‹ Vie de S. Vincent de Paul, instituteur et premier supérieur général de la Congrégation de la missionChapitre 64 sur 80 · QUELS ONT ÉTÉ LES PREMIERS COMMENCEMENTS DES EXERCICES DES ORDINANDS · texte numérisé non relu

QUELS ONT ÉTÉ LES PREMIERS COMMENCEMENTS DES EXERCICES DES ORDINANDS

Nous avons vu au premier livre de quelle manière ces exercices si im'> portants commencèrent à Beauvais, où M. Vincent les fit pour la première ibis au mois de septembre de Tannée 1628, sous les ordres de M. Augustin Potier, qui en était évéque ; ce qui réussit avec tant de bénédiction, que non-seulement ce vertueux prélat les fit toujours depuis continuer par Taide de celui qui les avait si bien commencés pour l'avantage de son clergé, mais encore un très-grand nombre de prélats, tant de ce royaume que de diverses provinces étrangères , en ont après introduit l'usage dans leurs diocèses avec de très-grands fruits.

Et premièrement Monseigneur rarchevéque de Paris , M. Jean-François de Gondy, ayaot su ce que M. Vincent avait fait à Beauvais, se résolut de lui foire pratiquer le même à Paris, ayant depuis longtemps reconnu en lui de grands dons de Dieu, pour travailler très-utilement au bien de son Église. Il lui envoya pour cet effet les ordinands de son diocèse au commencement du carême de Tannée 1631, et ce charitable prêtre les reçut dans le collège des Bons-Enfants, où sa compagnie encore naissante était logée, avec laquelle il travailla si heureusement à ces exercices, que cette petite source a ensuite répandu ses ruisseaux da tous côtés pour fertiliser le champ de l'Église -, car ce fut à Paris que plusieurs prélats et autres vertueux ecclésiastiques commencèrent à connaître la valeur et Futilité de ces exercices des ordinands; ce qui les porta à les mettre en usage en divers autres lieux. Voici ce que M. Vincent écrivit environ deux ans après sur ce sujet :

f Monseigneur Farchevêque , conformément à la pratique ancienne de rÉglise, en laquelle les évêques faisaient instruire chez eux, durant plusieurs jours, ceux qui désiraient être promus aux ordres, a ordonné que dorénavant ceux de son diocèse qui auront ce désir se retireront» dix jours avant chaque ordre, chez les prêtres de la Mission, pour y faire une retraite spirituelle, s'exercer à la méditation si nécessaire aux ecclésiastiques, faire une confession générale de toute leur vie passée, faire une répétition de la théologie morale, et particulièrement de celle qui regarde fusage des sacrements, apprendre à bien faire les cérémonies de toutes les fonctions des ordres, et enfin s'instruire de toutes les T. I. 27 '

— 4fô — aiilm (Aose$ nécessaires aœt eedésitstiques. Ils sont logés et noiuriB pendant ce te»pslà, et il en résulte un tel fruit, par la grâce de Dieu, qu'on a vu que tous ceux qui ont fait ces exerciees mènent ensuite une vie vraiment ecclésiastique, et même la plupart d'entre eux s'appliquent d'une manière toute particulière aux œuvres de piété, ce qui commence à être manifeste au public. •

En une autre occasion, parlant à ceux de sa coHMunaoté, et leur remontrant comment les divers emplois oà ils étaient appliqués ne venaient point de leur propre choix, mais d'une destination toute particulière de la divine Providence: « Avions-nous (leur dit-il) iamais recherché remploi de faire faire les exercices aux ordinands, qui est le plus riche et le plus précieux dépôt que l'Église nous pût mettre entre Us mains? Non, cela ne nous était jamais tombé dans l'esprit. »

Il se fit en cette année 1631 six ordinations à Paris, et à chaque ordination M. Vincent reçut les ordinands en sa maison, pour leur faire foire les exercices. Cela continua de la même façonjusqu'en Tannée 1643, en laquelle Mgr. rarchevéque jugea expédient de retrancher l'ordination de la mi-carème , sur ce qui lui fat représenté par ceux de son eonsefl que l'intervalle était trop court entre chaque ordination pour y apporter toutes les dispositions convenables. Sur quoi il est à remarquer que jusqu'en l'année 1638, on recevait seulement aux exercices les ordinands du diocèse de Paris. Mais quelques dames de singulière piétévoyant le changement notable qui paraissait dans les ecclésiastiques de Paris qui avaient passé par ces exercices , proposèrent pour lors à M. Vineent tfy admettre aussi ceux des autres diocèses qui viendraient recevoir les ordres à Paris ; et sachant bien qu'il n'en pouvait pas porter la dépense, une d'entre elles (c'était madame la présidente de Herse) s'offiit de la fournir pour cinq ans, pendant lesquels elle lui envoya mille livres à chaque ordination. Elle contribua encore, avec quelques autres dames de la Compagnie de la Charité de Paris, au logement et ameublement nécessaire pour les mêmes ordinands. Madame la marquise de Ma«nelet, sœur de Mgr. l'archevêque de Paris, qui était une dame de haute piété et charité , et qui avait une estime particulière pour M. Vincent, a.feit aussi du bien à la maison de Saint-Lazare, pour l'aider à soutenir cette grande dépense des ordinands. Et la reine, mère du roi, au coï»mencement de sa régence, ayant eu la dévotion d'assister à m entretien des ordinands que M. Perrochel, pour lors nommé à l'évécbéde Boulogne., faisait dans l'église du collège des Bons-Enfants^ elle m fat touchée , et jugea cette œuvre fort utile à l'Église. Et quelques dames lui ayant dit que cela méritait bien une fondation royale, elle fit espérer ^lelque assistance pour cela ; et en effet , les cinq années de imdame

de Herse étant déjà achevées» Sa Majesté donna dé sa gHnnû Qûelqueft aumônes dorant denx ou trois atu pour eontrtbaer à la nourriture des ordinands. Mais depuis près de dix^bttit ans tonte eette dépense est' tombée sur la maison de Saint-Lazare, laquelle n'étant pas Ibodée' pour fournir à la nourriture et autres frais nécessaires pour ua si grand nombre de personnes qui passent tous les ans par ces exeroiets, n'a pu qu'elle n'en ait été fort incommodée, comme elle l'est en eflbt; mï. même que, depuis l'année 1646, on à encore obligé eeuf qui devaient rece? oir les quatre ordres moindres de passer par les méoies ezereieet, afin qu'ayant de s^'engager dans les ordres saerés ils pussent connaître. avec plus de lumière s'ils y étaient vraiment appelés de Dieu, et apprendre à s'y mieux préparer.

