‹ Vie de s. Vincent de PaulChapitre 24 sur 28 · DE LA CANONISATION · texte numérisé non relu

DE LA CANONISATION

s. VINCENT DE PAUL.

Malgré les précaiilions que prit toujours notre saint pour cacher sps vertus , elles ont transpiré , cl un écrivain , qui accuse très-mal à propos les enfans d’avoir rouçi de la gloire de leur père , so fait un plaisir de reconnôUre que peu de personnes de son état se sont fait une plus grande réputation (i). Le temps ne l’afloihlit poin^ celle réputation si justement méritée , et des miraclps de tout genre la eonfirroèrent toiisle? ans! C’est ce qui fit enfin penser à sa béatification. La nouvelle qui s'en répandit bientôt dans les provinces charma tous ceux qui aimoient l’Eglise. Les rois et les princes s’unirent à leurs sujets pour prier Clément XI d’entamer celle grande affaire. Ainsi*, on vit

(i) Mémoires du père d'Avrigny , réfutés dans le» Lettres du Prieur de Saint-Edme quant à l’article d’un ' prétendu rctrancKomeat du tèle do saint Vioceut contre le janséuisnic.

’ Djgltized by Googie

r taroitre dans un pelit nombre d’années des ellres du roi de France , du roi’et de la reine d’Angleterre, du duc de Lorraine, du grandduc de Toscane , du doge et de la république 'de Gènes, et d’un bon nombre de cardinaux.

Pour ce qui est des érêques , comme il y en a trop pour qu’on puisse les nommer ici , je me contenterai de dire qu’à presque tous ceux du royaume il s’enjoignit de Pologne , d’Espagne, d’ilalie , des îles delà Grande-firctagne , etque ceux qui n’avoient pas toujours été bien d’accord sur d’autres matières , comme les Bossuet, les Fénelon , les Monlgaillard , célébrèrent de conceri l’espérance et la charité du serviteur de Dieu. L’assemblée de 1 706 , présidée par L. A. , cardinal de Noaillcs , fit en corps ce que les autres prélats avoient fait dans leurs diocèses. Les diapitres de Notre-Dame et de Saiul-Germain-l’Auxerrois 'Suivirent le môme ej^emple. La ville de Paris , représentée par son prévôt et ses échevins , écrivit aussi , et elle le fit d’une manière digne d'elle et du grand homme dont elle vouloil procurer la gloire. A ces lelires se joignoient celles des premiers supérieurs de la Doctrine Chrétienne , de l’Oratoire et de Sainl- Sulpice ; des abbés de Sainte-Geneviève , de Grandmont , de Prémontré , de Saint-Antoine, de Rengéval et de Bonfay ; des généraux de la congrégation de Saint-Maur, de Saint-Vanne , de la Mii>erve , des Minimes , des Carmes, etc.

On auroil tort de s’imaginer que ces îcltrcs ne sont qu’un tissu de lieux communs, qui , à force de, dire beaucoup en général , ne disent presque rien en particulier. De toutes celles qui nous restent , etque le pape fit imprimer à

Borne , en 1 709 , il n’y en a prcsqne pas une cyui n’arlicule dos faits relalifs à ceaK qui les écrivent. C’est ainsique le roi d’Angleterre motive ses instances par les services que Vincent rendit è ses royaumes d’Ecosse et d’Irlande dans les temps les plus orageux. El il auroit pu ajouter que de ceux qui rendirent ces services importans, l’un gémit long-temps dans un cachot par les ordres du parricide Cromwel ; l’autre fut barbarenienl écrasé sous les yeux de sa propre mère. C’est ainsi encore que le duc de Lorraine dit que «la mémoire de ce grand ser- » viteur de Dieu est dans une très-grande vénéra- « tion parmi les peuples de ses états en recon^ «Doissance des secours spirituels et temporels «qu’ils en ont reçus dans les temps lesplus mal- » heureux. » Enfin , c’est ainsi que messieurs les prévôlsei éohevinsde Paris, dont la lettre est une des plushel les qu’on ait écrites surcesuje\ après avoir rappelé «les vertus héroïques que Vincent » de Paul a pratiquées pendant plus de cinqnantc «ans dars la capitale, la bonne odeur de Jésus « Christ qu’il y a répandue en tant de manièies , «la réputation de sainteté dans laquelle il y est «mort , continuent en ces termes : Y a-l-il , «lrès-sainl*père, une espèce de misérables au «soulagement desquels M. Vincent de Pau' n’ait i> pas pourvu ? Les Filles de la Charité , dont U «est l’insliluteur , etqniont plus de trente-cinq » maisons dans Paris, et près de trois cenis au- » dedans et au-dehors du royaume, instruisent les » eofans des pauvres, et leur rendent le? plus hu- « niilians services dans leurs propres cabanes ou » dans les hôpitaux, a>ec une charité , une mo- » destic , une adresse dont les riches sont autant

i> édifiés que les pauvres instruits et soulagés. Les » pauvres familles ont une ressource assurée dans » ces confréries , dont il a formé le plan , qui »sont établies dans presque toutes les paroisses > de cette ville, et, qui plus est, non-seulement » dans la plupart des vUles , mats encore dans 9 presque tous les bourgs et beaucoup de villages »du royaume. Uu incendie a-l-ü fait quelque » ravage , on débordement ou la stérilité ont-ib * désolé quelque province, une assemblée rétgulière do dames très -distinguées par leur » naissance, eteucore plus par leur piété, formée >par la pieuse industrie de ce charitable prêtro, »et conduite par les supérieurs généraux des smissioDs , ses successeurs , consacre un jour »ile la semaine è l’examea et au soulagement ' > de ces besoins. C’est lui qui continue de servir ade père à une infinité de pauvres enfons abanadonnés et exposés , dont le nombre , chaque a année, est prodigieux en cette ville, paria RQompassion qu’il a eue et qu'il a inspirée pour aenx. C'est d’elle dont lea pauvres malneur açcux qni sont condaninéa aux galères ressens aient tous les jours les effets. Nous ne vous-db «sons , très-saint père , qu’une partie de ce que » nous voyons , etc. s

La lettre du clergé de Fraooe avolt encore TOelque chose de plus vif. Le cardinal de NoailLes , après avoir remai'qué que c’est ao siège apostolique qu’il appartient d’informer de la vie et des raoaurs de ceux qu’on vou| mettre au nombre des saints , dit en propres termes que Vincent de Paul est un de ceux dont rassemblée générale croit pouvoir demafte der hautement et sans crainte la canonisation :

lUtemqU 6 Vobi^ cxpcndendum non timidà pro ponimus. 11 iijüule que la vie de ce saint prêtre U élé un prodige , vita pro osUnto fuit , et que toute la France est si pleine du bruit de sa ^intcté , qu'on a toutes les peines du monde à empêcher les peuples de lui rendre un culte qui seroit blâmable s’il étoit précipité : Sanctilalis fama Gallias latè iniplet, tantdque ceUbritatc percrebuit , ut immaturi piornm homtnum cuUus , vue acTéO vixquidcin possint coliibert. 11 iinit par ces belles paroles qui marquent si bien l’esiime et la vénération : Daignez donc , très-saint père , écouler nos vœux et ceux dos peuple». Décernez il Vincent les honneurs' qu’il a si bien mérités. Lui ériger des autels c’est on ériger à la religion : Nosiris ergo ac. populorum preeibus , optalisquc annue , bealiisime Paler, débitas Vincentio decerne honores , et triumphum impera retigionis.

