MISSIONS FAITES EN UIBERNIE
Ce fut«n Tannée 1646 que notre Saint-Père le pape , Innocent X, fit savoir à M. Vincent qu'ayant eu avis du péril où se trouvait la religion dans i'Hibernie, à cause de l'ignorance des catholiques et des entreprises que faisaient les hérétiques, il désirait qu'il y envoyât quelques prêtres de sa Congrégation, pour y remédier le mieux qu'ils pourraient; à quoi cet humble serviteur de Dieu se mit aussitôt en devoir de satis* faire par un pur motif d'obéissance à celui qu'il reconnaissait pour chef de l'Église et vicaire de Jésus-Christ sur la terre. U ^isit pour cet
0ffet huit ooinioimaires de sa Congrégation » entre lesquels il 7 e& avait einq Hibernois, tous capables et formés aux exercices des missions, auxquels néanmoins il jugea à propos de donner divers avis très*salutaire$ avant leur départ ; et, entre les autres, il leur dit :
f Soyez unis ensemble, et Dieu vous bénira ; mais que ce soit par la ebarité de Jésus-Christ, car toute autre union qui n'est point cimentée par le sang de ce divin Sauveur ne peut subsister. C'est donc en Jésus- Christ, par Jésus-Christ et pour Jésus-Christ que vous devez être unis les uns avec les autres. L'esprit de Jésus-Christ est un esprit d'union et de paix : comment pourriez-vous attirer les âmes à Jésus-Christ, si vous n'étiez unis entre vous, et avec lui-même ? cela ne se pourrait pas. N'ayez donc qu'un même sentiment et une même volonté; autrement ce serait fiiire comme les chevaux, lesquels étant attelés à une même charrue, tireraient les uns d'un côté, les autres d'un autre, et ainsi ils* gâteraient et briseraient tout. Dieu vous appelle pour travailler en sa vigne ; allez-y, comme n'ayant en lui qu'un même cœur et qu'une même intention ; et par ce moyen vous en rapporterez du fruit. >
Il les exhorta aussi grandement de se comporter comme véritables entants d'obéissance envers le Souverain Pontife, qui est le vicaire de Jésus-Christ ; parce qu'ils allaient dans un pays où il s'en trouvait plusieurs dans le clergé qui manquaient en ce point , et qui ne donnaient pas bon exemple aux autres catholiques. Il leur dit ensuite de quelle manière ils devaient agir, soit pendant leur voyage, ou bien après qu'ils seraient arrivés sur les lieux, et leur donna quelques moyens très-propres pour réussir dans cette importante mission; en sorte qu'ils ont depuis reconnu et avoué que les fruits qu'ils ont produits en cette province se doivent attribuer, après Dieu, aux sages conseils et aux avis salutaires que M. Vincent leur avait donnés.
Ayant donc rcQu sa bénédiction, ils partirent de Paris la même année 1646, et tirèrent droit à Nantes, où ayant été obligés de faire quelque séjour en attendant l'occasion de leur embarquement, ils s'employèrent à servir et consoler les malades des hôpitaux, comme aussi à instruire les pauvres, et à d'autres semblables bonnes œuvres : le tout avec la permission et par les ordres des supérieurs ordinaires. Ils firent aussi quelques conférences sph*ituelles aux Dames de la Charité des paroisses, pour leur faire bien connaître la manière de visiter et assister les malades, dans Tesprit de Notre-Seigneur Jésus-Christ.
De là étant descendus à Saint-Nazaire, qui est près de l'embouchure de la rivière de Loire, où se font les embarquements, et y ayant trouvé fuantité d'autres passagers , ils leur firent une espèce de missîcm en atr (eiidapi le départ d'un navire hollan4i3à$ qui les devint mener. Il s'y
trowa ^tre hs autres un jentOhomme anglais hérétique, lequel se convertit à notre sainte religion, en quoi l'on reconnut une conduitiJ particulière de la divine miséricorde qui le voulait sauver; car trois jours après il tni blessé à mort, et voyant qu'U n'en pouvait échapper, il ne cessait de remercier Dieu de ce qu'a l'avait remis àans le chemin de son salut avant que de mourir, ce qu'il feisait avec de si grands sentiments de reconnaissance de cette grâce et de regret des péchés de sa vie passée, que cela tira les larmes des yeux de tous ceux qui Tentendaient parler, et leur causa une très-grande édification.
