‹ Vie de S. Vincent de PaulChapitre 21 sur 115 · CHAPITRE XXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXII

I T\1tLI!<iS£MI::.M IM.S MlKTIliDS DE L\ C:0.>GR£GATIO?( DE LA MISM05 A SA13iT-LA/AllL-I.EZ-1>AR18.

Celte nnstique Jérusalem allait ainsi s*édifiant petit à petit, comme nne nouvelle cité, et les pierres vives qui en devaient faire la structure Si' I amassaient, el se disposaient de plus eu plus par la pratique des A erlus qui leur êtaieut convenables. Il est bien vrai que le peu d'espace el le peu de revenu du collège des Bons-Kafanta, oe pouvait fournir de logement ni de subsislanee que pour peu de personnes; maisDiea voulut y pourvoir d'une manière qui surprendra le lecteur, etquilui fera admirer les conduites de son infinie sagesse. Pendant que ces boDS prêtres missionnaires n'appliquaient leurs pensées et leurs soins qu'à procurer Tagrandissement du rovanme de Jésus Christ, et à lui gagner les âmes, la IMovidence divine disposait les moyens qu'elle voulait cmplover |)Our les établir dans la maison de,Saiut-Lazare-Iez- Parisrcest une seigneurie eccléifiastiquey où il y a justice haate, moyenne et basse ; en laquelle, outre la grande étendue des logements et des enclos, ils pouvaient trouver tous les secours raisonnables pour s'y affermir el multiplier. Or ce qui montre clairement que cet établissement est un ou\rage particulier de la main de Dieu, c'est qa*il sesl fait contre toutes les apparences bumaines, et que les moyens par lesquels il a réussi ne pouvaient, selon le raisonnement buniain, scr- > ir ([u à l'empéelier et y mettre obstacle. Ce que Ton ne saurait mieu\ eunnailre (lue |)ar le récil de ce qui s'est passé eu l'exécution de ce dessein, selon le témoignage que M. Vincent en a donné pendant sa vie, et qui a été conlirniê après sa mort par celui qui en a été le principal entremetteur, dont les vertus aussi bien que la qualité de docteur de Sorbonne, et curé d'une paroisse de la ville de Paris, méritent une eréance partieulière. Ce fut feu M. de Lestocq, docteur de la Faculté de Sorbonne, el curé de Saint-Laurent à Paris; qui, nou contcut de l'avoir déelaré de vive voix, a ^oulu encore donner sou témoignage écrit de sa propre main, en la manière suivante; qui fait voir combien admirable acte In eonduitcdc Dieusur laCtmgrégationde la Mission, et combien pureldésinleres!>éaeté l'esprit de celui dont sa providence a \oulu se servir pour en faire rétablissement.

Hfci/ r/ui a ë<^ ècri7 <f< «ijnc dt* /a //«liri <ir /t'»< .V. (/^ Lestovi^^ ducleur de Sorbonne et cuvé de Saint- Laurent, tourhunt ce qui s'est passé en VctabUssement des prêtres de la Mission dnns tu maison de Saint-Lazare-lez-Paris.

