CHAPITRE XX
s ET ÉRECTION DE LA CONGnÉGATION DE LA MISSI05.
dire avec vérité, que cette Congrégation a été en son comlomme le petit grain de sénevé de l'Evangile, qui, étant le *e toutes les semences, devient cnlin comme un arbre sur duquel les oiseaux se peuvent poser. Il n'y avait rien de si e Congrégation, non-seulement à l'extérieur dansses preîucements, mais aussi quant aux sentiments intérieurs de îtdes premiers prêtres qui s'associèrent avec lui. Ils se conmme les moindres de tous ceux qui travaillaientdans Je mi- {lise, et sedestinaientseuicmentàservirdansles œuvres les es plus abandonnées et les plus méprisées selou le commun L monde ; comme à instruire et catéchiser les pauvres, partdans les villages et autres lieux plus abandonnés; assister, ider les pauvres malades; disposer les uns H les antres a
faire de bonnes coiifesHiotts générales, et se rendra oomme le* BcttIleurs, non-seulcmeut des curés et des autres prêtres» mais aussi des villageois, des galériens et des plus misérables personDes, pour servir lax uns et aux autres gratuitement, et sans en recevoir aucune chose, se tenant l)eaucoup honorés de servir Jésus-Christ en leurs personnes, et réputant à un grand avantage que les curés voulussent permettre et souilVir qu'ils exerçassent les œuvres de charité dans leurs paroisses selon leur institut. Cependant il a plu à Dieu répandre de grandes bénédictions sur ces petits commencements, et en faire naitre en fort pea de temps une compagnie nombreuse, qui sest heureusement étendue en di\ ers lieux, comme il sera dit en la suite de cet ouvrage, et qui asaiatement contribué, et contribue encore tous les jours, avec une spéciale bénédiction, à l'avancement du royaume de Jésus-Christ.
Ce fut, comme il a été déjà dit, en Tannée I G25, après la mort de madame la générale des galères, que M. Vincent se retira au collège des Bons-Enfants, dont M. rarehevèque de l^arislui avait fait prendre la principauté, à Tiustance de ladite dame et de M. le général, pour servir au dessein de leur fondation. M. Portail, dont il a été ci-devant parlé, ayant déjà demeuré douze ou quinze ans avec SI. Yincenti ne le voulut pas quitter en une si belle occasion de servir Dieu; mais, prenant une nouvelle résolution de ne s*en jamais séparer, se retira avec lui en ce eollége, à dessein de s'employer eu sa compagnie à l'exercioe des missioiu^ ; et pour travailler avec plus de fruit, ils convièrent un autre bon pnHrc de se joindre à eux, auquel ils donnaient ciuquante éeos par nn pour s^entretenir, et allaient tous trois de village en village catéchiser, exhorter, confes^^eret faire les autres fonctions et exercices de la mission, avec simplicité, humilité et charité, à leurs propres dépens, sans demander, ni môme vouloir recevoir aucune chose de personne. Ils travaillaient premièrement aux lieux où la mission était fondée, et puis ils allaient faire le même en d*autres paroisses, particulièrement en celles du diocèse de Paris. £t comme ils n'avaient pas le moyen d'entretenir des serviteurs qui demeurassent pour garder le collège en leur absence, quand ils en partaient pour aller en mission, ils en laissaient les clefs a quelqu'un des voisins.
