SA JUSTICE ET SA GRATITUDE
>'ous ue prenons pas ici le mot de justice au sens que les saintes i Écritures l'emploient quelquefois, pour signifier la grAce qui justifie i et sanctifie les Ames, ou Télat de justice et de sainteté : mais nous entendons une vertu particulière, et Tune des plus excellentes entre la morale, laquelle, comme enseigne saint Ambroise, rend à chacun ce qui lui appartient, et qui non-seulement ne s'attribue pas le bien d'autrui, mais même abandonne ses plus légitimes intérêts quand Téquité commune le requiert pour conserver ceux de son prochain '. Et c'est en ce sens que nous pouvons vraiment dire que M. Vincent a pooédé cette irertu à on degré très-excellent, et qu*il a su la réduire pefMlMttMt en pratique dans toutes les occasions qui se sont pré« •I ^ -•
■oveulque tribuil. alienam non vimlicat, uUIitatem propriam I aqaltatem cuitcidiat. Ambr. de Offic, Ub. i, c. 24.
Il avait souvent dans la pensée et dans la bouche cette parole de Jésus-Christ : • Rendez à Dieu ce qui appartient à Dieu, et à César ce qui appartient à Ci^sar. » Et, selon cette divine règle, il a soigneusement rendu à Dieu tous les devoirs de religion auxquels il était obligé en qualité d*homroe raisonnable, de chrétien, de prêtre et de missionnaire. 11 a semblablement rendu à son prochain en général, et à chacun en particulier, selon son rang et sa condition, tout ce que la justice pouvait désirer de lui, sans se détourner jamais en aucune façon du droit sentier de cette vertu. Sur ce sujet, il disait souvent aux siens, particulièrement dans les consultations qu'il faisait avec eux : « Messieurs, ayons égard aux intérêts d'autrui comme aux nôtres ; allons droit, agissons loyalement et équitablement. « Et il avait une telle affection de s'acquitter des moindres obligations de la justice, qu'il croyait les devoir préférer à toutes les autres. Ce fut dans ce sentiment qu'écrivant à une personne de confiance, il lui dit : « Souvenez-vous particulièrement de prier Dieu pour moi, qui, me trouvant hier obligé en même temps d'accomplir une promesse que j'avais faiCe, ou djex^ercer une action de charité à l'égard d'une personne qui nous peut faire beaucoup de bien ou beaucoup de mal, et ne pouvant satisfaire à l'un et à l'autre, j'ai laissé l'acte de cbarité pour accomplir ma promesse, dont cette personne est restée fort malcontente : mais je n'en suis pas tant fâché comme de ce que j'ai, ce me semble, trop suivi mon inclination en faisant celte action de justice. » •
Il prenait un grand soin que la communauté satisfit promptement à ce qu'elle devait, et avait peine que ceux à qui Ton devait quel que chose fussent obligés de venir le demander ; et quand ces personnes s'adressaient à lui, il les priait de ne point se donner la peine de revenir, promettant de leur envoyer en leur maison l'argent qui Irur était dû. L'on a vu aussi diverses fois que lorsqu'on lui apportait des lettres de change qu'il devait acquitter, il prenait un mémoire dn la demeure de ceux auxquels il fallait faire le paiement ; et aussitôt (juc le temps était expiré, il envoyait exprès quelqu'un de la maison pour leur porter l'argent : et comme on lui représentait qu'il fallait .,'tlrndrc qu'ils vinssent, ou envoyassent quérir leur argent, sans so mettre en peine de le leur faire porter, il témoignait n'approuver pas ;in tel procédé, estimant qu'il n'était pas juste de leur donner la peine <ic revenir pour demander une chose qui leur était légitimement due.
Un jour le cocher, reculant son carrosse près la porte Saint-Denis, 1 en versa quelques pains de la boutique d'un boulanger, dont un ou deux fureut un peu salis de la boue; aussitôt M. Vincent se montra
Bi juste, qae, craignant qae ces pains en fassent peut-être moins Tendus, il les fit payer au boulanger au prix qu'il voulut et les fit apporter à Saint-Lazare.