• M«»s!!ire Adrîert le Bon,reli{jruMix deroiilredisrlianoiiios rô'iulins do Saiiit-AiigusHii, et prieur de Saint- Lazare, eut (ludiiiiediilicullt* en l'annêtf KîSOavee^es religieux, qui le porta à vouloir permuter ledit prieure avec un autre Wnéllee. Plusieurs le pressèrent «pii Inioflrirent des abbayey, et autres bénéliees de revenu ; mais avant eommuniquéet* dessein à se» amis, il» l'en détournèrent, disant qu*on pourrait apporter remède au différend qu*il avait avee ses relij«ieux par une confércnee de lui avec eux, en présence de quatre doeleurs; à quoi il couseutit, et »«8 religieux en convînreut. L'assemblée s'étant fuite ehoz un docteur fort recommandable en mérite et en sainteté, M. le |)rieur allégua ses griefs; et ensuiteon ouït la réponse du sous- prieur q!ii parlait pour les rtligteun : après quoi il futordonné que Ton dresserait une formule de viceluu règlement qu'on suivraità l'avenir; ce qui ayant étéexécuté, M. le prieur ne laissa pas de persévérer en la volonté de quitter son prieuré; et ayant ouï parler de quelques bons prêtres qui s adonnaient afaircdra missions, sous la conduite de M. Vincent qu*il ne connaissait point . il ent la pensée que s'il les établissait audit prieuré, il pourrait participer au grand fruit qu'ils faisaient dans TËgiise. Il demanda où ils demeuraient, et le lieu lui ayant été déclaré, il me pria comme son voisin elsonbonamide raccompagner ; ce que je lis très- volontiers, lai représentant qu'il ne pouvait mieux faire, et que cette pensée no pouvait venir que du Ciel, qui avait suscité ces bons prc^lres pour le bien de la campagne, laquelle avait un extM>nie besoin d'eux, tant pour l'instruction que les villageois en recevaient, que pour la déclaration de leurs pécliés au tribunal de la confession, où ils ouvraient librement et entièrement leurs consciences, et découvraient ce qu'ils n'avaient pas osé dire aux eonfesseui*s du lieu, soit pour n'avoir pas été ioterrogés sur iceux, ou |>ar boute de les manifester : que jeu pouvais parler et l'en assurer, iMiury avoir été avec eux, et l'avoir expérimenté ; qu'au reste il verrait un bonime de Dieu en leur (compagnie, qui était irur directeur, entendant parler de M. Vincent, ainsi que lui même reconnaîtrait. Ktant donc allés ensemble au collège des bons-Enfants près la porte de Saint-Victor, M. le prieur parlant â )L Vincent, lui dcTou* ^rit lesujetqui l'avait amené, qui était qu'on lu* avait fait un récit trèsivaulageux de sa congrégation, et des charitables emplois auxquels flic s'appliquait en faveur des pauvres gens des champs, qu'il serait 1. i. 7

heureux s'il v pouvait contribuer, et qu'il avait la maisou de Sainl- La/are, laquelle voloutiers il leur céderait pour uq si digne exercice.

}» Cette oITre si avantageuse élouiia ^randeiiiciit cet humble serviteur de Dieu, en qui elle lit le même effet qu*un éclat de tonnerre imprévu, qui surprend un honmie soudainement, et qui le laisse comme interdit, en sorte que ce bon prieur s'en «ipercevant, lui dit : Ëh ! quoi, Monsieur, vous tremblez? Il est vrai, Monsieur, lui répondit-il, que votre proposition m'épouvante; et elle me parait si fort au dessus de nous, que je n*oserais y penser. iNous sommes de pauvres prêtres, qui vivons dttuH la simplicité, sans autre dessein que de servir les pauvres geos des champs. >ous vous sommes grandement obligés. Monsieur, de votre bonne \o!«)nté, et vous en remercions très-humblemeut. Eu un mot, il tcmoi^Mici n'avoir aucune inclination d'accepter cette offre, et s'en recula hi loin, (|u'il ota toute espérance de le retourner voir surce sujet: néanmoins la douce et affable réception dont usa M.^ViuceDt, touciu tellement lecieurde M. le Bon,qu*il ne pouvait chauger de dessein, et hii dit qu'il lui doimaitsix mois pour v peuser.

» Apres ce temps-là il me |;ria derccbef de raccompagner pour aller rc\oir M. Vincent, auquel il lit la même propositiou, et le conjura (le \onloir agréer son prieuré, et que Dieu lui inspirait de plus eu plus (Je le lui remettre en les mains : à quoi insistant aussi de moa cote, je priai M. Vincent de ne pas refuser une si belle occasioo. Tout ccia ne changea point son esprit et son sentiment ; il demeura ferme sur le peîit nombre qu'ils étaient, qu'à peine ils étaient nés;qu'îl ne vouluii i>us faire parler de lui ; que cela ferait du bruit ; qu'il if aimait [ms 1 celui y et eniln qu'il ne méritait pas cette faveur de M. le prieur. Sor cela M. le lion entendant sonner le diner, dit à M. Viuccnt, qu'il voulait dîner avec lui et sa communauté, comme en effet il j diua, et moi aussi. 1^ modestie de ces prêtres, la bonne lecture, et tout Tordre plot tellement à .M. le 1km, qu'il en conçut une vénération et un amour si ^rand pour eux, qu'il ne cessa de me faire solliciter M Viuoent. C^ que je réitérai plus de vingt fois dans l'espace de si\ mois; jusf]u*ace |)oinlqu*ctant fort ami de M. Vincent, je lui dis plusieurs fois qu*il résistait un Saint l^sprit, et qu*il répoudrait devaut Dieu de ce refus, pouvant par ce mo^en s*établir et former un corps, et une congrégation parfaite, dans toutes e^^ circonstances.

