsème année , il se fit une autre réc(m^ €îfiastion d'un fils de qui (m avait tué le père, âgé de soixante- dix ans, leqogi n'ayant pu pendant tout le temps de là mission surmonter les ^tétorts ressentiments qu'il en avait, et donner la paix et le pardon qu'on lui demandait poiir celui qui avait fait ce meurtre , il le fi,l néan- ÉBoins après la fin de' la mission et le départ des missionnaires : la semence de la parole de Dieu qui avait été répandue dans son cœur par les exhortations cl les prédications qu'il avait étendues , ayant enfin
rapporté son fruit » quoiqu'un peu tard» assez tôt néaumoms pour faire voir un effet signalé de la divine miséricorde en son endroit.
SECTION V
DES HISSIONS FAITES EN h'îhE DE CORSE.
Cette île est située en la mer Méditerranée et fait un petit royaume qui appartient à la république de Gènes , dont les principaux magistrats sachant les besoins spirituels » demandèrent en Tannée 1652 à M. Vincent quelques prêtres de sa Congrégation pour y aller foire des missions, et leur en ayant aecordé sept /ils furent travailler en divers lieux de cette lie » assistés de quatre autres ecclésiastiques et de quatre religieux que M. le cardinal Durazzo, archevêque de Gènes , leur donna pour les aider.
La première mission se fit à Campo-Lauro» où réside ordinairement Févèque d'Âlleria. Mais pour lors le siège épiscopal vaquant , le diocèse était gouverné par deux vicaires-généraux, Tun nommé de la part de la congrégation de propagandâ fide , et l'autre du chapitre de Téglise cathédrale. Or, comme ces deux grands-vicaires ne convenaient pas ensemble en leur conduite, et se trouvaient souvent fort opposés en leurs sentiments , en sorte que Fun défaisait ce que l'autre avait fait, et si Tun excommuniait , l'autre relevait de cette excommunication : pour cela le clergé et le peuple étaient dans une grande division qui causait beaucoup de désordre dans tout le pays.
La seconde mission se fit en un Ueu nommé UCotone.
La troisième à Corte qui est au milieu de l'Ile.
£t la quatrième et dernière à Niolo.
Pour comprendre quel a été le fruit de ces missions, il fout savoir qu'outre l'ignorance qui est fort grande parmi le peuple, les vices plus ordinaires qui régnent dans le pays sont l'impiété , le concubinage, Fineeste , le larcin , le faux témoignage , et sur tous les autres la vengeance, qui est le désordre le plus général et le plus fréquent : d'où il arrive souvent qu'ils s'entre-tuent les uns les autres comme des barbares , et ne veulent point pardonner ni entendre parler d'aucun accommodement , jusqu'à ce qu'ils se soient vengés; et non-seulement ils s'en prennent à celui qui leur a fait injure , mais aussi pour l'ordinaire à tous ses parents jusqu'au troisième degré mclusivement : de sorte que si quelqu'un en a oflensé un autre, il fout que tous ses parents se tiennent sur leurs gardes, carlepremier qui sera rencontré, quoiqu'innocent, et peut-être ne sacjliant riea du mal qui aura été fait, sera néanmoins traité comme s'il
en avait été complice. De là vient que les habitants de cette lie portent tous les armes , et se piquent tellement d'honneur que pour la moindre jparolequi les fâche ils s'entre-tuent les uns les autres : ce qui est cause que ce royaume de Corse , qui est un beau pays et bien fertile , n'est pas néanmoins beaucoup habité.
Or il se fit en ces missions » avec le secours de la grâce de Dieu» des biens très-considérables.
. Premièrement par les conSérences en manière d'exercices spirituels que les missionnaires firent faire aux chanoines , aux curés et aux autres ecclésiastiques; et cela tous les jours; les assemblant dans l'église après que le peuple s'était retiré. Le supérieur de la mission leur faisait des exhortations sur les obligations et devoirs des ecclésiastiques , et leur marquait les sujets de leur méditation ; et les ayant ainsi disposés à faire des confessions générales , ils remédièrent par ce moyen à plusieurs scandales passés , et prirent une bonne résolution de s'acquitter soigneusement à l'avenir de leurs obligations envers Dieu et envers leurs peuples y auxquels même quelques-uns d'entre eux , fortement touchés du regret de leurs fautes , demandèrent pardon publiquement pour les mauvais exemples qu'ils pouvaient leur avoir donné. II y eut plusieurs curés qui firent cette satisfaction publique , et un chapitre entier la fit aussi par la voix d'un de leurs chanoines , qui parla au nom de tous les autres.
