CHAPITRE XIX
SA UORTIFICATION.
« Il n'y a rien de plus grand ni de plus relevé en la vie du chrétien (comme dit saint Ambroise) que d'exercer son âme dans la pratique des vertus ; et pour cet effet, mortifier sa chair et la réduire en servitude, afin qu'elle apprenne à se soumettre, et qu'elle se rende docile à la conduite de la raison : en sorte que, nonobstant les travaux et les difficultés qu'elle peut ressentir dans cet exercice, elle ne laisse pas de se porter courageusement à Texécution des bons désirs et des saintes résolutions qu'elle aura conçues dans son cœur \ •
£t certes ce n'est pas sans raison.que ce saint docteur a parlé de la sorte : car, puisque, selon le sentiment du sage, cest une chose bien glorieuse que de suivre le Seigneur ', et que le premier pas qu'il faut faire pour marcher à sa suite, comme lui-même le déclare
* Nihil la vilà christiaaà exceUlufl aut magai&ccatiud, quàm ciercere mcntem, subigerecaraem, el in servilulem reJigere, ut obediat impcrio, consiliis obtempcret, ut in adeuadU laborlbEU imptgrè eiequalur proposUum aoimi .ac voluatataoï. Ambr.Jib. t deOffic.,e,Z6. - ^ *
* Gloria magna est «equi Dominum. EuU, 23/
dans r Évangile, c est do renoncer a soi-même, cl de porter sa croiî il s'ensuil que le chréliea doit regarder rabnégatioo et la mortifie ^lion comme un titre de noblei^Be^ et comme une man£ue qu'on a Thonncur d'appartenir à Jésus-Chrisl et d'être de fia suite. Or , M, Vineent ayant toujours fait une profession particulière de suirre , ce divin Sauveur^ el de marcher sur les traces de ses exemples (comme il a été dit en Tua des chapitres préoîdcnt!^}, il ny a P4^| [lieu de douter qu'il n'ait été honoré de ses plus chères livrées, ^^ que, selon la parole de TApôtre, il n'ait porté en son c^rps la mortiricaiion de Jésus Christ : en sorte que sa vie a*a été presque qu'un Hâcrifîce continuel de son corps et de tous ses sens, de son âme et de SCS puissances, et enOn de tous les désirs et mouvements de son eœiur ; et c>st de l'abondance de ce cœur parfaitemeut morti&é qui^| * «'entretenant un Jour avec les siens sur ces paroles de Jésus- Chri^^ dans r Évangile : * Si quelqu'un veut venir après moi, quU renonce là sol-mime, et qu'il porte sa croix, » C'est la» leur dit-il, le consi [que Ko tre- Seigneur donne à ceux qui se présentent à lui pour le [cuivre ; il leur déclare que la première démarche quils doive] Claire est de renoncer à eux-mêmes, et ensuite de porter leur croix puis persévérer constamment en Tun et en l'autre jusqu'à la fi '\:iïm nous pouvons bien appliquer à ce sujet ce que ce divin Sai iveur a dit en une autre occasion : Non omnes capiunî verhum ist ]ll qu'il y en a peu qui se donnent à Jésus-Cbrist pour le sui l muB ces conditious I De là est Tenu que de tant de milliers de pei sonnes qui le suivaient pour Feutendre, presque tous l'ont aba donné et se sont retiré», parce qu'ils ne le suivaient pas prépj de la sorte que Notre-Seigneur leur disait qu'il le fallait être, qu'ils n'étaiê t pas dans la disposition de se mortifier et de pori leur croix<
* C'est donc une m^essité à quiconque veut être disciple de ce vin Maître, do renoncer à son propre jugement, à sa volonté, à ses sens, à ses passions, etc. Par le jugement on entend la science, l'iutelligence et le raisonnement. Oh! quel avantage â uu chrétien des onmettre ses lumières et sa raison pour Tamour de Dieu ! Qu'est-ce que cela, sinon suivre et imiter Jésus-Christ, et lui faire uu sacrifice de son propie jugement? Par exemple, on met une question en avant; chacun en dit son avis : or, pour renoncer â soi-même en une tel] occasion^ il ne faut pas refuser d'en dire ce q 'on en peufiej maiâ faut se tenir dans la disposilion de souinetiiv son jugement et raison, en sorte que Ton suive volontiers, et môme que Ton prt;^èi le jugement d'autrui au sien propre.
« Pour ce qui est de renoncer à sa propre volonté, Notre-Seigneur nous en a donné l'exemple pendant tont le cours de sa vie et jusqu'à sa mort, s'étant continuellement étudié de faire, non sa volonté, mais celle de son Père, et d'accomplir en toutes choses ce qu*il reconnaissait lui être agréable : Quœ placitasunt et facio sempcr. Oh ! que s'il plaisait à Dic^u nous prévenir de tant de grâces, que nous demeurassions toujours dans l'accomplissement de sa volonté, obéissants à ses commandements, aux règles de notre état, et aux oi*drcs de Tobéissance, nous serions alors les vrais disciples de son Fils; mais tint queno!:s serons attachés à notre propre volonté, nous n'aurons point da disposition pour le suivre, ni de mérite à porter nos peines, ni ^ part avec lui.
« Mous devons encore mortifier nos sens, et veiller continuellement sur eux pour les assujettir à Dieu. Oh! que la curiosité de voir et d'écouter est dangereuse, et qu^elle ade force pour détourner notre espi it de Dieu ! Que nous devons beaucoup prier Motre-Seigneur afin qu'il nous fasse la grâce de renoncer à cette curiosité, qui a été la cause de la perte de nos premiers parents !