Le diable, enragé de ce que cette proie lui était échappée, et prévoyant que ces missionnaires lui en raviraient bien d'autres, fit tous ses efibrts pour traverser leur voyage, et leur suscita diverses persécutions et tempêtes, tant sur terre que sur mer ; dont néanmoins ils échappèrent par une ^ciale protection de Dieu, ayant été délivrés de plusieurs dangers de mort qui semblaient inévitables.
Étant arrivés en Hibernie, ils se séparèrent pour travailler : les uns allèrent dans le diocèse de Limerick , les autres dans celui de Gassel. Us commencèrent par les catéchismes, puis ils ajoutèrent les exhortations simples, claires et pathétiques, parce que M. Vincent leur avait recommandé de s'attacher particulièrement à ces instructions familières, pour bien informer les peuples des vérités de la foi et des obh'gations du Christianisme, et ensuite les porter à vivre selon ces connaissances, en renonçant au péché par la pénitence, et embrassant la pratique des vertus propres à leur condition. Cette manière d'instruire et de prêcher attirait le peuple de tous côtés, et était fort approuvée de messieurs les prélats; et même M. Iç nonce d'Hibemie ayant appris le fruit qui se &isait dans ces missions, en congratula les missionnaires, et les exhorta de continuer, et même convia les ecclésiastiques et les religieux du pays de travailler de même, et de s'ajuster à cette feçpn d'instruire et de prêcher.
Il ne se peut dire combien grands furent les fruits des missions» dont le« exercices étaient presque inconnus en ces pays-là ; et quelle était la dévotion des catholiques qui venaient de tous les lieux circonvoisins, et même des plus éloignés, pour assister aux catéchismes et aux prédications, et pour faire leur confession générale; attendant quelquefois des semaines entières pour pouvoir approcher du confesseur, à cause de la grande foule qui s'y présentait. Et ce qui est plus, est que les curés et autres ecclésiastiques des lieux où se faisaient les missions étaient ordinairement les premiers à faire leur confession générale ^ se rendant d'ailleurs fort soigneux d'apprendre la méthode] de catéebî^w et de prêcher, dont ils se servaient après pour maintenir et conser-
ver le bien qae les laissions avuent produit dans leurs paroisses.
On en vit depuis les effets, pendant la sans^ante persécution que Cromwel excita en ce pauvre royaume contre les catholiques ; car il n'y eut pas un des curés et pasteurs des lieux où la mission avait été faite qui abandonnât ses ouailles ; mais tous demeurèrent constamment pour les assister et défendre jusqu'à ce qu'ils furent mis à mort ou bannis pour la confession de la foi catholique ; comme en effet tous ont souffert l'un ou l'autre; et Ton a su qu'un des plus fervents entre ces braves curés, étant allé un jour trouver un des prêtres de la Mission, logé dans une cabane au pied d'une montagne , pour lui foire sa conliession annuelle, il arriva que la nuit suivante, comme il administrait les sacrements à quelque malade, il fut pris et massacré par des soldats hérétiques. Sa mort glorieuse couronna sa vie fort innocente, et accomplit le grand désir qu'il avait de souffrir pour Notre-Seigneur, ainsi qu'il l'avait témoigné un an auparavant , dans une retraite qu'il fit à Limerick chez les prêtres de la Mission.
