Les retraites spirituelles
§ L L’origine des séimoaires se trouve dans le Concile de Trente. Les pères rassemblés dans ce Concile , considérant combien il importe à la gloire de Dieu et à l’édification des fidèles, (^ue ceux qui sont promus aux ordres ecclésias- Uques aient les dispositions et les -qualités convenables à cet état , et, sachant que si la vertu qui en est la base n’est incnlquée de J>onne heure dans le cœur de l’homme , elle trouve une résistance dans les habitades, ordonnèrent qu’ep tous les diocèses on établiroit des séminaires pour l’éducation des jeunes clercs qui se destinent à la prêtrise , que là , on éleveroit les en fans dans la piété et la science convenable , afin que leur esprit étant soigneusement cultivé, ils fussent rendus capables do produire , par la suite , de bons fruits dans l’Eglise.
Mais au milieu des désordres de toute espèce , triite résultat de la guerre civile et des prédications du protestantisme, ces. disposi-
lions du Concile n’étoient point entièrement exécutées; quelques séminaires s’étoient péniblement élevés, et dans ces séminaires on cullivoit moins le savoir et les vertus ecclésiastiques que l'art des disputes et des controverses philosophiques que le moyen âge et Aristote avoient léguées. Ce fut pour réparer un mal qui s’accroissoit chaque jour que saint Vincent conçut la pensée de former un séminaire r^égulier dans le collège des Bons-lînfans, qu’il institua d’abord , sur les bases indiquées par les pères du Concile; mais l’inexpérience lui ayant fait connoîlre que celle institution première, qui n’embrassoit , pour ainsi dire , que l’enfance du jeune clerc, n’éloit pas suffisante, et qu’il falloitsuivre le prêtre lui-même revêtu des ordres sacrés ou qui devoit bientôt les recevoir, il agrandit son institution et fonda son établissement sur un plan plus élevé. Tous les ecclésiastiques déjà promus aux saints ordres, ou qui éloient dans la disposition prochaine de les recevoir, dévoient se réunir dans le collège des Bons-Enfans, afin de s’instruire dos plus hautes questions de la théologie , principalement de celles qui regardent les mœurs et l’administration des sacreraens, et pour se former à toutes les fonctions propres à leur caractère, telles que la prédication de l’Evangile dans la chaire chrétienne et les cérémonies de l’Eglise, eu sorte qu’ils pussent se rendre capables des emplois auxquels les prélats les voudroient appliquer.
On nous a communiqué un petit écrit sur la composition de ce séminaire et le bien qu’il produisit sur le clergé en générai ; il est l’ouvrage
d’ùn prêlrc du diocèse do Paris, et a été rédig« après la mort de saint Vincent do Paul :
a On fait dans ce séminaire comme une mission perpétuelle; on y voit h proportion les mêmes fruits qu’on voit aux missions des champs et des villes ; des prêtres quiavoieut vécu longtemps dans le monde, s’y convertissent en fondant en larmes; dans leur retraite, ils avouent hautement leurs dérèglemens passés; s’ils ont des inimitiés invétérées, ils se reconcilient ouvertement. Plusieurs sortent de ce séminaire pour fonder de petites communautés ecclésiastiques, à l’imitation do l’œuvre de notre Vincent de Paul; entre les fruits qu’on a recueillis des exercices qui se pratiquent en ce séminaire pour l’instruction des ecclésiastiques , un des principaux, c’est l’iiahitude qu’on y contracte de la prédication évangélique; de plus, les ecclésiastiques, ainsi occupés à prêcher, sont plus portés à mener une vie exemplaire; ils sont oLl'gés à une plus grande application à l’étude, ce qui les relire de l’oisiveté; il y en a d’autres qui , sortant du séminaire , travaillent h répandre dans les campagnes le zèle dont ils sont animés ; nous avons vu des prêtres de la campagne qui, suivant l’adm,irable exemple de ceux qui sortoient du séminaire , réformoient leurs mœurs et s’imposoient une vie exemplaire. »
§ II. Nous avons dit que Vincent de Paul indiqua , comme second moyen de procurer de bons prêtres à l’Eglise , tes exercices des ovr dinans ; on appelle exercices des ordinans une sorte d’instruction préparatoire que l’évêquc fait faire pendant quelques jours à ceux qui vont recevoir les ordres; la première pensée de
celle sage épreuve. appartoooit à l’évêque d'd Beauvais; il la communiqua à saint Vincent, comme une sorte d’inspiration venue de Dieu même. Les premiers exercices commencèrent, à Beauvais , sous la direction de Vincent do Paul : mais bientôt l’archevêque de Paris, Jean- • ‘ François de Gondi , ayant connu et apprécié ‘ les bons résultats de ces exercices religieux , les adopta pour son diocèse , et avant du conférer les ordres, il envoya toujours les jeunes clercs subir des interrogatoires et s’instruire dans le collège des Bons-Enfans.