Pendant qu'on écrivoit toutes cos lettres , les commissaires nommé* dès 1704 par son éminence, Iravailloient au procès informatif , et ce travail les occupa plus de dix-buit mois.

Quoique Vincent fût mort depui# quarante-cinq ans , il se trouva cent qualre-vingt-huil témoins qui rendirent justice à sa mémoire ; et ces témoins, joints aux évêques qui écrivoient en sa faveur, cl qui l’avoient connu, ou par euxinémes, ou sur le rapport de ceux qui l’avoient pi atiqué , formèrent un corps de preuve» si complet qu'on eût pu croire que l’all'aire seroit presque aussitôt finie que commencée. Mais la précipitation n’est pas le défaut de la cour de Renie. Les sollicitations multipliées semblent redoubler sa vigilance. A tout elle répond, avec

son flegme élernei , que ce qui est bien fait est toujours fait assez loi.

Ce ne fut qu*en 1708 que ce procès-verbal fut envoyé à Rome. On y on joignit un autre de non crdtn, c 5 il éloit prouvé que l’Eglise de France , quelque zèle qu’elle eût pour la béaii-* flcalion de Yinccnt de Paul . n’avoil point prévenu le jugement du Saint-Siège , et que ni les prêtres de la mission , ni personne en place, i>c lui avoient rendu les honneurs qui se défèrent aux saints canonisés. Ces deux procès, qui, selon l’usage de la congrégation des Rits , u'atiroientdù être ouverts qu’après dix ans écoulés, forent evaminé.s l’annoe meme. A celle grâce,' que le Sainl-Père accorda sans doute aux instances de tant de souTorains , de cardinaux , et d’évêques, qui le prioient de couronner les mérites d’un des plus saints prêtres que l’Eglise ail jamais eus , il en joignit une autre , qui fut de nommer pour rapporteur delà cause le cardinal de la Ti’émouilie.

Comme le# procès-verbaux dressés par l’ordinaire ne servent qu’à faire connoitre aux Romains si la cause mérite d’êt're entreprise , dès que le Saint-Sil^e eût jugéquc'cellede Vincent de Paul pouvoit être entamée, le cardinal Carpini expédia, au nom du fonvorain Pontife, des’ lettres rémissoriales et conijnüsoh es (1).

(ly Les lettres réitiistorlalet sont cefd's de la conitiùssioR. Les kilrci 'cwpuisetruj'pei au-Uenl de rcoocrir au procès fait par l'auloriié de rordiuak'è', qu.>nd les témoins qui y ont déposé sont morts. Cette mort doit être protuée par des ceitiflcals en forme ; aulicmtnt on p»ésutnoroU que les témoios ont changé d’arls.

£lles étoient adressées au cardinal de Noailles , il Arles de Lionne ,.évè^ue de Rosalie , et à lluiubcrl Âncelin , ancien évêque do Tulles. Par ces lettres les trois prélats , dont au moins deux dévoient toujours as;ir ensemble , étoient chargés d’instruire dans l’espace d’un an le procès in. Rentre,

Quoique ce procès , en général , décide peu

E our le fond , il sort cependant h prouver que \ répiilalion du sujet dont il s’agit se soulient toujours, et que depuis le bruit qui s’est répandu des premières procédures il ne s’est rien présenté qui doive empêcher qu'on ne continue. Ou a’enlendil que quatorze témoins, à la tête desquels furent César d’Cstrées, cardinal de la sainte église; François de Saron , évêque de Glennont; Jean-Baptiste Chevalier, sous-doyen do la givuul’clmubre du parlement, etc. Leurs dépositions, qui ne doivent être que génér.iles, furent uiiun'uues. Tous assuittîrent , avec serment ,qun leséniiuentes vertus de Vincent de Paul lui avoient concilié le respect de la ville , de la Cour, de la France toute entière; que le bruit de ses miracles se (épandoit de plus en pins, et qiio son tombeau étoiuhonoré par le concours dus peuples.

Dans la crainte de voir dispoi oitre des témoins d’mi aussi grand pi>i(lsqmr Al. de Lamoignon , on obtint du jnpe la. permission de recevoir dos déposUlons rlvlaiilées de.s vieillards et desvalétudiuaires (i). La commission en fut

(i)On l'appelle Proc«stiu in specit, ne pereant proba~

donnée aux trois prélats dont oû a fait menliuu. Ils n'avoient que *six mois pour faire ce nouveau procès; il fallut en demander six autres. 11 se présenta soixante-un témoins depuis l’âge de soixante ans jusqu’à celui de quatre-vingtdix , et chacun cl’eux avoit de si belles choses à dire qu’il fallut travailler beaucoup pour n’être pas obligé à demander au Saint-Siège une nouvelle prorogation.

Le premier de ces deux procès ayant été reçu à Rome avec une espèce d’applaudissement , les trois commissaires eurent ordre d’instruire durant le cours d’une année, le procès ♦ in specio. Il leur étoit en même tetnps prescril de terminer la procédure par rouverlure du tombeau du serviteur de Dieu, et une exacte visite de toutes les portions détachées de son corps qui pourroieiit se trouver dans la ville et dans le diocèse de Paris.

Après avoir encoreentendacinqnante-qnatre témoins, parmi lesquels se trouva l’archevêquede Vienne , Armand de Montmorin , le cardinal de Noailles procéda, le i8 février 1712, à l’ouverture du tombeau. On jugé bien que le moment où le saint corps devoit paroUre ou ' jour fut attendu avec des sentimens mêle's do crainte et d’espérance. 11 y avoit plus de cio-

^ uanle-un ans qu’il étoit en terre, et cela ans une église où l’on n’a jamais trouvé de corps entiers. Dieu pouvoit l’avoir traité comme Ita autres ; il pouvoit l’avoir conservé. Cette de^- ^ nière conjecture se trouva vraie , et les experts, dont l’un étoit docteur et régent en médecine , l’autre chirurgien des camps et armées du roi , après une visite des plus exactes, finirent leur

* ( 24 1 ) rappori juridique par ces paroles : « Enfin nous » pouvons allesler.coinme nous faisons, que nous

• avons trouvé un corps tout entier et sans au- *»cune mauvaise odeur. » J'ai toujours oublié d<! dire qucM. Jean Bonne! , qui , en qualité de su périeur général de la congrégation , étoit présent a ce spectacle , en fut si interdit qu’il se relira tout effrayé , et ne revint qu’aux ordres du cardinal - archevêque contempler d’un œil fixe le corps de son bon père. Ce fut le tenue de M. de Noailles.