Mais quoique cette charge surpassât de beaucoup la forces de la maison de Saint-Lazare, on n'a pourtant jamais oui sortir une seule parole de plainte de la bouche de M. Vincent de toutes ces grandes dépenses qu'il fallait faire pour la continuation de oelte œuvre ^ et il les a toujours portées en silence, s'abandonnant à la conduite de Dien, dont il préférait incomparablement Thoniieur qui lui en revenait et le bien de son Église à tous les intérêts temporels de sa compagnie.

Le nombre de ceux qu'on reçoit à obaque ordination est pour l'ordinaire de soixante-dix, quatre-vingts et quatre-vingt-dix et plus» lesquels sont logés à Saint'Lazare, nourris et entretenus de tout ce qui leur est nécessaire pendant onae jours à chaque ordination, qui ftmt cinquante-einq jours par an. On ne kttr demande pas un sol pour eetti^ dépenae, afin qu'ils y viennent plus volontiers, voyant qu'on n'épargne rien pour les mettre en état de bien servir l'Église.

Nous rappMterons ici le témoignage rendu par un eoolésiastique de. très-grande vertu sur ce sujet. » Il n'c»t pas possible, dit-il « d'exprioier le soîo qu'apportait M. Vincent afin que les ordinands tesent bien servi» pendant le temps des exercices. Leur dépense ne lui semblait rien, quoiqu'elle excédât beaucoup les forces de sa maison, qui ne peut qu'elle ne soit fort obérée pour oe sqiet* Je me souviens que durant les troubles de Paris, quelques personnes considérables qui connaissiient combien il était difficile que M. Vincent pût alors soutenir cette dépense des ordinands, lui voulurent persuader de n'en point charger sa maison durant un t^nps si fâcheux ; mais il n'eut aucun égard à leur remontrance, et voulut, nonobstant la disette d'argent et de vivres où l'on se trouvait réduit, qu'on ne laissât pas de faire toutes les dépenses néoes^ saires pour leur réception et nourriture en sa maison pendant les onze jours que duraient leurs exercices ; ne faisant aucun cas du temporel lorsqu'il s'agissait du spirituel , et n'estimant les biens périssables qu'aur

taot qu'il les jugeait utiles à ravancement de la gloire de Dieu. Que ue disait-il point à eeux de sa communauté touchant rexcellence du sacerdoee, toutes les fois que le temps de rordination approchait, pour les exhorter à rendre service et assistance aux ordinands, et à travailler de toutes leurs forces de corps et d'esprit pour Tavancement de l'état ecclésiastique dans la vertu? Toutes ces paroles étaient comme autant de dards enflammés qui pénétraient jusqu'au fond du cœur, et toutes trèsdignes d'être bien remarquées et retenues, même par écrit; et si on ne Ta pas fait, on peut dire que c'est une perte incomparable.

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SECTION III

SOMMAIRE DE CE QUI SE FÂiT EN CES EXERCICES / ET DES RÈGLEMBMTS QUI s'y OBSERVENT.

Ceux qui veulent recevoir les ordres viennent en la maison des prêtres de la Mission dix jours avant le samedi auquel ils doivent être ordonnés. A leur arrivée on prend leurs noms, qualités, degrés, etc. Plusieurs de la maison se trouvent prêts pour les recevoir et porter leurs bardes , les conduire en leurs chambres et autres lieux, les servir, les encourager, leur expliquer l'ordre des divers exercices ou actions de la journée; comme aussi pour veiller que cet ordre soit gardé, et pour leur recommander le recueillement , le silence, la modestie et l'exactitude à tout ce qu'ils ont à faire ; enfin pour les aider à tirer profit des exercices, et à se préparer dignement à la réception des ordres. 11 y a un directeur de l'ordination qui a une vue générale sur tous les officiers qui y sont employés, et sur tous les ordinands. Il est comme le chef qui conduit cette œuvre, afin que tout s'y fasse avec le même esprit.

On fait tous les jours deux entretiens différents aux ordinands : /e premier se fait le matin, sur les prmcipaux chefe de la théologie morale , et des choses de pratique dont la connaissance est plus nécessaire aux ecclésiastiques ; Tautre entretien se fait le soir, sur les vertus, 402iités et fonctions propres à ceux qui sont dans les saints ordres.

On en fait dix de chaque sorte; et pour ceux du matin, qui sont delà théologie morale , voici Tordre qu*on y observe :

Au premier jour, on leur parle des censures de FÉglise en général.

Au second, des mêmes censures en particulier, à savoir, de rexcommunioation, de la suspension, et de l'interdit, auxquelles on ajoute rirrégularité.

Au troisième, du sacrement de Pénitence, de son institution, de sa forme, de ses effets , et des conditions nécessaires au confesseur pour le bien administrer.

Au quatrième, des dispositions au sacrement de Pénitence, c'est à savoir, de la contrition, de la confession, et de la satisfoction , comme aussi des indulgences.

Au cinquième, des lois divines et humaines, et des pécbés en géùéral, dont on explique la division, les circonstances, les espèces, les causes, les elfets, les degrés et les remèdes.