« Il 7 a encore une certaine passion qui domine en plusieurs, à laquelle il nous faut bien renoncer : c'est ce désir immodéré de conserver sa santé et de se bien porter, et ce soin excessif de faire le possible et l'impossible pour la conservation de son individu ; car cette sollicitude immodérée et cette crainte de souffrir quelque incommodité qu'on voit en quelques-uns, qui mettent tout leur esprit et toute leur attention au soin de leur cbétive vie, sont de grands empè(*hements au service de Dieu, qui leur ôtent la liberté de suivre Jésus- Christ. 0 Messieurs et mes Frères, nous sommes disciples de ce divin Sauveur, et cependant il nous trouve comme des esclaves enchaînés ! à quoi? à un peu de santé, à un remède imaginaire, à une infirmerie où rien ne manque, à une maison qui nous pldt, à une promenade qui nous divertit, à un repos qui ressent la paresse. Mais, dira quelqu'un, le médecin m'a conseillé de ne m'appliquer pas tant, d'aller prendre l'air, de changer de séjour. 0 misère et faiblesse ! les grands quittent-ils leur demeure ordinaire parce qu'ils sept quel quefois indisposés? un évoque abandonne-t-il son diocèse? un gouverneur, sa place? un bourgeois, sa ville? un marchand, sa maison? les rois même font-ils cela? Rarement, et quand ils sont malades, ils demeurent au lieu où ils se trouvent. Le feu roi se trouva malade à Saint-Gcrmain-en-Laye, et il y demeura quatre ou cinq mois sans se faire porter ailleurs, jusqu'à ce qu'il y mourût d'une mort vraiment chrétienne, cl digne d'un roi Irès-chréliiii. »
Et dans aoe antre oceâsbii {jarlariL sur le même sujet : « La sel sualité, dit- il, se trouve partout^ et oon-fiealtnieQl dans la rechercl de Tesiime du monde, doa nchesses et des plabirs, mam aussi dac Tes dévotions, dans les actions les plus aainles, dans les livres, da les images; en un mot, elle se fourre partout* 0 mon Sauveur, tait
Ibous la grdce de nous défaire de nous-mêmes! faites, s*il vous plaiJ que nous nous haissiouâ, afin de vous aimer plus parfaitemeutt von qui êtes la source de toute vertu et perfection, et rcDuemi mortel i la sensualité : douuez-nous cet esprit de mortification, et la grûce ^
I résister toujours h cet amour- propre, qui est la racine de toutes eu
I icnsualités. >
Ju^u'ici sont les paroles de M. Vincent, que nous avons rappor^
iUm eommi' des fidèles expresstous, non- seulement des pensées «on esprit, mais encore plus des affections et dispositions de son cceiJ touchant cette vertu de mortificaiion, que Tou peut dire avoir q| une de celles qu'il a le plus universellement et le plus constamme
r pratîqu(5es pendant tout le cours de f^a vie, et jusqu'au dernier soupii Il essi vrai qu'il ne faisait pas paraître au dehors une vie fort austère
' estimant qu'une vie commune en apparence était la plus convenabli pour réussir au serviee des peuples et des ecclésiastiques, auquc Dieu Tavait destiné, étant aussi la plus rapportante à la vie de Jésti Christ et des saints Apôtres, sur le modèle de laquelle il voulait élq Ter les missionnaires de sa Congrégation. £t par conséquent il i croyait obligé de leur en donner Tcxemple, se conformant à eu pour rextérienr d'une vie bien réside, qui n'est ni trop étroite, trop douce, ni trop rigoureuse. Mais eu son particulier il se traitait fort àprement, faisant souffrir son corps en diverses manières. i^ mortifiant sans cesse son intérieur, pour tenir Fun et Tautre parfai^| temcnt soumis aui volontés de Dieu, et cela d'une manière d'autani plus excellente et plus sainte qu*elle paraissait moins aux yeux d^j^ liommes : eu quoi il s est rendu semblable à ce grain de froment doqj^^ Jésus-Christ parle dans rÉvangile, lequel, plus il est enchéet enfoncé en terre, plus aussi il pousse f^es tiges et multiplie son fruit.
Et premièrement, il a mortifié cet amour de 1 honneur et de la propre estime, qui est si naturel à tous le^ hommeii, et qui leur luil cacher avec tant de soin tout ce qui peut leur causer le moindre mé pris; car ce saint prêtre, réprimant celle inclination naturelle, laissait échapper aucune occasion de s'humilier, eu parlant de basse naissance et de la pauvre condition de ses parent ^ qu*il rembrass4t bieu volontiers* Voici ce qu*il écrivit en Tâuni^e 163:^^ Pua de ses prêtres : « 0 Mousieuri ^r muttr^ bcureu]^ do
— 423 ~ qae nous honorons la parenté panvre de Notre-Seigneor, par la nôtre pauvre et diétive! Je disais avec consolation ces jours passés, en préchant en une communauté, que je suis le fils d'nn pauvre laboureur, et en une autre compagnie, que j'ai gardé les pourceaux. Groiriez-vous bien, Monsieur, que je crains d'en avoir de la vaine satisfaction, à causo de la peine que la nature en soufire? Il est vrai que le diable est bien fin et rusé : mais certes celui-là l'est encore plus que lui qui se tient honoré de la pauvre condition de l'enfant de Bethléem et de celle de ses saints parents. >
H. Vincent a aussi mortifié l'affection qu'il avait pour ses parents; car ayant un très-bon naturel, il aimait tendrement les siens, ainsi que lui-même l'a avoué; et néanmoins il a su fort bien mortifier cette affection et en faire un sacrifice à Jésus-Christ. A ce sujet, parlant un jour à sa communauté de Téloignement des parents ordonné par ce divin Sauveur à ceux qui le veulent suivre, il leur dit que, « plusieurs qui sont retournés en leur pays sont entrés dans les intérêts de leur famille, et dans leurs sentiments de tristesse et do joie, et qu'ils s'y sont embarrassés comme les mouches qui tombent dans les toiles d'une araignée d'où elles ne se peuvent tirer.
