‹ Vie de S. Vincent de PaulChapitre 102 sur 115 · SECTION UNIQUE · texte numérisé non relu

SECTION UNIQUE

CONTIIVUATION DU MÉMG SUJET.

Nous avons déjà remarqué que M. Vincent tenait cette maxime, lorsqu'on lui demandait couseil sur quelque affaire, de ne rien précipiter, pesant mûrement toutes les circonstances de la chose sur laquelle il fallait délibérer : pour cet effet, quand il n'y avait rien qui pressât, il prenait oinlmairemeut du temps afin d'y penser devant Dieu plus à loisir, et pour y apporter une plus attentive considération, dont voici quelques e&emples, entre plusieurs autres.

Une personne de sa connaissance souhaitant fort qu un jeune avocat eût entrée dans une grande maison, pour en avoir l'intendance et pour en négocier les aflaiies, pria M. Vincent, qui y pouvait beaucoup, de s'employer pour cela ; à quoi il répondit : « Nous y penserons, mais avant que d j Iravailier nous garderons le silence un mois entier sur cette affaire, pour écouter Dieu, et pour honorer le silence que Notre-Seigueur a gardé si souvent sur la terre. • 11 voulut ainsi réprimer l'ardeur qui paraissait en cette personne, et Tempressement qu'elle témoignait avoii* sur cette affaire, et consulter la volonté de

Dieu. Mais après avoir différé qaatre ou cinq mois, il fit en sorte que cet avocat fût reçu dans cet emploi. En quoi sa manière d'agir était fort opposée à la procédure ordinaire du monde, qui veut promptement et sans aucun délai employer toutes sortes de moyens, et remuer ciel et terre, comme Ton dit, pour faire réussir ses desseins.

Lorsqu'il fut question de donner des pègles à sa Congrégation, sans lesquelles il savait bien qu elle ne pouvait subsister, quoique son cœur fût grandement pressé de mettre la dernière main à un ouvrage qui lui était cher, comme la chose néanmoins était d'une extrême conséquence, il attendit trente-trois ans avant que de les donner; tes faisant cependant pratiquer par ceux de sa Compagnie : ayant ainsi jugé, par une maxime de très-baute prudence, que pour rendre ces règles non-seulement parfaites, autant que cela dépendait de lui, mais encore stables et de durée, il fallait commencer à les pratiquer avant que de les écrire, et faire en sorte qu'elles fussent gravées dans les cœurs de tous les siens, avant même qu'elles fussent tracées sur le papier.

Il était extrêmement retenu et circonspect en ses paroles, nonseulement pour ne rien dire ni répondre qui pût causer aucun ombrage ou défiance, ou qui donnât sujet de peine à personne, mais même pour ne rien avancer qui ne fût mûrement considéré et digéré en sou esprit; et il y a sujet de croire que c*est pour cela qu'il parlait peu, et fort posément.

Il disait « que c'était un effet de prudence et de sagesse, non-seulement de parler bien et de dire de bonnes choses, mais aussi de les dire à propos, en sorte qu'elles fussent bien reçues, et qu'elles profitassent à ceux à qui l'on parlait : que Notre-Seigneur en avait donné l'exemple en plusieurs rencontres, et particulièrement lorsque, parlant à la Samaritaine, il prit occasion de l'eau qu'elle venait puiser pour lui parler de la grâce, et lui inspirer le désir d'une parfaite conversion. »

Allant par la campagne, et rencontrant un jeune prêtre de village qui lui était inconnu, et qui tenait un livre à la main, sa prudence et sa charité lui firent prononcer ces paroles en le saluant : « 0 Mon* sieur ! que voilà qui est bien de vous entretenir ainsi avec Notro- Seigneur par cette bonne lecture f vous m'édifiez beaucoup, et votre exemple montre bien comme il se faut entretenir de bonnes peu* sées. » M. Vincent ne savait pas si ce livre que tenait cet ecclésiastique était bon ou mauvais ; néanmoins par uu trait de prudence et de charité tout ensemble, supposant qu'il fût bon, il voulut employer

ces paroles en le congratulant, pour lui persuader par cette gracieuse approbation de faire quelque bonne lecture.