Au sixième, on traite des trois premiers commandements du Décalogue, qui regardent les devoirs de Thomme envers Dieu , et en particulier on parle des trois vertus théologales , et de la vertu de religion et de ses actes.

Au septième, on leur explique les autres sept commandements de Dieu, qui regardent le prochain.

Au huitième, on leur parle des sacrements en général, de la Confirmation , et de TEucharistie comme sacrement.

Au neuvième, on traite de rEucbaristie comme sacrifice, de TExtrème-Onction et du Mariage.

Au dixième, on explique le Symbole des Apôtres, déclarant sur chaque article ce qu'un prêtre en doit savoir, avec les avis nécessaires pour renseigner utilement aux autres.

Pour ce qui est des entretiens du soir, voici Tordre qu'on y observe :

Au premier jour on parle de TOraison mentale , et on leur feit voir premièrement les raisons pour lesquelles il importe que les ecclésiastiques s'y adonnent ; puis on leur montre en quoi elle consiste , et la méthode qu'on y doit observer, avec les moyens de la bien Mré. L'on commence par ce sujet le premier entretien, parce que dw*ant les eiercices, on leur foit employer tous les jours quelque temps en cette sorte d'oraison.

Au second, on traite de la vocation à l'état ecclésiastique, et on leur £iit voir combien il importe d'être bien appelé de Dieu avant que de se présenter aux ordres ; en quoi consiste cette voèation , et qudies en sont les marques , avec les moyens de la reconnaître, et d'y bien correspondre.

Au troisième , on parle de l'esprit ecclésiastique, et on leur montre Tobligation d'entrer en cet esprit : en quoi il consiste ; ses marques, et les moyens de l'acquérir et de s'y perfectionner.

Au quatrième, on traite des ordres en général, de leur institution, nécessité, matière, forme, effets, différences, et des dispositions re* quises pour les bien recevoir.

Au cinquième, on les entretient de la tonsure cléricale, et on leur explique la doctrine de cette cérémonie, les obligations que contracte celui qui la reçoit, les qualités qu'il doit avoir, les dispositions qu'il y

doit apporter, 6t ToB répond à plusieurs diOieuUÀ et ol|ieeti(m$ sur cette natiére.

Au sixième, on parle des ordres moindres en particulier, dont on explique It dtfnitiw), la matière, la forme, les fonctions, et les vertus requises en ceux qui les ont reçues pour les bien exercer.

Au septième, Ton traite du sous-diaconat, et des vertus qui sont pnq^res à eot ordre, et particulièrement de la i^barité. .

An huitième, du diaconat, et des vertus propres m% diacres , parti* euUèrcme&t de la ebastcté envers le prQcbai9.

Au neuvième, de la prêtrise, et Ton parle particulièrement de la seie&eo nécesiaira aux prétrea pour s'acquitter dignement dea ficmctions de leur ordre.

Enfin au dixième, on fiiit un entretien de la vie ecclésiastique, où Jon tait voir que ceux qui ont regu les saints ordres doivent mener une m bien phis sainte que celle des laïques , et on leur propose divers moyens pour les aider à mener une telle vie.

Tous les jours, immédiatement après chaque entretien , on assemble les ordinaads par académie* , dont chacune est composée de douze ou quinze personnes, ou environ ; et on met ensemble ceux que Ton voit à peu près être d'une égale capacité pc^ conférer entre eux , et avec un prttrede la Miisioa qui se trouve en chaque académie, sur ce qui a été dit de plua ^jnasjdérablCf afin que le souvenir et le fruit leur eo 4flm0ure.

On leur foit toua les joura pratiquer rOraison menthe pendant une diBai-heure ou enrirm, et ensuite on les fiiit assembler par académies |MNir«neoBi§nir, et pour «nntri^ à ceux qui n'y sont pas encore exercés la manière de s'y bien appliquer, comment ils doivent bire les considéritioaa, exatter les afisctions, et tirer des résolutions de pntifM.

On les exerce tous les joura aux fonctiw^ dm ordres 4pi'ils doivent fceevc V , f riniipatamnt aux aérémm^ de la sainte Me^ t tant particulière que solennelle. •

On leur lait réoiter Tottce divin enaesibic » et bien observer la» poses el néditi^oBs.

On les dispose surtout i Aure une bonne confoision générale de toute leur vie , ails n'en ontiamaîa bit ; ou an moins depuis le temps de leur dernière confiMsimi générale, s'ils en ont ftiit qpielqu'une : et c'est pour cette raison que, dans les entretiens de théologie morale, on traite preaoièranentdes matières dont la connaissance est particulièrement néeessaire pour cet effot* Le lendemain de leur copfi^sioH, qui est le jeudi, ikcoBUMmient tou9 à la Orand'Mcssc-

OBlenrdOBiietq^theiirMetdfiinieder^OilâQiitt, et le jour dm^ heures de conversation sainte et honnête » c'est à savoir, après les r»^ pat, p^idant lesi^eis ont leur foit lecture de l'Écriture sainte, et du 11f re de la dignité et satateté des prêtres , par Molina , i^rtrenx.

£n an laot, on les met dans un train de Tîe réglée, ni trop libre, ni tri^ aiwtdre, majs convenable aux ecclésiastiques , ain qu'ils s'y oob* foratient le plus qu'ils pourront en leur particulier.

Le ^mandK après Tordination , ils s'en retpument chei eux , aptes avotf assisté à la ûrand'Mçsse, et j avoir commimié en actioB de gi^an de (eur ordisation.

V^ià en abrégé Tordre des exercices de l'ordinalion qnt ont été com»' menées , continués et établis par M. Vincent, et tesuite répandus dans l'Oise par lui et par les siens.