Qui eut jamais pensé alors que de si petits commencements dussent avoir un tel progrès que Ton voit maintenant, et que deux pauvres pjétres allant ainsi travailler dans les villages et autres lieux inconnus et abandonnés, eussent posé sans y penser les fondements d'un si grand édifice spirituel, que Dieu a voulu élever dans sou Eglise? C*était un d<^ elouuemeuts de M. Vincent, lequel parlant un jour sur ce sujet h la communauté de Saint-I.azare : Mous allions, dit-il» tout bonnement et
amplement, envoyée par nosseigneurs les é vèqucs, é vangeliser les paufret, ainsi que Notre-Seigneur avait fait : voilà ce que nous faisions; et Dieu faisait de Fon cùté ce qu'il avait prévu de toute éternité. Il donna quelque bénédicliou à nos travaux, ce que voyant d'autres bons eeclésiastiquesy ils se joignirent ù nous, et demandèrent d'être avec nous; non pas tous à la fois, mais en divers temps. 0 Sauveur! qui eût jamais pensé que cela fut venu en Tétat où il est maintenant? Qui m'eut dit cela pour lors, j*aurais cru qu*il se serait moqué de moi. Et néanmoins c*était par là que Dieu voulait donner commencement à la compagnie. Ëli bien, appellerez-vous bumain ce à quoi nul bomme n'avait jamais pensé? car ni moi, ni le pauvre M. Portail, n'y pensions pas, bêlas! nous en étions bien éloignés. »
M. rarehe\4\iui' do Pari-î, messire Jean-l'rançois de Gondy, ayant ensuite donné une approbation authentique au premier dessein de Tin- Btitutiou de la Congrégation de la Mission, |)ar ses lettres du 24 d'avril 1 62G, eu la môme manière qui était exprimée d;ins le contrat de fondatiouy deux bons prêtres de Picardie, nommés MM. François du Coudniy et Jean de la Salle, vinrent s'offrir à 31. Vincent, pour vivre et pour travailler sous sa conduite avec M. Portail; et il les reçut et associa tous trois avec lui en exécution de ladite fondation, par acte passé par devant deux notaires du ChAtelet, du 4 septembre, au même an I62G. Et le ff'u roi Louis X I II, de glorieuse mémoire, par ses lettres-patentes du mois de mai 1027, expédiées en faveur dudit seigneur général des {galères, en confirmant et airréant ledit contrat de fondation, permit ladite association et congrégation des prêtres de la Mission, pour vivre en commun, et s'établir en tels lieux du royaume de France que bon leur semblerait, et pour accepter tous legs, aumônes et dons qui leurreraient faits.
Dieu ayant ainsi donné les premiers commencements à la Congrégation delà Mission, par une conduite toute particulière de sa miséricordieuse providence, il étendit les soins de cette même providence pour la faire croître et multiplier ; et à cette lin il inspira plusieurs autres vertueux ecclésiastiques de se joindre à M. Vincent pour travailler avec lui à la moisson de Âmes ; outre les trois susnommés, il y eut quatre autres prêtres qui entrèrent des premiers en cette congrégation, c'est à savoir, Jean Reçu, du village de Brache, au diocèse d'Amiens; Antoine Lucas, de la ville de Paris ; Jean Brunet, de la ville de Hiom en Auvergne, au diocèse de Clermont, et Jean Dehorgny , du village d'Ks- Vréeêj au diocèse de Xoyon. Ces sept étant ainsi assemblés et unis avec M. Vincent, pour vivre et mourir dans la C()ngré.;alîon de la Mission, promirent à Dieu de s'appliquer tonte leur vie à procurer le salut et hx
<^nctific4ition du pauvre peuple des ehamps en la même congrégaliou ; ce qu'ils ont fldèlement accompli ; et Ton peut dire qu'ils furent comme ces sept prêtres, lesquels, sous la conduite de Josoé, sonnèrent les trompettes pour renverser les murs de Jéricho, et que, par l'exemple de leur zMc et de leurs vertus, ils en attirèrent plusieurs autres à cette sainte milice.
Par bulle du pape Urbain VIIT, du mois de janvier 1632, cette compagnie a i^\é érigée en congr(^(;ation, et approuvée du Saint-Siège sous le titre de I^rètrcs de la Congrégation de la Mission, et sous la conduite de M. Vincent, à qui Sa Sainteté donna le pouvoir de faire et dresser des reniements pour le bon ordre de cette congrégation ; après quoi, pour autoriser davantage cctiustitut, le roi en fit expédier d'autres lettres -patentes du mois de mai 164'i, vérifiées an parlement de Paris en septembre de la môme année.
Par ladite bulle d'Urbain VIII, le nom de Prêtres de la congrégation de la Mission est tellement attribué par le Saint-Siège à ceux qui sont de cette congrégation, que c'est par ce nom qu'ils sont distingués des autres communautés, et m(>mc des ecclésiastiques particuliers, qui s'appliquent aussi à faire des missions : ce que nous avons jugé nécessaire d'observer en ce lieu, pour obvier aux inconvénients que pourrait causer le défaut de cette distinction.
CIIAPITRK XXI.