« Je m'appellerai moi-même à témoin, leur dit- il, de cette vérité. Du temps que j'étais encore chez M. le général des galères, et avant le premier établissement de notre Compagnie, il arriva que les galères étant à Bordeaux, il m'envoya là pour faire mission aux pauvres forçats. Ce que je fis par le moyen des religieux de la ville de divers ordres, deux en chaque galère. Or avant que de partir de Pans pour ce voyage, je m'ouvris à deux amis de l'ordre que j'en avais reçu, à qui je dis : Messieurs, je m'en vais travailler proche le lieu d'où je suis; je ne sais si je ferai bien d'aller faire un tour chez nous. Tous deux me le conseillèrent : AUez-y, Monsieur, me dirent-ils, votre présence consolera vos proches, vous leur parlerez de Dieu, etc. La raison que j'avais d'en douter est que j'avais vu plusieurs bons ecclésiastiques qui avaient fait meinrdlles quelque temps, éloignés dii leur pays; et j'avais remarqué qu'étant allés voir leurs parents, ils en étaient revenus tout changés, et demeuraient inutiles au public; ils s'adonnaient entièrement aux affaires de leurs familles, toutes leurs pensées allaient à cela, où auparavant ils ne s'occupaient qu*aux œuvres qui regardaient le service de Dieu, et éloignées du sang et de la nature. J'ai peur, disais- je, de m'attadier de même aux parents. £t en effet ayapt passé huit ou dix jours avoc eux à les informer des voies ^ leur salut et à les éloigner du désir d'avoir des biens, jus • qu'à Iwr dire qu'ils n'attcudisceut rien de moi ; que quand j'aurais
u un
des coffres d'or et d'argent, je ne leur donnerais rien, pam^ qn'un eccIésiaBtique qui a quelque chose, il le doit à Dieu et aux pauvre le jour que je partis j'eus tant de douleur de quitter mes pauvres rents, qu€ je ne fis que pleurer tout le long do etiemîn et pleur quasi saus cesse* A ces larmes succéda la pensée de les aider, et cîe les mettre en meilleur état ; de donner à tel ceci, à telle cela : mou e^^ prit attendri leur partageait ainsi ce que j*avais et ce que je n'av^l pas* Je lediiï, à ma confusion, et Je le dis, parce que peut-ftre Du permit cela pour me faire mieux connaître Timporlance du consfj éTangélique dont noua parlons. Je fus trois mois dans cet le pa^sic importune d'avancer mes frères et mes sœurs : c* était le poids cou( nuel de mon pauvre esprit. Parmi cela, quand je me Ironvais nu libre, je priais Dieu qu'il eût agréable de me détivrer de cette tenfj tîoo ï et je l'en priai tant, qu'enfin il eut pitié de moi; il m*Ata tendressèJ^ pour mes parents; et quoiqulls aient été depuis à Ta^ mône et le soient encore, il m'a fait la grâce de les comnuLtre a proYideme, et de les estimer pins heureux que s'ils avaient éttS bl accommodés.
"[Je dis cela à la Compagnie, parce qu'il y a quelque chose de gra en cette pratique tant recommandée en TÉvangile, lequel exclut nombre des disciples de Jésus Christ tous ceux qui ne haïssent pè et mère, frères et sieurs, et que, suivaut cela, notre règle nofs exhorte de renoncer à raffeetion immodérée des parents. Prions ] pour eux ; et si nous les pouvons servir en charité, faisons-le; mÉ tenons ferme contre la nature, qui, ayant toujours sou incliuatioD ' ce côlé-Jâ, nous détournera, si elle peut, de l* école de Jésus-Cbrijl Tenons ferme* "
Un prêtre de la Congrégation, qui était en Gascogne ^ alla voir son mouvement les parents de M. Vincent, auquel il raconta, lof qu'il fut de retour à Paris, l'état où il les avait trouvés, et entre ai ires choses il lui dit que & la simplicité, la piété, et la charité de parents était louable, mais qu ils n'avaient pour vivre qu*à mtm qu'ils travaillaient. Hélas! dit M. Vincent, ne sont ils pas bienhf renx? et peuvent-ils être mieux que dans un état où ils exécutent 1 sentence de Dieu, qui porte que l'homme doit gagner son pain à la sueur de son visage? >»
La pauvreté n*a pas été le seul exercice de la vertu de ces bonne?? gens, ils furent nn jour diffamés au dernier degré dans un parlcrae célèbre oti quelques amis de M* Vincent voulurtml détourner la poi suite qu'on voulait faire contre eux; mais il leur fit cette réponsi - H'csl-il pas raisonnable, M^jw^isurs, que lu justice se fasse, poi
satisfaire à celle de Dieu, afin qu'en punissant les délinquants miséricordieusement en cette yie, il n'exerce les rigueurs de sa justice sur eux en l'autre monde? » Or, les juges ayant dérx>uvert que cette accusation n'était qa'une pure calomnie et fourberie, M. Vincent .•- ■ rendit protectear de ceux qui les avaient accusés, et trouva moyc m de les délivrer des châtiments qu'ils avaient mérités. C'est ce qi. j'ai appris, dit le même prêtre, au lieu de la naissance de M. Yii cent ; et voici un extrait de la lettre que j'ai lue qu'il écrivit as. parents sur ce sujet :