« M. l’archevêque*, écrivoit saint Vincent, è . l’évêquc de Beauvais, conformément à la prapralique ancienne de l’Eglise , en laquelle les évêques faisoienl instruire chez eux ceux qui désiroient être promus aux ordres, a ordonné que, dorénavant , ceirx de son diocèse qui auront ce désir, se retireront dix jours avant chaque ordre chez les prêtres de la mission pour s’exercer dans les questions de théologie morale , et particulièrement dans celles qui regardent l’usage des sacremens, pour apprendre à remplir toutes les 'fonctions de l’Eglise: ilcnest résulté on tel fruit par la grâce de Dieu , qu’on a vu que tous ceux qui ont fait ces exercices mènent ensuite une vie vraiment ecclésiastique, et même la plupart d’entre eux s’appliquent . d’une manière toute particulière aux œuvres de piété , ce qui commence k être manifeste au public. •
L’année de celle grande fondation (i65i)i six ordinations, eurent lieu dans le collège de Saint-Lazare ; o«n’admetloit , dans les premiers temps , que les . clercs du diocèse de Paris ;
mais quelqacs dames . d’uno haute piété ayant prié qu’oQ y appelât les clercs des diocèses cir-. coQTotsins, madame la présidente de Hesse se chargea , pendant cinq années , des nouveaux frais que cet agrandissement alloit occasionner. Ln reine régente soutint cet établissement par nne fondation royale, et dans l’année 1646, on comptoit quatre-vingt-dix ordinations dans lo collège de Saint-Lazare.
Nous avons sous les yeux le règlement qui fut dressé pour ces ordinations ecclésiastiques par saint Vincent lui-même; il est digne d'être, remarqué par la haute sagesse et la piété éclat*l'ée dont il est empreint; en voici l’analyse :
On doit faire tous les jours deux entretiens dilTérens aux nrdinans; le premier doit avoir lien le matin , sur les principaux chefs de la. théologie morale : l’autre , qui doit avoir lieu le soir, embrasse la pratique. Au premier jour, les entretiens roulent sur les censures de 1 ’^ glisc; dans le second on détaille les cas partsculiers, tels que l’excommunication , la suspeii^ sion , l’interdit; dans les troisième et quatrième on traite du sacrement de pénitence et des actes uni le préparent ; le cinquième est consacré à iWamen des lois divines et humaines ; dans les sixième et septième on traite des trois premiers commandemens du Décalogue , qui règlent, les rapports de l’homme avec Dieu , et les sept axt»très commandemens par rapport au prochain :
au huitième on leur parle des sacremensen néral; dans les trois derniers, des mystères, des symboles et du 'sacrement de mariagn.