Secondement » par le grand nombre d'accommodements et de réconciliations qui se firent en tous les lieux : l'un pardonnant la mort de son frère 9 l'autre de son père, de son enfant, de son mari, de son parent, etc. Les autres pardonnaient les fausses accusations et les faux témoignages qu'on avait portés contre eux en justice, remettant même toutes les réparations d'honneur et d'intérêts quoique fort considérables , et embrassant cordialement ceux qui avaient voulu leur faire perdre ou la vie ou l'honneur ; et ce qui est bien remarquable en ce sujet , est que ces réconciliations importantes ne se comptaient pas par trois ou par quatre , mais par cinquantaines et quelquefois par centaines en chaque lieu.
, Troisièmement , par la cessation et abolition entière des concubinages qui étaient fort fréquens, et par la pénitence publique de quantité de filles et femmes débauchées qui demandèrent pardon publiquement de leurs désordres , lesquelles furent suivies de plusieurs autres personnes, qui, étant touchées de leurs exemples et ressentant en leur conscience quelque reproche d'avoir causé quelques scandales par leurs péchés , se levaient du milieu de la presse et demandaient hautement miséricorde à Dieu et pardon à tout le ooionde ; et comme elles accom-
pagnaient leurs paroles d^ plusieurs marques extérieures d'une Téritabte pefliteace ^ cela lirait les larmes de toute l'assemblée.
Enfin, par rétablissement des Confréries de la Charité. lesqu^es non-seuleiqent ont procuré l'assistance spirituelle et corporelle dés pauvres malades » mais de plus ont donné lieu à l'oxercice aie plusieurs autres bonqes œuvres , qqe les personnes qui étaient de ces confréries ont pratiquées : ce qui a également contribué et au soulagement des pauvreç, et à la sancti^cation de ces personnes-lâr» comme aussi à l'édification de leurs familles, et des §utfes qui voyaient leurs bons exeinples.
Mais pour faire encore mieux concevoir la grandeur et i'tmportanee des fruits de ces missions » sur lesquels 9 semble que la grâce que Dieu avait mise avec plénitude en M. Vincent se soit répandue avectine particulière abondance, nous rapporterons ici un peu plus an long ce qui s'est passé en la dernière , selon le récit qu'en a envoyé celui qui était le supérieur de cettje ipission , en la manière suivante :
Niolp , di]t-il , est une vallée d'<environ trois lieues de long et une demi-ljieue de large , entourée de montagnes dont les accès et 1^ chemins ppyr y aborder sçnt les plus difficiles qUe j'aie jamais vus, soit dans les iponts Pyrénées pu dans }a Savoie, ce qui hit que eelfii-là est qoipme un refuge jde tous les bandits et n^âuvais garnetnents de f Oe , qui> ayant cette retraite^ exercent impunément leurs brïg<9inlages et leurs meurtres , sans crainte des officiers de la justice, il y Ji dans cette vallée plusieurs petits yillajges^ et dans toute son enceinte environ deux mille habitants. Je n'ai jamais trouvé de gens, et je ne sais s'il y ^ a en toute la chrétienté, qui fuss^ent plus abandonna qi/étatent céux4^. Nous p'y trouvâmes presque ^pint d'autres vestigeis de la foi sinon quMls disaient avoir été baptisés. et qu'il y avait quàques églises, m^ très-mal entretenues. Ils étaient ^aps une telle ignorance des choses île leur salut, çv'à çjrand'peine eût-on pu j trouver fcent pers<mnes qui sj^ sent les coi^mandements 4e Dieu et le Symbole dès Apôtres. Leur demander ç'il y a un Dieu ou s'il y en a plusieurs , et quelle des trois peçsoçnes