CHAPITRE PREMIER
* ^ . • * De C enfance et^de Véduôtttion de F incent de
'.'^Paul. — Sa captivité en Barbarie. •
Saint Vincenl de Paul naquit en 1576, lo .
mardi d’après Pâques , dans le petit village de Pooy près d’Acqs , ville épiscopale située sur. les confias des Landes de Bordeaux*, non loin des Pyrénées. Ses parens étoient pauvres des biens de ce monde; ils vivoient de leur travail : son père se nommoit Jean de Paul ; sa mère Bertrande Moras (1) ; leur ' fortune consistoit • en quelques petits héritages qu’ils cultivoieut de leurs mains. Six enfans parlageoient leurs travaux et soutenoient leur vieillesse ; Vincent , qui étoit le troisième, menoit paître et gardoit les troupeaux de son père. Lorsque la Providence appela le saint Prêtre aux honneurs de l’Eglise , il aimoit à se rappeler ces temps de joie et d’innocence, et se rabaissant de toute la hauteur de ses dignités , il se plaisoit à ré-
peler ou’il éloit le fils d’un pauvre paysan , el qu’il avoit commencé sa vie par garder, les Iroupeaiix. ' ; '
Gcpeiidanl il' y âvoil dans l’enfance de Vincent de Paul quelque chose qui révéloil les hauts desseins de Dieu sur sa personne; au milieu des occupations s'unplcs de la vie champêtre , on reinarquoî? je ne. sais quelle élévation pieuse qui avoh souvent étonné ses humbles parensr , ” .
Dans les environs du village de Pouy il existe une antique chapelle dédiée à la Vierge, sous le litre de Notrc-Dame-de-Buglossc ; les traditions lapportent qu'elle fut l’ouvrage de ces vieux chrétiens, qui , fuyant le glaive des Maures, se réfugièrent au milieu des montagnes, et sauvèrent leur foi dans la retraite. Vincent de ' 'Paul, encore enfant, avoit vouéh celle chapelle le culte pur de l’innocence ,* lorsque le soleil ne doroil plus le sommet des Pyrénées et que le jeune berger avoit ramené scs moulons, ou le vnyoit prosterné au pied des autels , offrir d’ardentes prières è la mère du Sauveur.
Il puisoit surtout dans ses habitudes de piété ^ celte charité profonde qui, plus tard, se inonifesla sur un plus vaste théâtre. On conserve la mémoire, dans le pays où naquit saint Vincent de Paul , de quelques traits de bienfaisance qui anuonçoient déjà le père des pauvres. Tmis les samedis le jeune Vincent alloit chercher au moulin la farine nécessaire pour les besoins de •la semaine; dans son chemin de pauvres villageois que le malheur des guerres avoit ruinés, solliciloient sa bienfaisance; s’il avoit réuni quelques économies, il s’ompressoil de les par-
tager cnlrc ces indigcns; maïs lorsque ses économies éloicnt épuisées, ii ouvroit le sac qu’il avait chargé sur ses épaules, et leur donnoit de la farine à pleines mains. Un jour il avoit amassé près de trente sous : il destinoit ce petit trtjsor à ces délassemens, à ces plaisirs si naturels à l’enfance ; mais , ayant rencontré un pauvre jtaysan qui paroissoitdans une bien grande misère , il lui donna cet argent qu’il avoit recueilli , sans en réserver la moindre partie, de sorte qu’on disoit dans tout le pays, avec l’ancien patriarche , (fut la miséricorde éloit née avec lui.
Son intelligence et ses vertus n’échappèrent point à l’altcnlion pieuse de scs parens; ils résolurent de livrer à l’élude un si heureux naturel : il y avoit alors dans la société des aggrégalions d’hommes qui, renonçant au monde, se consacroient à l’éducation publique; là les traditions des bonnes études sc trnnsmettoient d’âge en âge ; les hommes mouroient , mais les' institutions restoient debout, et ces grands travaux, qu’une seule vie ne peut tntreprendre et achever, se confioient comme un dépôt aux générations qui rcmplaçoicnt les vieillards. Il y avoit cela d’admirable dans celte belle et grande organisation religieuse, qu’elle s’adaptoit à tous les besoins de l’éducation sociale , et que l’en fance y trouvoit ses humbles enseignomens, comme la science ses lumières les plus profondes. Le jeune Vincent fut mis au couvent des Cordeliers de la ville d’Acqs, sous la protection d’un de ses parens; il y étudia avec ardeur, et ce fut alors que son père résolut de le consacrer à l’état ecclésiastique , parce que, comme le dit l’Ecrilure , il ne faut pas laisser la lampe sous le boisseau. i*
îi loçut les ordres de sous-diacre le jour de la Conception de la Vierge ceux de diacre
lui furent conférés au mois de décembre de la même année , et enfin il fut ordonné prêtre ie a 5 septembre 1600. Les grands - vicaires d’Acqs , le siège vacant , le pourvurent de ia cure de Thilh , petite ville^située non loin de sn patrie cette cure lui étant contestée par un compétiteur qui l’avoit obtenue du Saint Siège ,* i! ne voulut point entrer dans un débat c|ui eût • produit un scandale dans l’Eglise.