Un curé célèbre de Paris, ayant dessein de prendre pour vicaire un ecclésiastique, lequel, après avoir demeuré quelque temps dans la Congrégation de la Mission, en était sorti, écrivit à M. Vincent, le priant de lui faire savoir pour quel sujet il était sorti de sa Compagnie, comment il s'y était comporté, et s'il jugeait qu'il fût propre pour l'emploi auquel il le destinait. M. Vincent se trouva en peine touchant ce qu'il devait répondre ; car il ne voulait pas nuire à cet ecclésiastique, duquel néanmoins il savait les défauts, pour lesquels il ne jugeait pas qu'il pût réussir dans la condition de vicaire; il ne voulait pas aussi tromper le curé, ni lui faire croire les choses autrement qu'elles étaient; c'est pourquoi, pour ne tomber ni en l'un ni en l'autre de ces inconvénients, sa prudence lui suggéra un moyen, qui foi de faire la réponse suivante au curé : « Je ne connais pas assez. Monsieur, l'eccl^iastique duquel vous m'écrivez» pour vous en pouvoir rendre aucun témoignage, quoiqu'il ait demeuré assez longtemps parmi nous. » Un prêtre ancien de la Compagnie était présent lorsque M. Vincent dictait cette réponse; et comme il n'en pénétrait pas le secret, il l'interrompit pour lui dire que ce curé aurait sujet de s'étonner s'il lui mandait qu'il ne connaissait pas assez un prêtre qui avait demeuré un temps notable dans sa Compagnie et sous sa conduite. A quoi il repartit : « Je vois bien cela ; mais puis-je mieux faire que Noire-Seigneur, qui dit des réprouvés qui ont prophétisé en son nom qu'il ne les connaît pas? ce qui s'entend d'une connaissance d'approbation. Trouvez donc bon que je suive son exemple et sa façon de parler. »

Comme il n'avait point d'autre vue en la distribution des bénéfices, pendant le temps qu'il fut employé dans les conseils de Sa Majesté, Binon de procurer le plus grand bien de l'Eglise, il n'usait point aussi d'autres artifices pour les faire donner à ceux qu'il en jugeait les plus dignes, qne de représenter leiT vertu et leur mérite, avec les avantages qui en arriveraient au service de Dieu et au bien du public, sans jamais diminuer la bonne opinion qu'on pouvait avoir des autres prétendants, pour ne leur faire aucun lort. En quoi il était obligé d'user d'une très-grande prudence et circonspection en ses paroles, pour soutenir l'intérêt de l'Église, et ne blesser ni la vérité ni la charité.

Mais surtout il faisait paraître une merveilleuse prudence quand il était obligé d'avertir ou de reprendre quelqu'un, eu telle sorte qu'il n'en fut point contrii>té ni aigri, et qu'il fit un bon ubage de

ravertissement ou de la correctioD qai loi était Mte. Voici comme il se comporta sar ce sujet en quelques rencontres, d*où Ton pourra juger des autres.

Ayant un jour appris de bonne part qu'un ecclésiastique sayant et grand prédicateur, qui le Tenait souvent voir pour quelque dessein, n'avait pas de bons sentiments de la foi ; et en avant d'ailleurs quelque conjecture plus que probable, il usa d'une adresse non moins prudente que charitable dans la correction fraternelle qu'il lui fit, en la manière suivante, selon le récit qu'il en a lui-même rédigé sous un nom emprunté :

• Considérant devant Dieu, dit -il, ce que je devais faire en celte rencontre, je pensai que, selon la règle de* l'Évangile, je dçvais dire In chose a Damasus en secret, et par manière de parabole. Traitant donc un jour familièrement avec lui, je lui dis : Monsieur, comme Vous êtes un grand prédicateur, j'ai un conseil à vous demander touchant une chose qui nous arrive à nous autres missionnaires, quand iious allons travailler h la campagne, où nous trouvtms quelquefois des personnes qui] ne croient pas aux vérités de notre religion; et nous sommes en peine de quelle façon nous devons agir pour les leur persuader; c'est pourquoi je vous prie de me dire ce que vous jugez que nous puissions faire en ces rencontres pour les porter à croire les choses de la foi . A quoi Damasus me répondît avec quelque émotîon : Pourquoi me demandez-vous cela? Je lui répliquai : C'est, Monsieur, que les pauvres s'adressent aux riches pour quelque assistance et charité; et comme nous sommes de pauvres ignorants, lions ne savons pas de quelle façon faut traiter les choses divines, et nous nous adressons à vous pour vous prier de nous instruire sur ce!a. Damasus, s'étant remis tout aussitôt, me répondit qu'il voudrait enseigner les vérités chrétiennes, premièrcmenl par la sainte Écriture; secondcfnent, par les Pères; troisièmement, par qiielque raisonnement ; quatrièmement, par le commun consentement des peuples calholique? des siècles passés; cinquièmement, par tant de inarryrs qui avaient répandu leur sang pour la confession de ces [ mêmes voriîés; f^ixièmement, par tous les miracles que Dieu avait