divines s*est fait homm,iB pour nous , c*étaît leur parler arabe. t^ie vice y passait pour vertu, et la vengeance y avait im txleours, que les ejdfânts n'ajpprenjient p^ p^us tôt ^ marcher et à parler qif (m* Ifim çiontrait à se vepger quan^ on Jieur faisait la mômdre offense' ; et il ne servait 4e rien 4ç' 1?.V prîicher le contraire , pjijrce que rexêoipi^ ^e leurs ancêtres et lef mauvais conseils ^e lejurs propres^paré^^ tou^iâ^^t ce vice avaiçnt jelé de si pr,oft)ndes racijfle.s daa^ Ifeur^ i^sprtts ^'iïs n*ëtaie^it pas cgpaples de recevoir aucune persujî^sion qôntr^îrel H j en avait plusie^urs qui passaient les sept et huit Epoif ^ans entendre la Messe, et les trois, quatre , huit et dix ans sans se confesser; on irou-
Y^jt v^jixïç 4es jeuoçs ^^ (}e quinze e| seize ans gui ne s'itaient en? f^FS jamais {s^onfessés , et avec tout cela Û y avait quantité de vices qui régnaienj pjirmiçespauvreç gçns, lis étaient ft>rt enclins à dérober; ils ne feisajent aucun sçrupulç ^e manger la el^air le carême et les autres j9U^s 4éfendusj ils se pers^utaieçt et n^olestai^t lëf uns et les autres çp]gQimedç$|)art)^res$ et lorsqu'ils ay aient guelqiue ennemi /jls nefaisaient j3tucitfie difficulté de lui imposer faussement qupjqj^e gran4 crime dont ils l'accusaient en justice et produisaient autant de faux témoins qu'ils en voulaient. P'aiLti:e part^ ceu^ q^i .^tai^pt apci^sés^ ^oit qu'ils fuissent t^^pabl^es ou non^ trouy aient des personnes qui disaient et soutenal^teçînsUceîoutçe^'ils vpulai^t pour leur justification; d'o$i provenait que la justice ne se rendait point et qu'ils se la faisaient euxinêmt^$; s'entre-jLuant &cileipen|; ies uns les autre? en tputes sortes d'ocçâ^ns. Outre tous c^ désordres il y avait encore up très-grand abus parmi les habitants de cette lie touchant le iparjage : ils le céld- Jinaent rarement qu'ils n'eussent aguparavanjt babi^é ensejpble ; et pour rprdinaire Jors^u'ils étaicjpt fiancés pu qu'ils s'étaieijit seulement donné parole, la fille allait de9ieurer dai^ l|i çiaisop de si^n futur i;nan, (^ Pf^séy^raient.dans cet éjat de concubinage dej^x et tro(^ mois, et quel- .qu^is deu|: .e|;|rois ans , sans se me);jre en peipe de s'éponser. Ce qui ,est ^epcpr^ pi$ , .une grande partiç de ,c,es mariages se gisaient entre des l^sgRRf^ P,ap;çnte^ , sans sç faire ^Jispeuser dSa Ji'emp<^hement de.con- ^i^Vi£tlt^\» et demieuriiient dans cet état les huit et dix ans^ et même quinze et plus : cependant ils avaient plusieurs enfants, lesquels « s*il arrjjâ^ qS^ Ji'JtîPJSPmç v^J à j»our|r^ étaient ^|ndpnpés,cQmqpie bà- ,W4^^ fit jji fepaae $p repiariait à up au^tre ,^ut était encore guelguej^s ^ç^^^gitent. pn^n ,a vp gui o^t eu jiMqiu'à trpis jmaris avep lesqpçls Mf^ ,CH(it Fjêau c^n .cojaçu|)iftage et ^ inceste. Il airjyait mênje ^^ue si les ïPer^(M»S? s^m JW^ej jffjà^M i 1? dégoûter l'pp die l'autre , mor§ JSI»'**W^W 4eSvC»f*ftt^^ i^§ W Imaj.eJdt pas de pf séparer çt ^e ^JijwfqbÊTpar^iMleiïVR^
.« Ji y ^^ çnçor^ JUP ,aptre ^çnau,^ 4)us, gui çst /q*e Igs parçnts ppur }» rtWB^4 jpwosiaiept le,u,rf ei^fc^pts av^nt ïi^e jûubile ; il s'en est trpuvé
m À^ <«4 mmif 4è$ l^^ 4? (fMr» m ^m iw^; ftt n y çn a §jx jm
.ejcttcç Jjçs j^^ pi ,af ait ipar^é sa ftHç 4^3 VAsfi 4ç flp |in, â .pu epfapt .de iCwq ws. De ç^ç A^qj^kc U en proy^pait m mprf^^ .aw Çis* pç pif^n iwW m 9X^9f)ji,$fi\%fmi iAço^^^P^'a^îilop Tup ^yr l^utf.ç^^ jj^e fOHf;i^ept voir j^ spuffjjr^ et ijBièm 4U? pJltt?**!"*^ Um^^ ài^m^j et
contre les autres.