Après la clôture du procès, ce prélat écrivit au pape pour lui rendre compte de la manière dont les deux autres commissaires et lui s’étoient comportés. « 11 y atteste d’abord à Sa '» SaFnleté et à |a sacrée congrégation des Bits, » qû’on a observé dans le cours de la procédure

• tontes’ Itè règles prescrites par Urbain VIII et » par Innocent XI, et nue tout ce qui a déposé "«touchant la vertu et les miracles du serviteur

» de Dieu , l’a été par des témoins dignes de foi , A et dans lesquels ni lui , ni qui que ce soit . n’a » rien remarqué qui pût le moins du monde les «rendre suspects. «Puis il continue en ces termes : « Ainsi , très-saint père, non content des «prières que j’ai présentées au trône de votre «Sainteté, conjointement avec le clergé de ‘«France, dans la lettre que j’ai signée en son «nom, je prends la confiance de lui en adres- » ser de nouvelles. Ce sont les plus grandes , l<;s «plus vives, les plus fortes qui puissent partir «d’un cœur qui , dans celte affaire , ne cherche «que la gloire d« Dieu et riionneur de ses ser- «viteiirs. »

‘‘Les évèqurs de Tulles et de Rosalie écrivi-

rent aussi h Clément XI une lettre comminie , qui, quoique beaucoup plus courte, dit en substance la même chose. Les deuj sous-promoteurs, Achille et François Thomassin , écri- TÎrent en même temps à Pi’osper Lambcrlini , promoteur de la foi , que son mérite a depuis élevé sur le siège de Saint-Pierre. Leur lettre rend justice h la probité et à la religion des témoins q-i’ils ont cités d’office ; Otnnes, disentils, omni exceptione majares, et pietate ac re~ ligtonis zelo conspicuos, Toules ces lettres sont du premier mars 1712.

Après l’examen de ce procès et des règles .■ que le saint prêtre avoit données aux trois étnblissemens dont il est instituteur, il fallut enfin en venir à prononcer sur l’héroîcité de ses vertus. Ce point capital se traite tcujours en trois congrégations. Dans la pretnière , qu’on nomme anti-préparatoire , le promoteur fait ses objections. Dans celle qui suit , et qui est la préparatoire , les consultenrs proposent tout ce qu’ils jugent h propos, et d’ordinaire ils suspendent leur jugement jusqu’à cequ’on ait éclarci leurs difficultés. Dans la dernière, qu’on appelle (^initive, il faut nécessairement prendre son parti , et décider par oui ou par non. Cette dernière , malgré les instances du clerçé do France qui avoit écrit pour la troisième fois, de Louis XV et do son auguste épouse , qui écrivirent aussi , ne se tint que pins de .douze ans après la première. Et ce fut enfin alors que Benoit XIII décida solennellement qn’il étoit prouvé que le vénérable serviteur de Dieu, Vincent do Paul , avoit possédé dans un degré héroïque les vertus tant théologales que cardinales, et

cellcâ <Jüi leur sont annexé*;*. L’évérjiie de Cavaillon , qui éloit un des consuUcurs, avouqu’on n’avoit jamais guère vu d’exempici d’une pareille unanimité.

Le décret qui d*;cide de la saiiHelé ne décide pas du culle public. 11 faut que Tien fasse connoltre qu’il veut que ce culle soit décerné , et c’est par les miracles qu’il est censé le faire connoUre. Sur ce grand nombre de |)rodig*iS

3 ui s’étoîéBt opérés sur le tombeau de Vincent e Paul , ou par son intercession , on en aVoil d’abord clioisi soixante-quatre des plus frappans. Mais la crainte de s’exposer aux discussions interminables d’un conseil qui par amour pour l’église ne passe pas toujours ce que les ennemis de l’église auroient passé , fit qu’on se contenta d’en proposer huit que la voix publique a voit annoncés comme miraculeux. 11 n’en falloit que deux Lien avérés; le Saint-Siège en approuva quatre.

Le premier s’éloit opéi-é sur Cdaudo- Josejd* Compoin , qui , ayant entièrement perdu la vue à l’âge de dix ans, la recouvra dans un instant aussitôt q*j’il eut commencé sa neuvainy sur fil tombe du serviteur de Dieu. '

Le second se fil sur Anne l’iluillier, jeune fille de huit ans. Kilo éloil imrctfe de naissance, et si paralytique des deux jambes, que jusqut*là elle n’avoil pu faire un pas. Sa mère, qui bien ou mal n’avoit voulu lui faire aucun romede , fit deux neuvaines pour elle. Un double miracle, pour no rien dire déplus, fut le fruit de sa persévérance. La petite 1 îluillier marcha ferine et parla distinctement.

L’opérjtian d*a Dieu n’éclata pas rn-cins dans

le IroiMème miracle. Malhurlne Guérin , ilile de la Charité et d’un vrai mérite , ayant été attaquée à la jambe d’un ulcère qui faisoit horreur, et que lej médecins nomment dénique , parce qu’il ronge jusqu’aux os, se dit enfin , après trois ans de souffrances qu’une fille du saint prêtre pourroit trouver è son tombeau la même ressource que tant d’étrangers y trouvoient tous les jours. Sa confiance ne fut pas vaine. Le neuvième jour de ses prières sa jambe se trouva aussi saine qu’elle eût jamais été. Les humeurs mordicantes qui faisoient son mal ne quittèrent pas une partie pour en affliger d’autres. Son rétablissement fut entier; et pendant six ans qu’elle vécut encore , elle continua le service des pauvres avec autont de liberté que jamais.

Euûn, la dernière guérison fui celle d'A,lexandre-Philippe Le Grand. Ce jeune homme, qui dès sa naissance avoit été porté è Fhôpital des Enfans-Trouvés, y devint à l’âge de sept ans, si perclus des bras et des jambes, qu’il ne pouvoit ni marcher, ni porter ses mains h la bouche. Florent Franchet , l’un des plus habiles chirurgiens de Paris, et qui depuis vingt ans l’étoit de cette maison , ayant vu que tous les remèdes possibles n’aboulissoient à rien , fit enfin son ordonnance , et déclara que Le Grand ne pouvant guérir, il falloit le transporter à l’hôpital général , où il y a une salle pour les incurables de son âge. Avant d’en venir là , Elisabeth Bourdois, fille do la Charité , voulut tenter des remèdes supérieurs. Elle fit commencer une neuvaine sur la tombe de Vincent de Paul. Elle a’éloit pas finie, qu’Alexandre

recouvra le mouvement que quatre années de remèdes n’avoient pu lui procurer : il fil à pied et sans appui une demie-lieue pour retourner à son ancien domicile. On porto le même Jugement à Rome sur cet évènement que l’on en avoit porté à Paris, et il se soutint contre les attaques du promoteur de la foi.