Il souhaitait fort, et recomoEmdait soigneniement i eeox qui iiûsaieiit les entretimis de Tordination, qu'ils suivissent les mémefres qu'il leur donnait à eet eftt , où les matières étaient toutes digérées ; sadiant bien qu'ils n'en pouvaient traiter de plus néeessaires ni de plus prpfitatd^ aux ordlnands, ni même dans un ordre {dus convenable à la in dé ces exm^eices. Il coQgratulait fort nosseigneurs les prélats, lorsqu'ils lea faisaient , de ee qu'ils y procédaient comme 1^ pères envers leurs en^ fants, les npurrîsMint de la plus solide doctrine, et leur insimpaat In vie rt les opérations de l'Esprit de Dieu d'mie ounière apostolique» c La sifflpiipité, disait-il aux siens, édifie les ordiaœdS; ils s'en touent et ne viennent cheieher ici que cela $ les vérités qu'on leur enieigne sont bien reçues sons cet habit , elles ont pfais d'effieaee avec cet om^MBl naturel. > Et un jour, quelqu'un faisant ces entretiens nMtemaà que dans l'esprit de la Mission, M. Vincent se mit à genoux devant lui, le iffiant avec instanee de se servir d'an stflo plus simple et ^us dévot.

SECTION IV

Avant que de parler du progrès et des fruits de ces exercices, îl ne sera pas hors de propos de rapporter ici les sentiments que M. Vincent en avait, et de quels termes il se servait pour exhorter ceux de sa Congrégation à s'y appliquer de toute leur aflfection.

« S'employer pour faire de bons prêtres, leur dîsaît-H uii jour, et y* concourir comme cause seconde efficiente, instrumentale, c'est faire l'office de Jésus^hrist, qui, pendant sa vie mortelle, semble avoir pris à tâche de foire douze bons prêtres, qui sont ses apôtres; ayant voulu

pour cet effiet demeurer plusieurs années avec eux» pour les instruire et pour les former à ee divin ministère. »

' Et un autre jour, faisant une eonférenee avee eeux de sa eommunauté sur ee même sujet, après qu'il en eut Ait parler plusieurs, cimclut en èes termes : « Béni soyez-vous, Seigneur, des bonnes choses qu'on vient de dire, et que vous avez inspirées à ceux qui ont parlé. Mais, mon Sauveur, tout cela ne servira de rien si vous n'y mettez la main; il faut que ce soit votre grâce qui opère tout ce qu'on a dit, et qui nous donne eet esprit sans lequel nous ne pouvons rien. Que savons-nous &ire, nous qui sommes de pauvres misérables ? 0 Seigneur ! donnez-nous cet esprit <le votre sacerdoce qu'avaient les apôtres, et les premiers prêtres qui lesont Sttivis. Donnez-nous le véritable esprit de ce sacré caractère que vous avez mis en de pauvres pécheurs, en des artisans, en de pauvres gens de ce temps-là, auxquels, par votre grâce, vous avez communiqué ee grand et divin esprit. Car, Seigneur, nous ne sommes aussi que de ehétives gens, de pauvres laboureurs et paysans ; et quelle proportion y a-t*il de nous misérables à un emploi si saint, si éminent et si céleste? 0 Messieurs et mes frères ! que nous devons bien prier Dieu pour cela, et faire quelque eflbrt pour ce grand besoin de TÉglise, qui s'en va ruinée «n beaucoup de lieux par la mauvaise vie des prêtres; car ce sont eux .^ui la perdent et qui la ruinent ; et il n'est que trop vrai que la dépravation de rétat ecclésiastique est la cause prindpale de la raine de rÉglise de Dieu. J'étais ces jours passés dans une assemblée où il Y ^^^^^ sept prélats, lesquels Msant réflexion sur les désordres quiseTOient dans l'Église, disaient hautement que c'étaient les ecclésiastiques qui en étai^t la principale cause.

« Ce s(mt donc les prêtres ; oui, nous sommes la cause de cette désolittion qui ravage l'Église, de cette déplorable diminution qu'elle a soufferte en tant de lieux, ayant été presque entièrement ruinée dans l'Asie et dans l'Afrique, et même dans une grande partie de l'Europe, comme dans la Suède, dans le Danemarck, dans rAngleterre, Ecosse, Irlande, Hollande, et autres provinces unies, et dans une grande partie de l'Allemagne. Et combien voyons-nous d'hérétiques en France? et voilà la Pologne qui, étant déjà beaucoup infectée de l'hérésie, est présentement, par l'invasion du roi de Suède, en danger d'être tout à feit perdue pour la religion.

€ Ne semble-t-il pas. Messieurs, que Dieu veut transporter son Église en d'autres pays ? Oui, si nous ne changeons, il est à craindre que Dieu ne nous l'ôte tout à hit, vu principalement que nous voyons ces puissants ennemis de l'Église entrer dedans à main forte. Ce redoutable roi de Suède qui , en moins de quatre mois , a envahi une bonne partie de