Vincent se remit à l’élude; -et, alors plus que jamais, il eut besoin de ces pieuses préoccupations , car son père mourut dans cefinterr valle ; il abandonna sa petite fortune et le champ de ses aïeux, è sa mère , à ses frères et à .ses sœurs, et se mit.è la tête d’un établissement» d’éducation religieuse , où de Jeunes ecclésiastiques veDpkml écouter ses leçons et suivre ses conseils. ' -y ^
Vincent prit ses gradesh l’université de Toiibxise ; et un exemple remarquable de son hu-j^ milité , c’est qu’il ne divulgua jamais cette circonstance de sa vio, qui auroit pu l’avancer rapidement dans les honneurs ecclésiastiques ; il seinbloit préférer dire comme l’ Apôtre : « Je » n’ai point estimé savnir autre chose .sinon » Jésus-Christ , et Jésus-Christ cruciüé. » Après •so mort ses papiers seuls révélèrent qu’il, avoü étudié plus de seîz.e ans, tant dans la ville d’Acqs que dans funiversité de jToulouse , et qrt’il y avoit acquis tous les grades de la sciqiîce ecclésiastique (2). ^
. Cette époque commence la première, épreuve de Vincent de Paul ; henreoses épreuves , dit
»in saint personnage , qni marquent souvent les desseins de Dieu sur les enfans des hommes !
Quelques alTaircs avoient appelé le jeune diacre \ à Marseille. Un gentilhomme chez lequel il vint habiter lui proposa de retourner par mer dans sa ville natale : Vincent y consentit : tout présageoit un heureux voyage ; mais Dieu avoit d’autres pensées. Ici’ laissons raconter h saint Vincent lui-même , dans son vieux et simple langage , les périls et les souffrances d’une pénible captivité : « Je m’embarquai pour Narp bonne , afin d'y arriver pins tôt, et pourépar- »gner quelque chose que je destinois aux pau-, » vrcs. Le vent nous était tellement favorable pque nous devions arriver ce jour-là même à »bon port, si Dieu n’avoit permis que trois Lriftganlins turcs, qui côtoyoient le golfe de Lyon P pour attraper les barque^ qui venoient de la P foire de Bca'ucaire , ne nous eussent attaqués P si vivement, que deux ou trois des nôtres étant P tués, tout le reste blessé, et moi-même .ayant P reçu un coup de flèche qui me servira d’/mrjiloge (de souvenir) tout le reste de ma vb; , »nous n’eussions été contraints de nous rendre P à ces félons. Les premiers éclats de l’orage Plombèrent sur notre pilote ; ils le hachèrent P en mille pièces; cela fait, ils nous enchalpnèrent , et après nous avoir irrossièrooiciit P pansés. Ils poursuivirent leur pointe , faisant P mille voleries ; Us prirent enfin lu route de P Barbarie , tanières et spclonques de voleurs. » Les chrétiens captifs furent conduits couverts de médians habits à Tunis, et placés pèle-tuêle dans le marché public ; le lendemain on les attacha deux à deux à de longues chaînes , dont
le rclcntlà.semeiil réjouissoit Icâ iuüdèles ; on entcndoit leurs rires grossiers et les npplaudissemcns de la niuliitude. Ou les reconduisit ensuite sur le navire où les marchands vinrent les voir pour les acheler. « lis nous visitèrent , cou- >tinue Vîiicenlde Paul , tout de même que Tou sfait de l’achapt d’un cheval ou d’uu hœuf,
> nous fesant ouvrir la bbucho pour voir nos
> dents, palpant nos côtes, sondant nos plaies en » nous lésant cheminer le pas, trotter et courir, «puis lever dos lardcaux, puis lutter pour voir » la force d’un chacun. »
Je no puis résister au plaisir do citer encore Yinccnl de Paul , et c’est lui même qui va nous raconter les détails de sa triste et pénible captivité :« Je fus vendu à un pêcheur qui , cou- » Iraint de se défaire do moi , parce que je ne «pouvois supporter la mer, me céda ensuite ù «un vieillard médecin, qui avoit travaillé, di- > soit-il, pendant cin([uanle ans ô la recherche «de la pierre philosophale : il m’aimoil et vou- 8 loit m’attirer à sa loi ; mais Dieu m’a,voit ius- «piré la ferme conviction que ma captivité seroit «hicutôt brisée, et je crois que l’intercession » de la Vierge conlrihuo puissamment au suc- «cèi de mes vœux. Le vieillard médecin étant «mort , je fus vendu ù un renégat de Nice , qui »me mena en son ihémat (sorte de (icf tenu » du grand seigneur ) ; il éloit siUiédans la mon- «tagne, et non loin des déserts. Le renégat «avoit trois femmes, deux grecques schismali- «ques, la troisième turque, qui servit d’instrii- » ment à l’immense miséricorde de Dieu pour » retirer son mari de l’apostasie. Curieuse qu’elle
> étoit de savoir notre façon de vivre . elle nio
» vcnoit voir tous les jours aux chanips ou jo «'iossoyois, et un jour elle me coiumauda (je , ♦ nchanlor les louanges de rnoii Dieu; le ressou- » venir du Qtiotnodo canta.bin\us in tei râ aliend, «des encans d’Israël me iil commencer, la » larme à l’œil , le psaume , Super flmixina Huit bylonis et le Salve , regina , h quoi elle pre-
» noittantdcplaisirquec’éloit merveille. Llleue
» manqua pas do dire à son mari le soir, qu il a voit »eii tort de- quitter sa religion qu’elle croyoit s très bonne par les louanges que j’avois chan- ^ niées en sa présence; en quoi elle disoil quelle « avoit ressenti un tel plaisir quelle ne croyoit s pas que le paradis de ses pères et celui qu elle » espéroit fût si glorieux , ni accompagné de tant » de joie que le contenlcmenl qu elle avoit rcs- » senti pendant que je louois mon Dieu, concluant » eu cela qu’il y avoit quelque merveille. » Lu saint captif rapporte ici la conversion du renégat , leur fuite miraculeuse è travers les déserts et les Ilots. 11» arrivèrent à Aigues-Mortes, et venant ensuite h Avignon, le vice-légat les accueillit avec lu larme a l ceil et le sanglot .au cœur, et plein d’un saint enthousiasme il réconcilia avec l’Eglise les brebis égarées. Ainsi Dieu, dans sa miséricorde, sembioit préparer les voies aux éclatantes vertus de saint \ incent. Le pieux esclave rapporta de la servitude un es- • prit de compassion , un souvenir iucüaçablc des misères de la captivité (3).
cnAriïRE II.