€ Dans xîctte seule vallée nous y avons bien trouvé six vijjgts copcu-
binaires , desquels quatre-vingts ou environ étaient aussi incestueux ; et entre ceux-ci il y en avait environ quarante qui avaient été déclarés et dénoncés excommuniés pour ce sujet, lesquels nonobstant cela ne laissaient pas de traiter et converser avec les autres habitants, aussi librement que s'ils ne Feussent point été. De sorte que presque tout ce quartier-là se trouvait embarrassé de ces censures, et la plus grande partie des habitants excommuniés pour avoir communiqué et traité avec ces gens-là.
c Voilà le déplorable état où se trouvait tout ce pauvre peuple, lorsqu'on y envoya des prêtres pour y faire la mission. Voici de quelle feçon nous avons agi pour apporter quelques remèdes à tant de désordres.
« Premièrement nous avons usé de la plus grande diligence qu'il nous a été possible, pour instruire le peuple des choses nécessaires à salut; à quoi nous employâmes environ trois semaines.
« 2"" Nous fîmes séparer les concubinaires , au moins tous ceux dont nous eûmes connaissance, et qui demeuraient sur le lieu; et au jour de la fête de saint Pierre et saint Paul, patrons de Téglise où nous étions, tous ces concubinaires étant bien convaincus du mauvais état dans lequel ils avaient vécu, et touchés d'un vrai sentimenlde pénitence, s'étanl mis à genoux à la fin de la prédication, demandèrent publiquement pardon du scandale qu'ils avaient donné, et promirent avec serment de se séparer; et s'étant en effet séparés, se présentèrent au tribunal delà confession. '
€ 3* L'on fit aussi séparer ceux qui étaient excommuniés , lesquels s'étant présentés avec toutes les marques d'un cœur vraiment contrit et humilié à la porte de l'église pour être absous, après leur avoir fait une remontrance sur la censure qu'ils avaient encourue, ils s'obligèrent tous l'un après l'autre par un serment public de demeurer séparés, et de n'entrer jamais dans la maison l'un de l'autre, pour quelque occasion ou raison que ce pût être, et ensuite furent absous publiquement; puis on les reçut à la confession, et quelque temps après à la communion. Comme il y avait quelques ecclésiastiques qui fomentaient ces désordres par leurs mauvais exemples, et qui commettaient des incestes et des sacrilèges avec leurs nièces et parentes, il plut à la miséricorde de Dieu de leur toucher le cœur, tant par les remontrances charitables qui leur furent faites que par le moyen des conférences spirituelles auxquelles ils assistèrent, en sorte que tous firent leurs confessions générales avec toutes les démonstrations d'une vraie pénitence, y ajoutant les réparations publiques du scandale qu'ils ava
« Mais le plus fort de notre travail fut notre emploi pour les récon-
eiliatiODS; et je puis dire que Aoc opus, hic labor, parce que la plus grande partie de ce peuple vivait dans rinimitié. Nous fûme^ quinze jours sans y pouvoir rien gagner, sinon qu'un jeune homme pardonna à un autre, qui lui avait donné un coup de pistolet dans la tête. Tous les autres demeuraient iDfle^ibles dans leurs mauvaises dispositions, sans se laisser émouvoir par aucune chose que nous leur pussions dire : ce qui n'empêcha pas pourtant que le concours du peuple ne fût toujours fort grand aux prédications que nous continuions tous les jours matin et soir. Tous les hommes venaient armés à la prédication, l'épée au côté et le fusil surFépaule, qui est leur équipage ordinaire. Mais les bandits et autres criminels, outre ces armes, avaient encore deux pistolets et deux ou trois dagues à la ceinture. Et tous ces gens-là étaient tellement préoccupés de haine et de désirs de vengeance, que tout ce qu'on pouvait dire pour les guérir de cette étrange passion, ne faisait aucune impression sur leurs esprits: plusieurs même d'entre eux, lorsque l'on parlait du pardon des ennemis, quittaient la prédication; de sorte que nous étions tous fort en peine, et moi encore plqs que tous les autres, comme étant plus particulièrement obligé de traiter ces accommodements.