Or, comme la persécution des hérétiques s'augmentait toujours,* Toii fut à la fin contraint de cesser les missions de la campagne, et, par l'avis et les ordres de M. Vincent, quelques-uns des missionnaires retournèrent en France, lesquels avant que de sortir de l'Hibemie, étant allés prendre congé de monseigneur rarchevëque de Gassel , le 16 du mois d'août 1658 , il leur donna la lettre suivante qu'il adressait à M. Vincent , laquelle ayant été par lui écrite en latin, a été traduite en français en la manière suivante : « Le départ de vos missionnaires, lui dit-il, me donne occasion de vous témoigner mes humbles reconnaissances, accompagnées d'actions de grâces, de ce que, par votre grande charité, vous avez daigné secourir par vos prêtres missionnaires le petit troupeau que Dieu m'a commis; ce qui s'est fait, non-seulement dans un temps très-propre pour nos besoins , mais aussi dans une occurrence entièrement nécessaire : aussi est-il véritable , que par leurs travaux et emplois , les peuples ont été excités à la dévotion , qui s'augmente tous les jours. Et quoique ces bons prêtres aient souffert beaucoup d'incommodités depuis leur arrivée en ce pays. Us n'ont pas laissé pour cela de s'appliquer continuellement aux travaux de leur mission , comme des ouvriers infatigables, lesquels, aidés de la grâce, ont glorieusement étendu et augmenté le culte et la gloire de Dieu. J'espère que ce même Dieu, qui est tout bon et tout-puissant, sera lui-même votre ample réeompense et la leur ; et de mon côté je le prierai qu'il vous conserve longuement , vous ayant choisi pour le bien et l'utilité de son Église, t
Aipnseîgneur l'évéque de Limerick écrivit aussi en même temps à M. Vincent en ces termes : c H est juste, Monsieur, que je vous rende
-Soldes actims de flrâees de tout mon cœur» du bie&iisiit que j'ai reçu de vous par tos prêtres» et que je vous dise le très- grand besoin que Ton a de les avoir en ce pays. Je puis vous assurer confidemment que leurs travaux y ont feit plus de fruit et qu'ils ont converti plus d'âmes que tout le reste des ecclésiastiques. Et de plus, que par leur exemple et leur bonne conduite , la plupart de la noblesse de Tun et l'autre sexe est devenue un modèle de vertu et de dévotion, qui ne paraissait point parmi nous devant l'arrivée de vos missionnaires en ces quartiers. Il est vrai que les troubles et les armées de ce royaume ont été un grand empêchement à leurs fonctions ; et néanmoins la gloire des choses qui regardent Dieu et le salut , est tellement gravée par leur moyen dans les esprits des habitants des villes et des gens de la campagne , qu'ils hé^ nissent Dieu également dans leurs adversités aussi bien que dans leurs prospérités. J'espère de me sauver moi-même par leur assistance. >
La violence de la persécution s'augmentant de plus en plus dans rHibemie» M. Vincent jugea qu'il n'y pouvait laisser que trois prêtres de sa Congrégation , et ces trois continuèrent de travailler pour le salut des peuples avec grand succès et bénédiction , par le secours de la grâce de Dieu, nonobstant les difficultés et les périls qui s'y rencontraient. Ils éprouvaient manifestement qu'il suffisait d'être deux ou trois assemblés au nom du Seigneur, pour ressentir le secours de sa divine présence; car, ayant entrepris un travail qui surpassait leurs forces, ils y réussirent néanmoins heureusement par une assistance spéciale de sa bonté. Ce fut la mission qu'ils firent dans la ville de Limerick, monseigneur l'évêque l'ayant ainsi désiré , tant parce que Ton ne pouvait plus travailler à la campagne, dont les hérétiques s'étaient rendus maîtres, que parce que les pauvres villageois catholiques s'étaient réfiigiés en ladite ville. Et ce qui encouragea ces ouvriers évangéliques fut que ce bon prélat voulut travailler lui-même aux fonctions de sa mission. Il y avait près de vingt mille communiants dans Limerick , qui firent tous leur confession générale , et quelques-uns qui étai^t engagés en des péchés énormes , donnèrent de grandes marques d'une véritable con- Tcrsion ; toute la ville se mit dans un état de pénitence , pour attirer le secours et les grâces de la divine bonté; à quoi les magistrats contrit buèrent beaucoup de leur côté : car, outre le bon exemple qu'ils donnèrent parleur assiduité aux exercices de la mission, ils employèrent leur autorité pour déraciner le vice, et pour exterminer les scandales et désordres publics. Entre autres choses ils établirent des lois et ordwnèrent des châtiments contre les jureurs et blasphémateurs, ce qui servit grandement , afin que ce détestable péché fCit entièrement banni de la ville et des lieu:!: circonvoisins. Dieu voulut loi-mèffie autoriser ce
^'ib avaient Mt par deux aecidento qui arrivèrent, l'un à Taries, où on boucher blasphémant le saint nom de Dieu en plein marché » en fut repris par un prêtre de la Mission qui passait par ce lieu, et la correction charitable qu'il lui en fit eut un tel eflbt, que le coupable rentrant en soi-même , dit à ce missionnaire : c Je suis content d'être mis aux: « ceps pour mon crime, mais je vous prie de m'accompagner jusque-là. » Comme donc il y allait de son propre mouvement , quelqu'un de ses parents l'en voulut délourner, pour éviter, disait-il , la confusion qui en retomberait sur toute sa fomille : à quoi le missionnaire répondit qu'il ftiUait lui laisser faire une bonne action pour satisfaire à la justice de Dieu et pour réparer le scandale qu'il avait donné à plusieurs personnes. Sur quoi cet homme s'emporta de furie et prit des cailloux en ses mains , menaçant le missionnaire de l'assommer, s'il ne détournait son parent de faire cette satisfaction ; mais Dieu à l'instant même frappa ce misérable d'un mal inconnu, qui lui faisait sortir la langue toute noire hors de sa bouche sans la pouvoir retirer, jusqu'à ce qu'on eût prié Dieu pour lui et qu'on eût appliqué de l'eau bénite sur sa langue, laquelle s'étant par ce moyen remise, il demanda pardon de sa faute et en fit pénitence aussi bien que le boucher, qui effectivement entra dans la prison et dans les ceps.