Quant aux entretiens sur la pratique , ils romlent. sur l’oraisoD , la vocalicn à l’état eccléâas-: .
tique, l’esprit do l’Eglise, l’ordre en g^nâral et la hiérarchie de la vie ecclésiastique. Tous les jours après ces entretiens, on doit assembler les ordinans par réunion de douze , présidée par un prêtre de Saint-Lazare, et ces douze disciples, tous à peu près d’une égale capacité, dissertent ensemble sur les questions principales qui ont été déjà débattues dans le séminaire ; on les exerce par de fréquentes répétitions à toutes les cérénaonies do l’Eglise; on leur fait réciter l’olEcc pour les habituer à celle sainte pratique; ils ne doivent quitter l’autel , la controverse ou la prière que pour se livrer au sommeil qui ne doit point se prolonger audelà de sept heures cl demie ; une conversation pieuse d’une heure environ doit le précéder; enfin , dit saint Vincent , on doit mettre les choses dans un train de vie réglée, ni trop libre , ni trop austère , mais convenable aux ecclésiastiques , afin qu’ils s’y conforment Kj plus qu’ils pourront en leur parliculicf.
§ III. Une bonne résolution en inspiroil toujours une autre à Vincent de Paul ; il s’apercovoit chaque jour davantage des salutaires effets des exercices pour les ordinans ; mais cettu institution ne suivoit pas la vie du prêtre eme ■fois ordonné. Après qu’il avoit reçu le caractère sacré des mains de l’évêque, U rentroit au milieu de la multitude, et il étoit à craindre que dans ce tourbillon qui emporte les âmes les plus formes, il ne subit la triste influence des passions humaines : cette pensée , qui préoccupoit Vincent de Paul , lui donna l’idée d’une institution nouvelle , car, répétons-le sans cesse , celte âme active uo dormoil jamais pour
le salut des hommes; il résolut de faire réunir, à certains intervalles, dans Saint-Lazare même , les prêtres qui y avoient reçu les saints ordres, pour y conférer spirituellement sur la science et les vertus do leur état.
Elles étoient anciennes dans l’Eglise ces conférences pieuses entre les hommes qui se vouoient à Dieu ; les austères cénobites du dé* sert de la Thébaïde se réunissoient le saint jour du dimanche pour prier ensemble , et s'entretenir sur les mystères et les vérités de la religion; mais l’Eglise n’en avoit pas fait un précepte , et dans le relâchement de la discipline, qui le croiroitl l’idée de cette réunion pour s’instruire étoit comme une nouveauté.
Saint Vincent de Paul communiqua ses desseins à l’archevêque de Paris, qui , les ayant approuvés, donna tout pouvoir au supérieur do ^int- Lazare , pour rassembler les ecclésiastiques qui vüuilroicnt se soumettre è cette règle spirituelle. Saint Vincent so mit donc encore h l’œuvre ; il parcourut le diocèse de Paris, cherchant h rallumer le feu de l’amour de Dieu dans tous les cœurs. «Vous ôtes, disoil-il , revêtus d’un caractère sacré; mais ctdlivez les saintes dispositions qui vous animent; continuez toute votre vie ce que Dieu a commencé parla grâce ; vous avez été élevés jusqu’à l’auguste fonction de prêtre; il faut prendre garde qu’il nous arrive ce que le prophète Jérémie déploroit do son temps , que l’or ne perde son éclat et son lustre, et que les pierres du sanctuaire ne soient dispersées et foulées aux pieds dans Jérusalem. »
Des cœurs religieux ne pouvoient repousser
de semblables soilicitntiuns ; quelques bons |M-êlres s’entendirent bientôt sur de tels desseins; ils réglèrent l’ordre qu’ils dévoient suivre dans leurs conférences spirituelles ; toutes les semaines, ils sc rassembioicnt , dans l’intention do s’entretenir sur des questions qui teuoient à l’état ecclésiastique. Saint Vincent leur indiqua lui-même le sujet de leur première conférence; elle dut rouler sur trois points essentiels : d’abord sur les motifs pour lesquels il importe aux prêtres d’avoir l’esprit ecclésiastique; le second , en quoi consiste cot esprit , et le troisième, sur les moyens de l’acquérir, Ces conférences sur tous les sujets du dogme et de discipline se continuèrent sous la direction de Vincent de Paul , qui les régularisa bientôt par des statuts précis. Nous avons vu le titre primitif de cette fondation. • Plusieurs ecclésiasliqees, y est-il exprimé , désirant conserver les bonnes dispositions qu’il avoit plu h Dieu de leur donner pendant les exercices de leur ordi» nation , ont conçu le dessein , sons le bon plaisir de M.* l’archevêque de Paris, de se réunir et de faire des conférences en la maison de Saint- La 2a re , et cela pour honorer la vie de noire Sauveur Jésus-Christ , son sacerdoce éternel , sa sainte famille et son amour envers les paurres. Cette compagnie sera composée seulement d’ecclésiastiques promus aux ordres sacrés, et qui ne doivent y être admis qu’après un long examen de leur vio et de leurs mœurs et l’accomplissement des exercices spirituels imposés par les précédentes règles de \lncént de Paul. • Ils dévoient sc réunir tous les mardis pour coivférer sur des sujets qui leur seroient proposés.