P oya^e de saint y incent à Home . — Il devient , curé de, C’iickj. — Vincent de Paul se charge
de l'éducation des fils cP Emmanuel de Gondi.
Alors loulc l’Eglise chrélienné avolt les yeux sur Rome. De toutes les parties de l’univers les prêtres de Jésus-Chrisl venoient dans un'^aint pèlerinage recueillir les conseils et la pensée de celui que le Semveur a préposé au gouvernement de son Eglise. En l’année 1608, Vincent vit celle Rome , devenue réellement la ville éternelle, et éprouva comme une sainte ivresse à l’aspect dé cette capitale du monde chrétien , tombeau de saint Pierre , trône de l’Eglise nailitaute. llétoit heureux de marcher sur la terre que tant de grands saints avoient foulée, et cette Consolation l’altendrissoit jusqu’aux larmes. C’est II Rome que saint Vincent connut le cardinal d’Ossat qui représentoit Henri IV et la France auprès’ du Saint-Siège et pour là première fois il fut mêlé aux choses périssables de ce monde. L’illustre prélat le chargea d’une commission de haute confiance auprès de Henri IV ( 4 ), et ce fut par obéissance qu’il parut à la Cour. Les mémoires du temps commencent h parler à cette époque de saint Vincent , non pour signaler sa participation aux intrigues de la politique , à ces intérêts humains qui fixent seuls l’attention de l’histoire .''mais pour révéler les vertus modestes elle zèle du père des pauvres.
Suivrons -nous’ maintenant l’homme pieux
lîiins celle vie cachée au monde , mais bien con- , nue de Dieu et des inibrluués? On trouve dans les niéiuoires de Dulrcsne.o (jue dès ce teinps- Ih saint Yinccril paroissoit tort humble , chantable et prudent i l’aisaut du biej> à chacun , et ii’dlant à charge àpersomio, circojtspect en ses oaroles, écoulant paisihléinent les autres sans jamais les inlerrotupre , et que dès lors il alloit ^soigneusement servir et exhorter les pauvres malades de la Charité. Durant ces pieux exercices, saint Vincent visita souvent les Pères de rOratoire , et suivit a vi5C, régularité ces saintes retraites qui retrempent les àmss, elies .excitent à la méditation , coiunie le dit un philosophe de l’antiquité païenne. Ce P. Dérulle éloit alors célèbre par le monde chrétien ; il avoil traversé les longues agitations de la -ligue, et loin des intrigues des factionsil avoit acquis l’expérience des laits, cl celle science de théologie et d’histoire que le moyen ûge avoit léguée inCorine au siècle qui venoit de s’ouvrir stuis .i’intluence do
P, Bérulle ; il lui voua nue tendre yénéraljion; la société gagne toujours quelque chose à l’amitié dp detJX hommes de bien, et l’on rapporte qu’ils conçurent'dèslors la généreuse pensée de la plupart des grandes fondations qu’elVcctua plus lard Vincent de Paul. Ce fut de l’Oratoire qtie l’homme saint reçut la cure do Cliçhy, dans la banlieue de Paris même.
C’étoit de pauvres paysans qu’il alloit avoir h guider: un petit champ , un humble, presbytère .oiielfuies droits sur les récoltes, foymoient
accppla sans [ié>ilor,Pt cencndanl les im5inoirCs rapportent veuoil de reinsi r la riche a.b- ])aye de Saint -Léonard du Chaume, et le litre Jiriliant d’aumônier de la Kehic; Vincent do ^ Paul préféra ajoutes ces grandeurs l’huuibic condition de curé <lo campagne.