» Je ne puis dire avec quelle instance on l'a poursuivi ; Jaeob n*a pis eu tant de patience pour obtenir Bacnel, et taut iusisté pour obtenir la bénédiction de l'ange, que M. le prieur et moi en avons eu pour avoir un (mi de M. Vincent, lequel nous presKionsde nous accorder celte aoceptatiou. >'ous avoua cric plus vivcmcut aprèa lui que la Ciua-

Apôtres. Lnliii M. le prieur s'avisa de lui aller dire . Monsieur, quel liomnie è(es-vous? si vous uc voulez elle affaire, dites-uous au moins de qui vous prenez is avez coufianee? quel ami vous avez à Paris, à qui ouR adresser pour en convenir? car j'ai le consentereligieux, et il ne me reste que le votre. Il n y a per- 3 votre bien, qui ne vous conseille de recevoir celui ente. Alors >r. Vincent lui indiqua 31. André Duval, nne, qui était un saint homme et qui a même écrit la saints. Nous ferons, dit il, ce qu*il nous conseillera, rieur Tétant allé trouver, ils traitèrent ensemble de urèrent d'accord des conditions, et ensuite fut passe Qvier 1 G3*2 entre M. le prieur et les i-ciif^ieux de Saint- •t, et M. Vincent et les prêtres de sa congrégation de ce moyen que M. Vincent a cédé enfin aux imporlusté faites, et entre autres par moi-même, qui pouvais ) occasion, que raucœ factœ sunl fauces meœ. J*eusse sur mes épaules ce père des missionnaires pour le int-Iiazare, et l'engager à Taccepler : mais il ne regarar ni les avantages du lieu et de tout ce qui en dépend, e venu le voir pendant tout ce temps-là; desorteque I belle situation qui Ty attira, mais la seule volonté m spirituel qu'il y pouvait faire. L* ayant donc ainsi ul motif, ajjrès toutes les résistances imaginables, il y n 8 janvier i (>32, et tout se passa avec douceur et au toute la maison. C'est ce qui fait voir que digiius Dei la terre de promission où Abraham a été conduit; je icent vrai Abraham, grand serviteur de Dieu, duquel destinés pour remplir la terre de bénédiction, et sa a dans les siècles. •

ré de Saint-Laurent ayant envoyé ce récit au succèsinc4^nt en la charge de supérieur général en la Congréuiion, il l'accompagna de la lettre suivante, datée du

le désir que \ous avez témoigné de savoir comment itrée de M. Vincent et de sa congrégation dans Saintcs[>ecl ([ue je dois à sa mémoire, m'ont engagé à vous elit récit, que je vous envoie. Monsieur, je n'en dis partie, car je ne puis me souvenir de tous les pieux I. le prieur de Saint-Lazare et moi avons entendus de M. Vincent dans les visites que nous lui avons readuM i

plus (le treille lois, 1 espace de plus d un an, peiiduui lequel nous avoûâ eu mille peines à Tébranler et à ie dis|)oser ù accepter Saint-Lazare. Piu^ienrs eussent élé ravis d'une lelie <»l!Ve, et il la rebutait. C'est ainsi ijue Icshoiiiies choses s'éta!)iisseut : Mui-e refusait d'aller en Egypte, Jéréniie d'aller au peui)le, et lîoiioljstanl leurs excuses Dieu les choisit <l u'ut qu'ils niareheiil; e'esl une Acu-alion lîivine et niirnculeuse, où la nature n'a point de [)ai l . J.e i;api« r ne peut pas exprimer la cuiiduilc de eette affaire, de laipielle Diru est l'auleurel le eonsommateur. Jeuc iai lait que tracer et crajoiiner; celui qui la voudra mettre au jour la relèvera, et suppléera à mon silener.(:e]iendan1 je vous prie de croire que je vénère extrêmement la méiuoiie do l'en .M. Viaeent, elquej'«r tinn» a faveur d'avoir été connu il ainié de lui. •

