CHAPITRE VI
F O nda tiona ecclcs iasl Iq ues.
Nous avons vu, en effet, que l’Eglise doit d’utiles fondations à saint Vincent de- Poul; il faut maintenant en faire connottre le but , l’esprit el les résultats.
Une figure qui est infiniment juste ,etqu’em- ' ployoit souvent saint Vincent pour exprimer le besoin qu’a voit l’Eglise de bons pasteurs, éloit •le comparer les évêques et les missionnaires 'à des conquérons qui doivent placer de bonnes garnisons dans les places conquises, alin do les .conserver; il croyoit que si l’on iiégligeoit cet important devoir, il étoit presque certain que les Ames se flétriroient encore après que la mission auroit éié lerminée. Dans les course» évangéliques qu’il'avoit eu l’occasion de foire , Vin-
ccnt de Paul s’étoit cruellement convaincu de la disette des bous pasteurs dans les campagnes ; de toutes parts on lui écrivoit pour lui faire connoître ce besoin :« En ce diocèse, lui disoit un chanoine de l’église d’Auxerre , le clergé a peu de discipline, le peuple est sans crainte, les prêtres sans dévotion et sans charité , la science sans honneur, le vice sans châtiment , l’autorité de l’Eglise est haïe et méprisée , l’intérêt particulier domine , les plus scandaleux sont les plus puissans et la chair et le sang y ont connue supplanté l’Evangile et l’esprit de Jésus-Christ. » . '
Je ne rapporterai point ici cette triste correspondance sur l’état du clergé dans la plupart des diocèses de France; il est besoin seulement de se représenter un grand scandale , et ce scandale en présence d’une réforme hardie , toute vivante encore dans les opinions de la société , pourdemeurer convaincu de l’impérieuse nécessité d’un institut capable de donner de bons pasteurs h l’Eglise de Jésus-Christ. Dans les temps calmes , la conduite de chaque prêtre pêut n’appartenir, jusqu’à un certain point, qu’à Dieu seul; lui seul pénètre dans son cœur pour le juger ; mais , dans des temps d’impiété et de calomnie, le prêtre doit veiller jusque sur ses actions les plus innocentes, parce qu’étant en spectacle, tout jusqu’à ses paroles devient dans le langage des partis des argumens pour une cause ou des objections contre elle. Qu’il veille donc , le bon pasteur; qu’il force, par sesbienfaits, ses ennemis à l’admirer; qu’à la science il joigne la modestie; qu’avec la plus stricte sévérité de mœurs pour lui-même , il
professe pour les autres cette indulgeocc qui entraîne les cœurs et les attire h Jésus-Christ. Voilà qui est important et grave pour le prêtre , et ce qu’on ne Iroiivoit pas4oujours au temps oü parut Vincent de Paul.
11 a déjà été dit dans cet ouvrage de .quelle manière le jûeux serviteur de Dieu chercha des remèdes au mal morxd qui meoaçoit la V clergé; les principaux moyens qu’jl employa furent :