ee grand royaume, nous devons craindre que Dieu ne Tait suscité pour nous punir de nos désordres. Ce sont les mêmes ennemis dont Dieu s'estservt autrefois pour le même effet; car e'est des Gotbs, Yisigoths et Vandales, sortis de ces quartiers-là, dont Dieu s'est servi il y a douze cents ans pour affliger son Église. Ces commencements, les plus étranges qui aimt jamais été, nous doivent feire tenir sur nos gardes. Un royaume d'une si grande étendue presque envahi en moins de rien, en l'espace de quatre mois ! 0 Seigneur ! qui sait si ce redoutable conquérant en demeurera là? qui le sait? Enfin, ab Aquilone pandetar omne malum, c'est de là que sont venus les maux que nos ancêtres ont soufferts, et c'est de ce côté-là que nous devons craindre. Songeons donc à l'amendement de l'état ecclésiastique, puisque les méchants prêtres sont la cause de tous ces malheurs, et que ce sont eux qui les attirent sur VÉglise. X^es bons prélats l'ont reconnu par leur propre expérience, et l'ont avoué devant Dieu, et nous lui devons dire : Oui, Seigneur, c'est nous qui avons provoqué votre colère; ce sont nos péchés qui ont attiré ees calamités. Oui, ce sont les clercs et ceux qui aspirent à l'état ecclésiastique, ce sont les sous-diacres, ce sont les diacres, ce sont les prêtres, nous qui sommes prêtres, qui avons fisiit cette désolation dans l'Église. Mais quoi, Seigneur! que pouvons^nons faire maintenant, si ce n'est nous en affliger devant vous, et nous proposer de changer de vie? Oui, mon Sauveur, nous voulons contribuer de tout ce que nous pourrons pour satisfaire à nos fautes passées, et pour mettre en meilleur ordre l'état ecclésiastique ; c'est pour cela que nous sommes ici assemblés, et que nous vous demandons votre grâce. Âh ! Messieurs, que ne devonsnous pas feîre? C'est à nous à qui Dieu a confié une si grande grâce que celle de contribuer à rétablir l'état ecclésiastique. Dieu ne s'est pas adressé pour cela, ni aux docteurs, ni à tant de communautés et religions pleines de science et de sainteté; mais il s'est adressé à cette chétive, pauvre et misérable compagnie, la dernière de toutes et la plus mdigne. Qu'est-ce que Dieu a trouvé en nous pour un si grand emploi? où sont nos beaux exploits? où sont les actions illustres et éclatantes que nous avons faites ? où cette grande capacité? Rien de tout cela; c'est à de pauvres misérables idiots que Dieu, par sa pure volonté, s'est adressé, pour essayer encore à réparer les brèches du royaume de son Fils et de l'état ecclésiastique* 0 Messieurs ! conservons bien cette grâce que Dieu nous a faite, par préférence à tant de personnes doctes et saintes qui le méritaient mieux que nous ; car si nous venons à la laisser inutile par notre négligence, Dieu la retirera de nous pour la donner à d'autres, et nous punir de notre infidélité. Hélas ! qui sera-ce de nous qui sera la cause d'un si grand malheur, et qui

privera l'Égliâe d'yn ù grand bîe»? Me sera-ce poiat met miiAnible? Qu'un chacun de nous mette la main sur sa eonseieMe» et dise en luinéaie : Ne serai-je pas ee malheureux ? Hélas ! U n'en faut qu'oa misérable, tel que je suis, qui> par ses iA)omtnations, détoiiroe les toreurs du Ciel de tout une maison, et y fosse tomber la nalédietioii de Dieu. 0 Seigneur, qui me voyez tout eouYcrt et tout rempli de péAéa qm m'accablent, ne privez pas pour cela de vos grâces cette pettte inmipa^ gnie I Faites qu'elle continue à vous servir avec humilité et fidélité, et qu'elle coopère an dessein qu'il semble que vous aves de foire par son ministère un dernier effort pmir contribuer à rétablir l'bmneiff da votre Église.

€ Mais les moyens de cela,, quds sont-ils 7 que devons-noos fime pour le bon succès de cette prochaine ordination? Q feut prier beauceop, va notre insuffisance; oifrir peur cela, durant ee temps, ses comnMiBioiis, ses mortifications et toutes ses oraisons et ses prières; rapportant totrt à l'édification de ces messieurs les ordinands, à qui U faut rendre, de plus, toutes sortes de respects et de déférences, ne faire point les entendus, mais les servir cordialement et humblement. Ce doivent être là les armes des missionnaires; c'est par ee moyen que tout réussira; c'est par l'humilité qui nous fait désirer la conftision de nous-mêmes; car croyez-moi. Messieurs et mes ik*ères, croyez-moi, c'est une maxime infaillible de Jésus-Christ, que je vous ai souvent annoncée de sa part, que d'abord qu'un cmur est vide de soi^mèmè. Dieu le remplft; c'est Dieu qui demeure et qui agit lênledans, et c'est le désir de la confittion qui nous vide de nous-mêmes ; c'est rhumHité, la sainte homflité ; et alors ce ne sera pas nous qui agirons, mais Dieu en nous, et tout ira bien.

« O vous qui travaillez immédiatement à cette eeuvre; vous qui devez posséder l'esprit de prêtrise, et l'inspirer à ceux qe ne Tout pas; vous à qui Dteu a confié ces âmes, pour les disposer à reeevmr eet es* prit saint et sanctifiant, ne visez qu'à la gloire de Dieu ; ayez la SHupIieité de cœur vers lui, et le respect vers ces messieurs. Sachez que e'est par là que vous profiterez : tout le reste vous servira de peu ; il n'y a que l'humilité, et la pure intention de plante à Dieu, qui ait fait réussir cette œuvre jusqu'à maintenant. Je recommande aussi les cérémonies, et je prie la compsgnie d'éviter les fautes qu'on y peut faire. Les cérémonies ne sont, à la vérité, que Timbre, mais c'est l'ombre des plus grandes choses, qui requièrent qu'on les fasse avec toute Tattcntion possible, et qu'on les montre avec un silence rdigieux et une grande modestie et gravité. Comment les feront ces messieurs . si nous ne les f»sons pas bien nous-mêmes? Qu'on chante posément, avec modération; qu'oa

pMliBOdie a?^ un air 4« déTOtion* Hélai ! que rép<mdn>os«iKHiA à Dieu quand il nous fera rendre compte de ce» oboieft, $i elles sont mal foites?