faits on leur confirnialion. Après qu'il eut achevé, je lui dis (juc cela t'.ail fort l>i(n, cl je le piiai de mellrc toulet* ces choses par mit tout simplement et sans f'Hçon, et de me les envoyei ; ce qu'il iil dt ux ou trois jours après, me les ajanl apportées lui même; de quoi je le remerciai, lui disaul : Je vous ^uis bien obligé, et je reçois une joie ; ariio'ïlière (\o vous voir drin*? ers bons sentiments, et de les appi'iqfe •■:c de voiîs-mêm<»; e^r outre le prof-t que j'en tirerai pour iÀd

ange particulier^ cela me servira même pour votre- jastification. ▼008 aurez peut-être peine de cioire ce que je vais vous dire, qui est néanmoins très-véritable; c'est qu'il y a des pei sonnes qui ^ont persuadées, et qui disent que vous n'avez point de bons sentiments touchant les choses de la foi : voyez donc, Monsieur, d'achever ce que vous avez si bien commencé; et après avoir si dignement soutenu votre foi par votre écrit, donnez-vous à Dieu pour vivre, d'une manière non-seulement éloignée de l'apparence de ce qu'on dit de vous, mau aussi qui puisse être à édification au public. Je lui ajoutai que, d'autant plus qu'une personne était de grande condition, comme lui, elle était aussi plus obligée de s'adonner & la vertu; que c'était pour cette raison que ceux qui ont écrit la vie de saint Charles Borroméc disaient que la vertu était d'autaut plus vertu qu'elle se trouvait dans une personne de plus grande qualité; et qu'il en était comme d'une pierre précieuse, laquelle avait un éclat plus brillant étant enchâssée dans quelque bague d'or, que si cette bague n'était que de plomb. Ce que Damasus ayant approuvé, et témoigné que dorénavant il voulait en user de la sorte, il se retira, et me laissa fort satisfait de le voir dans une si bonne résolution. >

Etant un jour en la compagnie de plusieurs personnes de grande condition, il arriva qu'un d'entre eux, par une vicieuse habitude qu'il avait contractée depuis longtemps, s'échappa de dire • que le diable l'emportât, » et quelques autres semblables imprécations : ce que M. Vincent ayant entendu, il s'approcha aussitôt de lui, et l'embrassant de bonne grâce, lui dit en souriant : « Et moi, Monsieur, je vous retiens pour Dieu. » Ce qui édifia beaucoup toute la compagnie, et servit d'une correction douce et efficace à celui qui se laissait emporter à proférer ces paroles ; en sorte que, confessant qu'il avait tort, il promit de s'abstenir de semblables façons de parler.

Un vertueux ecclésiastique a témoigné qu'il lui vit foire un jour une semblable action, quoiqu'en un sujet fort différent, à l'égard d'un grand prélat qu'il rencontra dans la rue, auquel, après quelque civilité, il dit fort gracieusement : « Monseigneur, je vous prie do vous ressouvenir de la bague, d A quoi ce prélat répondit en riant : « Ah ! Monsieur, vous m'y prenez. > Cet ecclésiastique, qui était présent, lui ayant demandé l'explication de cette bague, il lui dit « que ce bon prélat, qui lui témoignait beaucoup d'amitié, lui avait plusieurs fois protesté que jamais il ne changerait son épouse, c'està-dire son église, pour une autre, quelque belle et riche qu'elle pût être;» lui montrant à cet efTet la bague qu'il portait à la main droite, et ajoutant ces piaroles du Psalminte : Oblivioni detur dextera

mea^ si non meminero lui ; et il est à remarquer que pour lors l'on parlait d*un riebe archevâcbé pour ce même prélat. Il se trouve dans le cours de la \ie de H. Vincent un nombre presque innombrable d'autres actions semblables à celle-ci, lesquelles, bien qu*il les fit comme en riant, partaient néanmoins d'une trë&-grande prudence, et produisaient ordinairement de très- bons effets.