Une autre fois le même cocher reculant contre une graude porte cochère, qui était fermée par dedans avec nue vieille barre de b(>is demi pourrie, cette barre se rompit fort facilement. Or personne ne demeurait pour lors en cette maison, qu'un homme pour la garder, qui pouvait fermer cette porte d'une autre manière ; néanmoius, A. Vincent, de son mouvement, envoya le Frère qui l'accompagnait quérir le menuisier pour faire une barre toute neuve, laquelle il paya, et elle coûta quatre fois plus que lautre ne valait.
S'il croyait avoir contristé quelqu'un par quelque parole ou action qu'il n'estimât pas tout à fait juste, il ne manquait pas non plus de lai en faire satisfaction.
Le gouverneur d'une ville considérable le pria un jour de lui rendre un bon office à la cour, et l'assura qu'il soutiendrait les missionnaires de la même ville contre plusieurs personnes puissantes qui s'opposaient à leur établissement et qui faisaient contre eux leurs efforts au parlement. M. Vincent lui fit réponse que s'il- pouvait le servir, il le ferait; mais qu'il le suppliait de laisser ràllaire des prêtres de la Mission entre les mains de Dieu et de la justice pour en Jager ; ne désirant point être en aucun lieu par la faveur ni par 1 autorité des hommes.
Dans les procès un peu considérables que sa Compagnie était obligée d'avoir, il allait ou envoyait quelquefois voir les juges, non tant pour leur recommander la cause de sa Compagnie que pour les prier de n'avoir égard qu'à la justice. Et l'on pouvait bien dire de lui, qu'il élait le solliciteur de la justice, et non pas de ses intérêts, il n'était ni pour ni contre personne; mais il sollicitait également pour le demandeur et pour le défendeur ; parce qu'il ne demandait antre chose sinon qu'il fût rendu à chacun ce qui se trouverait lui appartenir; il avait même peine de s'en mêler. Et comme un jour un Frère de la maison de Saint- Lazare qui en faisait les affaires lui représenta, au sujet d'un procès qui était prêt à juger, qu'il était à propos qu'il allât voir ses juges pour leur recommander le droit de la Compagnie, il témoigna répugnance à cela, disant qu'il fallait laisser faire la providence de Dieu et la justice, et qu'il ne croyait pas que les recommandations fissent beaucoup, surtout a l'égard de certaines personnes, et que lui-même, lorsqu'il était employé à pourvoir aux bénéfices, n'avait aucun égard aux recommandations qu'on lui faisait, mais qu'il regardait si la chose demandée était
JuBle et à la plus grande gloire do Die ii, et qu'en eette vue il l'appuyait 6auB 8'arrèter aux. solUcitatious.
Uue autre fois il dit au même Frère qu'il fallait avoir pour loa&ime, lorsque Tou consultait une affaire, d'alléguer toujours topt cv. qui faisait pour la partie adverse, sans en rien omettre, de inémc que si elle étiiit présente pour déduire ses raisons et se défendre, et que c^élait aiusi qu'il fallait fairi' en matière de consultation.