Qn’clio esl précieuse la vie de ces pasteurs oLseurs (jni sc consacrent an culte de l’Eternel au milieu delà vie simple <!es champs î Loin do l’anrhition tuibnlente et dos dissipations d’un monde qui u’esl l ien pour lui , le curé de villagv'. n’aspire qu’ü une seule gloire, celle d’iîn nom vénéré dans la contrée, et que les géné* rations so lèguent comme un exemple par la Louche des vieillards. Ces nombreux devoirs, celte obscurité de la vie convenoient à l’ame ardênie de sâinl Vincent do Paul. On le voyoil iQCCssamimcnl occupe au service de son liou peau, à'Visiter les malades, consoler les aliligés, soulager les pauvres, apaiser les Inimiliés, main tenir la paix et la concorde dans les familles, et verse^dans le cœur des juéchans • es paroles d’exhortation qui les entraînent , et sont pour eux Comme’ la voix de Dieu même. On trouve dan? un sermon qui fut prononcé à peu près vers ce temps par un docteur de la Faculté do Paris, dans la petite paroisse dé Clichy, l’éloge de saint Vincent , en un style qui caractérise l’époque: «Je célèbre, dit-il , clans la petit Clichy, «celui quia fait naître par les ordres du Ciel «cette pelilc fontamcv ejui commence si heu ■«'reusement d’arro.œr i’Lgdsê , et qui visible «ment se l'ail un grand lleuve niilio fois plus «précieux que le Nu sur l’Egypte spirituelle : je ‘«m’omployois , lorsqu’il jelolt les iondümens
y d’un si saint et si salulaire ouvrage, h prêcher »ce bon peuple de Clicliy , dont il êloitcuré;
» niais j’avoue cj^ue je trourois ces bonnes gens,
» qui universellement vivoieiit comme dss ai.ges,
' »et qu’à vrai dire j’apportois Ja lumière au «soleil. »
L’Eglise éloit pauvre; an milieu des guerres civiles et des troubles que la réforme a voit fait naître, les sanctuaires avoient été dépouillés, et les factions n’avoient épargné ni les autels ni les prêtres; des mains profanes avoient dérobé ^ .les saintes reliques et les vases sacrés, tribut héréditaire de la piété des fidèles. Tous les ef- , forts de saint Vincent tendirent à reparer les maux de la guerre. On a fait un. reproche à l’Eglise de ce^uxe des autels, de ces. ornemens magnifiques que consacre la main des prêtres; il semble cependant que rien n’est plus naturel que celte sainte prodigalité de la piété reconiioissauto , que cetle consécralion à Dieu des choses auxquelles les..h‘ommes tiennent le plus, * ,et , pour nous servir d’une expression de l’Ecriture , que celte oflVande an mailre de l’univers, ‘•AtiVor pur d'Ophii%el des rascj d’airain cist-
L’obéissance” est la première vertu comme îe premier devoir du sage; nous ne sommes point dans la vie, dit Platon, pour satisfaire nos goùls et nos préférences : loi aimo la re- * traite et adore l’écho (|ui est entrainé au milieu du monde; tel autre aime le monde et ses dis- , tractions, que la fortune jalouse laisse dans la stvliludc. A peine Vincent <!(■ Paul cxerço1i-il , tlepuis quelques années, les-modcsîes fonctions de curé, de Clicliy, qu’il-j'at arraché de celle
douce oljscurilé pai- les avis et j’oserai dire par . les commandeinens du P. Bérulle,
il éloit alors dans les habitudes des grandes uiaisoos de Franee de choisir, parmi les ordres religieux, ceux-là qui dévoient préparer l’éducalioii et former les mœurs de la famille. Le comte Emmanuel de Gondi , dont la maison se perdoit dans la nuit des temps, avoit deinand|i au supérieur de l’Oratoire uu prêtre simple et modeste , qui pût présider à l’éducation de ses fils. Le P. Bérulle désigna le charitable curé de r.lichy dont les vertus relentissoieut déjà dans' la contrée. Vincent de Paul versa des pleurs en quittant riuimble presbytère où il avoit passé tant d’heureux jours. « Je m’éloignois tristement do ma petite église de Clichy, dit-il dans une de ses lettre#; mes yeux étoient mouillés de larmes, et je bénis, en sangloltant , ces hommes et ces femmes qui venoieut vers moi , et que j’avois tant aimes: mes pauvres y étoient aussi , et ceux-là nie fendoient le cœur. Je uiarchois avec mou jœtit mpbilier sur la roule do Clichy; . j’arrivai à Paris le 20 janvier au soir, et, après avoir sollicité les conseils du P. Bérulle , je me rendis chez M. de G«ndi. Celte maison devoil être pour moi comme un monde nouveau; elle étoil brillante comme la Cour, et je quiltois la retraite; mais l’homme peut se faire un désert au milieu des cités, une solitude dans les distractions. On me donna une belle chambre , et j’y vécus comme dans une cellule , m’occupant de mes devoirs et dé l’éducation de MM. de Gondi. *
'La conduite de>Vincent de Paul dans celle illustre maison fut toujours digne de lui ; ou
rapporte divers traits de sa vie qui relèvent encore l’éclat de ses vertus. ^
A la suite d’un différend assez vil*, M. de Gondi , alors général des galères, crut son hon • neur intéressé à appeler en duel un seigneur de la Cour. Les préjugés* chevaleresques étoient alors dans toutes leurs susceptibilités. Le moyen âge survivoit dans ces combats singuliers, car uà grand^prînee n’avoit point encore arrêté le .hras aveugle de la noblesse de France (6). Vinceot de Paul fut instruit de ce dessein , et , voulant .dphner à ses exhortations toute la force d’un grand spectacle religieux , et tout l’apparefl •, pour ainsi dire des cominandemens de Dieu inéme ^ il fit célébrer la messe. Lorsque le sacrîfice^^fut achevé , il tomba aux genoux de M. de Gondi , et lui dit : « Monseigneur, je sais • que vous’ allez vous battre en duel; je vous «annonce , au nom du Sauveur que vous venez «d’adorer avec moi dans le pain mystérieux de D l’Euchatistie , que si vous no quittez le mau- ^ » vais .dessein que' vous avez formé , Dieu ton .«nerasur vous et sur. toute votre postérité. » Noble usage de l’autorité du sacerdoce, qui apparaît * pour calmer les passions et désarmer les ressehtimensi * * . ..