C'était encore un effet de sa prudence d'user d'une telle circon* spection en ses paroles, qu'il ne contristait jamais personne, et ne renvoyait jamais aucun mécontent d'auprès de lui. « Pour mon particulier, dit le supérieur d'une de ses maisons, je n'ai jamais eu Tbonneur de l'approcher, que je n'en aie retiré toute la satisfaction que je pouvais prétendre, soit qu'il m'accordât ou qu'il me refusât ce que je lui demandais; et même la veille du jour que je partis de Paris pour aller où il m'envoyait, je demeurai avec lui assez longtemps, pendant lequel plusieurs personnes vinrent lui parler, et j'admirai , comme j'avais toujours fait, de quelle manière il renvoyait un cbacun content. On lui vint demander deux choses entre plusieurs autres: la ]jrcmière fat la délivrance d'un criminel qui avait fait un meurtre sur le grand chemin de Saint-Denis dans le détroit de la juridiction de Saint-Lazare. Il reçut fort cordialement un ecclésiastique qui lui en vint parler, et lui témoigna toute la bienveillance possible; mais comme la chose ne dépendait pas absolument de lui, il lui fit connaître quelle était la conduite de Dieu dans les effets de sa justice, aussi bien que dans ceux de sa miséricorde, et qu'il fallait respecter les uns aussi bien que les autres ; il lui parla ensuite des circonstances du meurtre qui avait été commis, et de la justice des châtiments que Dieu avait établis pour de semblables crimes; ce qu'il fit avec tant de grâce, que cet honnête ecclésiastique se retira content, n'ayant rien à répliquer à ce qu'il venait d'entendre. La seconde chose fut qu'un séculier vint lui demander de l'argent à emprunter ; sur quoi M. Vincent lui fit mille excuses de ce que la maison n'était pas en état d'en pouvoir prêter, et qu'il était bien mai ri de ne pouvoir le servir en cette occasion, et lui paria enfin avec tant de douceur et de prudence, que sou refus n'eut aucun mauvais effet dans l'esprit de ce séculier, lequel se relira fort content. »

Dans le voyage qu'il fit en Tannée 1649 il visita plusieurs de ses maisons, et entre les autres un séminaire qui avait été établi dans une ville épiscopale dont le siège était vacant : il est vrai qu'il y avait un évêque nouvellement nommé qui n'avait pas encore ses bulles, auquel M. Vincent avait été «tntrwe lea i»a promotion à cet cvêché, de quoi ce prélat ôûtes. Or s'étant

— 393 ~ trooTé eta cette ville-là, contre l'attente de M. Vincent, il se mit à penser de quelle façon il se comporterait enverjs lui : « Car, disait-il, n je le vais saluer, vraisemblablement il en sera surpris, et peut-être ému et touché; de lui envoyer demander s'il aura ma visite agréable, je ne sais pas comment il recevra ce compliment; de n'y aller et de n'y envoyer pas, ce bon seigneur aurait raison de s'indigner contre moi, et c'est ce qu'il faut éviter. Que ferai-jedonc? • Voici ce que la prudente humilité de ce sage prêtre lui suggéra dans cette rencontre. 11 envoya vers ce prélat le supérieur de la maison avec un autre prêtre, pour lui dire qu'il venait d'arriver en son diocèse, qn'il n osait y faire aucun séjour sans sa permission, et qu'il le suppliait très-humblement d'agréer qu'il demeurât sept ou huit jours chez les prêtres de la Mission. Cet humble compliment fut fort bien reçn de ce prélat, et il en ent une telle satisfaction, qn*il lui manda qu'il consentait très- volontiers qu'il y demeurât autant de temps qu'il voudrait, et que s'il n'eût eu une maison en cette ville-là il lui eût offert la sienne. M. Vincent voulut prendre sujet d'une réponse si obligeante d'aller remercier ce prélat, et lui rendre ses respects, pour tâcher de l'adoucir entièrement ; main il ne lui en donna pas le loisir, étant parti le même jour inopinément pour s'en aller en quel* que autre lieu.

Or M. Vincent tenait cette grande maxime en toutes ses délibérations, conseils et résolutions, de consulter toujours et avant toute autre chose l'oracle de la divine vérité, c'est-à-dire de voir et considérer ce que Notre-Seigneur avait dit et avait fait qui eût quelque rapport à la chose dont il était question, pour se conformer à ses exemples et se soumettre à ses enseignements ; c'était comme la fontaine d'où il puisait tous les plus sages conseils qu'il donnait aux autres, et toutes les plus saintes résolutions qu'il prenait pour luimême : après quoi il ne faut pas s'étonner s'il agissait avec une si grande prudence, et s'il réussissait avec tant de bénédiction, puisqn'il allait à la source de la sagesse même, qui est la parole divine incarnée, et que l'on pouvait bien dire que, selon le souhait du sage, cette divine sagesse l'assistait, le conduisait, et opérait avec lui en toutes ses entreprises. A ce propos, demandant un jour avis à un de ses prêtres sur un doute où il se trouva, et ce prêtre lui ayant dit qu'il fallait faire la chose, à cause des suites fâcheuses qui lui arriveraient s'il ne la faisait pas ; M. Vincent le reprit, lui disant qu'il ne fallait pas tant prendre garde aux suites comme à la substance de la chose et au rapport qu'elle pouvait avoir avec les paroles et les exemples de Jésus «Christ.