Les missionnaires qui put quelque bien dans les provinces où ils sont établis out beaucoup à souffrir de la part des fermiers et autres personnes qui leur doivent, lesquels, sacliant qu'ils ne sont pas pour les maltraiter, abusent de leur patience, et étant* faits à la cbicane du pays, ne se soucient pjas beaucoup de plaider devant leurs juges naturels. Pour cela les supérieurs de quelques maisons de la Congrégation out souvent importuné M. Vincent de leur obtenir un commiltmusj afin d'intimider ces personnes qui ne veulent se réduire à la raison; mais cet bomme de Dieu les a ordinairement di- Terlis de cette pensée, leur disant qu ils fissent comme ils pour- -iraient. 11 avait mùme peine que la maison de Saint- Lazare, qui a ses causes commise» aux requêtes de^THôtel et aux requêtes du Palais à Paris, fit assigner ceux qui étaient éloignés, particulièrement s'ils étaient pauvres, à cause que cel^ leur coûterait davantage de venir plaidai' à Paris. « Gqla est-il juste, disait-il^ de Caire venir o^s pauvres gens-là plaider si loin ? »
Etant le chef de la seigneurie de Saint- I^azare, où il y a juatice liante, moyenne et basse, il donnait les offices gratis. £t pour cela il choisissait des hommes capables et gens de bien qui n'y pensaient pas, les préférant à d* autres qui briguaient ces charges et qui étaient puissamment recommandés : aussi a-t-il laissé cette justice trèsbien administrée à la gloire de Dieu, et au contentement et satisfaction des jusliciables.
Nous joindrons ici ia vertu de gratitude à celle de justice, puisque, selon la doctrine de saint Thomas, elle lui est particulicremeat annexée, et que ce serait manquer à l'un des plus justes devoirs du chrétien que île se rendre ingrat ou méconnaissant des bienfaits reçus, soit à regard de Dieu, qui est la première et principale source; soit à l'égard du prochain, dont la divine bonté se sert quelquefois comme d'un canal pour faire découler sur nous diverses sortes de biens. Or, M. Vincent était autant éloigné de ce vice que son cœur se sentait porté par son inclination naturelle, et encore plus par le mouvement de la grâce, à la vertu de gratitude eede reconnaiasan* ce, tant envers Dieu, qu'envers le prochain.
Il (lisait mr ce fliijvt qu'il Q*y avait rien qui eût tant d*cfficace pour gagner le cœur de tiWn que de lui olfrir un cœur reconnaissaut de ses dons et de ses bienfaits ; et dans ce seutinieut, il avait toutume de remercier Dieu souvent de tous ies biens que sa bonlé infinie communique incessamment à toutes sortes de créatures, et qu'il a communiqués dès le commencement du monde, comme aussi de toutes les bonnes œuvres et actions de vertu qui ont été pratiquées par le mouvement de ha grùcr, et il conviait les autres à faire le même. £t descendant plus au parliculier, il invitait souvent les siens à rendre à Dieu de très-fréquentes actions de grâces pour la fvotection et pour le progrès que Dieu donnait à sou Kgiise et aux principales parties dont elle est composée, surtout aux prélats, pasteurs et antres ouvriers ecclésiastiques qui travaillent pour sa conservation et son avancement. Il avait aushi grand soiu de remercier Dieu de tous les fruits que faisaient dans TËglise les compagnies et congrégations bien réglées. £t pour ce qui regardait la sienne, on ne saurait assez expliquer avec quels sentiments de reconnaissance il remerciait la divine bonté [tour toutes les bénédictions qu^elle ^ versait sur chacune des fonctions auxquelles les siens s'appliquent, comme sur les missions, les exercices des ordinunds, les retraites, les conférences, les séminaires, et autres services qu'ils rendent à rËglise. 11 remerciait encore souvent la divine bouté pour les assistances qu*on rendait aux pauvres, pour la promotion des bons ecclésiastiques aux charges et dignités de TËglise, [lour les heureux succès que Dieu donnait aux bous desseins du roi, pour les victoires remportées, soit par Sa Alajesté, soit par les autres princes et £tats chrétiens sur les inlidèles, hérétiques et schismatiques , et généralement pour tous les événements avantageux à la gloire de Dieu et au bien de la religion catholique. C'étaitut là les plus ordinaires sujets de ses reconnaissances envers Dieu, lesquelles lui semblant trop chétives, il invitait touted les personnes de pieté el les communautés entières, et principalement la sienne, d'en lonrr et glorifiiT Dieu avec lui, et d'olfrir leurs ^{ac^iilcv:8 vi prières à cette inteniion.