( loa )
et toujours relatifs aux vertus et aux devoirs de l’état ecclésiastique. Tous les membres de la congrégation dévoient s’imposer certaines règles de conduite particulières, et dans leur vie privée , se soumettre à des obligations pieuses ; par exemple, se lever à sixheuresdu matin, faire au moins une demi-heure d’oraison mentale, célébrer la sainte messe , lire à genoux un chapitre du Nouveau Testament ; en un mot , tout en' conservant la liberté qui appartient aux clercs non cloîtrés, s’imposer des barrières et toutes les prescriptions de la vie des cloîtres.
L’accroissement rapide de celle pieuse com- ]>agnie tint du miracle : les ecclésiastiques qui ussistoient aux conférences, dans le principe, n’excédoient pas quatre-vingt-dix; mais avant sa mort , saint Vincent eut la consolation d’en voir s’accroître le noml)re jusqu’à deux cent cinquante : on comploil jusqu’à vingt-deux archevêques et évêques qui sortirent de la communauté, et Vincent de Paul rappeloil souvent ce succès, qu’il altribuoit à une protection visible de la Providence. « Quand je vins à Paris, , disoit il un jour, en présence de la société des missionnaires, je n’avois jamais vu de semblables conférences, au moins sur des vertus propres à l’état ecclésiasti((ue. Il y a environ cinquante ans que le cardinal de Sourdis introduisit dans son diocèse do Bordeaux cette manière de traiter les questions de théologie raonilo , réunissant les curés et les autres prêtres pour leur donner les moyens de les mieux instruire, et cela avec succès; mais je n’en arois point encore vu qui traitassent des vertus ecclésiastiques et des devoirs de cet état. Il est
bien vrai que plusieurs religieux sont dans cetlfc habitude , à 1 imitation des anciens moines dn désert; mais les prêtres qui doivent porter ia parole de Dieu sur toute In terre n’y partiebpoient en aucune manière , et c’est è celte chétive compagnie qu’ils doivent l’utile pensée de s’entretenir entre eux sur les vertus de leur étal , et les moyens do les mettre en pratique ; voilà quelle est la fin de ces conférences. Or, que 6croil-co , si nous étions les premiers à les négliger? quel compte aurions-nous à rendre , si nous venions à méconnoître des moyens si utiles et si efficaces, que les anciens anachorètes eambrassoient avec tant d’avidité, ainsi que Gassien le repporle dans le livre qu’il a écrit. Il faut que j’avoue , par ma propre expérience , qu’il n’y a rien de si touchant , rien qui m’attendrisse autant que ces conférences spirituelles. »
§ IV. Dans la vio du monde , il est trop de sujets de distractions et de tentations périlleuses, pour que l’âmo n’ait pas besoin de se retremper à certains intervalles par un régime de piété plus sévère et des observances presque monastiques. Si les conférences spirituelles ser voient à entretenir les prêtres dans les pieux devoirs de leur état , elles n’avoient pas cepen dont une efficacité telle qu’elles pussent suffire à tous les besoins de la vie ecclésiastique; on n’y remarquoit pas surtout ce caractère de &événté qui seul pouvoit en faire une épreuve et une réparation pour l’âme , selon la belle expression de Bossuet : c’est dans cet objet que, saint Vincent introduisit l’usage des retraites spirituelles. On a tronvé sur ce sujet nu périt
écrit du pieux fondateur, dans lequel il définit d’une manière aussi siuaple que juste, ce qu’il entend par retraite spirituelle. « Par ce mot de letraite spirituelle ou d’exercice spirituel , il faut entendre un dégagement de toutes les affaires et occupations temporelles, pour s’appliquer sérieusement h bien connoltre sou intérieur, à bien examiner l’état de sa conscience , à méditer, à j^contempler, prier et préparer ainsi son àme,