PAROLES REMARQUABLES DE M. VINCENT TOUCHANT I/ESPRIT D*HUMK- LITÈ ET LES AUTRLS VEllTi:iX'SES DISPOSITIONS QU'iL A VOLLU POSEA COIME FO^n£ME^T AU AOLVEL ÉTABLISSEMENT DK LA COMGBKGATION.
M. Vinrent voyant que la main de Dieu était avec lui, pour élever ce nouvel édiiicede la Con^réjjation de la Mission, et que sa providence donnait un succès plein de bénédiction aux premiers commencements de ce saint ouvrage, il voulut, coinmc un sage architecte, poser un fondement qui fut proportionné â la hauteur où il devait on jour atteindre, et qui en piU soutenir toute la structure, en sorte qu'elle demeurAt ferme et inébranlable dans son as^sietle. Il ne trouva point de fondement qui lui fût plus convenable ni plus propre que celui de Thumilité ; car il connaissait bien que parmi toutes les tentations et dist raclions an x(| uel les les missionnaires devaient élre exposées par leurs emplois, il n\v avait point de meilleur moyeu pour chacun d'eni en particulier, de mettre son Ame et son salut eu assurance, que de se tenir dans un sentiment très-bas de soi-même, et qu'il faut être méprisé et abject devant ses veux, pour être grand et estimé devant
Dira ; enfin, qu'il n'y arait rien àeraindre dans rhumiliation, quelque grande qu'elle pût être; mawqu*ii y avait sajet de crainte, et même d'horreur, dans la moindre éléyation où l'on se porterait par quelque préfioniption de soi-même . C'est pourquoi il s'est toujours étudié, dès les premiers oommencements de l'établissementde sa compagnie, dMnppireranx siens un esprit d'abaissement, d'humiliation, d'avilissement et de mépris de soi-même ; il les a toujours porUHi à se considérer comme les moindres de tous ceux qui travaillent dans rÉglise^et à mettre dans leur estime tous les autres au-dessus d'eux. « Nous ne saurions mieux faire connaître ceci, que par les paroles mêmes qu'il prononça un jour de rabondance de son cœur, au sujet de ce qu'un prêtre nouvellement reçu en sa congrégation, la qualifia de sainte congrégation ; cet humble serviteur de Dieu l'arrêta tout court, et lui dit : Monsieur, quand nous parlons de la compagnie, nous ne devons point nous servir de ce terme (de sainte compagnie, ou sainte congrégation) ou autres termes équivalents et relevés, mais nous servir de ceux-ci: la pauvre compagnie, la petite compa^^nie, et semblables. Et eu cela nous imiterons le Fils de Dieu qui appelait la compagnie desesapôtres etdiseîples, petit troupeau, petite compagnie. Ok !quejevoudraisqu*ilplùt à Dieu faire la grAce à cette chétive congrégation, de se bien établir dans l'humilité, faire fonds et bAtirsur cette vertu, et qu'elle demeurAt là comme en son poste et en son cadre. Messieurs, ne nous trompons pas, si nous n'avons l'humilité, nous n avons rien. Je ne parlepasseulement de rbumilitécxtérieure, mais je parle principalement de l'humilité de cœur, et de celle qui nous porte à croire véritablement qu'il n'y a nulle personne sur la terre plus misérable que vous et moi ; que la Compagnie de la Mission est la plus chétive de toutes les compagnies, et la plus pauvre pour le nombre et pour la condition des sujets; et être bien aise que le monde en parle ainsi. Uélas ! vouloir être estimé, qu'est-ce que cela, sinon vouloir être traité autrement que le Fils de Dieu? C'est un orgueil insupportable. Le Fils de Dieu étant sur la terre, qu'est-ce qu'on disait de lui? et pour quia-t-il bien voulu passer dans l'esprit du peuple? pour un fou, pour un séditieux, pour une bête, pour un pécheur, quoiqu'il ne le fût point. Jusque là même qn*il a bien voulu souffrir d'être mis après un Karabbas, un brigand* un meurtrier, un méchant homme. 