C’est dans la maison de M. de Gondi que saint Vincent conçut la généreuse pensée dr.smissions religieuses. Il y a', dans le cœur de l’homme , une sorte de pudeur malheureuse qui l’e’mpêche souvent de remplir scs devoirs, et qui abesoiu , pour disparaître et s’effacer, d’une voix amie qui provoque le courage de la péni tence. Saint Vincent avait suivi .madaihe de Gondi dans ses terres de Normandie. Un paysan
du chàleau de FolK.villo étoit daùgcreiiseinent malade; il avoil toujours eu la réputation d'un liomuie (le Lien ; saint Vincent voulut cependant, dans une confession générale, examiner sa vie tout entière, et, dans ces révélations d’une âme expirante , il trouva que cet homme s’éloit rendu coupable de difl’érenlcs fautes, qu’une malheureuse pudeur l’avoit empêché de révéler. « Ah , monsieur! dit le paysan au pieux » ecclésiastique , j’étois damné, si je n’eusse niait une confession générale, à cause do piun sieurs gros péchés (jue je n’avois jamais osé n avouer. » Ces paroles furent une voix du Ciel , qui éclaira Vincent de Paul; et il comprit que cette situation de l’àme arrêtée par la honte d’un aveu devoit être fréquente dans les caiupagnes parmi les pauvres paysans qui n’avoieut
Î mint assez de lumières pour en comprendre es dangers, et dès lors il l'ésolut ces mis.slons qui se dirigèrent vers les villages, et portèrent, avec les aumônes des lidèles, des paroles d’une vérité sévère, et les menaces d’un Dieu qui ne connoît pas les fausses vanités des hommes. Il commença par l’église de Folleville, et voici ce qu'il nous raconte lui-même do ses saintes prédications : « J’cxhorlois les habitaus à une confes- »iion générale, je leur en représentois l’impor- • tance et 1 ulilité, et puis je leur enscignois la «manière de la bien faire , et Dieu eut tant d’éigards h la conüance ('t â la bonne foi de ma- «dame de Gondi, qu’i| donna lu Léiiédictioif h «mon discours; et toutes cos bonnes gens fu- » remt si touchés de Dieu , <juMs vinrent |)our s hiire leur confession générale. Je continuai â » les instruire et â les disposer aux sacrcmens.
« et commençai h les enlenclrcj mais la presse » fut si Jurande , que , ne pouvant plus y suflire • avec un autre prêtre qui m’aidoit , madame de » Gondi envoya prier les révérends pères d’A ï miens devenir au secours. Elle en écrivit au «révérend père recteur, qui vint lui-même; et, »n ayant eu le loisir de s’y arrêter que fort peu » de temps, il envoya , pour travailler à sa place, »le P. Fourcher, de la même compagnie, lesquel nous aida à confesser, prêcher, caléchi- »ser, et trouva, par la miïéricordo de J)ieu , » de quoi occuper ses loisirs. Nous allâmes en- » suite aux autres villages qui appartiennent â » Madame, et nous fîmes comme au premier. Il »y eut grand concours, et Dieu donna partout «sa bénédiction; et voilà le premier serim)n de » la mission , et le succès (jue Dieu lui donna lo «jour do la conversion de saint Paul; ce que » le Scigjieur ne fit pas sans dessein ce jour-là. »
Admirable simplicité , qui raconte le bien <}u’ellc a fait , comme s’il ne lui apparlenoitpas ! beureux délachemcnt des choses de ce monde , qui repousse i’enccus dont se nourrissent les vânilés profanes, et attribue à Dieuscul lo succès de la parole évangélique !
Ces saintes occupations augmenloicnt chaque jour l’opinion qu’on avoit d’une telle vertu; un concours nombreux de personnes alloit vers le saint prêtre , et , selon l’exprcssioti de saint Augustin , le monde même s’cbrauloit pour voir un sage. Mais la gloire a scs écueils, et rhuiuililé de saint Vincent, qui ne chcrchoit que des abaisseincns et des épreuves, ne pouvoil supporter ce vain éclat qui était pour sou âme comme le bruit qui importune le malade;
il se souvint de ces paroles de saint Ambroise : « Moïse s’enfuit' de ^la Cour de Pliaraon , »peur que le bon traitement qti’ii y rece'volt ne !) souillât son âme , et que la puissance et l’auto- »rité qui lui avoient été données, ne fussent un » lien qui l’y retînt attaché. «Vincent sortit de la maison de madauie de Condi , par une de ces résolutions d’humilité ; jl courut cliercher un' refuge dans la retraite , et se çonSacra au service des pauvres dans la campagne (7). r
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\ CHAPITRE nr.