' ipbûr se purifier de tous les péchés et de toutes ses mauvaises affections et habitudes, pour se remplir du désir des vertus, pour chercher et conuoitre la volonté de Dieu, et , l’ayant connue, s’y soumettre , s’y conformer, s’y unir, et ainsi tondre et arriver à sa propre perfection ; il faut enfin que le prêtre puisse dii*e , comme l'apôtre : Non , ce n est plus moi qui vis, mais c’est Jésus-Christ qui vit en moi. Celle perfection des cénobites, on doit l’atteindre par l’exact accomplissement de ses devoirs. Dans les retraites, on examinera sa vie toute entière, on mêlera ces hautes méditations des lectures spirituelles , on y remplira les obligations d’une vie plus sévère; c’est là qu’on doit consulter Dieu ])ar de ferventes prières, afin d’acquérir la perfection de son état. »
Ces retraites ne sont pas seulement utiles à ceux qui sont voués à l’état ecclésiastique; par cela seul qu’elles sont une perfection de la vie chrétienne , tous les fidèles y sont appelés également: ainsi l’écolier peut y devenir parlait écolier ; celui qui suit la.profession des armes, guerrier valeureux; s’il est assis sur des ileur^ de lis pour Juger, il deviendra magistrat intègre ; en un mot , les retraites spirituelles
n*ODt qüecât objet de nous relremper, etiiityos donnant des forces nouvelles dans l’état que nous avons choisi.
On a objecté contre les retraites spirituelles qu’elles pouvoieiit faire perdre de vue les de- , voirs de la société , eu nous donnaal les goûts de' l’état Monastique : ceci suppose qu’on ne lesponnolt pas. La religion fait sans doute du recueillement et de *la séparation du monde l’objet d*ùne perfection particulière; mais loin de repousser aucune des situations honnêtes de la vie, elle les protège et les sanctifie. Les retraites spirituelles peuvent former de bous citoyens autant que de bons chrétiens ; elles rappellent à l’homme les obligations de la famille et-le^ soins de son état : la religion fut toujours une'garantie pour la -société; celui qui en secoue le frein salutaire est rarainent l’exempiu de la piété filiale ou de l’amour paternel ; l’expérience nous l’apprend , ce ne sont point les ouvrier^' affiliés à des associations religieusoé qui ruinent leur faïullie par le libertinage , et désolent une épouse cl des’ enfans par leurs vices. On fait aussi 'un reproche aux gouvernemens de choisir des hommes religieux pour leurconfier des fonciions.publiques ; mais en vériléi lorsque je vois* un homme remplir avec • exactitude les devoirs de sa religion , n’est-ce pas pour mpi. une présomption et une garantie qu’il rempliro avec autant d’exactitude d'autres devoirs que la ^patrie lui imposé? Dois-je me fior, au contraite,' à' celui qui, rompant les obligations qu’il a contractées comme chrétiefu sera tenté / lorsqu’il le pourra sans être atteint par le^ sénpçon-.oa par ta loi , de s’^affranchtr
(les .lélicalesscs que commaDilent les fbhctÎ5o8 publiques? J’aime l’homme qui croit à la rie iiiluro , dit Montesquieu ; j’aime le chrétieti surtout , parce qu’il'ne craint pas seulement la justice humaine. ' ^