c Or sus, Messieurs et mes frères, leur dit-il une autre fois, nous voici donc i la veille de cette grande œuvre que Dieu nous a mise entre les mains; 6'est demain, mon Dieu, cpie nous devons recevoir ceux que votre providence a r^lu de nous envoyer» afin de nous &ire contribuer avec vous a les rendre meilleurs. Abl Messieurs, que voilà une grande parole, rendre meilleurs les ecclésiastiques I Qui pourra comprendre la hauteur de cet emploi? c'est le plus relevé qui soit. Qu*y a*t-il de si grand dans le monde que Tétat ecclésiastique ? Les principautés et les royautés ne lui sont pcnnt comparables : vous save; que les rois ne peu* vent paSf comme les prêtres, cbanger le pain au corps de Notre-Sei* gneurp remettre les péebés, et tous les autres avantages qu'iie ont par dessus les grandeurs temporelles ; et voilt néanmoins les personnes que Dieu nous envoie pour lessani^er; qu'y a*t«il de semblable? 0 pauvres et diétift ouvriers, que vous aveis peu de rapport 1 la digoité de cet emploi! Mais puisque Dieu fait ert boooeur à cette petite compagnie, la dernière de toutes et la plus pauvre, que de l'appliquer à cela, il faut que de notre côté nous apportions tout notre soin à fsire réussir ce des^ sein apostolique qui tend k di^oser les ecclésiastiques aux ordres supé* ri^u*! , et à se bien acquitter de leurs fonctions : car les uns seront cur* rés, les autres chanoines, les autres prévôts, abbés, évéques, ouâ# évèques ; voilà les personnes que nous recevrons demain.

« I^ semaine passée il se fit une assemblée d'évéqpits pour remédier à Vifrogtïerie des prêtres d'une certaine province : à quoi on est bienem* pécbé. Les saints docteurs disent que le premier pas d'une personne qui veutcequérir la vertu est de se rendre mettre de sa bowAc; or labou* cbe maîtrise les peraonnes qui lui donnant es au'eUe demandci quel désordre! Us sont ses serviteurs, ses esclaves; ils ne sont que ce qu'elle veuti il n'y a rien de si vilain, ni de si déplorable que de voir 4^ prè* très, et la i^t^^ de ceux d'une province, asservis à ce vice, jusque-là qu'il Êillle assembler des prélats, et tes mettre tous bien en peine pour trouver quelque remède \ ce malheur. £t le peuple, que fera-tHU après cela? Mais que ne devons-nous pas UiHj Messieurs, pour nous donner à Dieu, afin d'aider è retirer ses ministres et son épouse de cette inftn mie, et de tant d'autres misères où nous ne les voynns que trop? Go n'est pas que tous les prêtres soient dans le dérèglement , non , ù Si^ veariqu'il y a de saints ecclésiastiques! il nous en vient tant ici ^re-* traite, des curés et autres qui viennent de bien loin exprès pour mettre

bon ordre à leur intérieur. Et combien de bons et de saints prêtres à Paris? il y en a grand nombre; et entre ces messieurs de la conférence qui s'assemblent ici, il n'y en a pas un qui ne soit homme d'exemple, ils travaillent tous avec des fruits nonpareils.

« Il y a aussi de méchants eccl^iastiques dans le monde, et je suis le pire, le plus indigne, et le plus grand pécheur de tous. Mais aussi en revanche fl y en a qui louent hautement Dieu par la sainteté de leur vie. O quel bonheurdece que non-seulement Dieu veut se servir de pauvres gens comme nous, sans science et sans vertu , pour aider à redresser les ecclésiastiques décbus et déréglés, mais encore à perfectionner les bons, comme nous voyons par sa grâce que cela se feit! Que bienheureux ètes-vous, Messieurs, de répandre par votre dévotion , 'douceur, aSàbi- Itté, modestie et humilité, l'esprit de Dieu dans ces âmes , et de servir Dieu en la personne de ses plus grands serviteurs! que vous êtes heureux, vous qui leur donnerez bon exemple, aux conférences, aux cérémonies, au chœur, au réfectoire et partout! 0 qu'heureux seroDs-oous tous, si par notre silence, discrétion et charité , nous répondons aux intentions pour lesquelles Dieu nous les envoie; usant d'une vigilance particulière à voir, à rechercher et à leur apporter sans délai tout ce qui les pourra contenter, et étant ingénieux à pourvoir à leurs besoins, et à les servir ! nous les édifierons si nous faisons cela. Il faut bien demander cette grâce à Notre-Seigneur; je prie les prêtres de dire la sainte Messe, et nos frères de Tentendre à cette intention. » . « Voici l'ordination qui s'approche, dit-il une autre fois; nous prierons Dieu qu'il donne son esprit à ceux qui leur parleront, et dans les entretiens, et dans les conférences. Surtout, chacun tâchera d'édifier ces messieurs par l'humilité et par la modestie ; car ce n'est pas par la science qu'ils se gagnent, ni par les belles choses qu'on leur dit ; ils sont plus savants que nous : plusieurs sont bacheliers, et quelques^ms licenciés en théologie , d'autres docteurs en droit , .et il y en a peu qui ne sachent la philosophie et une partie de la théologie ; ils en disputent tous les jours , et presque rien de ce qu'on leur peut dire ici ne leur est nouveau; Us l'ont déjà lu, ou oui; ils disent eux-mêmes que ce n*est pas cela qui les touche , mais bien les vertus qu'ils voient pratiquer ici. Tenons-nous bas, Messieurs, en la vue d'un emploi tant honorable, comme est celui d'aider à faire de bons prêtres : car qu'y a-t-il de plus excellent? Tenons-nous bas en la vue de notre chétiveté, nous qui sommes pauvres de science, pauvres d'esprit, pauvres de condition. Hélas! comment Dieu nous a-t-il choisis pour une chose si grande? C'est que pour l'ordinaire il se sert des matières les plus basses pour les

opérations extraordinaires de sa grâce; coaune dans les sacrements, où il fait servir Teau et les paroles pour conférer ses plus grandes grâces.