On lui a souvent oui dire >* qu'il l'aliail employer autant de temps à remercier Dieu de ses bienfait:, comme Ton en employait pour les lui demander; « ci se plaignait d\L'c un trcs-i^raud ressentiment de l'ingratitude extié:ne des hommes enverî^ Dieu, rapportant sur ce sujet la plainte que Jésus-Glirist même en a faite dans ri'^vangile, lorsqu'ayant guéri dix lépreux, il n'y en eut qu'un qui se rendit reconnaissant de ce bienfait : et pour cela il exhortait incessamim^nt les siens à la pratique de cette vertu de gratitude et reconnaissance^doBt
le défaut^ comme il disait, noue rend indignes de recevoir aucun faveur du ilieu t!l deâ liaiiimeâ.
Ou ne ï'aii pat» de quelle gMce particulière à boq ugard ili ememt Dieu, parce qu'il n'eu parlait jamais, sou humilité lui faisant teu Im doiiîi qu il recevait du Dieu î^uus ic sceau du silence ^ uiaiî^ il avait cette coutume, toubiesuuB, ati jour de mu baptême, de prier ceux de sa commuuaulé de lui aider a remercier Dieu de ce qu'il y avait taat d auuceï) que làa bouté ie buppurtait t^ur la terre : nous pouvouâ juger de la rccunuaissauce qu'il avait p€ur les hommes^ qui était iucoucevablc, quelle pouvait être celle qu'il availpourDitiu; ci cela d'autaiii plus que^ rtecvaut Icâ bieufaits de» hommeià conime lui cluiit départi» de la maiu libérale de Dieu, sou iiileotioii tétait de luu rappoiier les rem er ci em tu t8 iju'ii reudaitaux hommes.
Pour ce qui cht de m gratitude euver» les hommes^ elle était | graudCiqu'H eu reodaUdeâ iémoiguageâ parliculîerg, UDU-i§eulcn pour les bieiiiaitstïigualés et leë bervices coubidêrabicâ qu'il reccvaifT mais même [jour le» moiudres choîieH que lou faisait piur luij Iqui proveuait deba proloude humilité^ quilui tairait croire queiu ue lui était dît, et que cbaeuu lui iaïKait plus dliouueur el Ue grà<^ qu'il ue meiitait, eu sorte qu'il trouvait sujet de remereiemeat eu ûm chogcs où les persouues les pius reeouuaii^sautus u'eu eusseut pQ apercevoir. Daus cet esprit de gratitude il dmaita ceux qui t'approcbaitul, quoique ce ue lût que par mauière de visite, ou pour lui rendre le moiuitrij Uevoir, aux uns : i* Je vous remercie de ce que vous ue mépriscï^ point la vieillesse; » a d autres : • de ce que vous supportez uti iiiisérable pécheur; « a quelque autre: « de ce que vous m'avez euseigmf uue cliose que je ue savais pas; » ou bieu ; * de ia patience que vous avez exercée a m'entendie; « ou : « de me souûrir eu \otre présence; » ou : n de la cùarite que Dieu vous donne pour iaoi| etc. *> ïii il latsait ces remeniements JuBqu aux moindres lies l'rères, et même à celui qui était plus ordmau^ement auprès de sa perso uue dati^ ses maladies, ic remerciant de^i plus petits serviee^ï, comme de lui allumer uue lampe, lui apporter un b\ru, ouvrir ou fermer uue [jorte^ etc., temoi|^nant faire état des momdrea choi«8, et de les recevoir avec esprit de reconuaissaaci^, ce qui taisait qu*uu chacun preuail plaisir à lui rendre queliue sorte de service,
11 en usait de même dans les voyages pour les moindres ast^îïOaull qu'où lui rendait^ comme de lui aiuer â montera cJieval, ou auif semblables, dont il faisait plusieurs remeictemenls a%>** "> *• dialite et d'uue manière fort gracieuse^ même aux eni sonvent aux paroks quelque fiHribntioû ; et li était si e;
*eeonnai88aiice, que si celui qui l'accompagnait dans ses voyages ne remerciait pas assez, ou le faisait froidement, il l'en avertissait somme d*nne faute.