« Ce n'est pas sans une conduite bien particulière de laProvidenc que vous avez été diffamés; Dieu l'a ainsi permis pour sa gloire, ' : pour votre bien : pour sa gloire, afin que vous soyez conformer i son Fils, qui a été calomnié au point qu'on l'appelait séducteur, arbitieux et possédé du démon; pour votre bien, afin de satisfaire à ! : justice de Dieu pour d'autres péchés que vous pouvez avoir commi , et que vous ne connaissez pas peut-être, mais que Dieu connaît. »
Un homme qui était en quelque façon parent de M. Yinceii', quoiqu'il ne portât pas le même nom, ayant été condamné aux g ' 1ères, obtint des lettres de révision de procès pour se justifier, c ! pour être rétabli dans ses droits civils, contre la partie qui le pour suivait. Il fit adresser ces lettres au parlement de Paris, dans la peu sée que le crédit de M. Vincent lui servirait beaucoup : mais c. fidèle serviteur de Dieu lui écrivit plusieurs lettres pour le conjurer, au nom de Notre-Seigneur, de relâcher une partie de ses prétention -. afin de se mettre en repos par un prompt accord. « Oseriez- vous, dit-11, refuser cela à tant de personnes qui s'en mêlent pour votn bien? Je ne le crois pas : aussi votre âge et vos incommodités voirmettent hors d'état de soutenir les fatigues et les dépenses d'un ^ i grand procès; et si vous aviez quelque espérance en mon secour>, je vous déclare que je ne vous en donnerais aucun. J'aime mieux contribuer à votre salut en vous conseillant cet accommodement pou: vous disposer à la mort, que de vous voir consumer tout vivant daii^ les embarras d'une longue et douteuse poursuite : j'espère que voi: penserez sérieusement à tout ceci. » Cet homme s'étant opiniâtre a plaider, M. Vincent a toujours persévéré à lui déclarer qu'il ne l'a:sisterait point, et n'a jamais voulu le recevoir en sa maison, ni le tivd de la pauvreté où il a été.
Un sien neveu vint un jour exprès à Paris, dans l'espérance d\ n recevoir quelque secours pour se mettre à son aise. Il le reçut cordialement, mais il ne lui donna que pour s'en retourner à pied, comme il était venu, le renvoyant avec dix ^cus seulement pour faire envi-
ee, i^ arje
rcïi cent qaatre- vingts lieues; encore demanda-l il cm dix étm aumône à madame la marquise de Maiguelaj ; cl c'est [la seula a^i| tance qu'il a demandée pour ses parents.
Euvirûû l'année 1650^ feu M, du Fresne, intime ami de M- Vincent» dont on a parlé au premier livre, lui donna mille francs poij^^ eux. Il ne les refusa pas^ maïs au lieu de les destiner h leur 6ouIag^|^| ment temporel ^ estimant qu'ils pouYaient vivre de leur travail, il se proposa de les faire servir à leur ealut et aYancement spirituel, etj celui de beaucoup d'autres, en leur faisant faire quelques missioï] à quoi il ùi consentir le bienfaiteur. Il garda cet argent deux ou trc ans, attendant toujours Toccasion d'envoyer quelques missionnair en ce pays-là. Les divii^ions du royaume étant survenues en Ta née 1 652^ la Guienne se trouva fort affligée des armées, et les parents de M. Vincent furent par malheur dépouillés de toutes choses, quelques-uns mùme moururent par la craanlé des soldats. Ce fut \ suite de cela qu'il disait que ses parenls étalent à raumèue, pourtant en dire la cause. Ayant appris ces fâcheuses nouvelles, n'en témoigna aucune affliction particulière; au contraire, U eutr^ dans de très^grands sentiments d'admiration et de reconnaissai] envers la bonlé de Dieu, d'avoir par sa conduite adorable retarj remploi de celte somme de mille livres, aûn dVn aider cas pauvr^^ gens dans leur extrême nécessité. Il fut plusieurs jours et plusieu^^ semaines qu'il ne pouvait se lasser de louer Dieu, et de le remercier de cette spéciale providence. 11 ne voulut pas néanmoins faire Vapplicalion do cet argent par soi-même; il consulta les principauic de sa Compagnie, et par leur avis il Tenvoya en diligence à son pays, et l'adressa à monsieur de Saint- Martin, chanoine d'Acqs, auquel il on laissa l'entière dîspensatiouj se remettant à lui pour donner à chacoa ^ des siens ee qu'il jugerait à prapos. Il lui recommanda seulement ^H tûcher à les mettre en élat de gagner leur vie par ce secours, comi^^ il fit, achetant à lun une paire de bœufs pour labourer; faisant r^* lever le petit logis à celni-ci; dégageante celai -là un morceau ^H terre, et donnant dos outils et des habits aux autres pour Iravaill^^ Il ne pouvait pas faire beaucoup avec si peu de chose à tant de paa- Très gens ruinés. ^^
Voilà toutes le$ richesses qui3 M. Vincent a envoyées a sea parents, quoiqu'il lui eut été très-facile de les mettre à leur aise et les avancer selon le monde, s'il eût voulu se servit^ des occasions et du pouvoir qu'il en a eu. Il a représenté mille fois le benoin des peuples de plnsieurs provinces, et de quantité de famiUcs en particulier, à des per* sonnes riches et charitables qui ont accouru à leur secours , mais da
Mm pa}'B et 4e ses parents, il n'en a jamais ouvert la boache. Ne foutil pi8 êlre toat-à-fait mort à la chair et au saug pour en user de la sorte?