Idé^ pfemtèra des associations de charité pour les potwres et l&s prisonniers. — l'onddtion . du collège des Dons-Enfans, ' • '
Daas un cœur né pour le bien , les Iiasards même de la vie deviennent le germe, des bonnes actions. Vinceut de Paul vivoil dans une retraite profonde à Châlii|on , ne visitant le monde que
S œur secourir les pauvres et consoler les adligés. Jne éloquence populaire , la bonté louchante de ses paroles, une morale douce et bienveih- , lante lui atlachoient toutes des âmes. Quand il cominençoit une exhortation , .les grands çl les ' petits accourcient pour l’enteiKlre. Vous eussiez dit urtü de ces écoles de morale, où la Grèce venoit écouter ses sages. Ces communications pieuses du pasteur cl de ses brebis éloient • toujours couronnées par une bonne action ; on n’oablioit’ jamais la famille du pauvre laboureur, et le grabat sur lequel il gisoil malade. On rapporte que , dans une de ces cxhorlations - cliHi'îtables.. une dame l’inlerrompil pour le prier
Digilbed by Gôogle
de recomniauder à la bienfaisance publique un paysan qui périssuit de faim et de misère .non loin de Cihâlillun. L’homme de Dieu saisit cette occasion comme un bonheur ; il parla des misères publiques et des j;énérenx préceptes de Jésus-Christ dans son Evangile. Ses paroles furent si ellicaces, qu’après la prédication un concours nombreux de peuple , chargé de corbeilles do pain et d’alimens de toute espèce, se rendit h la grange. Vincent de Paul les y accompagna; et , comme cette multitude u’avoit aucune règle, et que celte charité désordonnée ne secouioil qu'un moment pour abandonner tout aussitôt, de sorte que les pauvres dévoient retomber dans leur nécessité, Vincent comprit qu’il falloit un guide et des règles à labienlaisance même. Il vit les femmes les plus zélées, les plus ardentes à la prière et h l’aumône, et chercha les moyens de rendre constantes et régulières ces distributions charitables que le pauvre attend du chrétien , et qui ont remplacé , autant que le comporte la société, celte communauté de biens de l’Eglise primitive. Il dressa , conjointement avec ces femmes vertueuses, un règlement destiné è être mis en pratique, et qui contenoit le germe de ces associations charitables de notre temps; et, pour nous servir de l’expression d’un vieil historien , « cette association première en lit naître un plus grand nombre d’autres, que Vincent et les siens. ont depuis établies en France , en Italie , en Lorraine , en Savoie et ailleurs. » Saint Vincent ne se délournoit de cette charité pleine de zèle que pour se livrerà la prédication dans les- campagne». Toutes les teirts de M. de Gondi , tous les villages de la Nor-
maiidie vircul le vcrlurux missionnaire annou£iT lu parole de Dieu , et réveiller les remords dans Tâme des coupables. Celle même bouche, «[ui prêchoil le saint Ivvangile, annonçait au.'si que les temps de charité éluienl arrivés ; que le Seigneur commandoit aux riches de secourir les pauvres, et que la piélé sans bienfaisance ressemblait à ces vaines prali(|ues des Pharisiens, race, de vipères, que le Soigneur proscrit dans son Evangile.
La vie chrétienne n’est jamais oisive. Dés que la charité embrase un cœur , elle l’excilo et le presse continuellement. 51. de Gondi avoil obtenu le gouvernement général des galères. Vincent de Paul , toujours atlaché à rilluslre famille de ce nom, comprit qu’il pouvoil luire quelque bien dans ces misérables réduits , d’où semblent à jamais bannis la vertu et les remords : c’étoit là que le zèle avoit be.'oin de toute sa force; laissons parler St. Vincent lui-même , qu’il nous raconte ses Iravauxévangéliques dans lesgàlères» «Je vis on arrivant un spectacle des pluspitoya- • bles qu’on puisse s’imaginer; des criminels » doublement misérables , plus chargés du poids «insupportable de leurs fautes que do la pesan- «leur de leurs chaînes (i) , accablés de tant de
fl) On a rainiorlé , sans en avoir de preuves, une ar- . tiôn bienfaisante de saint Viiiccnl :i l'égartl d’un forçat dont il prit tes chaînes. Comme l'Uisloire que je trace est fondée sur des inonuraeais inronleslatiles , j’ai relégué <Ians les conjectures et les bruits populaires cette action ijui n’est pas bien prouvée (*).
(•i M. df Uoulo|^ exprhue la ni6aie opinion que realcur de celle bûtoira dan> *on èloquenl pancfjyrique de winl Vitirenl. Quoiqu’il en de «Uo cîrcotnlance 1 qui «*l r»ppor^re arec ccnliauce par d aulrw iitlorieM cl d autres panég^'risies , la facilité «rcc laquelle elle a été crue univer»cl!rui*'nl « prouve qu’aucun détourmriit n'a èU juge au Jeskus de la charité du Saint . cl eda eièuie est un grand éloge. fK9Ui4 la Siiiélé.,
Biniàères ({irclles leur ôloient le soin ellapen- » sée de leur salut, cl les perloiciit incessain- » meut au blaspiiéaio el au (Icsc.'poir ; c’éloit » une vraie iiuf-gedc renl'cr , où l’on n’enlondoil » parler de Dieu ([ue pour le renier , et de la »lVovidcnce (juc pour la maudire. Elaut donc » louclié d’un senlitnenl do compassion envers » ces pauvres forçats, je me mis en devoir 1 ) de les consoler et de les attirer lo mieux qu’il Dîne fut possible, et surtout j’employai tout ce «que la charité put me sug!îércr pour adoucir » leurs esprits et les rendre, parce moyen , sus* » cejiliblcs du bien que je désirois procure* »à leurs âmes; j’écoutols leurs plaintes avec » patience ; je compalissois à leurs peines , j’ciu* «brassois leurs fers pour les rendre plus légers, «j’employois tout ce que mes prières et . mes » remontrances avoient do force pour que les » oinciers les traitassent avec plus d’humanité.»