Voilà un témoignante bien auliunlique, et qui eontienl beaucoup de parlicularilés lrès:-eonsiJérab!c:-, ([ne le pieux lecteur i?aura bien j)eser au poids du sanctuaire, et iveonuidlre quel était dès ce tempslii le degré de vertu et de perfeclinii auquel la grâce de Jésuts-Clirist a\ail élevé 31. Vincent ; comijitn ^.»:l conir était dégagé de tout iutéivt propre et de tout respect liumai.»] ; comlneu purement il regardait Dieu en toutes ses entreprises, ne voulant pas siuîement écouter les l.roposilions qui semblaient lui èlre les jî.us avantageuses, qu'il ne consultât et i econnùt quelle était sa volonlé, et ce qui lui était le plus ajréable; iRuk>irant autre avancemeul, ni autre succès que celui qui .••erait pour sa |)lus giande L;!oire.

3Iais il y a une eircou.'>lance que nous ne devons pas omettre, qui fera encore mieux voir, non seulement le parfait dégagement que ce grand serviteur de J)ieu a\ait de toute sorte de bleus et avantages temporels; mais aussi rexaetitude cl ii.iéiilé qu'il gardait iuviolable, et qu'il voulait être gardée des siens, ju>qu'aux moindres choses qui pouvaient contribuée au bon ordre de leur Congrégatiou, et ù la plus grande perfection du service qu'il bc proposait de rendre à Dieu.

Les principaux articles du concordai étant arrètéS| il en restait un ([ui ne semb.ait pas fort couridci able, que \\ . Vincent jugea uéaumoîiis liès-imporlant : c'était que M. ie prieur désirait que ses religieux logeassent dans ie <lortoir a^ee iCd mission iiuires; estimant que cela ue nuirait en rien aux uns, et servirait beauc(»up aux autres, e'est-à-dire à ses religieux, (pii auraient j>u tiicr {;raiid proiitdubun exemple, et de toutes les pialitpus de \crlu et iie icgularile qu'ils auraient vues en la personne de M. Vineeiu et des siens. .Mais ce sage supérieur uc Aoulut jamais vcon.VvUli.*, pour p. usit'ursiaconvénieuls qu'il prévoyait en pouvoir arriver, qui eusbcnl apporic qtiv;ique empècliciueutaubon ordre ^\\ a^ait etabd parmi ses niis-'ii^iiuaircb : et pour cet elTet il

ia M. le curé de Saint -T.:niiTi;l ilr riprtVcntcr ;'i M. le prieur • qno I prêtres de la Mission domtnirnient en silence depnis les prières du tir jusqu'au len^lemain apivsle dîner; ( nsnite de qnoi ils avaient une ?urede con\ersalion, depuis lîujuelle ilsohservMirnl le nn^mesilenee isqu'au soir après snnpvr, nurpiel Irnips ilsaviiienl encore une autre eure de conversalion ; il ([u'ensnit? un entrait dans le silence, penant lequel on ne parlait q'i«' di's tlias^'s neeessaires, et eneore ù voix asse. Qu'il tenait pcuir e( rlaiii que c\[Â ôî«> cela d'une eonimunauli', ilroduil le désordre el laeonfnsion: eequi aurai! fai! dire â un sain! rrsonnap:e, que lorscpion \o\ail une ecunninnaulé oh.-.i'rver exaelr lent le silence, on pou\ail dire a?>îuii'j)irnt quelle observait aussi xactemenl le resie de la n-^nlarilé ; il iui contraire, ipie dans celles ù IcJiilenee ne s'ol»servail pis, il l'-lalî prescpie inijiossible que lesaures ri'iiles s'v obser^av-^ejit. Or eoniiiie ii y iwn'il sujel de craindre ipie w MM. les religieux ne voulus<enî [as s'assujettir et s'obliger â cette ibser^aneesi êlroilt*, aussi s*i!s ne le tairaient pas, ce serait un empèbernent qui ruinerait enlicieinent ( cite |>rati(pie des niissionnaires. •