A ce propos, étant au jour pressé de faire quelque bieu à ses parents par une personne de sa Congrégation, qui savait qu*ils étaicût dans le besoin, il lui dit : « Pensez -tous que je n'aime pas mes parents? J'ai pour eux tous les sentiments de tendresse et d'affection qu'on autre peut avoir pour les siens ; et cet amour naturel me sollicite assez de les assister : mais je dois agir selon les mouvements de la gr&ce, et non de la nature, et penser aux pauvres plus abandonnés, sans m'arréter aux liens de l'amitié ni de la parenté. »
H. Vincent non-seulement n'a pas remué sa langue ni son pied pour tirer aucun de ses parents de leur bassesse et pauvreté, mais il a empêché que d'autres l'aient fait. Il s'est trouvé des personnes de condition et de piété, même quelques prélats, qui ont voulu, à sa considération* faire étudier quelques-uns de ses neveux, et en prendre soin ponr les élever à l'état ecclésiastique, ou à quelque autre condition honnête : h quoi il répondit < qu'il fallait prendre garde de ne pas détourner de ces enfants les desseins que Dieu avait sur eux ; et qu'à son avis il valait mieux les laisser dans la condition de leur père, la condition de laboureur étant entre toutes une des plus innocentes et des plus propres pour se sauver. »
U a encore passé pins avant, et ressentant en lui-même un grand désir d'établir des prêlres de sa Congrégation dans son pays, pour y rendre les mêmes sei vices qu'ils faisaient dans les autres lieux, et néanmoins craignant qu'il n'y eût en cela quelque mélange d'amourpropre et d'affcctio!! naturelle envers les siens, il examina devant Diea ce sentiment, et il se re[«rit, se disant à soi-même : < Misérable ! à quoi penses-tu? tous les pays ne te doivent- ils pas être indifférents, et tontes les Ames n'ont-elles pas également coûté au Fils de Dieu? Pourquoi donc te portes-tu à secourir plutôt les uns que les autres? » Tant y a que pour mortifier ce désir, craignant qu'il ne procédât p!ntôt d'un sentiment de la nature que d'un mouvement de la grâce, il se résolut de ne jamais faire de lui-même un pas, ni dire une parole pour procurer cet établissement. On peut juger, de tout ce que nous venons de dire, combien U. Yincent uvait mortifié l'amour naturel de son pays et de ses parents.
On dit communément que, comme du mouvement bien compassé de l'aiguille d'un cadran, il est aisé de counaitre l'ajustement des roues et autres pièces qui composent l'horloge, qu'aussi de la bonne conduite de la langue, on peut juger du bon état de tout le reste de
rînlérieur, puiiïf|He les affections et passiom du cœur sont comme les maîtres resï^orts qui Irii donnent ordiiiairemeût le mouvement, et qtii forment H animent ses paroles. E\ certes, quaod nous n'auriar* poiut d'antres preuves de la oriortifieation intérieure de M- Vince que cet empire ahs^olu qu*il nvait ^nr la conduite de sa langue, sutlirait pour nous faire connaître qu'il a possédé cette vertu en un très haut depré de perfection, puisque, selon la doctrine de Tapôlrc saint Jacques, - celiii qui ne pèche point en sa langue peut èlre îij * pelë iiomme parfait. » Il s*était rendu tellement maître de cet^J partie, que le même Apôlre appelle indomptable, qu'il ne lui écha^H pait fMMnt oti très-peu de parole» inutiles et superfluesj et jamais ^*^^ celles qui retisentetit U médisance, la vanterie, ta vanité^ la flatterie, mépris, la moquerie, Timpatienee, ou autres semblûbles saillies à\r i , passion émue et déréglée. Il ne possédait si parfaitement, que imï^H dans la chaleur des discours qu'il faisait en public, ou dans les con^l pagnies^ quoiqu'il ii*eùl pas prévu ce qu'il avait à dîre^ tl ne dis: pourtant jamais rien d'inconsidéré; et il lui est souTent arri' qu'ouvrant [a bouche pour dire quelque chose J'extraordînaire qlu! venait sur Fheure en sa pensée, Il s'arrêtait tout court, commfM^ recueillant eu lui-même, et considérant devant Dien s'il était cx| dîenl de le dire; et puis il continuait à parler, non selon riocHn^itS' qu*il pouvait resftentir, mais selon qu*il vojait être plus agréable^ Dîeii, et plus conforme au mouvement de sa giùce.
Quand, pour rcutretenir ou pour lui donner quelque satisfaeliil on lui rapportait quelque nouveauté ou quelque autre chose cxii ordinaire qu'il savait déj^i, il Fécoutait avec attention, sans lém*^ gner qu'il en eût aurune eonnaissauce, tant pour morlifier r«imo^H propre, qui est toujours bien aise de faire paraître qu'il n'ign^^ pas ce que les autres savent^ que pour ne priver ceux qui lui pelaient de la sali ^f action qu'ils pouvaieut ressentir de lui avoir apj quelque chose de nouveau*
Mais surtout il savait bien retenir sa langue, et lui imposer uïi goureuii silence, lorsqu'on lui faisait des reproches, ou que par emportements on le chargeait d outrages et d'iujures : car quoî(j' dans ces occasions la nature désire ardemment de se justifier, et • repousser F injure qui lui est faite ; néanmoins, à T imitation de sf i divin Maître, il se recueillait en luî*mèine, et mettait toute sa force dans le silence et dans la patience, béuissaut en soïi cœur ceux qui maudissaient, et priant pour ceux qui routrageaient.