Celui-ci , aans une Cour où souvent de plus de quatre-vingt-dix miracles on n’en passe pas nn , a comme un protocole d’objections qu’il fait valoir. Dans ses répliques on ne trouve ni vaines déclamations, ni un amas confus de paroles qui ne signifient rien. Ce que les plus savons médecins, depuis Hippocrate jusqu’à no'^ jours, ont dit de toutes les maladies imaginâmes, lui sert de principes. Ce que la nature seule , soit au jugement des maîtres de l’art , soit au rapport des historiens, a opéré dans dés cas à peu près semblables, vient à son secours.

Un expert d’une science consommée est interrogé; son doute seul est décisif contre le surna- s’ turel de l’opération. S’il est forcé d’y reconnoUro la main du Tout-Puissant, son suffragepeut être et est souvent combattu. Un second expert est chargé d’un nouvel examen ; son rapport comme celui du premier, se fait devant une assemblée intelligente ; et de tant de personnes respectables par leur probité et leur vertu , U n’en est pas une qui , comme l’apôtre, ne prenne Dieu à témoin au péril de son âme et de son salut éternel , que la vérité et la justice sont les seules règles qu’elle a consultées. ^ Qu’on ajoute à cela les prières, les communions, les sacrifices qui s’offrent en tant de lieux pour attirer l’esprit saint et sa lumière ,

on lomi)cra d’accoril que l’Cglise romaine prend lo,ilo:j les mesures possibles poyr dviter le mécoinple et l’erreur.

Benoît XIH, après avoir enteqdu les cardinaux cl Içs coiiMilleurs, et pris encore du temps j)our implorer le secours du ciel , publia enfin le décret le i 3 ^loût I72>), qui met Vincent de Paul au nombre des bienlieureux. L’applaudistenient avec lequel ce décret fut reçu dans loules les parties du monde, fit autant d’honneur h ce digne prêlre, que la magnificence avec laquelle sa. fête fut célébrée dans la superbe basilique du Vatican, le 21 août. Il s’y trouva dix-liuit cardinaux de la congrégation des Bits, el vingt-huit, tant prélats (jue consulleurs delà même congrégation? Le pape y vint l'aprci-midi ; et, après avoir adoré le saint sncrcmenl, il «dla sc mcttni b genoux devant l’imago du nouveau béatifié. Dans ce jour do.

triomphe , Vincent de Paul fut aussi grand aux yeux de la religion qu’il avoit clé petit b ses propres yeux peiid;u)t qu’il vivoil sur la terre.

La meme lèle sc fit b Paris le 27 de septembre ; el quoique son corps no fût plus entier, comme il n’.ivoil aucuno mauvaise odeur, et que c’éloil encore une des plus belles reliques du royaume, il fut dès-lors exposé b la vénération des fiflèli's. (lliarles-Gaspard-Guillaumc dos comtes de Viiitimille du Luc célébra pon- ^ Uficalemenl. L’église éloit proprement, ornée , mais sans magnificence. Douze tableaux en camaïeux sur un fond d’azur rappelèrent peutêtre aillant la simplicité du bienheureux que la l'oéinoire de ses principales actions.

il y eut très-peu de diocèses en France, on

Pologne el ou Italie qui ne se missent en mouvement pour lui donner des marques de leur respect. Les prélats de tous les ordres se firent un deToir religieux d’ourrir la solennité de sou culte , et assez souvent d’annoncer eux-mêmes ses vertus dans la chaire de vérité. Les rois, les " princes, les premiers magistrats fléchirent humblement les genoux devant l’image de ce pauvre prêtre, qui tant de fois les avoit fléchis luimême devant des gens de la lie du peuple. Le ciel confirme ensuite le jugement du premier siège par d’autres prodiges , qui roLligèreat de décerner de nouveaux honneurs b ce grand serviteur de Dieu.

Gc fut pour en venir là , que sur de nouvelles lettres remissorialcs, du 5 mai les délé-

gués, qui etoient l’archevêque de Paris, l’évêque de Bethléem (Louis Le Bel), et l’ancien évêque de Yencc (Flodoart Morel de Bourchcuu), entendirent, dans l’espace d'environ deux ans, cent trente-cinq témoins, qui tous déposoiont d’un grand nombre de faits qu’on jugeoit si^

| >éricurs aux forces de la nature. Les trois pr^ ats en rendirent compte h GlémcntXlI ,quiocctipoit alors le siéj^e de saint Pierre, Ils ajoiiloient que pendant qii ils cxaminoiciil les premiers, iniraçles, il s’en étoit fait de nouveaux presque sous leurs yeux , surtout en la personne de deux jeunes Anglaises; et que de tous ceux qui nvrient été guéri.s par rinlerces.'iiou du bi^iÿheureiix , il n’on étoit pas un seul qui eût eu cb? ces convulsions insensées qui aroieiit fait Wint de bruit h Paris.

Quoique pour la canonisation d’un saint on’ n’ait besoin que de deux miraçles, on en pré-

seula se[)t h la sacr6o cou^régatiyu. Jeu’cu rapporterai que trois.

Le premier avoit été opéré sur Warie-Thé rèse Péan (le Saiat-Gilles , religieuse bénédic' line à Montmirel , où elle se nommoit sœur de, Saint-Basile. Dès l’enfaûce on reconnut en elle un germe fécond d’infirmités. Admise avec bien de la peine à faire sesvœnit , elle fut deux ans après attaquée d’une apoplexie des plus fortes.

Les remèdes violens qu’on lui fit prendre redoublèrent ses maux : dès-lors elle ne marcha plus qu’à l’side d’un bâton et avec beaucoup d’incommodité. On ne négligea rien pour la rétablir : on lui fit prendre les bains à Bourbonne ; on essaya les changeraens d’air ; ses parens la firent voir aux plus habiles médecins de Paris durant le séjour qu’elle y fit chez eux. Voici, mais en bien peu de mois» le résultat do cesdif-, férentes tentatives.