Dans ce tableau tracé de la main do l’homm') de Dieu , qui n’aperçoit l’immense fardeau qus s’iuiposcut ceux qui consument leurs vcille.s bienl'aisanlcs au soulîigement des prisonniers ? Que de répugnances il faut vaincre pour sc mettre en rapport journalier avec ces êtres que la société a repoussés de son sein , mais que la redigion nous présente encore comme dignes de la pitié des hommes 1 Quelle résignation ne fiiul-il pas pour vivre ou milieu de ccUu înulliludé flétrie par lo crime , qui repousse (juelquefois le remords comme un souvenir importun ou nue pensée ridicule! Aussi (|uand je vois dans Vincent de Paul tant de charité , tant d’ardeur pour le bien , je suis entraîné à examiner une grande question de morale sou-
levée dans les temps modernes; on a prétendu que l’athée pouvoit avoir celle bienfaisance qui pénètre au fond des cœurs , et cette charité qui console , et que le sentiment religieux n’éloit point nécessaire pour exciter notre compassion sur les misères humaines. Quel secours cepeii- * danl la bienfaisance pourroit-elle retirer du faux système de l'athée et du matérialiste; de ces syslèmesoù l’on suppose qu’une fatalité aveugle auroit produit des êtres intelligens , et que la
) *ustice , la raison , tous les beaux sentiincns de 'âme résultent uniquement des coutumes et des conventions sociales , 'cette pensée n’esl-elle
f as propre h dessécher le cœur et è rétrécir esprit ? A quoi se réduiroit la bienfaisance d’un peuple do matérialistes ? Quel prix allacheroiton aux belles actions chez des hommes qui ne voient partout que les tristes jeux du hasard ? L'ostentation pourroit bien susciter quelques actes d’une charité vaniteuse ; l’orgueil pourroit s’en servir comme d’une sorte de livrée et de luxe domestique; mais vous chercheriez en vain cette bienfaisance qui va au-<levanl de toutes les infirmités de la vie, qui rafraîchit l’âme , après avoir soulagé les maux du corps , qui ne. croit pas qu’il suÛise d’assainir un cachot pour s’être acquitté envers un criminel repentant , qui sait enfin que lo remords est encore plus pesant pour l’homme que les chaîjjes.
Ce n’étoit point celle charité stérile qui unimoit saint Vincent; avec quelle onction .quelle douceur ne fait-il pas entendre aux malhe.urcux le langage de la religion et de la vertu ? Leurs maux sont les siens ; leurs chaînes, il semble qu’il les porte.- Le voyez-vous ce pieux mission-
naire , se remlant avec tonie la rapidité du zèlo h Marseille , à Bordeaux et dans toutes les villes . où se trouvent réunis de misérables condamnés ? 11 sollicite, il prie pour eux; h Paris, ces inlortunés étoient réunis pêle-mêle dans des cachots infects ; une nourriture malsaine , un air humide dévoroiènt les débris de leur existence ; tous les vices des prisons s’éloient inlroduits parmi eux , et selon la belle expression de Bossuet , les joies de la débauche se trouvoient dans ce lieu où l’on ne devoit rencontrer que les larmes du repentir. Sainjt Vincent obtint des soulagemens pour ces malheureux ; de la conciergerie où ils étoient amoncelés , il les Gt Iranslérer dans un local particulier , qu’il avoit loué au faubourg Saint-Honoré , non loin de l’église -<le Saint-Roch; dans le mois de mai 1622,011 le vit h la tête des prisonniers se rendre en procession dans le lieu qu’ils dévoient désormais habiter; là, il les visitoit fort souvent, les instrnisoit , les consoloit ; il venoit y faire de fréquentes retraites; il logeoit même quelquefois dans cet hôpital des forçats , auxquels il attacha des prêtres pour célébrer la messe et prodiguer les consolations religieuses. \ Bordeaux , Vincent de Paul Gt une mission sur les galères; les histoires du temps ont gardé la mémoire de la conversion d’un Turc qui louoit tous les jours le saint prêtre de lui avoir fait entendre l.a voix de la vérité. La même mission s’établit à Marseille , et les mêmes succès couronnèrent un zèle non moins ardent.
Nous devons rappeler ici, comme un document utile pour les jeunes prêtres, les idées que
SC faisoit Vincent de Paul de ces missions charitables , les ëminens devoirs qu’il croyoil y être attachés. «L’état des inissicnnaircs , disoii-il , »est une situation conforme aux maximes de » l’Evangile , qui consistent h tout abandonner , »h tout quitter comme les apôtres pour suivre » Jésus-Christ ; car y a-l-il t ien de plus chré- 1 tien que de s’en aller de village en village , «pour aider le pauvre ])euplc dans ses misères? «Voilh que j’ai été obligé de coucher sur la «paille , et pourquoi? pour faire aller les ûmes
• en paradis par l'instruction et la soulfrance ; » n’esl-ce pas suivre les avis de notre Seigneur ? «lui-même ne s’esl-il pas abaissé jusqu’à se re- » vêtir d’une enveloppe mortelle ? V’oulons-nous «profiter de sa doctrine, travaillons à l’humi- «lilé; car pins quelqu’un sera humble, plus il «deviendra charitable envers le prochain : le » paradis des missionnaires, c’est la charité ; or, « iîi charité est l’amc des vertus, et c’est l’hu- » milité qui les attire et qui les garde. Il en est » des compagnies liuinbles comme des vallées «qui attirent sur elles tout le suc des monla- «gnes; dès que nous serons vides de nous-