. Les exercices spirituelsdes retraites suppléent Ik ^totis les défauts de. l’âme; on yfaitdcs réllexions sur toutes les Térités;les prêtres, s^y corrigent , et l’on devient meilleur pour ce monde et pour l’autre. On ne peut s(f faire une idée de l’ardeur que saint Vincent metloU' à agrandir le cercle ‘de ses retraites' spirituelles et à y appeler les hommes de toutes les condi.tions. Qu’il me soit permis de rappeler ici le témoignage du bon évêque de Rhodez , qui avoit assisté h ces pieuses réunions : « Vincent de Paul s’étoit rendu , dit-il , comme parfait imitateur de ce père du famille de l’Evangile, quiadmêtioil 6 son festin tous ceux qui se présentoient , quoique pauvres, aveugles ou boiteux*, les envoyant chercher, non-seulement dans,ies rues et dans les places de la ville , mais aussi' dans les lieux chauq>êt're$ et autres plus écartés, pour ^ les convier et pour les presser d’y venir prendre • "part;, car il faut avouer que ce grand serviteur de Dieu. a fait paroître en nos jours un semblable '• . spectacle, qui donnoit tout ensemble de l’étonnçraent (ït de l’édification, lorsqu’on -voyoit déps le mémo réfectoire de la maispn de Sainte Lazare, parmi les missionnaires, un, grand 'nombre de per$oQ 0 esrdu dehors, de tout âge . . ; et de toute conclîUbn ide-ln ville et des châmps,v ' de pauvres et de riches, de jeunes et^e vicui ,
■ d’étmlians et de docteurs, des prêtres cl des bénéficiers, des gentilshommes, des comtes, des.
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marquiâ, des procureurs, des avocats, des conseillers, des présidens, des maîtres des requêtes ' et autres officiers de justice, des marchands, des artisans, des soldats et jusqu’à des pages et des laquais; tous étoient reçus, logés et nourris dansxe grapd hoSpice de charité , pour y faire" leurs 'retraites et pour y trouver le remède à , leurs inffrmilés spirituelles et les assistances iiéoessaircs pour se mellrc dans les voies de leur salilt/'
* J‘ai sous les yeux, en effet, les comptes de lajnaispnde Saint-Lazare", et d’après un cdlcul facile je trduve que, depuis Fannée i635 que CCS retraites devinrent un peu fréquentées, jus-
• qu’à la mort de saint .Vincent , le nombre îles personnes qui cherchèrent la paix et la soli* tude étoil de près de vingt mille ; dans les commencemens "^de cette fondation , on fut obligé de nl^admettre qu’un petit nombre de personnes ; mais,* dans la suite , l’ardente piété de Vincent
- de Paul suppléa à la foiblesse des ressources ; fl voulut qu’on ouvrît les bras à tous ceux qui se présenteroient pour se donner à Dieu et à la
- perfection morale. Il ne pouvoit se persuader que sa congrégation vînt jamais à manquer des choses nécessaires, puisqu’elle 'faisoit un tel emploi de ses revenus. Un frère de la mission , voyant là maison surchargée , prit la liberté de lui dire un jour qu’il sembloit qu’on rccevoit
■ on trop grand nombre de personnes. • Mon frère , lui répondit saint Vincent , c’est qu’elles veulent se sauver. » Une autre fois, le trésorier "lui faisoit observer que la maison avoit de trop grandes dépenses à soutenir pour entretenir les -■ personnes qui venoient faire leur retraite. 11
répondit encore ; « SI nous avions trente ans il subsister, et qu’en recevant tous ceux qui viennent taire retraite , nous n’en dussions subsister que quinze , il no faudroit pas laisser pour cela de les recevoir; il est vrai que la dépense est grande; mais elle ne peut être .mieux employée , et si la maison est engagée , Dieu saura bien trouver les moyens de la dégager, coinino il y a sujet de l’espérer de sa Providence et do sa bonté infinie. Mais , dit le trésorier , nous n’avons pas assez de chambres. Eh bien 1 donnez-leur la notre, lorsque les autres seront remplies. — Ne craignez-vous pas cependant, reprit le trésorier, que dans un si grand nombro de personnes, plusieurs ne lassent peu de profit de vos retraites? — Qu’importe; ce n’est pas peu si une partie en profile. — Mais plusieurs y viennent, presses plutôt par la nourriture du Corps que par celle de l’âme. — Eh bien ! n’esfcce pas loujoui’s une aumône qui est agréable h Dieu ? que si vous vous rendez difficile à les r<y cevoir, il arrivera que vous en rebuterez quelques-uns que Notre Seigneur voudra convertir, et la trop grande exactitude que vous apporto-* rez h examiner leurs desseins fera perdre à plusieurs le désir qu’ils auront conçu de se donner 5 Dieu. »