Il était obligé, comme chef d'une Congrégation déjà beaucoup étéi âLCj dcpciurvoira toiiifcis besoins; et n a)ant pas souvent tout
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(;ui était nécesMtire pour y subvenir, il en avait tous les jours la tête rompue ; et pour un surcroit de peine, on lui mandait ou rapportait souvent de fâcheuses nouvelles des pertes notables qui étaient causées par divers accidents sur les biens et sur les fermes de la compagnie ; ce qui le mettait encore plus dans Timpuissance de subvenir aux grandes charges qu'il lui fallait porter : or en toutes ces rencontres, qui sont extrêmement pressantes pour porter la langue aux [)laiates et aux murmures, il réprimait tellement ces premiers mou- ^ements de la douleur, et mortifiait si bien les ressentiments qu'il eu avait) qu'il supportait avec une admirable égalité d'esprit, et même avec action de grâces, ces accidents fâcheux et surprenants, sans dire autre chose, sinon : « Dieu soit loué : Dieu soit béni : il faut nous soumettre à son bon plaisir, et agréer tout ce qu'il lui plaît nous envoyer. •
Il a encore fait connaître combien il était mortifié en sa langue, et quel empire il avait acquis sur cette partie si malaisée à conduire, en ce que, s'étant présenté une infinité d'occasions qui l'invitaient, et même qui semblaient l'obliger de parler de son esclavage de Tunis, étant une chose douce à la nature de raconter les périls et les accidents plus fâcheux desquels on s'est heureusement dégagé, et particulièrement lorsque cela fait connaître quelque vertu qui est en nous, et que le succès peut tourner à notre propre louange; néanmoins c'est une chose merveilleuse, qu'en quelque rencontre que ce fût, on ne lui a jamais ouï dire uu seul mot de son esclavage, ni de ce qu'il avait fait ou dit pour convertir celui qui le tenait captif, et pour se sauver avec lui des mains des infidèles. Et quoiqu'il ait été obligé de parler assez souvent aux siens des esclaves qui sont en Barbarie, pour les exhorter d'aller leur rendre quelque assistance, ou aux personnes de dehors pour les porter à contribuer de leurs biens au secours et à la délivrance de ces pauvres esclaves, il n'a pourtant jamais parlé de lui, ni de ce qui lui était arrivé en ces lieux-là, car il ne le pouvait faire sans découvrir quelque chose qui eût tourné à sa louange. Il parlait volontiers des sujets tl*humiliation qui lui étaient arrivés, mais jamais de ce qui pouvait directement ou indirectement donner sujet de le faire estimer. Or il est certain qu'il n'eût pu acquérir un tel empire sur sa langue, s'il ne se fût rendu maître absolu de ses sentiments et de ses mouvements intérieurs, par une continuelle prati^ ijae de la mortification, il l'estimait aussi d'une telle nécessité, nons uleraent pour la perfection, mais même pour le salut, que pour l'oxprimer il disait quelquefois, • que si une personne qui aurait déjà comme un pied dans le ciel, venait à quitter l'exercice de cette
ferlu dans rîaterrane dti temps qu*a faadraît p*Vïir y mettre I*io Ire, elle serait 1*11 péril de se perdre. •
C'est le sojct par lequel îl a lonjours làehé dHaîpîrer à cm% dé Compagnie un esprit de mortifîc^tioû intérieure, on grand âé ment et détachemeut de toutes chose», et une mort universelle à tofiï Fes sens, à tous les mouvements de la nature ^ à tout intérêt parti ca* lier, à tout amour-propre et recherche de soi-même, ponr ne tivre que de la vie de l'esprit. • Tenons ferme ( leur disait il sur ce sujet ), lenonts ferme eontre notre nature : car si nous lui donnons une fois pîcd sur nous, elle en prendra quatre ; et tenons pour assuré que la lUe^re de notre avancement m la vie spirituelle se doit prendre du progrès que nous faisons en la vertu de mortification^ laquelle rsl iyarticulièrement nécessaire à ceux qui doivent travailler pour le ^alut des âmes '^ car c'^t en vain que nous prêchons la pénitetice aui autres, si nous en sommes vides, et s'il n'en paraît rien en nos actions et départements* •
SECTION umquE.
COBTiNnATIOir DU MEME .SUJET*
Pour ce qui est de la mortification extérieure de If* Vîneent, 1 peut dire avec vérité qu'elle allait d*un pas égal avec rintériêci c'est-à-dire qu'il la pratiquait parfaitement, et presque sans aucu^ relùche : car il a toujours traité son corps avec une très-grande rigueur, jusqu'au temps de son eitrème Yieillesse, et môme dans ses plus grandes infirmités ; et outre ses pénitences et mortifications ordinaires^ dont nous parlerons ci-après, il embrassait et recherchait toutes les occasions qull pouvait rencontrer de faire souffrir son corps, dont nous avons vu divers estemples au premier livre, et particulièrement en sa manière de vie pendant tout le voyage quli fît en Tannée 1643, âgé de plus de soistautc-dix ans, où les abstinences^ les veilles, la violence du froid et toutes les autres incommodités auiquelles il s'exposa lui causèrent cette grande et lâcheuse maladie qj^m lui survint k Richelieu* Sur ce sujet il disait que t^ Ton pouvait prsH tiquer la morUficatiou en toutes sortes de rencontres, tenant sou corps dans quelque posture qui lui soit pénible, sans pourtant blesser la modestie; privant ses sens extérieurs des choses qui leur pour raient donner quelque satisfaction, en souAVant volontiers les intci peries et incommodités de l'air. » C est ee qu'il savait fort bu pratiquer lui-même, étant bien uise d'en trouver les occasions ; et
A soatent pris garde que daraat les plas grandes rigaeiirs de rhiyer, il exposait ses mains an froid, qui en paraissaient quelquefois toutes noirâtres ; et les autres parties de son corps participaient à cette même incommodité^ ne voulant point prendre d'antres chausaaték ni d'autres yètements pour Thiver que pour Tété.