Ce vénérable pr^re, qui en tontes choses imitait Notre-Seigneur, 'a imité particulièrement en ceci , de tenir fait à sa personne ce qui était 'ait an moindre des siens ; et ponr cela il remerciait et récompensait SMix qui rendaient quelque bon office au Frère qui avait le bonheur le l'accompagner, comme de ceux qui étaient faits à lui-même.
Nous avons dit ailleurs que H. Vincent faisant voyage tomba dans l*eau auprès de Durtal, en allant du Mans à Angers, et qu*nn prêtre ie sa Congrégation, qui ponr lors se rencontra avec lui, se jeta ausntôt dans l'eau pour l'en retirer. Or il arriva depuis que ce prêtre s'étant beaucoup relâché de sa première ferveur, et n'étant pins guère à bon exemple, quitta enfin la Mission pour s'en aller en son pays, eontre l'avis de H. Vincent, qui lui avait dit que ce dessein étaitune tentation du diable, pour lui faire perdre sa vocation : comme en effet Dieu lui retira tout à fait l'esprit qu'il avait eu an commencement, et l'abandonna au sien propre ; de sorte que, bien loin d'exécuter les beaux projets qu'il avait faits, il se trouva saisi d'ennuis, environné de difficultés et pressé des ennemis de son salut.
Au bout d'un an ou environ, qu*il fut en cet état , il ouvrit les yeux pour connaître son malheur spirituel, quoique d'ailleurs il fût assez à son aise pour le temporel ; il commença à rt*XM)nnaitre que H. Vineeai avait eu raison de le détourner de ce voyage, et qu*il avait eu grand tort d'être sorti de la Compagnie, où Dieu l'avait appelé. Il fit comme Tenfant prodigue, se proposant de retourner à son père : il lai écrit pour cet effet lettre sur lettre, lui demande pardon de son égarement, et le prie de le recevoir en quelqu'une de ses maisons ; a quoi H. Vincent ne fit point de réponse. Ce prêtre redouble ses lettres et lui mande ouvertement qu'il est perdu s'il ne lui prête sa main secoui*able. M. Vincent, ne jugeant pas à propos pour le bien de sa Congrégation que cet homme y retournât, lui fit connaître que ses déportements passés ne donnaient sujet d*espérer grande satisfaction de sa conduite, et tint ferme à ne le point recevoir. Enfin ce prêtre B^avisa de gagner M. Vincent par l'endroit le plus sensible de son eosar, qni fut sa reconnaissance, sachant que c*était une de ses grandes I. U vint donc frapper à cette porte avec ces paroles : « Monr. ia fo^^ 4 one fois sanvé la vie du corps, sauvez-moi celle de iDérienr reconnaissant, voyant sa persévérance, ■nieax, Ini écrivit qu*il s'en vint droit à Saintil bras ouverts. Ce prêtre ayant eu cette
— Wi ^
hoiitiè répbiîfiêj lôul jotèui d'aviwr Irotivé ^rnefe dàltl T^HI M. VlHctetït, se di^osaii au dépArt^ lorsque llico lai envoya maladie de laquelle il mourut
Après que M. Vincetit fui hors de l>au ou ii txsàh ttutibé romi ti^ûÈ venons de le dire, il entra daus une maifionnetle qu'il re a^tîtra î c'était leîogisd'uu homm^ fbrt pauvre, auqud il témH^ autant de reconnaissante de l'avoir reçu chez lui pour y sécher habits comme il en aurait rendu à un gentitliomma qui Vnmi aecucilti dans son châleau ; et après ce remefdement il le paya fort bien, et au-delà de ee qu'il lut fallait : mats ce ne fut pas tout, cet homme lui ayant dit qu'il était fort iticuuimodé d^une descente, M. Viïiceut lui fit eî^pérerqu*il lui enverrait un tïandage qui le stHilagcrait fort. Et tn effet, qitoiquHl ne rt^lournôt à Paris que trois oû quatre mois après, il n'oublia pas pourtant de le faire aclieter dès qu*il fui arrivé, el de Tenvoyôr h ce pauvre paysan ^ avec nue leltfe qu'il lui éerivit pour le remercier derechef de Tavoit reçu dans son logis ; el ce qui est remarquable, n' avant point de voie assurée pour lui faire tenir cela, il ne fit point de diOicoUé d'employer nnt dame de grande qualité, maréchale de France, à qui ee lieu-là appar^ tenait, lui écrivant exprès pour la supplier de faire rendre eeban^ dage et sa lettre a cet Itomme ineammudé, lui marquant l'ei de sa demeure.