Nous ne finirions pas si nous rapportions toutes les belles et grandes maximes do saint Vincent, par 1 -apporl à celle hospitalité relir gicuse; un di^ne ecclésiastique, qui avoit as.sislé- à ces saintes relraite.s, tvous en a laissé le fidèle tableau, «Gomme Paris, dil-il ,esll’abord de toute sorte de personnes, tous les misérables et affligés, de quelque condition qu’ils fus-
sent, ëtoient assurés de trouver un asile à Saint Lazare ; sa porte , scs tables et toutes ses cliam bres eu sont témoins. M. Vincent a voulu que sa maison fiU une mission perpétuelle , un (lux et un reflux d’exercices spirituels, de retraites et du pénitences, et de confessions générales pour les pauvres pécheurs qui veulent se convertir, et généralement pour toutes sortes do personnes qui y sont reçues, logées et nourries pendant leur retraite, successivement et sans discontinuer pendant toute l’année; eequisefait de si bonne grâce et avec tant de charité , que les plus endurcis s’en retournent tout édifiés et changés, leur cœur étant touché et gagné par cette hospitalité religieuse, cette douceur et les bons exemples qu’ils y reçoivent. »
Nous terminons ici ce tableau des inslitu ■ lions fondées parsaint Vincent de Paul ; la plupart sont encore debout , et il nous est possible, h la suite d’une longue expérience , d’en apprécier aujourd’hui la pensée et les résultats. Nous n’avons pas besoin do faire encore remarquer que toutes furent inspirées par le sentiement religieux et la piété chrétienne , et que ce caractère ressort detoutes les paroles du saint fondateur, cl se manifeste visiblement aux yeux de tous : sa vie est donc comme la preuve sensible de cette maxime quo nous avons exprimée dans cet ouvrage , qu’il n’y a de charité durable et complète que dans le christianisme; <|ue, hors des lois de Jésus-Christ, tout est faux tout est insuffisant pour le cœur de l’homme. Nous qui appartenons à la génération nouvelle nous voudrions que nos jeunes contemporains que ceux-là qui doivent traverser avec nous le
orages de la vie se pénétrassent bien de owle vérité; leur cœur généreux a toujours battu pour CO qui œt noble et élevé; ils se sont nourris de l’amour de la patrie en entendant le récit des héroïques actions qu’il inspira aux grands hommes de l’antiquité : eh bien ! que celle vie d’un héros chrétien , guérissant toutes les plaies de l'humanité et réparant toutes les infortunes, que' cette vie toute pleine do belles et généreuses actions leur inspire l’amour du christianisme. Il y a dans le livre divin , qui en est la base, plus de morale et de philosophie que dans toutes ces écoles ^de sagesse que l’aiiliquité » tant louées. Quand on lit l’Evangile , il faut mentir à ses propres émotions, faire violence à son propre cœur, pour ne pas adorer ; on y trouve des leçons de patriotisme comme des préceptes de vertus; en un mot tout ce qui cimente parmi les hommes les lions do la société. « Les principes du christianisme bien gravées dans le cœur, dit un grand publiciste {^Montesquieu,), sont bien plus forts que toutes les vertus humaines des républiques, et , clioso admirable f la religion chrétienne , qui ne semble arvoir d’objet que la félicité de l’autre vie , fait encore notre bonheur dans celle-ci (a8) !» v
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