C'est ce que M. Viment |U'ia .M. di* Lesloeif de représenter ù M. le irieur, et <|ni s'est trouvé irîséri* daiîs une de ses lettres écrite de sa nain : il proposa ensuite nn e\[)é(lieiil piinrle logement des reli<;ieux ms <iu dortoir, et et'lin déclara ouvirtemenl sa résolution par ces amies diL'ius de nunwqiu' : J'ahiicrais ttiivu,r. dit-il, que vous deuurassiims tiftfts tiotir ji!nn'rrti\ ffii^ dr (Ictnuri^cr 1c desmin de Dieu Hrnous. r.t il demeura si fs rmc en ((itc résolution, qu'il fallut raver L*t arli le, autrein''nt il ii'rTit jamais [KiS'^é les au Ires, et eut mieux iméèlre privé* île t'uis h-; uranl; a\.'\iî.iiçes lenq)orels qui lui en narraient revuiir, ipi»* *iL' «Mi.isin'ir a une elio^e ipii eut pu causer 'Oioiiirlreoli^t.K'le au bii-n s[>irihji'l dv sa < Ionien :;at ion. (le qui le *n<J.til (îu'ore p'iis f» rnie et \)\\\< «nilexibic ni ce (joint, était l*esme et i'itmour qu'il avait p )!n' la M)ihudeel reeoihciion intérieure, larpielle il estimait (pic les inissioiinaiics dexaicnt être d'autant plus Iffctionné-, «pi'iis a\aiei:t un [)hi< ^ra:i<l besoin de se prémunir eonf la di**^ip.itiou d csj)ril, où I-mh-s emplois 1rs ex;)osaienl. Disant sur ô sujet *iiif l('!i vrais }tiis:iiinniairr< dmiirnl tUrr rminiu* des ('hartreu.v i n hurs waisoini^ el eonntir des Ajf^'^fres au dahors.

Kusuiic <le ce concordat, et sui la d-^rii^xion ipie fit M. le Hon <Iii riiuré, ma':<nn et :i«'|ie;i;la:u*ts .1.' :^ ii.it La/arre, pour être uni a la 4)iii;ii'*;alinn fie la .Mi-rio;i, M. .'a:'4'!j"\è [le île t\iris t n fil l'union f'nnii'dîin b» nern-c (|;ii clail a ^a i<ii.alir.;i, p.irs. -i Utlrcs du <ieriiiriiiri'Uilin' KiiiJ. Ll imlic Sainl l'ue li pari' l'rb.iiu \'\\\ la coiiinna ji.kr si.s b d'cs du î.) im»i-^ l!i!.i, | ii n «.sii liKii.Mois été levées n«' |( I s avril jfî.'ïri.

MM. h»? p^dv(^ts drs inarrhîuuls et échcvins de Paris consentir pareîllemrnl à ^étn!;!l^s('fllcnt clos mij^sioniiaires en cette maison Saint Lazaro ; rt le roi lit expi^clipr sur cet établissement de nouvel iellres-patnitcs, hsqurlîes avîint M prcsentées au parlement pou (Hre enregistrcet», imecommunault* reli«,neuse fort célèbre s'y oppc prétendant que cetlemaison lui appartenait : mais cette opposition levée par un arrêt contradictoire cl solennelyCt les lettres du roi en f»iKtrécs le l7 septembre ni3'2. Mais ce qui ne doit pas être omis en sujet, est que pondant que les avoi*ats plaidaient la cause, M. Vinc était dans la Sainte-Chapelle du Palais en oraison, se tenant dev, Dif u dans une entière indifférence pour révcnement de cette affai Voici ce qu'il écrivit en ce temps-là à une personne de grande ver en qui il avait une grande confiance : « Vous savez bien, lui dit-il,c les religieux de A. >'. nous contestent Saint-T^zare. Vous ne saor croire les devoirs de soumission que je leur ai rendus selon l'ordre n^vangile ; quoiqu*en vérité ils ne soient point fondés en raison, à que M. Du val m'a assuré, et à ce que me disent toutes lespersoni qui savent de quoi il s'agit. Il en séracs qu'il plaira à Notre Seignei qui sait en vérité que sa bonté m*a rendu autant indifférent en oc occasion qu'en aucune autre affaire que j*aie jamais ene : aidez-mc Ten remercier, s'il vous plait. »