0 Sauveur! ê mon Sauveur, que votre sainte humilité confondra de pécheurs, comme moi misérable, au jour de votre jugement! Prenons garde à cela; prenez -y garde vous qui allez en mission, vous autres qui parlez en public: quelquefois, et assez souvent, l'on voit un peuple si touclié de ce que Ton a dit, Ton voit que chacun pleure; et il s'en rencontre même qui, passant plus
àvaut, vont juAqti*à prufêrcr ees tnoU : BlettheurcuK le ventre qui toiU a portés^ et les mamelles qui vous ont allaités : nous avons oui dire de semblables paroles quelquefois, lùileudant cela, la nature se satisfaity la vanité s'engendre et se nourrit, si ce n'est qu'on réprimé ces vaines complaisances, et qu'on ne clicrclie purement que la gloire de Dieu, pour laquellcseulcuousdcvous travailler; oui, purenientpour la gloire de Dieu et le salut des Ames. Car en user autrement, c'est se prêcher soi-même, et non pas Jésus-Chrisl ; et une personne qui prâche pourse faire applaudir, louer, cslinicr, faire parler de soi, qu'est-ce que fait celte per8onnc,ce prédicateur? qu'est-ce quMl fait? un sacrilège; oui, un sacrilège! Quoi ! se servir de la parole de Dieu, et des choses divines, pour acquérir de Thonneurct de la réputation ; oui, c'est ansacriiége. 0 mon Dieu ! ô mon Dieu ! faites la grâce à cette pauvre petite compagnie, que pas uu de ses membres ne tombe dans ce malheur. Crovez-moi, Messieurs, nous ne serons jamais propres pour faire l'œuvre de Dieu, que noos n'ayons une profonde humilitéetun entier mépris de nous-mêmes. Non, si la Congrégation de la Mission u*est humble,et sielle n'est persuadée qu'elle ne peutrien faire qui vaille, qu'elle est plus propre à tout gàler qu'a bien réussir, elie ne fera jamais grand'chose; mais lorsqu'elle sera et vivra dans l'esprit que je viens de dire, alors, Messieurs, elie sera propre pour les desseins de Dieu, parce que c'est de tels sujets dont Dieu se sert pour opérer les grands et véritables biens.
* Quelques docteurs qui expliquent l'évangile d'aujourd'hui, où il est parié de cinq vierges sages et de cinq folles, estiment que Ton doit entendre cette parabole de personnes de communauté qui sont retirées du monde. Si donc il est vrai que la moitié de ces vierges, de ces personnes se perd, hélas! que ne devons-nous pas craindre? et moi tout le premier, que ne dois-je pas apréhender? Or sus, Messieurs, encourageons-nous, nc(:erdons pointcœur, donnons-nous à Dieu de la bonne façon, renonçons à nou8-niùnies et à nos satisfactions, à nos aises et à nos vanités: estimons que nous n*avons pasun plus grand ennemi que nous-mêmes, faisons tout le bien que nous pourrons el fuisons* le avec toute la perfection requise. Ce n'est pas toutd'assislfr le prochain, de jeûner, faire oraison, travailler aux missions; cela est bien, mais ce n'est pas assez : ii faut de plus bieu faire cela, à savoir dans Tesprit de >îotre-Seigneur,en lamanière que Noire-Seigneur i'afait humblement et purement, afin que le nom de son Père soit glorifié, et sa volonté accomplie.