€ Enfin la veille de la communion générale, comme j'achevais la prédication, après avoir exhorté derechef le peuple à pardonner. Dieu m'inspira de prendre en main le crucifix que je portais sur moi, et de leur dire que ceux qui voudraient pardonner vinssent le baiser; et sur cela je les y conviai de la part de Notre-Seigneur qui leur tendait les bras, disant que ceux qui baiseraient ce crucifix, donneraient une marque qu'ils voulaient pardonner, et qu'ils étaient prêts de se réconcilier avec leurs ennemis. A ces paroles ils commencèrent à s'entre-regarder les uns les autres; mais comme je vis que personne ne venait, je fis semblant de me vouloir retirer, et je cachai le crucifix, me plaignant delà dureté de leurs cœurs, et leur disant qu'ils ne méritaient pas la grâce ni la bénédiction que Notre-Seigneur leur offrait. Sur cela un religieux de la réforme de saint François s'étant levé, commença de crier : 0 Niolo ! ô Niolo ! tu veux donc être maudit de Dieu ? tu ne veux pas recevoir la grâce qu'il t'envoie par le moyen de ces missionnaires qui spnt venus de si loin pour ton salut. Pendant que ce bon religieux profe'rait ces paroles et autres semblables, voilà qu'un curé, de qui le neveu avait été tué, et le meurtrier était présent à cette prédication, vient se prosterner en terre, et demande à baiser le crucifix, et en même temps dit à haute voix : Qu'un tel s'approche (c'était le meurtrier de son neveu), et que je l'embrasse. Ce qu'ayant fait, un autre prêtre en fit de même à l'égard de quelques-Ons de ses ennemis qui étaient
Digiti
ptésenf s, et ces deux furent suivi* d'une èrande multitude d'auirci. De façon 4ue pkMM Ve^àce d'une heure et àëtbl^y oh né yft àUtte èfifdse que réconciliations et etobrassements; et pour une plus graiiâé$iifété, les dioses les plus importantes se mettaient par écrit, et te notaire en faisait un acte public.
« Le lendemain, qui fut le jour de la comctiùniôit, il se &i tine riètiiir ciiiatioïi générale, et te peu^è, a|jrds ivtÀt déttfabdé pdi'ddn à Diéb, te demanda aussi a ted^s ^urés; et tes ôuréi rédpi-6(|uémefit au petiple, et le tout §ë pâ^Sà avec beàiK^otip â'édiiicattoÉi ,' KprCs quoi je âétbattdai s'il restait encore qttèlqu'un qcH ne se ffitt ^oibi fécondilië âttéc ^è ètttiemis ; et incontinent se leva im de* curés 4ut dit qu'oui, et cdniiïîen^a d'en appeler plusiàtrs par tetirs fioins, tesqtielè i'apprdëhâtnt àdoi'ëréht le très-sàint Sâcrétôënt qui était exposé» et sans aucune résistance ni difficulté s'embràssérént cofdiâlëîfientleéUiiè les àùtreé. Ôh! ^i^néhr, quelle édification a la terre, et quelle joie au ciel de voir des pèr^s et des mères qui poùr l'aftiôur de Dieu pardonnaient la lUoit de leUf s enfants, les femines dé leurs tnari^, ie^ enfaMS de leurs pères, tes ft^éres et les parents de léiirspltis proches, et éfifin de vol^ tant dé personnes s'embrasser et pleurer sur leurs ennemis. Dans les autres pây^ c'est cliOSe assez drdlnaif é de vdir pléiifèt les j^éiiitents aut pieds des codiëèSéui^, toàiseti Ctirse c'est iifi|fètil inirâctê.
c Le iendéniain de là êoinfiitinioÉi, hÔUS î^è^ilmés lettres ^ull fallait nous rendre à là Bastide, où iiiië §à}êfë êfivôyéé eirjir'ès pa^ le sénat âe Gênes nous àtleâdàit. J^àiis tardâmes Néanmoins eilcore déiix ]oiirs, qui furent employés fort utilement à faire quelques accomffiôdêinênts qui restaient ; et le mardi se fit une prédication de là persévérance, où il y élit un si grand concours dé peuple, qu'il faillit prêcher hors dé l'église. Là se renouvelèrent les promesses et protestàiioiis de vouloir mener une vie vtaimenl chr'étieiiné , et y persévérer jusqu'à la iaxôtl; et les curés promirent hautement d'enseigner le catéchisiné, et de se fendre plus soigneux de leur devoir. La pluîe qui survint à la ftii dé là prédîcàlion, nous empêcha de partir ie j6ur4â ; et te soir je m'en allai eh un lieu distant d'une petite Iieue , pour parler à deux personnes qui nV valent point voulu assister à aucfane prédication, de béiir d'être obligés de pardonner à leurs ennemis qui avaient tuéleui- frère, et tôùielbis ayant été priés par letir curé de suspendre au moins l'eiiet de leur vengeance jusqii'à ce qu'ils m'etassent parlé, ils le ilrént, et il plut à l^ôlre- Séigneur àe leur toucher le cœur par sa grice, en sorte qu'ils pardonnèrent la mort die ce frère; et le mercredi matin, aprèi lés avoir confessés et communies, iieus partîmes tous ensemble et lûmes accompagnés de plusieurs ecclésiastiques et autres principaux du lieu, lés-