Dans la même Tue de se conformer à ce divin exemplaire, il tenait cette autre maxime, de faire toute chope à petit bruit, sans faste et Bans éclat ; choisissant les œuvres et les voies les plus humbles aussi bien que les plus charitables, pour ne pas excitw l'envie, ni la contradiction des hommes ; et quand le démon en a suscité quelquesnues, il n'a point employé d'autres armes pour les surmonter, que l'humilité, la patience, la pénitence et la prière ; ne s'étant jamais voulu défendre ni justifier pour repousser la médisance et la calomnie, ni se servir d'aucune force ni autorité temporelle pour réussir dans ses bons desseins : jugeant prudemment que par ce moyen il triompherait de cet ennemi, comme il a fait.

Enfin, M. Vincent a fait paraître la pureté et la solidité de sa prudence et de sa sagesse en ce qu'il a toujours cherché de suivre et d'accomplir en toutes choses la très-sainte volonté de Dieu, par préférence h tout le reste, et sans avoir aucun égard aux intérêts temporels, qu'il méprisait et foulait aux pieds quand il s'agissait des intérêts du service et de la gloire de Jésus- Christ. C'était le grand et l'uniqne principe sur lequel il fondait ses résolutions, et par lequel il exécutait fidèlement et constamment ce qn'il avait résolu ; préférant souverainement et incomparablement la volonté de Dieu et ce qui regardait sa gloire et son service à toute autre chose, sans en excepter aucune.

Pour conclusion de ce chapitre, nous rapporterons ici le témoignage qu'un très-vertueux ecclésiastique a donné par écrit touchant la prudente et sage conduite de M. Vincent, principalement dans ses réponses à ceux qui le consultaient et qui lui demandaient ses avis ; car voici Tordre qu'il tenait, selon que cet ecclésiastique a dit l'avoir souvent remarqué :

« Premièrement, et avant toute chose, il élevait son esprit à Dieu pour implorer son assistance, conviant ordinairement ceax qoi venaient lui demander conseil de faire le même ; et par une conrio et fervente prière qn'il faisait avec eux, il demandait lumière et grâce pour connaître la volonté de Dieu dans les choses dont il fallait délibérer. Secondement, il écoutait fort attentivement ce qu'on lui proposait, leconsidérant et pesant à loisir, et, s'il le jugeait nécessaire, il en demandait de plus grands éclaircissements, pour en connaître mieux toutes les circonstances; Troisièitfement; il ne pnf* cipitait jamais son avis ; et même, si le likélitDilA f^ ^^^Oèe Ib tctpé* . rait, il demandait du temps pour y peoMH^i ^ la MAôJK*

mander cependant à Dieu. QuatrièdB^ ^

prit conseil des autres; et loin

et déférait toujours, autant que la justice et la charité le lui pouvaient permettre, aux avis d'autrui, qu'il suivait plus volontiers que les siens propres. Cinquièmement enfin, lorsqu'il était obligé do proposer ses sentiments, il le faisait d'une manicre si judicieuse, et néanmoins si humble, qu'en faisant voir ce qu'il estimait de plus expédient, il laissait a la i)crsonueà se déterminer ellc-mi^me; disant par cet exemple : Il y a telle et telle raison qui semble convier à prendre une telle résolution ; ou bien si on le pressait absolument de déterminer et dire son avis, il le proposait d'un mô:ne fetyle, disant : Il me semble qu'il serait bon, ou qu'il serait plus expédient de faire une telle chose, qu de se comporter d'une telle façon. Après quoi il observait deux choses : Tune, de tenir sous le sceau du secret les affaires sur lesquelles on le consultait, sans en parler jamais, sinon avec l'agrément de la personne qui lavait consulté, et pour quelque évidente nécessité ou utilité ; l'autre, de demeurer constant dans les résolutions qu'il avait prises : car après qu'il avait une fois connu la volonté de Dieu, il ne variait [)Ius, mais il tenait pour maxime qu'il en fallait venir à l'exécution, et se garder du vice de l'inconstance, qui est fort opposé à la véritable prudence, et qui ruine les plus saintes et les plus solides résolutions. •

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