• mêmes. Dieu nous remplira de lui ; huinilions- » nous donc, mes frères , de ce que Dieu a dai- «gne jeter les yeux sur cette petite compagnie «pour servir son Église : si toutefois on peut «appeler compagnie une poignée de gens pau- » vres de naissance , de science et de vertu, ».«orlc de rebut du monde; je prie Dieu tous «les jours pour qu’il nous anéantisse si nous ne «sommes pas utiles h sa gloire (8). «
La pensée du bien e.st stérile , si l’on ne prépare desinstrumens pour la mcUrc en quelque
sorte en action. Dans les mains de mauvais ouvriers , le j)!ns bel ouvrage péril ; c’est pourquoi , après avoir fondé une inslilulion , il faut former icshonuuesqui puissent j)erpéluelleiiïent \a rendre vivante. Vincent do Paul connoissoit toute la puissance desexenjples el l’autorité des bons prêtres ; il résolut donc avec madame de Gondi , dont la belle Ame coinprcnoit si bien les pensées de son généreux ami , de fonder un collège consacré à l’éducation de ces prêtres «pii porlcroient dans les campagnes des secours k la misère et des consolations à l’infortune. Tel fut le premier objet du célèbre collège des Bons-Enfans. L’institution de ce collège date du 17 avril 161 5 , sous l’administration épiscopale de Jean-François de Gondi, archevêque de Paris. Dans l’acte de fondation , écrit de la main même de saint Vincent de Paul , il y est dit a qu’il avoit plu à Dieu de pourvoir , par sa miséricorde infinie , aux besoins des villes , el qu’il ne reste que le pauvre peuple de la campagne, qui seul demeure comme abandonné , h quoi il a semblé qu’on pouvoil remédier par la pieuse association de quelques ecclésiastiques de bonnes vie et moeurs el de capacité connue , qui voulussent renoncer , tant aux conditions desdiles villes qu’à tous bénéfices , charges el dignités de l’Église, pour , sous le bon plaisir du prélat , s’appliquer purement et simplement aux besoins du pauvre peuple , allant de village en village, aux dépens de leur bourse commune, secourir, instruire et catéchiser ces pauvres gens , sans en prendre aucune rétribution en aucune manière que ce soit, afin de distribuer gratuitement les dons qu’ils au-
ront reçus gratuitement de la inaia de Oieu.?' Tous les cinq ans les bons prêtres dévoient assister aussi les pauvres forcats^sur les galères. » Vincent de Paul fut pl^é à la tête de*, ces immenses travaux , parce que , comme' le (lit l’Évangile , « l’esprit du Seigneur. étoit sur" lui pour évangéliser les pauvres , pour^cpnsoler les alHigés et guérir les blessures de ’le^ cœur. 1 , s < ■*
Après la mort de madame de Gondi , arrivée .
cette année (i6a5) , Vincent de Paul abandonna entièrement le monde , et se retira dans le collège des Bons-Ënfans , pour veiller de plus près aux œuvres de sa nouvelle communauté ; ' elles étoient simples et obscures dans leur com- ' mencement, quoiqu’elles lussent destinées à devenir brillantes dans l’avenir; semblable > dit l’évêque de Rhodez , à c«J grain de sénevé dont parle l’Écrilure , qui , étant la^.moindre entre toutes les semences , devient enfin comme un arbre superbe sous lequel l’homme cherche l’ombrage. Il n’y avoit, en eflél , rien ” de si huinblé que cette communauté. Vincent de Paul et ses pieux compagnons se cohsidérôient commeles moindres entre ceux qui travailloient dans lemûMstè're de l’Église, et ne'se destinqieht à servir que.dansi les œuvres les plus basses et lés plusméprisées^armi les lionunes,c’esl-à-dire stv/; ceqr|r , catéchiser les pauvre? dans les villages fcaMre comme tes serviteurs non-seulement des . cmfés êt des autres prêtres , mais encore dés forçàtsot des plus misérables personnes. 'Ç’étoit, toujours le sujet de l’hurnble étrmnément do Vincent de Paul , que les nobles succès de sa sainte entreprise. « |fèus. allions dit-il , tout.
boDoement et saintement envoyés par J[gs évôqoes,j)Our évangéliser les pauvres ,‘aiusL que notte S^eigneur avoit fait : voilà ce que nous lai- sionsV et Dieu falsoit, de son‘côté , ce^quni avoît prévu de toute éternité. Il donna quebjüo bénédiction à nos travaux; coque voyant d’au'
1 res bons ecclésiastiques so joignirent à nous , non'pas tout à-la-foîs , mais en divers temps. 0 jv mon Dieu! qui eut jamais pensé qiîê cela fût ' " venu enKétat'OÙ il est mamlenant ^m’eûl dit çëla pour* lors , j’aurois cru qrt^il sc seroit ' moqué^de moi ; et néanmoins c’étolt par-là que Dfeu'vouloit donner commencement à la compagnie ! * «^ ' ‘ ' * .?
L'archevêque de Paris approuva définitive^ .
mént l’existence de l’institution des mission-^ naires par ses lettres du «4 «ivril 1G26. Plusieurs ecclésiastiques se réunirent au fondateur pour . • soutenir et agrandir cette utile institution; et l’histoire a conservé les noms de Jean Picçu , ‘ dû village de Brache, au diocèse d’Amiens;'^ d’Antoine Lucas -, de la ville de Paris; de Jean Brunet, do la ville de Riorn, et de Jean Dehorgny , du village d’Estrées. Le pape Urbain VIII confirma cette compagnie par une bulle du mois de janvier i 63 ü ; on y lit « qu’elle a été érigée en congrégation sous le titre de Prêtres de Ta Mission, et sous la conduite d>e Vincent . de Paul. Le souverain pontife donne à ces prêtres le pouvoir de faire et dresser tous les *
actes et règlemens qu’on jugeroit nécessaires ;pour le bien-être de celte congrégation. » A la I suite de celte bulle le Roi fit expédier des lel- • très patentes du mois de mai 1642 , qui .en •
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approuvèrent les statuts, et reçurent les bulles dans le royaume (g).