n Les plantes ne poussent point des fruits plus excellents qae la natiirede leurs tiges ; nouh sommes comme les liges de ceux qui viendront
après noi», qui Tratecmblablement ne poii.^.seront point Icun; œuvi^n pins baat que nous ; si nous avons bien fait, ils feront bien, i*exenipie en passen des uns aux autres; ceux qui demeurent enseignent ceux qui les suivent de la manière dont les premiers se sont pris à la vertu , eteeai-d encore d'autres qui viendront après; et cela {mr Taidedela grAce de Dieu, qui leur a été méritée par les premiers. D'où vient que nous voyons dans lemonde decertaines familles qui viennent si bien en lacraiutedeDieu? J*en ai préseutemeutune entre plusieurs autres dans l'esprit, etdont j'ai connu le grand-père et le père, qui tous étaient fort gens de bien, etencore aujourd'hui je connais les enfants qui le sontde même; d*où vient cela? c'est que leurs pères leur ont mérité de Dieu cette grâce par leur bonne et sainte vie, selon la promesse de Dieu même, qu*ii bénira telles famillesjusqu'à la millième génération. Mais de Tautre côté il se voit des maris et dos femmes qui sont des gens de bien et qui vivent bien, et néanmoins tout se fond et se perd entre leursmains, ils ne réussissent en rien; d'où vient cela? c.*est que la punition de Dieu qu*ont méritée leurs parents, pour de grandes fautes qu'ils ont commiFCs, passe en leurs descendants, selon ce qui est écrit, que Dieu ch&tiera le père qui est pécheur dans ses enfants, jusqu'à la quatrième génération : et quoique cela s'entende principalement des biens temporels, néanmoins nous le pouvons en quelque sens prendre aussi pour les spirituels, de sorte que si nous gardons exactement nos règles, si nous pratiquons bien toutes les vertus convenables à un vrai missionnaire, nons mériterons en quelque façon de Dieu cette grâce à nos enfants, c'est-à-dire à ceux qui viendront après nous, lesquels feront bien comme nous; et si nous faisons mal, il est bien à craindre qu'ils ne fassent de môme, et encore pis; parce que la nature entraîne toujours après soi, et porte sans cesse au désordre. Nous nous pouvons considérer comme les pères de ceux qui viendront après nous ; la Compagnie est encore dans son berceau, elle ne fait que de naître, il n j a que peu d'années qu'elle a commence, qu'est-ce que cela ? n'est-ce pas être dans son berceau? Ceux qui seront après nous dans deux ou trois cents ans, nous regarderont comme leurs pères, et ceux mêmes qui ne font que de venir seront réputés les premiers, car ceux qui sont dans les premières cent années, sont comme les premiers pères. Quand vous voulez appuyer quelque passage qui est dans quelque l^ère des premiers siècles, vous dites : Ce passage est rapporté par un tel Père qui rivait dans le premier ou second siècle; de même, dira-t-on, du temps des premiers prêtres delà Congrégation de la Mission on faisait cela, ils Tivaient ainsi, telles et telles vertus y étaient en vigueur. Cela l'tant, Messieurs, quel exemple ne devous-nous point laisser a nos suc<-
ccsseurs, puisque le bien qiTilsfemiit dépend en quelque fftçonde celui que nous pratiquerons? S*il est vrai, comme disent quelques Pères de l'Église, que Dieu fasse voir aux pères et mères damnés le mal que leurs enfants font sur la terre, afin que leur tourment en soit augmenté; et que plus ces enfants multiplieut leurs péchés, plus leurs pères et mères qui en sont cause, par le mauvais exemple qu'ils leur ont laissé, eu souiïrent la vcangeauce de Dieu : aussi d'autre part S. Augustin dit que Dieu fait voir aux pères et mères qui sont au ciel, le bien que font leurs enfants sur la terre, aCu que leur joie en soit augmentée. De môme, Messieurs, quelle consolation et quelle joie n'aurons-nous point, lorsqu'il plaira à Dieu nous faire voir la Compagnie qui fera bien, qui foisonnera en bonnes œuvres, qui observera fidèlement Tordre du temps et des emplois, qui vivra dans la pratique dea f ertus et des bons exemples que nous aurons donnés? 