En 1 720, la mère Saînt-Basife eut des redoublemens de fièvre plus forts ({u’auparavant. Une, rétention d’urine qu’elle éprouvoil déjà la réduisit à l’usage de la sonde. Il se forma dans les conduits naturels deux ulcères , dont on ne fait qu’afibiblir l’idée en disant que c’étoit quelque, chose d’afl'rcux. La chair, qui , avec la sonde , en sortoitpar lambeaux, et la nature des accidens périodiques , annoncèrent enfin que la masse du sang éloit toute infectée. Joignez à cela une enflure qui gagnoit jusqu’à l’orilicc de l’estomac , une paralysie complète dans cette moitié du corps, qui avoit paru foible dès l’enfance , une soif dévorante , une insomnie perpétuelle , des crises qui aflbiblissoiont sans soulager, et vous aurez ((uelque chose de moins

que la quarantième partie des douleurs que souffrit pendant plus de onze mois cette vierge aflligée. Ce qui ta loucha plus sensiblement, , c’est que pendant les trois dernières années elle ne put absolument se passer du secours du chirurgien. Ce ne fut au reste qu’en la menaçant do la traiter d’homicide d'elle- même, et de loi refuser les sacreinens, que son directeur vint è bout de la soumettre è uue si dure humiliation.

Tel , et plus triste encore , étoit l’état de la religieuse de Montmircl , lorsque Jean-Joseph Languet de Cergy , alors évêque de Soissons , arriva dans cette petite ville , pour y ouvrir la fête de la béatllîcation. Il souhaita qu’avant d’enfermer dans une châsse la relique du bienheureux prêtre , on la portât h la soeur de saint y Basile. Celle-ci baisa cc dépôt avec respect, pria qu’on y fît toucher un linge qu’elle appliqua sur son corps , et sentant croître sa eonflance , demanda pour toute grâce h cct ancien père des affligés qu'il daignât lui obtenir de Dieu la guérison de ses ulcères , et par conséquent de cette rétention humiliante qui l’assujétissoit à une main étrangère.

A peine avoit-elle fini sa prière , qu’elle se sentit exaucée. Ses ulcères et les douleurs immodérées qui les aecompagnoient disparurent.

Plus de rétention , plus de fièvre , plus d’insomnie , plus de vestige de celte soif insatiable que rien ne pouvoit d^altérer. *

Quelques jours après, en se faisant lire la vie du serviteur de Eiieu , elle fit réflexion que , , s’il la guéi'issoit dfx s* paralysie , elle seroit plus en étal d'imiter quelques-unes de sés sublimes

verli’.s , el do contribuer par sa voix à ia beauté des olllces. lin conséquence de cette idée , elle commença une ncu vaine; et , quoiqu’il résulte de sa déjjosiliün que celle nouvelle grâce la touchoil Lien moins que celle qu’elle avoit oblemie, elle ne laissa pas de la demander avec l’ei vcur. Sa patience ne lut pas mise h une longue épreuve. Le troisième jour elle se sentit lorleiJîcnt inspirée de sortir du lit el de marcher. Son essai fut tout à fait heureux : elle n’eut pas hesolu d’appui , el peut-être n’avoitelle jamais marché si ferme. Au bruit d’un miracle si louchant accoururent et religieuses , et sœurs converses, el pensionnaires ; toutes rouliirenl voir de leurs yeux ce qu’elles ne poiivoienl croire sur la foi d’autrui. 11 en lut do n'êincd(!s magistrats et des meilleurs habilans de la \i.Ie,qui, sans cesse rchalLus de la crnuiie situation de cette lilie do douleurs , se hâtèrent de la voir cl de la féliciter. J’eus le même bonheur plusieurs années après , et je la trouvai pleine de santé el do rcconnoissance pour le saint â la médiation duquel on devoit allribuer son étal.

Le second miracle , dont je ne dirai qu’un mot , s’opéra sur François Richer , marchand à Paris. Ayant voulu lever un ballot trop pesant , il se rompit le péritoine. De là une descente d’épiploon el d’intesliu aussi complète qu’elle lu jmisso être. Malgré le secours d’im habile chirurgien qui remclloil les choses dans leur situation naturelle , elles retombnicnt.souvent , et alors Richer se Irouvoil mal jusqu'à perdre coynoisfancc , quelquefois même jusqu’à rendre les ' cxcréuicns par la bouche. Il relomba encore le

malin du gçur où l’oij deroit faire rouverluro du tombeau de notre bienheureux prêtre, ün de ses amis , à qui ce marchand raconta ce qu’il vcooit de soull'rir, le couduii>it 5 l’éjtlise de St.- Lazare. Kicher fit sa prière sur la tombe du suint. Il ne b fit pas longue à cause de la cérémonie qui alloll commeucer , mal.5 il la fil si vive, qu’à je ne sais quelle révolution qu’il sentit alors , il jugea , sans hésiter , qu’il étoit guéri. De retour à la maison , il commença , sans autre examen , par jeter son bandage au feu , en pr^ sencc de sa femme, qu’il voulut surprendre , et qu’il surprit si bien , qu’elle fut tentée de croire qu’il avoit perdu l’esprit. Dès ce moment il travailla sans précaution dans son magasin , et il marcha toujours avec une pleine sécurité. Mais pendant qu’il meltoit l’œuvre de Dieu à des é'preuvcs qui éloienl de son goût , Dieu ù son tour le mil à uuo épreuve qu'il ne cherchoit pas. Un soir qu’il fuyoit avec précipitation des gens qui ne lui vouloicnt pas de bien , il tomba dans une carrière de la hauteur de deux étages. Due secousse si violente , si capable de donner le mai à un houimc qui ne l’auroit jamais eu , ne rouvrit point sa blessure, et le chirurgien trouva les choses dans l’état où il aroil plu au Seigneur de les remettra.

Le troisième évèncinont regardoit une personne plus considérable , et c’est pour cela qu’il fii un plus grand bruit dans' Paris, lin voici le détail . tiré , comme ceux qui précèdent , des actes les plus authentiques.

Louise-Elisabeth de Sackrillc , fille anglaise et d’une fort bonne maison , après quatre ou cinq mois de fièvre, perdit absolument l’ù-

sago (le la jambe droite; Pour peu qu’elbî voulût l’appayer à terre , elle seutoit à la haache des douleurs si aiguës , qu’elles la faisoient tomber en foibicsse. Ni les remèdes que prescrivirent les plus savans médecins do Paris , ni la douche et les bains de Bourbo:>rArchambaud, ne purent adoucir son mal. Âit contraire , elle se trouva si épuisée depuis scn voyage, qu’elle reçut deux fois les sacrcmens dans la même année. Ou ne pouvoit , sans être ému de compassion , voir une personne si jeune réduite à l’usage d(îs potences , et traînant après soi une jambe qui pendoit de son corps , comme pend d'un arbre une branche qui n’eu reçoit plus ni mouvement ni vie.