11 avait même de la recouuaissance pour ceux qui n*en dalent aucune de lui : par es^emple, envers les peuples qui rent et cultiveul lc& terres, et qui par la donnent mo} en au clergé et à la noblesse de vivre selon leur condilion. Voici comme H exprima un jour son seutimeat a sa communauté sur ce sujet : ■ Dieu nous sert ici de pourvoyeurs ti nous fournit tous nos hesotns^ et plus que nos liesoins; il nous donne la suOfsatiee et audelà* Je ne sais si nous pensons assez à l'eu remercier : nous vivons du patrimoine de Jésus-Cbrislf de la sueur des pauvres gens : nous devrions peuser quand nous allons au réfectoire : Ai-je gagné la nourriture que je m en vais prendre ? J^ai souvent celte pensée, qui me fait entrer eu confumon : Misérable, as-tu gagné le pain que ta vas tuanger» ce pain et ces commodités qui te viennent du Irai des peuples? Au moins si nous ne le gagnons pat comme ils fa juious Dieu pour eux, cl qu'il ne se passe jour que nous ne lu oDVions à Nolre-Seigtxeurj afin qu'il lui plaise leur faine la grècô^ faire uu bon usage de k*urs peines et de leurs soolTraisces, et jour de leur donner sa gloire* »
Il ëtait m reeon naissant, qtte quand il nviit reçu sssistan^e m
ce ban*labdfl
ne ta I
foW^ l^j
taveor de quelqu'un pour su Compi^^ziiit', il \\v manquait pas de le pablier partoat, et de l'appeler protoctear, Inenfeitenr, et lui donner d*autreK sembleMea titres obligeante ; exhortant ms enfante de lanooaiflU0der à Nôtre-Seignedr, et Ini téaoîgnant toiljonrs anx TOneoiitNe le souvenir de ce bienfait.
A^a. praire de la Blispfon étant mort en Lorraine dans une maison ta Btf vérends Pères Jéeaites, qui le tirent enterrer honorablement, M^ Yincent fit faire pour cela une conférence à sa communauté sur la reeoDQaisaance, afin d'exciter ses enfants à prier Dieu pour ces bons Pères, et pour lui demander la grâce et les occasions de reconnaître ce bienfait, comme il Ta reconnu en son particulier dans tontes les manières possibles, prenant toujours le parti dé cette sainte compagnie iorsqu' il s'est élevé des persécutions contre elle, Ucfaant d'en détourner 1 es calomnies, et publiant les vertus qu'elle pratique et les grands biens qu'elle fait
Il a pourvu à la nourriture d'une pauvre femme depuis vingt*cinq ou trente ans, et fait payer le louage de sa chambre proche k collège des Bons-Enfants, à cause qu'elle avait servi un ou deux pestiférés de la maison de Saint-Lazare au commencement que les nûsfiîonnaires y furent établis.