Ddrant les grandes nécessités et extrêmes misères de la Lorraine, il (tisaît fort souyent : « Voici le temps de la pénitence, puisque Dieu afllîge son peuple. N'est-ce pas à nous autres prêtres d'être au pied des autels pour pleurer leurs péchés? Gela est d'obligation ; mais de p1iLS| ne devons-nous pas retrancher quelque chose de notre ordinaire pour leur soulagement? > Gomme en effet pendant les trois ou quatre premières années de cette désolation, il réduisit sa communauté de Saint-Lazare à ne manger que du pain bis ; et auparavant pendant le dégd de Gorbie, au commeùcement des guerres entre les deux couronnes de France et d^Espague, il fit retrancher une petite entrée de table que l'on avait donnée jusqu'alors, qui n'a pas été rétablie depuis. « M'est-il pas juste, disait-il, que nous retranchions quelque chose, pour compatir et participer aux misères publiques ?
Ayant retiré une .demoiselle du danger de perdre son honneur^ il la mit en lieu d'assurance, et par charité il pourvut pendant deux ans à tout ce qui lui était nécessaire, étant résolu de continuer, et lui disant qu'on faisait tout ce qu'on pouvait pour son bien, que cela la devait contenter, et qu'elle se gardât bien de s'exposer à offenser Dieu : mais au bout de ce temps ayant été séduite par quelques mauvais esprits, elle s'en alla ailleurs ; et comme on vint dire après à M. Vincent qu'elle s'était perdue misérablement, il répondit : « Il me semble que nous avons fait tout ee que nous avons pu pour empêcher ce malheur ; reste à prier Dieu, et à faire pénitence pour elle ! Oh î il faut qu il m'en coûte I »
L'infirmier de la maison de Saint- Lazare a dit que quoique les maladies de M. Vincent fussent fréquentes dès le commencement de Institution de sa Compagnie, même depuis qu'elle fut établie à Saint- I^azare, et que deux fois Tannée il fût attaqué de la fièvre quarte, néanmoins il ne demandait rien pour son soulagement, et ne laissait pas de travailler ; et bien qu'il eût eu plusieurs fois les jambes enflées extraordinairement, il ne laissait pas de marcher à pied : ce qu'il a continué jusqu'à ce que l'impuissance l'a contraint de se sévir d'un cheval.
U arrivait souvent que par infirmité, ou par quelque autre empêchement, il se trouvait pendant la journée attaqué et presque accablé (le sommeil ; mais au lieu de réparer ce défaut par quelque peu de
repos, il en prenait souYcnl occasion de se mortifier^ se tenad idiboutjouse mettaEl en quelque jinstiire ctintraiiite^ et 8e faisan I (l*aalres violences pour s^eoi pécher de dormir, L on a remarqué qnll n'a jamais rien rabattu de ses \eUlts pour mn grand âge, se k vaut toujours à 1 heure ordiualre de la couimuuauti!, quoiqu'il fût dcruier couché ; et avec cela, ou le voyait des premiers à Tégii [Cil quelque temps que ce fût, oii il se tenait à geuouK sur la ter( {.ciidaiit i uraisoa, aaus jamais avoir voulu permettre qu*on lui une natte sous ses geuouii : et pour rordiuaire il pa^ï^ail tous 1^ I matins plus de trois heures, en partie daus Tég^iiiey même durant i f rigueur des plus rude^ hivers, pour y faire sou oraison et pour cèlt^brer la sainte Messe ; et en partie daus la sacristiCj pour y faiï [ ?t*s préparation et aetious de gi iiccii avant et après la céiêbratic ^de la Messe. Il est bien vrai qu'il n'avait pas sujet d'aiiuer beaueati| le lit, puis qu'il uecouchaiL que sur uue rude paillas^jc, sans matelas l €t sans rideau ni tour de lit, et dans une ctiambre sans feu : ce qu*|~ )u pratiqué toute sa vie, même dans ses plus grandes inlirmiles, la merve des trois ou quatre deruieres années qu'où l ahUgea prendre une petite chambre ou il y avait uue ebe minée ^ pariée qui avait besoin de feu poui' panser ses Jambes; et depuis il soullï I qu'où lui mit un petit rideau autour de sou lit, continuant nêai] moins toujours de coucher seutvmeut sur la paiUe.
Euâu^ il etaU teiiemcnt euii^ini de son corps, que feu M. le caf I diual de La Rochefoucauld, counaissanL sa manière de vie, lui mand cm jour quil Le priait de se modérer eu ses pcniteuces et austérités j jiour conserver sa sauté et sa vie^ I>ieu vonlanl se servir de lui |K)ur le bien de sou %lise.
Pour ce qui est de la mortification de ses sens, il la pratiquait []';reâqu6 continuellement, et en toutes sortes d'oceasious. Lorsqu'il iiutiit par La viile^ ou qu'il faisait voyage, au Heu d'égayer sa vii^. Ëur les champs oubur La diversité des objets qu'il reucoiitrait, il tel^l I Hait ordiuaircmcut ses yeux arrêtes sui* un crucifix qu'il portaît, oa il les tenait fermés, pour ne voir que Dieu,
Passant un soir d uo corps de logis de ^aint-Lazare à un autre, il yperçut en Tair des fusées et autres feux artificiels volants, qfl viaient des effets d*uue réjouissance publique de la ville de Faria mais aussitôt il eu dêtourua ses yeux, et passa outre eu disant : Du soit béni.