Deux filles de la communauté de Saint-Thomas- de-Villeneuve lui ayant raconté qu’une de leurs sœurs avoit été depuis peu , par l’intercession du bienheureux saint Vincent ,, guérie d’une infirmité assez semblable à la sienne , elle se détermina enfin h y commencer une neuvaine. Cette course fut très-péniblo pour la malade. Ou la porloit au carrosse , et ou l’en descendoit à peu près comme une masse inanimée. Pour arriver jusqu’au lieu où elle devuit entendre la iuesse , le secours de ces potences ne lui suâüsoit pas , elle avoit encore besoin de celui do deux domestiques. Un prêtre de la maison ayant su d’elle qu’après sa neuvaine elle n’étoit pas mieux que le premier jour » lui fit baiser le reliquaire où est, enfermé le coeur du saint, et exhorta cette malade à la persévérance.

Elle étoit moins éloignée qu’elle ne pensoit du terme où devoît éclater sur elle la liiiséri-

corde de Dieu. Dès îe lendemain elle sentit que sa jambe , jusque-là froide comme le marbre , roprenoit sa chaleur naturelle : à l’instant elle dit à Thérèse - Xavier , sa sœur, qu’elle se croyoit en état de marcher sans appui. Elle le ilt en effet , et avec autant de facilité qu’avant sa maladie. La jeune de Sackville , tout hors d’elle-mêmc , en porta rapidement la nouvelle aux femmes de chambre de la maison : elles accoururent; et, à la vue d’une si étonnante révolution , il y eut bien des larmes répandues.

Les deux sœurs étoient loj^ées chea la dame Hayes , qui étoit de la religion prétendue réformée. Il fut question de voir comment on s’y prendroit pour lui annoncer un événement dont elle devolt être doublement frappée. La miraculée s’arrangea de manière h causer le moins de surprise qu’il seroit possible. Elle lit prier cette dame do passer dans son appartement , où l’on avoit une bonne nouvelle à lui apprendre. Mais dans les premiers accès d’une joie vive , on n’est pas toujours bien maître des termes. Elisabeth de Sackville se fit assez de violence pour n’aller pas au-devant de la dame Ilayes, elle la reçut même assise à l’ordinaire. Mais interrogée sur la bonne nouvelle (ju’elle avoit h lui dire : « Madame , répondit- » elle , j’ai fait une neuvaine au bienheureux » Vincent de Paul ; je suis guérie, et je marche. » Au moment elle se lève et marche comme une personne qui n’a jamais riea souffert.

Madame Hayes no jouit pas alors long-temps de ce spectacle. Son saisissement alla plus loin qu’on eût souhaitéi Elle s’évanouit si bien , qu’on eut de la peine à la faire revenir au bout

d’une heure entière. Elle parla ensuite de ce uiiracle comme eût fait une zèlèe catholique , '' et elle J’allesta par un cerlilicat écrit de sa main , avec permission à sa bonne amie d’en faire tel usage qu’elle jugeroit à propos. Son mari , qui voyoit ce que la Cour et lu ville ont de plus grand, ouLlia presque alors qu’il étoit d’une secte accoutumée à traiter de Jablcs les miracles qui se font dans l’Eglise romaine. 11 ne rnconla cet évènement que comnio une chose tjui passoit les forces de la nature, et ce fut en cc sens qu’il en parla au cardinal de Fleury.

Tel fut le prodige qui, quoique dégagé de tous les accidens qui auroient pu rghscurcir, ]>arul encore trop foiblc aux yeux de la congrégation dos Rits. C’est une nouvelle preuve de ce que d’autres ont dit avantnous, qu’il y a plus de rigueur dans les examens du saint siégo, , qu’il n’y en a dans ceux de scs ennemis les plus déclaré». Pour s’en convaincre , il suffit de Comparer le jugement porté à Rome avec celui de la dame Hayes. Celle-ci , après avoir attesté devant Dieu qu’elle ne parle que pour rendre té«ioignage à la vérité , déclaré que « niadeiuoi- » selle Louise ElisaLolh de Sackville tumha ,

» dans sa maison , dangereusement malade vers »le mois de mars 1730, et qu’entre les autres » accidens de sa maladie , qui la réduisijrent

• plusieurs- fois à l’extrémité , elle devint enlièii-emcnl paralytique de la jambe droite, qui » devint froide comme la glace. J’allesle encore,

• poursuivit-elle, que pendant l’espace d’envi-

• mn trois ans, je l’ai vue traîner s?i jambe sans “■ ■ • pouvoir s’en servir en façon qnulcouquo i ce

• qui a duré jusqu’au 29 décembre 1702, où

• elle en recourra l’usage dans un momonl , > bien que depuis long-leinps cilc n’eûl l’ait au- » cun remède , et qu’ella efit été jugée incurajble

• par le sieur Chirac et tous ceux qui l’avoienl

I traitée; de manière qu’on ne peut altribucr /qu’à Dieu seul une guérison aussi prompte cl «aussi parfaite; et j’en demeurai si smpriso, «qu’au moment qu’ollc arriva, ladite do Sack- «ville m’ayant fait appeler comme j)Our m’ap- « prendre une bonne nouvelle , je m’évanouis en » la voyant marcher, et restai long temps sans «en pouvoir revenir. Je passai laplus grande «partie de la nuit sans dormir; et voulant in’as- « surer si la guérison éloit solide , je me levai «le matin pour voir si elle desccudroil aisément «l’escalier, cl si elle nionleroit en carosse sans «appui, pour aller au tombeau du bienheureux «Vincent de Paul, auquel elle s’étoit recom- « mandée : je vis de mes yeux qu’elle dcscen- « doit le degré, et qu’elle montoit dans la voi- « ture sans appui , et je la fis souvenir de faire «porter par un domestique ses potences au «tombeau du bienheureux. Efi outre, j’atteste » que depuis elle a continué à marcher avecau- «tanl d’aisance qu’une autre personne, sans «avoir eu ni crise , ni sueur, ni s’èlrc servie des «remèdes, soit avant, soit après sa guérison. «Fait à Pari.s le 5 février Signé, Calho-

«rinc Soracole Ilayes.»