L'autre accident arriva à la Kakelle en la personne d'un gentilhomme, lequel ayant juré et blasphémé en pleine rue , un autre gentilhomme de ses amis, qui était présent , lui dit que c'était l'ordre de baiser la terre, sans aucun délai, au lieu même où l'on avait fait le jurement. Et comme le blasphémateur se moquait de cet avertissement , l'autre , touché du ressentiment de l'offense commise contre Dieu, se mit à genoux au milieu de la rue et baisa le pavé, quoique plein de boue, pour le coupable, lequel s'en moqua dereehelP; mais, s'en retournant chez lui. Dieu permit qu'il tomba de dessus son cheval , et la blessure qu'il reçut de cette chute lui fit ouvrir les yeux et reconnaître le péché qu'il avait commis , dont il sentit un grand remords en sa conscience , qui le fit r-Aoudre de faire une bonne confession générale de toute sa vie à l'un des prêtres de la Mission , après laquelle il se comporta si vertueusem^t et donna si bon exemple qu'il fut cause de la conversion de plusieurs autres.
Pendant que l'on travaillait à cette mission de Limerick, monseigneur l'évêque écrivit la lettre suivante à M. Vincent, par laquelle on pourra connaître les grandes bénédictions que Dieu versa sur cette mission ; elle a été traduite de latin en français eh la manière qui suit :
t J'ai souvent écrit à votre révérence Tétat de vos missionnaires en ce royaume ; il est td ( à dire la vérité comme elle est devant Dieu ) »
^que jamais, de mémoiro d'bomme, iioiiaa'«mi»Mï dbiQ fB'H se seit Ait un si grand progrès et avaBci^neBl en k foi oathDUQ«e,^e ùdm que nQus remarquons a?oir été is^it ces dénuées années» par leur indo^ trie , par leur piété et par leur assiduité > et surtoirt au eommeneem^it de la présente année que nous avons ouvert la mission en eette ville^ où il n'y a pas moins àe vingt mille communiants » et cela avee tant de fruit et d'applaudissement de tous les habitants» que je ne doute peint que , grâce à Dieu , la plupart n'aient été délivrés des griffes de Satan # par le remède qu'on a apporté à tant de confessions invalides » ivrogne* ries , jurements ^ adultères et autres dés<M*dres qui ont été entièrement abolis ; en telle sorte que toute la ville a changé de face , éuoit <d>ligée de recourir à la pénitence par la peste , &nrâe, guerre et dangers qin nous serrent de tous côtés, et que nous recevrons comme des signes maf nifestes de la colère de Dieu* Sa benté néanmoins a voulu nous Caire cette iiiveur, quoique serviteurs imrtiles » de nous employer à cet ou» vrage, qui, à la vérité, a été difficile en son commencement, et quelquesruns même ont cru que nous n'en pourrions venir à bout ; mais Dieu s'est servi des faibles pour confondk*e les forts de ce monde. Les premiers de cette ville se rendent si assidus aux prédications, aux eaté* chismes et à tous les autres exercices de la mission , qu'à peine Féc^ise cathédrale est-elle assez grande. Nous ne saurions mieux aps^iser la colère de Dieu, qu'en extirpant les péchés, qui sent le fondmnent et la cause de tous les maux* £t certes c'est feit de nous , si Dieu ne nous tend la main. C'est à lui à qui il appartient de &ire miséricorde et de pardonner. Mon père , j'avoue que je suis redevable à vos ^fants du sdlut de mon àme. Écrivez-leur quelques paroles de consolation. Je ne sache sous le ciel mission plus utile que ceUe^^i d'Hibernic; car quand il y en aurait cent, la mission serait toujours grande pour si peu d'ou« vriers. Nos péchés sont très^griefs : qui sait si Dieu ne nous veut pas arracher de ce royaume , et donner le pain des anges aux chiens, à notre blâme et confosion, etc. »
Nous joindrons à la lettre de ce bon prélat une autre lettre que M. Vincent écrivit au mois d'avril de Tannée 1650 au supérieur des missionnaires qui étaient demeurés à Limerick, pour l'encourager dans les conjonctures difficiles oii il se pourrait rencontrer :