Il y a encore une autre chose très-digne de remarque sur le sujet ce procès, qui fait voir le merveilleux détachement de c€ grand scr teur de Dieu : c'est qu'en prenant possession de la maison de Sai Lazare, il fut obligé de se charger de trois ou quatre pauvres alié d'esprit, que leurs parents avaient confiés au soin de M. le prieui Bon. Il ne se peut dire avec quelle charité M. Vincent faisait ser et scr^ait lui-même ces pauvres insensés, à quoi il s'appliquait a d'autant pli.'sde plaisir, que la nature y trouve moins de satisfactii ces gens- là n'étant pas capables de reconnaître le bien qu'on leurf et d'ailleurs étant orditiairement sales, embarrassants, et quelq' fois même dangereux. M. Vincent donc se voyant lors en bas d'être évincé de la maison do Saint- Lazare par cette cx)mmunauté r gieuso opposante, qui avait beaucoupde crédit et d'amis; ponrse f parer selon sa bonne coutume à tel êvénemLMit qu'il plairait à Diei donner à ce procès, ilse mit un jour à considérer, comme ilalui- m^ déclaré à quelques personnes de confiance, qu'est-ce qui lui pour faire peine, s'il fallait quitter cette nouvelle demeure, qui elail commode et avantageuse à sa congrégation; et parmi toutes les c< moditos et avantages d'une maison seigneuriale, situi'*e au\ porte* l*aris, telle qu'était celle do Saint- Lazarre, il ne trouva rien qui put donuer de la peine, que de quitter ces pauvres aliénés d'esprit

•enric» desqadii, oa plutôt le service qu*il rendait à Jésus- Christ en leurs personnes, lui tenait plus au cœur que tout le reste de cette seigneurie, et de toutes ces possessions qu'il regardait avec une entière indifférence. Oh ! que le cœur de ce saint prêtre avait des sentiments bien différents de ceux du monde, et que ses pensées étaient bien élevées au-dessus des pemées ordinaires des hommes ! Il réputait pour folie de s'attacher aux biens et commodités de la terre, et tenait pour sa^i*8se de servir les fous : il estimait ce service rendu pour Tamourch* Jésus-Christ, comme un grand trésor qu'il craignait de perdre ; et ue ^ mettait point en peine d'i^tre dépouillé d'une riche p(»sscssioii dont il commençait â jouir, et qui lui pouvait <^lre si commodt^ pour la subsistance et affermissement de sa nouvelle congrégation ! Oh î que le «int Apôtre a eu grande raison de dire que Dieu se plaisait de perdre etde confondre toute la sagesse du monde ! et que pour devenir sage selon Dieu, il faut quelquefois se porter à ce qui est est estimé folie devant les hommes *. Certuincment ceux qui ont connu M. Vincent, peuvent rendre témoignage qu'il avait un osf)rit autant capable et tH!lairé qu'on eut pu désirer en une personne de sa cimdition; il n\v avait aucun mélange de légèreté ni de ferveur indiscrète en sa conduite, elle était appuyée non sur le simple raisonnement humain, mais sur les maximes et vériléK de rKvanjzile qu'il avait posés pour fondement et qu'il portait gravées dans son eunir, et avait toujoui's pn'»sentes en Mm esprit. Selon ce principe il se conformait en toutes choses à la doctrine et aux exemples de Jésus-Christ; et a son imitation il fuvait, aulaot qu'il lui était possible, tout ce qui ressentait tant soit peu la vaine gloire ou Tostentation ; et au eontraire embrassait avec une affection particulière l'humiliation, rahjeeliou, W mépris, Tabnégation de soimême, et autres semblables pratiques, | our se rendre d'autant plus coiiforiuea celui qui étant Dieu par nature, a voulu pour noire sujet se ravaler jusque là, que de se taire n(m-seulenient liomnie, nuiis l'opprobrt^ des hommes et l'ah M'tion du peuple.