Vincent do Paul est peiU-êlre le seul , après Tapôtre des Indes, à qui nos frères séparés (ij

(() Madame llayttt, e«t aujourd'hui Irès-hopue catholique.

aient dônhé le nom de saint. Quand on marche (le si près sur les pas des grands hommes, on a (|uel‘|ue droit à leurs prérogatives .

do ne fut que le 24 juin ijSG que Clément XII approuva les deux premiers miracles que nous avons rapportés. Le 16 de Juin dé l’année suivante il donna la bulle de canonisation. ^ ne parlerai point do polit trouble qu’elle excita ; mais je puis bien dire que lorsque Pierre-Gilbert de Voisins en requit la suppression , il parla de Vincent de Paul h peu près comme avoientfnit de son vivant et après sa mort, les De Molé, les Lamoignon , les Le Pelletier, et tant d’autres illustres magistrats ; c’est-à-dire , qu'n annonça « la nouvelle canonisation comme «celle d’un saint d’autant plus vénérable à ce » royaume , qu’après l’avoir édifié par ses exnms pies, il a laissé d(.'s moniimens durables dosa «piété et de son zèle. « Le parlement déclara aussi dans ses remontrances au roi, qu’il n’avoit voulu» donner aucune atteinte à la vénération «que toute la France a pour ce saint prêtre; «que, pour autwiser son culte, il no falloil «qu’une bulle revêtue des formes usitées dans s l’Etat. 9

Pendant ces agitations, qui durèrent quelque temps, le saint conlinuoit à faire des miracles de toute espèce , et sa fêle se céléJ)rüil on Europe , on Afrique , dans l’Amérique et jusqu’aux extrémités de l’Asie , avec toute la soieniulé possible. Rome commença , selon l’usage, et la cérémonie »’y fit dans la basilique de Latran. La décoration fut mogninque, et ne le céda qu’à celles dont les soùverains font ‘lû dépense. Les frais en eussent été excessifs

pour UQ corps parliculicr, si la ihcme pompe qui servit à Vincent de Paul,ji’eûl en inêine temps servi à François Régis, à Julienne Fal~ conicri et à Catherine Fieschi , que le pape avoit depuis peu mis au nombre des saints.

En France les choses sc passèrent aussi bien ' qu’on pouvoit lesouhailcr. L’archevêquede Pa-

ris, à la tête de sa métropole et des quatre églises qui ont coutume de raccompagner, coin- .

mença la solennité de l’octave , et elle lut terminée par le cardinal de Polignac. Les plus sages communautés y députèrent, et le duc de , Piichelicu , qui vint exprès de Fontainebleau ^ pour y assister le dernier jour, eut le plaisir du voir, en présence d’une belle et nombreuse as- / semblée , qu’on ne peut bien l’aire l’éloge de la I charité de Vincent de Patil , sans faire celui des

immenses libéralités de la duchesse d’Aiguillon.

L’exemple de la capitale fut bientôt suivi par toutes les provinces du royaume. Pour éviter les redites inséparables du détail , et soulager le lecteur par quelques traits plus intéressons, nous dirons que la fêle s’étant célébrée à Fou- ' •

' tainebleau pendant que le roi y étoit , la paroisse que desservent les missionnaires fut, par ordre do ce prince , tendue à double rang des plus belles tapisseries de la couronne; que leurs majestés vinrent y rendre leurs hommages au nouveau saint; que leur exemple fut suivi de • . ce qu’il y a de plus grand à la Cour; que la reine, qui est en possession d’édifler partout, fut attendrie de la piété d’une jeune fdlo de neuf ans, qui , guérie dans son enfance par l’intcl*cession de saint Vincent , d’une paralysie

formée , profita de la nouvelle solennité , après l’examen de l’ordinaire, pour rendre à son libérateur des actions de grâces dont son âge l'avoit dispensée.

Nous ajouterons que messieurs les comtes d»‘ Lyon , dans la vue d’honorcr un homme qui n lui-mêmcfait tant d’honneur au choix de leurs prédécesseurs , voulurent Lien prêter une de leurs trois églises pour la cérémonie; qu’en présence de leur archevêque, à qui son grand ôge ne permit pas de célébrer, ils iirenl l’office du premier jour avec cette majesté antique qui fait l’hdmiratiop de tous les étrangers; que plus de six-viogls curés du diocèse vinrent proccfsionncllement rendre leurs respects h un prêtre qui fut à la fois leur confrère et leur modèle , et qu’enfin plus de six mille communions qui se firent pendant l’octave, donnèrent, dans la première ville du diocèse , une idée de la ferveur que- saint Vincent avoil aulrefois cofiimunlquée à son peuple de Châlillon.

Ce peuple, à qui la mémoire de Vincent de Paul est aussi ebère qu’il fut lui - même cher h Vincent de Paul , mérite , par son tendre respect pour cet ancien pasteur, une seconde place dans son histoire. Dès que cette ville , qui avoit aulrcfi^is prédit qu’il seroit un jour mis ou nombre des saints, en eut appris la nouvelle , ses transports éclatèrent et devinrent un Iriom-

r 'he. On y reçut les reliques du serviteur de )ieu comme on i’auroit reçu lui-même , s’il étoit venu en personne visiter encore une fois son troupeau. Tous le regardèrent comme un nouveau protecteur disposé à faire pour eux ce que Jéréiuj.e faisoit après sa mort pour le peuple

(Ir Dîeii. L’évènoinenl n’a pas démenti de si jiislos espérances, et les vœux suspendus dans la chapelle où il est honoré, ne prouvent pas moins la tendresse qu’il continue d’avoir pour son ancien bercail , que la puissance aupr^ de Dieu.

Mais ce fut surtout dans le diocèse où il étoit né, et sous les yeux de Kaugusle parlement dont sa province ressortit , que le nouveau saint triompha. Dès que Louis-Marie de Suarez d’Aulan , (iiçne évêi|iie de Dax , eut , par un mandement plein de dignité et de sagesse (du lo juin 1708), annoncé à son peuple la fête de saint y incent de Paul , prêtre et confesseur, natif de la paroisse de Pouj, tout s’ébranla jusque dans le Béarn et la Basse Navarre. Le concours fut si prodigieux , que malgré les précautions que la police avoit prises, des gens même de eon- , dition furent réduits au pain de seigle. Le prélat , touché , attendri de voir presque toutes ses biebis réunies, leur distribua une ou deux fois par jour la nourriture spirituelle que la plupart étoient remis chercher de si loin. Les confesseurs, pendant toute l’octave, n’eurent pas un moment de trêve , et chaque jour il étoit au moins quatre heures du soir, et quelquefois six , qu’on n’aveit pas encore fini de donner la communion. Le gouverneur, le présidial , lo sénéchal , l’élection , toutes les communautés, firent à qui mieux mieux pour honorer leur saint compatriote. La famille do Vincent de Paul , toujours pauvre mais toujours vertueuse , ne s’y distingua que par sa modestie et par l’innocence de, ses moeurs.