S*cntretenant un jour en particulier avec uo prêtre de sa Congrégation, et ayant dit quelque parole de louange d'une personne pour quelque bonne action qu'elle avait faite, faisant réflexion sur cette louange qu'il venait de donner, il dit : ■ J'ai deux choses en moi : la reconnaissance, et que jo ne me pais empêcher de louer le bien. » Il est vrai aussi qu'il avait ces deux choses bie^ avant dans le cœur, de l'abondance duquel sa bouche parla en cette occasion contre son ordinaire^ ne parlant jamais de soi à son avantage sans une trèsgrande nécessité.
Il avait surtout une très-grande rcc<mnaissance envers les fondateurs des maisons de sa Congrégatien ; en sorte qu'il ne mettait point de bornes dans toas les témoignages de gratitude qu'il pouvait leur rendre. Écrivant sur ce sujet à l'un de ses prêtres : « Nous ne saurions, lui dit«il, avoir jamais assez de reconnaissance ni de gratitude pour nos fondateurs. Dieu nous a fait la grâce ces jours paseés d'offlrir au fondateur d une de nos maisons le bien qu'il nous a donnée iMffce que je pensais qu'il en avait besoin ; et il me semble que s'il l'eût aecqké, j'en aurais reçu une très-sensible consolation ; et je crois qu'en ce cas la divine bonté se rendrait elle-même notre fondatrice, et que rien ne nous manquerait. Mais quand bien même cate «'arriverait pas, quel bonheur aerait-ce, Monsieur, de noua
appauvrir pour accommoder celui qui nous aurait fait do bien^ Dieu nous a déjà fait la grâce d'eu user une fois de ia sorte, avint eflfectivement rendu à uu bienfaiteur ce qu'il nous avait donné; eî i toutes les fois que ]*y pense, j'en ai une consolation quiR je ne puii 4 eiiprinier* • 1
Cette ictlrfi était du mois de septembre de Fân 1654, et l'année rai- I vaule il en écrivit une aulre à un bieulaitcur de sa Compagnie^ of- i irant de lui rendra ce qu'il lui avait donué, parce qu'il croyait qu'il ^ en pourrait avoir besoin. ■ Je vous supplie, lui dit-il^ d'usiT du bim I de notre Compagnie comme du vôtre ; nous sommes prèLs de yendre i tout ce que nous aYons pour \ouï4, et jusques à uos calices : tn quoi ji nous ferousce que les sulutH carjoos ordonnent^ qui est de rendre a i notre foudateor en sou besoin ce qu'il nous a doutié en son aboa- l danc>e. Et ce que je vous dis, Monsieur, n est point par céninome^ S tuais cela en la vue de Dieu, et comme je le sens au fond de mou cœur, - j
M. Vincent a bien fait voir la vérité de ces paroles en p}mi autres reneonlrcfij car a}aut été iuformé de quelque besoin pres.'^aat oîi tse trouvait un bienfaiteur de sa Compagnie, II lui fit préscDleF diuii cents pihtole.^ pour le sccoinir, lesquelles neaninoins il refusa^ cjaiguaut de cau&er Uup u incommodité à lui et au^ siens.
Une autre fois il emprunta trois centj» ptstolus pour les offrir km des londaLeurs de sa Compagnie qui se trouvait dans le besoin; mai^ eeLLe pcr&ouno sacbaut bleu qu il ne pouvait faire cela sans incommoder beaucoup sa communauté, ne les voulut jamais prendre i quelque instance qu ou lui eu fit.