< Nous avons été, lui dit-il , grandement édffiés de votoe l^tre, y voyant deux excellents effets de la grâce de Dieu. Par l'un vous vou» êtes donné à Dieu pour tenir ferme dans le pays où vous êtes au m^ieu des dangers, aimant mieux vous exposer à la mort , q^ de manquer d'assister le prochain ; et par l'autre vous vous appliquez h la c(msef vation de vos c(»Qfrère&, les renvoyant en France pomr le^ éloigeer dii
périls L*^iprit da BMrtiyre ym» a poussé an premier, et la prudence TOUS a fait ftrire le secrad ; et tous les deux sont tirés sur l'exemple de Motre-Seignenr, lequel» au point qu'il allait souffrir les tourments de •a mort pour le salut des bomaaes » voulut en garantir ses disci[des et les eonsenrer, disant : Laissez aller ceux-ci, et ne les touchez pas. C'est ainsi que vous en avez usé , comme un Téritabie enfant de ce trèsadorable Père, à qui je rends des gr&ces infinies d'avoir produit ea vous des actes d'une cbarité souveraine, laquelle est le comble de toutes les vertus. Je le prie qu'il vous en remplisse, afin que Texerçant en tout et toujours » vous la versiez dans le sein de ceux qui en manquent. Puisque ces autres messieurs qui sont avec vous sont dans la même disposition de demeurer, quelque danger qu'il 7 ait de guerre et de contagion, nous estimons qu'il les faut laisser. Que savons- nous ce que Dieu en veut faire? Certainement il ne leur donne pas en vain une résolution si sainte. Mon Dieu , que vos jugements sont inscrutables ! Voilà qu'au bout d'une mission des plus fructueuses et peut-être des plus nécessaires que nous ayons encore vues, vous arrêtez, comme il semble, le cours de vos miséricordes sur cette ville pénitente, pour appesantir votre main sur elle , ajoutant au malheur de la guerre le fléau de la maladie. Mais c'est pour moissonner les âmes bien disposées et assembler le bon grain en vos greniers éternels. Nous adorons vos conduites, Seigneur ! etc. »
C'était avec grande raison que M. Vincent parlait de la sorte, comme prévoyant favenir ; car il parut dans la suite , que par les missions qui vinrent si à propos , Dieu voulait préparer ces peuples à deux grandes afflictions qui devaient servir pour éprouver leur patience et leur foi. La première fut une grande contagion qui survint dans le pays et qui fit un grand ravage dans la ville de Limerick, où près de huit mille personnes en moururent, et le frère de monseigneur l'évêque fut de ce nombre, ayant voulu s'exposer avec les missionnaires pour aller Visiter les malades , les consoler et pourvoir à leurs besoins. C'était une merveille que de voir ces pauvres gens supporter ce fléau , non-seulement avec patience, mais encore avec paix et tranquillité d'esprit, disant qu'ils mouraient contents , parce qu'ils étaient déchargés des pesants fardeaux de leurs péchés, qu'ils avaient déposés au sacrement de Pénitence par leurs confessions générales. Les autres disaient qu'ils ne plaignaient point leur mort, puisqu'il avait plu à Dieu leur envoyer les saints Pères (c'est ainsi qu'ils appelaient les prêtres de la Mission), pour purifier leurs âmes. Il y en avait d'autres qui dans leurs maladies ne demandaient autre chose, sinon de participer aux prières de leurs confesseurs , auxquels ils se reconnaissaiœt redevables de leur salut. En un mot , les
sains et les malades tte^^uieiit hautenait letr reeoimaissnee et leun boimes dispositions ; ee que ee 1k» pi^t e&tmdia^ ne pouvait contenir ses lannes , ni s'eppécher de dire et répéter sou- Tent ces paroles : c Hélas ! quand bien M. Yineent n'aurait jamais iait pour la gloire de Dieu qae le bien qu*il a bit à ces pauvres gens, il se doit estimer bien heureux. »