. Le spectacle qu’ofi'ril lu ville de Bordeaux fut

t ilus grand , et n’édifia pas moins. La misère et es dignités du siècle s’unirent pour lui donner du relief. A la tête d’une procession très-bien ordonnée, qui de la cathédrale se rendit par de longs détours àd’hôpital où se dcvoit célébrer la fête , marchoient les enfans trouvés, innocent essaim qui , quelque part qu’il soit , doit beaucoup an serviteur de Dieu, parce que le ïèle qu’il eut pour lui à Paris, a servi de règles aux provinces. Entre les deux bannières du saint qui précédoient le clergé du séminaire et de la cathédrale, s’avançoit, un cierge à la main , le jeune de Savignac , fds et fière de magistrats du premier ordre. Comme il étoit né pendant qu’on célébroit la fête de la béatification , on lui avoit donné au baptême le nom de Vincent de Paul : et ce fut pour lui apprendre de bonne heure à marcher sur les traces de son saint patron , qu’une mère vertueuse voulut que dès son enfance il lui rendit tout l’honneur qu’il pouvoit lui rendre. L’archevêque primat d’Aquifaine fermoit la marche de son nombreux clergé. Après lui paroissoit le parlement en robes rouges, précédé de son illustre premier président et de deux autres, à la tête d’environ cinquante conseillers, d’un des avocats du roi , et du procureur général. La Cour des aides, aussi en robes rouges, venoit ensuite avec son premier président. Ce corps étoit suivi des trésoriers de France , ceux-ci l’étoient des officiers du sénéchal , qui l’étoient eux-mêmes de messieurs de la bourse. ^

C’est ainsi qu’une ville pour laquelle Vincent de Paul n’eut jamais occasion de faire la millième partie de ce qu’il a fait pour tant d’au-

1res, lui doiinoil des preuves éclnlanles de res pect et de dévouement. Elle n’en donna pas moins de ferveur et de piété. Pendant toute l’octave , l’église où se faisoit la fête fut toujours pleine. Tout Bordeaux paroissoit sainlomeut ému. 11 y eut tous les jours plus de neuf cents communions. La noblesse y parut riche en foi comme le peuple. Les huit panégyriques qu’on y. lit, comme en plusieurs autres endroits, y furent justement applaudis, et ils furent plus goûtés, à proportion qu’on en bannit

f dus le faste et l’éloquence. On reconnut dans es provinces, comme on l’avoit reconnu h Paris, que dans un éloge aussi abondant que l’est celui de Vincent de Paul, pour être orateur, il suffît d’être historien.

Ce no fut pas seulement en France que le nom du saint prêtre fut célébré. La Savoie , Le Piémont , la Toscane , la république de Gênes , le royaume de Naples , la Pologne et un grand nombre d’autres états l’honorèrent avec une sorte d’émulation. Lisbonne ne le céda en ce point à aucune partie du monde chrétien. Dire (jjiie le sérénissime roi de Portugal , dom Jean V, . lit les frais de la solennité , c’est dire qu’elle se lit avec la dernière raogpificenco.

Hue chose assez singulière , c’est qu’il n’y a peut-être pas de dioc^e où la vertu de notre saint soit plus connue , son nom plus chéri , son culte plus répandu, que celui d’Ypres. Nous avons vu des gens cp place se. rendre de cette ville à Paris pour avoir le bonheur de l’invoquer sur son tombeau , s’en retourner aussitôt après dans leur pays sans avoir rien vu de ce qui frappe

l’œil de l’rt ranger dans celle superbe capitale , cl dire avec une simplicité pleine de religion , ([u’ils croyoient avoir tout tu , en voyant le» précieuses dépouilles d’un homme aussi puissant en œuvres et en paroles. D’Ypres, son culte a été porté à Louvain, dont la célèbre université sait si parfaitement allier l’érudition h la vertu.

Dep uis le décret du saint siège, le culte de l’hominede Dieu n’a fait que s’étendre. L’Amérique septentrionale l’a joint à ses autres saints protecteurs , et la première paroisse , qui depuis sa canonisation y a été érigée , l’a été sous le nom de Vincent de Paul. I>e tant de lieux où sa fête fut célébrée , je ne sais s’il y en a un seul où il ne se soit opéré des prodiges, et il y en a beaucoup où il s’en est opéré plusieurs. Je ne doute point qu’on ne lut avec plaisir l’édifiante relation , soit de celui qui sc fit à Sens sur Marie-Antoinette Robbe , et qui fut aulhentiqnement certifié par des gens que leurs préventions connues disposoient h l’alloiblir , soit d’un autre que l’évêque d’Amélie a p/ublié , et dont les religieuses Bénédictines, sur une desquelles il s’est opéré , ont été frappées si vivement , que pour en perpétuer la mémoire , telles ont ob- »lRnu du saint siège la permis.sion de réciter ,

» comme les missionnaires , l’olfiçe propre de I» saint Virÿcent , et d’en faire la fêle solennelle '

» de première classe avec octave. » Mais un* abrégé ne permet pas ce détail ; on le verra da» la grande histoire de notre saint : et combien d’autres faits pleins d’intérêt et de chcleur n’y verra- l-»n pas ? ' . , .

‘ Mais quelque idée que puissent donner de notre bienheureux ces grandes opérations , il faut l’avouer à sa gloire , l’éniinenle sainteté de sa vie sera toujours le plus grand de ses miracles. Qu’on repasse meme légèrement sur ce que nous en avons rapporté : « Où trouvera-l-on »une plus grande .innocence do mœurs, urre

• piété plus tendre , une foi plus vive , une espé- » rance plus ferme, une charité plus parfaite ,

• une patience plus héroïque , un zèle plus agls- »sant, une conduite plus sage , un désinléros-

• semeht plus absolu, nne humilité plus prot fonde ? » (i)

Tant que l’Eglise de Jésus-Chrat subsistera , et malgré les eflbrls do l’enfer elle subsistera jusqu’à la fin des siècles, on annoncera dans toutes les parties du monde « le sacrifice con- » linuel qu’il fit de son corps et de tons ses sens, » sa douceur, son égalité d’esprit, sa pureté «angélique, son respect pour les prélats de » l’Eglise , sa prompte et sincère obéissance à «leurs décisions, son travail infatigable h ins- « traire les peuples des vérités du salut ; son zèle » etson attention à prévenir les nouvelles erreurs; «à les anéantir, s’il eut pu, dès qu’elles com- «mencèrent h paroître; à les écarter des com- » pagnies qu’il avoit fondées, on dont la Provi- «dence lui avoit donné la conduite ( 2 )»

Mais puisque, commo l’a remarqué -un des plus grands docteurs de l’Eglise, « le culte des 1 saints consiste essentiellement à les imiter ici-

(i) Mandement de M. do Rbodez, du 5 oclolTrn 1738. (a) Jlandcmcut de II. d’Angei’s, du la ati'ÎI.

( fiC4 ^

• bas, et que la vie de saint Vincent de Paul ^

• n’a été autre chose que l’Evangile , ou plutôt

> LA PERFECTION SE l’^VANGILE UISE EN PEATIQUE

• parcelle foi qui opère par la charité », c’est à ceux qui étudieront sa conduite à être ses imitateurs comme il le fut de Jésus-Christ. Son exemple doit avoir la force de les convaincre « de la nécessité de marcher sur ses traces. Il

• a si pleinement possédé toutes les vertus,

• qu’en quelque état que la Providence ait jugé » è propos de les placer, il s’en trouvera tou-

• jours quelqu’une à imiter pour eux. (i) >

(i) Maiult'inent dcM. de Dax , da lojoillt't.

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