0 misérable quejesnis! qui dis et ne fais pas. IViezDieu pour, moi, Messieurs; priez Dieu pour moi, nie« frères, afin que Dieu meconvertisse. Or sus, donnonsnous tous à Dieu, et tout de bou, travaillons, allons assister les pauvres gens des ehamps, qui attendent après nous. Par la grèoe de Dieu il y a de nos prêtres qui presque toujours sont dans le travail; les nns plus, les autres moins ; à cette mission et à cette autre; en ce irillage et eu cet autre. Il me souvient qu'autrefois, lorsque je revenais de mission, il me semblait, approchant de Paris, que les portes de la ville devaient tomber sur luoi, et m'écraser ; et rarement revenaifr-je de la mission que cette pensée ne me vint dansl'esprit : la raison de ^acsl, que je considérais eu moi-même comme si on m'eût dit : Tu ten vaa, et voila d'autres villages qui attendent de toi le même secours qoe tu viens de donner à celui-ci et à cet autre : si tu ne fusses allé là, waiseniblablemeut telles et telles personnes mourant en l'état que tu les as IrouYiies, seraient perdues et damnées. Or, si tu as trouvé tels et tels péchés en celte paroisse-là, n'as-tu pas sujet de penser que de pareilles abominations se commettent en la paroisse voisine, où ces pauvres gens attendent la mission ? et tu t'en vas, tu les laisses là ; s'ils meurent cependant, et qu'ils meurent dans leurs pèches, tu seras eu qudque façon cause de leur perte, et tu dois craindre que Dieu ne t'en punisse. Yoilâ quelles étaient lesagilatiousde mon esprit. »
« L'état des missionnaires, leur disait-il une autre fois, est an état conforme aux maximes évangéliques, qui consiste à tout quitter et abandonner, ainsi que les Apôtres, poursuivre Jésus-Chrîst, et pour faire à sou imitation ce qu'il couvieut : et cela étant ainsi, comme me disait une personne en quelque rencontre, il n'y a que le diable qui puisse trouver à redire a cet état ; car y u-t-ii heu déplus chrétien que
de s'en aller de village eu village, pour aiQer le pauvre peuple à se sauver, comme vous voyez que Ton fait avec beaucoup de fatigues et d'incommodités! Voilà tels et tels de nos confrères qui travaillent présentement en un village du diocèse d*Évreux, où nu^mc il faut qu'ils couchent sur la paille, pourquoi? pour faire aller les âmes eu paradis, parTinstruction et par la souffrance; cela n'approche- t-il pas de ce que >olre-Seigncur est venu faire? Il n'avait pas seulement une pierre où il pût reposer sa tête, et il allait et venait d'un lieu à un autre, pour gagner les Âmes à Dieu, et enfin il est mort pour elles. Certes il ne pouvait nous faire mieux comprendre combien elles lui sont chères, ni nous persuader plus eiBcacenient de ne rien épargner pour les instruire de sa doctrine, et pour les laver dans les fontaines de son précieux sang. Mais voulons-nous qu*il nous fasse celte grâce, travaillons à Thumilité; car d'autant plus que quelqu'un sera humble, d'autant plus sera-t-il charitable envers le prochain. Le paradis des communautés, c'est la charité; et la charité est Tàme dos vertus, et c'est rhumilité qui les attire et qui les garde; il en est des eom[)agnies humbles comme des vallées, qui attirent sur elles tout le suc des montagnes; dès que nous serons viJes de nous-mêmes, Dieu nous remplira de lui, car i! ne peut souffrir le vide. Ilumilions-nous donc, mes frères, de ce (|ue Dieu a jeté les yeux sur cette petite compagiiie, pour servir son Kg!isc; si toutefois on peut appeler compagnie une poignée de ^eiis, pauvres de naissance, de science et de vertu, la lie, la baliiyure et le rebut du inonde ; je prie Dieu tous les jours deux ou trois fois, qu'il nous anéantisse, si nous ne sommes utiles pour sa gloire. Quoi ! Messieurs, voudrions-nous être au monde sans plaire à Dieu, et sans lui procurer sa plus grande gloire? -
Voila quels ont été les fondements sur lesquels M. Vi;ieent a tâché d'élever Tédiffce spirituel de sa congrég^aliu.!, a savoir sur l'humilité tt sur la charité.
El a ce propos^ feu le révérend Père de GouJren, général de l'Oratoire, dont la mémoire est en bénédiction, disait un jour à M. Vincent : « Oh! 3Ionsieur, que vous êtes heureux de ee que vulre coni|)agnie aies marques de l'institution de Jé^us-Ci]rist! Car (omnio en instituant sou Église il prit plaisir de choisir des pauvres, des gens idiots et grossiers, pour la fonder et pour rcleudrc pur toute ta terre, alin de faire paraître par de si chétifs instrumcuLs sa toute-puissance, renverhant la sagesse des philosophes par des pauvres pécheurs, et la puissance des rois par la faiblesse de ces chétifs ouvriers; de même la plupart de ceux que Dieu appelle en votre compai^^nie, sont peraonucs de basse, et au plus de m.'Jiocrc co.i lilinn, ou «iui n'éclatent pa*
.-. \ih --.
beaucoup en scionoc; cl ainsi s-onl di's iii>lruineuls propres aux desseins de Jésus-Clirist, qui sVn servira pour détruire le mensonge cl la vanilé. »