CoG perâouuede grande piété ayant légué par testaotent quelque somme it' argent à &a^Cougregation pour employer en œuvres confor^ mes a sou lustitut^ M. Vincent eu ayant été averti lit assembler les otlieieis et quelques anciens de sa communauté, et Tun d'entre eoi ayant dit qu U crujaiL qu il y aurait beaucoup de cbarges, et qu*il n'en vitudrait nou daus la bourse du procureur de la maison, à cause que la même pei souue avait déjà fait quelque fondation fort oné' reuse, hL Vincent entendant ces paroles ferma les yeux, et puis les ouvrit regaraant \li% ie ciel, et dit : « liiucore que la cbose fût de la sorte que vous le dile^ (posons le cas qu elle soit ainsi), c'est toujours iieaucoup uoui^ ilonner que de nous donner mo)en de servir Uuu et de le faire couuaitre ; et partant nous ne devrions pas laisser pour cela d'en éire beaucoup recuuuaiîi^ants, et de prier Dieu pour lui comme pour nulle bienfaiteur, INous voyons que r%iise même a eu tant de reconnaissance envers (es bienfaiteurs, qu^elIe s'e^t relâchée
MT eux, accordant aux laïques le droit de patronage, comme Ton lit en pIusieurB endroits ; quoique ce droit ne dcYrait appartenir i*& l*Egliae. Pourquoi en a-t-e)le usé ainsi? sinon par un témoi* nge de gratitude euTers ses bienfaiteurs? 11 avait tant de reconnaissance pour feu -M. le prieur de Saint- Boare, et ]K>ur les religieux qui avaient substitué les missionnaires a leur place dans cette maison, qu'il priait Dieu avec instance de mr appliquer, autant qu'il se pouvait, le mérite des petits travaux 16 sa Compagnie, et de les faire participants du fruit des bonnes mvres qui se feraient en conséquence de leur bienfait. Il leur témoi- •Mit d'ailleurs tant de gratitude, que jamais il ne leur refusait rien le ee qu'il pouvait en conscience leur accorder. Il leur portait un (rœd respect, et leur rendait une singulière déférence, non par mine D par manière de compliment, mais par un vrai sentiment de reconudssance, dont il rendait témoignage en tous lieux, aussi bien en enr absence qu*en leur présence.
Nous n'aurions jamais fait si nous voulions rapporter tous les ixemples qu'il a donnés de sa reconnaissance. Nous^nous contenterons de ce que nous en avons dit, et nous finirons ce chapitre par le témoignage qu'un prêtre de sa Congrégation en a donné en ce peu de paroles : « La reconnaissance de M. Vincent envers nos bienfai- UquTF était tout extraordinaire. J'ai été témoin des actes de celte vertu qu'il a pratiquée envers feu M. Le Bon, ancien prieur de Saint- Laxare. Il le nommait notre Père; il le visitait souvent ; et lorsqu'il revenait de quelque voyage, la première chose qu'il faisait après avoir adoré le Saint-Sacrement à l'église, était d*aller saluer ce bon prieur. Je fus ravi, un jour que je m'y rencontrai, de voir les respects qu'il lui nmdit, et les asurances qu'il lui donna du souvenir qu'il conservait très-chèrement tant de sa personne que de la charité (qu'il avait eue pour la Congrégation de la Mission. Il l'assista à la mort avec une charité très-particulière; et ayant fait venir toute la communauté dans sa chambre pour recevoir sa bénédiction, il la lui demanda au nom de tous, d'une manière qui me toucha sensiblement, aussi bien que toutes les autres choses qu'il fit et dit en cette occasion, qui témoignaient sa grande reconnaissance en son endroit. Je lui ai t ntendu dire, parlant de la vertu de gratitude, qu'il nous fallait réjouir quand la providence de Dieu nous présentait les occasions de faire quelque acte signalé de cette vertu, qui lui est si agréable, comme il Ta fait connaître par les sacrifices d'action de grâces qu'il avait établis en Tancienne loi, et par celui de i'Kucharislie dans la loi nouvelle qui s appelle ainsi, non-seulement parce
qu'il fontmii rAoteai* de la grAoe, mais aimî parée que Notre*4el» gneur cm rinsUiiiant readit gràoei à %6û Père, et nous oMigea de l'offrir de mteie eD action de gràoes des bienfàlto innombrables ^tk nous avons reçus, et que noue reoevons continaellemeilt de sa bonté. •