Mais, pour un surcroît d'épreuve et une seconde afSiction, cette pau« vre ville de Lioierick fut assiégée , et enfin i»1se par les banques. lis 7 firent cruellement mourir plusieurs des habitants , à cause de la M catholique qu'ils professaient, et nommémait quatre des principaux de la ville qui témoignèrent en cette occasion comUen ils avairat profité , tant des instructions et exhortations de la Mission, que des retraites spirituelles qu'ils avaient &ites ensuite en la maison des missionnaires , par le zèle invincible qu'ils firent paraître pour la défense de la religion catholique, et particulièrement le sieur Thomas Strieb, lequd, au sortir de sa retraite , fut élu maire de la ville , en laquelle charge il se déclara hautement contraire à tous les ennemis de l'Église ; et en recevant les clefe de la ville entre ses mains, il les remit en même temps, par l'avis de son confesseur, en celles de l'image de la très-sainte Vierge, laquelle il supplia de recevoir cette ville sous sa protection , et obligea en mèoie temps tout le corps de la ville de marcher devant lui vers l'église, où cette action de piélé se fit avec beaucoup de cérémonies , au retour de laquelle ce nouveau maire fit une harangue très-chrétienne à toute l'assemblée pour l'encourager à une fidélité inviolable à Dieu , à TEglise et au roi , offrant de donner sa propre vie pour une cause si juste. Cette offre fut acceptée de Dieu; car les ennemis ayant pris la ville quelque temps après , il lui fit la grâce de soufRrb* le martyre avec trois autres des plus considérables , lesquels ayant été compagnons de sa retraite spirituelle, le furent aussi de son martyre. Ils s'y présentèrent tons quatre, non-seulement avec constance, mais aussi avec joie, s'étant revêtus de leurs plus beaux habits pour la feire paraître au dehors ; et avant que d'être exécutés ils firent des harangues qui tirèrent des lannes des yeux de tous les assistants, et même des hérétiques, déclarant au ciel et à la terre qu'ils mouraient pour la confession et la défense de la religion catholique : ce qui confirma grandement tous les autres catholiques à conserver leur foi et à souirir plutôt toutes sortes d'extrémités que de manquer à la fidélité qu'ils devaient à Dieu.
L'un des trois prêtres de la Congrégation de la Mission qui étaient demeurés en Hibernie finit aussi glorieusement sa vie parmi les travaux des missions ; et les deux autresa yant tenu ferme dans Limeridc pendant la peste et durant le siège , en wtirmt «pr^s qii'«U« U prUe» l'étanl
d^^rif^t MB Mtt grand d«ng^ de leur tie» et tarent enfln obBgés de repM^r en FrMee ea Fannée 1652 , ayant demeuré en ee pays-là etfrîron six an « qu'il» employèrent a?ec leurs autres eonfrères k traTailler dèdM aux missions, dans lesquelles ils furent toujours entretenus : dépens de la maison de Saint-Lazare, par la ebarité inépuisable de M. Vincent, qui n'ayant voulu se rendre importun à personne pour ce siget , ne rei(ut d'autre assistance qu'une aumône que madame la ducbesse d'Aiguillm lui mit entre les mains, pour fournir à quelque partie dea frais du voyage des nûssioiinaffes et à Tachât de quelques ornements qui étaient nécessaires.
> Il est certain qu'il fut fiiit dana ces mssions d'Hibernie plus de quatre-vingt mille eonfissioiis 'gâiérates et d'antres bi^is presque ;sans nombre, desquels néanmoins on ne peut parler plus en détail , Thumilitë de M. Vincent ayant voulu qu'ils ^meurassent cachés sous le voile du silence ; car le supérieur de ces missions étant de retour, et ayant demandé à ce sage supérieur général s'il aurait agréable qu'il en fît une petite relation , il lui répondit : « qu'il suffisait que Dieu connût tout ce qui s'y était fait, et que rbumilitéde Notre-Seigoeur demandait de la petite Compagnie de la M ilsion de se cacher en Dieu avec Jésus-Christ pour honorer sa vie cacbée. » Il ajouta : <c que le sang de ces matyrs ne serait pas en cnbli devant Dieu, et que tôt ou tard il servirait à la production de nouveau caUioliques* »
SECTION IX
DBS MISSIONS FAITES SN l'iLB BB SÀINT-LAURBNT , AUTRBMBNT DITE