« Prions Dieu pour ces messieurs ; mais prions Dieu pour nous, afin qu'il en éloigne tout ce qui pourrait être cause qu'ils ne reçussent les effets de Tesprit de Dieu , lequel il semble vouloir communiquer à la compagnie pour cet effet. Âvez-vous jamais été en pèlerinage en qudique lieii de dévotion? Pour l'ordinaire en y entrant» on se sent comme sortir hors de soi , les uns se trouvant tout d'un coup élevés en Dieu , . les autres attendris de dévotion , d'autres pleins de respect et de révérence pour ce lieu sacré, et d'autres ont divers bons sentiments : d'où vient cela? €'e$t que l'esprit de Dieu est là-dedans, qui se fait sentir en ces manières-là. Or, nous devons penser qu'il sera le même céans à l'égard de ces messieurs , si Tesprit de Dieu réside en cette maison.

« Il leur feut rendre la morale familière, et descendre toujours dans le particulier, afin qu'ils l'entendent et comprennent bien; il faut toujours viser là , de faire en sorte que les auditeurs remportent tout ce qu'on leur dit dans l'entretien. Gardons-nous bien que ce maudit esprit de vanité ne se fourre parmi nous ^ à leur vouloir parler des choses hautes et relevées , car cela ne fait que détruire, au lieu d'édifier : or ils remportèrent tout ce qui leur aura été dit à l'entretien , si on le leur inculque après, simplement, et qu'on les entretienne de cela seulement, et non d'autres choses, ainsi qu'il est expédient pour plusieurs raisons.»

M. Vincent congratula une fois un des frères de la maison , lequel, en rapportant son oraison , dit qu'il avait prié Dieu qu'il envoyât de bons prélats à l'Église , et prit de là sujet de dire ce qui suit : • Dieu TOUS bénisse , mon frère , c'est bien fait de demander à Dieu qu'il fisse de bons évèques , de bons curés , de bons prêtres , et c'est ce que nous lui devons tous demander : tels que sont les pasteurs, tels sont les peuples. On attribue aux officiers d'une armée les bons et les mauvais succès de la guerre : et on peut dire de même que, si les ministres de rÉglise sont bons, s'ils font leur devoir , que tout ira bi^ ; et, au contraire , s'ils ne le font pas, qu'ils sont cause de tous les désordres. Nous sommes tous appelés de Dieu à l'état que nous avons embrassé, pour travailler à un cheM'œuvre : car c'est un chef-d'œuvre en ce monde que de faire de bons prêtres, après quoi on ne peut penser rien de plus grand ni de plus important. Nos frères mêmes peuvent contribuer à cela par leur bon exemple et par leurs emplois extérieurs; ils peuvent faire leur office à cette intention , qu'il plaise à Dieu donner son esprit à MM. les ordinands ; chacun des autres peut faire la même chose , et tous doivent s'étudier à les bien édifier : et s'il était possible de deviner

leurs inciifiaisons et leûH d^im, tl faudrait les prérentr pour les eontenter^ autant que Ton pourrait raidonnablement* Enfin eeut Qui auront le bonheur de leur parler, et qui assisteront à leurs conférences» doivent en leur parlant s'élever à Dieu, pour recevoir de lai ce qu'ils ont à leur dire. Car Dieu est une source inépuisable de safesée , de lu-» mière et d'amour;- c'est en lui que nous devons puiser ce que n<Hi$ disons aux autres ; nous devons anéantir notre propre esprit et no» sentiments particuliers , pour donner Heu mt opérations de la grâce , qui ^ seule illumine et échauffe les cœurs $ il Mt sortir de soi-même pour entrer en Dieu i il faut le consulter pour apprendre son langage , et le {>rier qu'il parle lui-même en nous, et par nous : Il ten ponr lors son oeuvre , et nous ne é^àten^s rien. Notre-Seigneur , oonvorsânt parmi les hommes, ne parlait pas de par lui-même t Ma scMnce , disait<4 , n'est pas de m(ri, mais de mon Père; les paroles que je tous dis ne sont pas les miennes , mais elles sont de Dieu. Gela nous montré waAka nous ^vons recourir à Dieu , afin que ce ne soit pas nous qui partions et qui «gissiotts , mais que ce soit Dieu. Il se pourra ftrire peut^tre que » s'il pMt à Dieu qu'il réussisse quelque fruit, ce sera par les prières d'un frère qui n'approchera pas de ces messieurs : il sera occupé à son travail ordinaire , et en tuaviaiillant il s'élèvera à Dieu souvent, poitr le prier qu'il ait agréable de bénir r<»*dfBation ; et peut«ètre aussi que, sans qu'il y pense , Dieu fera le bien qu'il désire , ft cause des bcHmes dispositions de son cceur. Il y a dans les psaumes : Ue^&idmtmpaape" tant exaudMt Domtrms. » M. Vincent s'arrMa Id, ne se loavenaut pas du reste du verset, et demanda : Gomment y a4-a m r^te du verset? Alors son assistant radieva, disait: Prc^mUùfmn cùrdis mmm ûudMt ûarfs ma. iDien vous bâiisse, Monsi^r,» M dit M.Viiïetmt , par un grand sentiment de joie > voyant la b^uté de ce passage , qu'il répéta plusieurs fois avec des mouvements dévots et toue^nts, pour ràiculquer à ses enfants, c Merveilleuse façon de parler, ajoiitft4-il, digne du Saint-Esprit » le Seigneur a ei^aucé le dédr des pauvres, a a efttendu la préparatiou de leur cceur, pour nous faire voir que Dieu eiauee les âmes bien disposée avant même qu'elles le prient ; cda est <de grande consolation , et nous devons certes nous emcourager an service de Dieu , quoique nous ne voyions en nous que misères et paorretés» Vous souvient-fl de cette bi^le leetore de table qu'm nom St hwr? ERe nous disait que Dieu cache aut humbles les trésors ées grAce» qu'il a mises en eut : et ces jours pQ»s& un d'ertre nous ne deamidait ce qœ c'était que sim|riicité. Il m cOKoait p» cette vote, eteepeaduit il la possède ; il ne croit pas l'avoir, et e'eA néismmoto» ma âme des plus candides de la compagnie.