On ne lui a jamais vu cueillir one (leur ai eu porter aucune, pS3 se récréer par sou odeur ; mats au contraire, quand il se reucontrail en quelque iM3U où il y avait desseutetirs mauvaises, ctunmedans les
iauxyou cliez les pauvres malades, le désir qu'il avait de se morlui faisait trouver agréable cette incommodité, tmme il n'em[)Ioyait sa langue que pour louer Dieu, recommaua vertu, combattre le vice, instruire, édifier et consoler le pro- \; aussi n'(>u\ rait-il ses oreilles qu'aux discours qui tendaient ^en, ayant peine d'en entendre d*autres ; et il évitait, autant pouvait, d'écouter des cboses inutiles, et de prêter Toreille à ce qui pouvait délecter Touie, et qui ne nourrissait point Tàme. »ur le goût, il Tavait tellement mortifié, qu*il ne témoignait isà quelle sorte de viande il avait plus d'appétit : il semblait e aller à regret prendre sa réfection, ne le faisant que pour satisà la nécessité, et y gardant toute la bienséance, mangeant les C8 qui lui étaient présentées, en la vue de Dieu et avec beaucoup odestie : à quoi il avait tellement habitué les siens par son exemquc plusieurs externes de toutes sortes de conditions qui ont fé en sou réfectoire, en ont été grandement édifiés, comme ils déclaré eux-mômes, admirant que dans une action qui de soi lie porter à la dissolution, on y gardât une telle récollection et si grande modestie et retenue.
ne sortait jamais de table sans s'être mortifié en quelque chose, AU boire, soit au manger, ainsi qu'il recommandait aux autres dre. £t il était si peu attaché à ce qu'il prenait pour sa nourri- , qu'un jour étant retourné fort tard de la ville, et le cuisinier nt déjà retiré, on lui présenta par mégarde deux œufs tout crus Q trouva dans la cuisine auprès du feu, pensant qu'ils fussent ly lesquels il prit sans faire semblant de s*en apercevoir, bien loin en plaindre, ou de les renvoyer pour les faire cuire. Et on rait jamais su cela, si le cuisinier n'eiit demandé le lendemain au e qui était demeuré pour attendre M. Vincent, s'il avait fait s les œufs qu'il avait laissés auprès du feu? A quoi il répondit , d'autant qu'il croyait qu'ils fussent déjà cuits. Et parce que \ son extrême vieillesse on le pressait de prendre les matins quelbouillon, comme Tun de ses prêtres faisait grande instance un pour lui en faire prendre un qu*il lui présentait : « Vous me 5Z, Monsieur, lui dit-il ; n'est-ce point le démon qui vous porte à lersuadcrde nourrir ainsi ce misérable corps et cette chétivecar- 3? Cela est-il juste? Dieu vous le pardonne. * Il consentit néanas depuis ce tcinps-là de prendre le matin, par forme de mène, un certain bouillon fait exprès, non avec de la viande, mais I de la chicorée sauvage fort amère, et un peu d'orge mondé, graisse, ni beurre, ni huile. Et en un mot, il se traitait si mal T. II. 28
poar sa nourriture, qu'il est arrivé plusieurs fois que, pour en avoir pris trop peu, il tombait la nuit en défaillance par le besoin de man*^ ger, et qu'on était obligé de lui porter un morceau de pain sec, parce qu'il ne voulait point autre choso, pour subvenir à la simple nécessité.
Pour ce qui est des autres anstérités et mortifications extérieures dont il osait, il les a toujours cachées autant qu'il a pu ; mais l'on s'est néanmoins bien aperçu qu'il exerçait de très-grandes rigueurs sur son corps : le Frère qui lui rendait service pendant sa maladie a trouvé quelquefois dans sa chambre des cilices, des baires, des bracelets et ceintures de cuivre à pointes, ([u'il tenait cachées, et dont il se servait souvent; et outre cela, il prenait tous les jours une rude discipline en se levant : ce qu'un de la Compagnie, qui avait sa chambre près de la sienne, dont elle n'était séparée qu'avec des ais de sapin, a témoigne avoir ouï chaque jour l'espace de douze ans ou environ^ Nais non content de c^lte discipline ordinaire et réglée, il en faisait souvent d'extraordinaires pour diverses occasions : comme une fois, entre plusieurs autres, qu'oa lui rapporta quelque espèce de désordre arrivé dans une maison de sa Congrégation, il prit pour ce sujet durant huit jours deux fois la discipline chaque nuit; et ensuite s'étant appliqué aux movens d'y remédier, il y réussit fort heureusement ; ce que lui-même déclara depuis à unq personne de confiance, lui alléguant pour raison que ses péchés étaient cause du mal qui était arrivé, et qu'il était juste qu'il en fit pénitence.
Nous finirons ce chapitre parles sentiments qu'il témoigna un jour èTtUL communauté sur le sujet de la croix et des mortifications : « Notre-Seigneur, leur dit-il, a tant aimé l'état d'affliction et de souffrance, qu'il a voulu y passer : et il s'est fait ^homme pour avoir moyen de souffrir. Tous les saints ont embrassé eé même état, et ceux à qui Notre- Seigneur n*a pas envoyé de grandes maladies ont eux-mêmes cherché les occasions d'affliger leur corps, et de le faire souffrir par manière de châtiment : témoin saint Paul, qui disait par* lantde lui-même : Castigo corpus meunij et in sei-vituiem redigo : Je châtie mou corps, et je le réduis eu servitude: c'est aussi ce que nous devons faire, nous autres qui sommes en parfaite santé, nous châtier nous-mêmes, et nous affliger, en vue des péchés que nous avons commis, et de ceux qui se commettent dans le monde contre la divine Majesté. Mais quoi ! l'homme est si chétif et si misérable, que nonseulement il ne se chcltie pas soi même, mais il souffre bien souvent avec impatience l'état de maladie et d'affliction dans lequel il plaît à Dieu de le mettre, quoique ce soit pour son bien, v