c Qaél^eé-ms m'<Hrt rtpporté qu'était aUés travailler en on Ifea oà il y a beaueaup d'eceléstastiques , ils-ont irou?é qu'ils y sont quasi tous ÎButil^s : ils diseoit leu» bréviaire» oéiêbr^t leur Meése, et encore fort l^vr^i^Bt , qudqwes^uBS administrent les sacrements tellement quelteflient , et voilà tout : mm le pis est qulls s(mt dans le vice et dans le désordre. S'il plaisait à Dieu nous rendre bten intérieurs et recueUlis , BOiid p<Mirrions espérer que Dieu se servirait de nous , tout chétifs que Mus sommes, pour faire quelque bien, non-seulement à Tégard du peuple, mais eaeore et {H^incipalement à l'égard des eeolésiastfques. Quand vous ne diriez mot, si vous êtes bien occupés de Dieu , vous toucherez ke coeurs de votre seule présence. Messieurs les d)bés de Oiandenier^ et cea «otres messieurs qui Tiennent de faire la mtssian à Metz en Lor-rtine, avee grande bâiédiotion, allaient deux à deux, en surplis, éa logtsàfégfoe^ et de l'église au logis, sans dire mot , et avec une si Stméd reooUeetion, que emx qui tes voyaient admiraient leur modestie, u*m ayant jamais vu de pareille. Leur modestie donc était une prédicatîeiain»iette»niais si effilée, qu'elle a peut-^re autant et plus contribué, à ce qu'on m'a dit, m succès de la mis^on que tout le reste : ce que renl voit noustoudie bien plus que ee que l'oreille entend; et nous croyons plutôt à un bien que nous voyons qu'à celui que lïious enten^ dons : et quoique la foi entre par l'oreille, fides e^x audtîu, néanmoins les vertus dont nous voyons la pratique font plus d'impression en nous que celle» qu'on bous enseigne. Les choses physiques ont tout^ leurs ospèees différentes, par lesquelles on le& distingue : chaque animal , et rhomme même, a ses eq^ëceB , qui le font connaître pour tel qu'il est , et distinguer d'au antne de pareil genre : dé même les serviteurs de Dieu oBt des espèces qui les distinguent des hommes charnels ; c'est wte certaine con^Kwiilon extérieure, humble, récolligée et dévote, qui procède ds la grâce qu'Sis ont au dedans , laquelle porte ses opérations ^ ràne de<»ux qui les considèrent^ Il y a des personnes céans si rem^plies èd Dieu., que je ne les regarde jamms sans en être touché. ILiCs peintres, dans les image» des saints , nous les représentent couronnés de rayons : o'est que les justes fpA vivent saintement sur la terre répandent une d^»ne lumière au d^ors, qui n'est propre qu'à eux. fl pa- Faissatt tamt de grâce et de modestie en la sainte Vierge, qu'elle impri- Miit de la Févéretice et de la dévotion en ceux qui araient le bonheur de la voir, et en Notre-Selgneur il en paraissait encore plus : il en est de même par proportion des autres saints. Tout cela nous fait voir, Messieurs et mes frères , que si vous travaillez à l'acquisition des vertus, si vous vous remplissez des choses divines, et si un chacun en particulier a une tendance continuelle à sa perfection, quand vous n'auriez

aucun talent extérieur pour pijpfiter à ces messieurs les ordinands. Dieu fera que votre seule présence portera des lumières en leurs entendements, et qu'elle échauffera leurs volontés pouv les rendre meilleurs. Plaise à Dieu nous faire cette grâce. C'est un ouvrage si diffieile et si élevée qu'il n'y a que Dieu qui puisse y avancer quelque chose; c'est pourquoi nous le devons prier incessamment qu'il donne bénédiction aux petits services qu'on tâchera de leur rendre > et aux paroles qu'on leur dira. Sainte Thérèse, qui voyait de son temps le besoin que l'Église avait de bons ouvriers, demandait à Dieu qu'il lui plût faire de bons prêtres , et elle a voulu que les filles de son ordre fussent souvent en prière pour cela; et peut-être que le changement en mieux qui se ùvuve à cette heure en l'état ecclésiastique est dû en partie à la dévotion de celte grande sainte : car Dieu a toujours employé de faibles instnunents aux grands desseins. £n l'institution de TÉglise n'a-t-il pas choisi de pauvres gens ignorants et rustiques? cependant, c'est par eux que Notre-Seigneur a renversé Tidolàlrie, qu'il a assujéti à TÉglise les princes et les puissants de la terre, et qu'il a étendu notre sainte reUgion par tout le monde. Il peut se servir aussi de nous, chétift que nous sommes , pour aider à l'avancement de l'état ecclésiastique à la vertu. Au nom de Notre-Seigneur, Messieurs et mes frères , donnons-nous à lui y pour y contribuer tous, par nos services et par de bons exemples , par prières et par mortifications , etc. >

Ce petites et pathétiques observations ne sont que des échantillons d'un grand nombre d'autres , que M. Vincent a faites sur cette matière : elles peuvent faire voir d'un côté que l'Église a un très-grand besoin de bons prêtres, et qu'il importe extrêmement de ne point entrer dans les ordres sans une bonne préparation. Et d'autre part, l'ardeur que M. Vincent avait pour disposer ceux qui y prétendaient, elle soin qu'il prenait d'inspirer cette même affection à sa compagnie, lui marquant les moyens propres pour y réussir, tels que sont rhumilité, la douceur, le respect, la pénitence, la prière, la vie intérieure et la pureté d^intention : à quoi il les portait efficacement par son exemple; car s'il était puissant en paroles , il l'était encore plus en œuvres , et il savait bien joindre la pratique à la persuasion : ce qui se voit même en ces discours , où il s'humilie lui-même , et portant les autres à la prière^ il s'élève lui-même à Dieu, et les y attire suavement; enfin il reetifie leurs intentions par la droiture et perfection des siennes.

SECTION V

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