C'est dans cet esprit que M. Vincent, après être demeuré paisihie po'-se*'M'ur de la maison de Saint- La/are, a voulu eontinuer touj<iurs, quoique sans aucune obligation, ce même exereicc d'.nimililé et <ie cliarilé, recevant en cette mai^^on ces pauvres insensés que tout le» miinde rebute, et dont personne ne se veut charnier ; les regardant nimîue membres infirmes de Jésus-Christ, et en celle qualilé leur rendaot tout le service et toute l'assistance corp<H*elle et spirituelle dont ils peuvent être capables.

' e«tdaiii iapenUtm lapienUum, et prudentlaiii pruileiitium reprolmlio. I. Cor,, i.

CHAPITRi: XXIII.

DÉ.NOMnilKVKNT IH-: PUSIKUHS (.HAXDS AVANTAGES QUI SONT KÉMilTÉS

rr»i H f/Éi'.Lisi:, hk ï/ lxstiti tio> de la co^'GllÉG\TlO?i de la mission, ET DOM' niLIJ VOIMT Ql T M. \ I>(:L>T FIT l'aIIHK OU LE PIU.>r.l|»AL l'HO.MOTIll H.

ET 1•IM:\1I^:^EME^T L'I•:TAnfJSSEME^T DES rONFKÉRIES DE LA CHAlUTK lOl K L'\ssîSrAN(:K rORPrJllELf.E ET SPIItlTlELLE DES PAIVRES M\I.\r)E*i.

CpsI iniorliost' i'-tonnanU», rhuii seinhloniit |m*«qiio incroyabip, si vWv ifavait autant dr témoins qu'il y a do personnes qui onteonnu M. Vincent, qu'un seul homme qui avaiidesi bas sentiments de luimC*me, qui uv se reiranlait que comme le dernier des priHres, et qui d'ailleurs ctaitchari^é des soins et de laeonduited'une compagnie nouvellement établie, (|ui allait s'auirmentanl tous les jours en nombre; (lue ce pauvre et sim[)le priMre, dis-je, qui fuyait autant qu'il pouiait dVlre connu, et (|ui ne se produisait que malgré lui, cl avec uneextrcme contrainte, ait néanmoins entrepris ctcmiduit heureusement à fin tant d(» jirrandes et importantes œuvres pour le service de. l'Eglise et pour la i:loire de Dieu, comme il se verra en la suite de cet ouvrage. Oh ! qu'il est vrai, comme a dit un saint Père, que la charité n'a pasde mesure! elle ne dit jamais, c'est assez; et quand elle anime parfaitement un cœur, elle le rend infatigable dans les travaux; elle lui fait entrc|)rendre, autant que la prudence lui peut permettre, tout ce qu'il voit pouvoir contribuer à la plus izrande liloirc de son divin Sauveur; il lui semble que tout lui est possible en la vertu de celui qui le conforte. Orlessi Ton connaît Tarbre par les fruits, et la charité par lo« «ruvres, il faut avouer que Dii u a%ait prévenu M. Vincent de prA' k bien particulières, puis(|u*il voulait faire par lui de si grandes choj^es, et que la charitc <|ue le Saint l'>pril avait répandue dans son Amcétail bien parfaite, |.nisqu'elle lui donnait une telle latitude de cœur, qu'il semblait que le momie fût trop étroit et la terre de trop petite étendue, pour lui fournir une matière proporlionnée au désir très ardentqn'il avait de procurer que Dieu fût de plus en plus connu, aimé et glorifié.

>ous allons faire dans ce chapitre, et clans les autres qui sniAciit, un dénombrement sommaire de (pu'Iones-unes de ses saintes œuvres ipii ont accoinpatii!é(»u suivi les prcmit rs établisse menis de la Conjuretalion de la Mission Nous les rapporterons à peu pri»8 selon l'ordre du temps auquel elUs ont oté faites: et ntanmoins nous ne nous attacln rons pas tellement à cet ordre, que quelquefois nous ne riulerrouH

— lOft —

piom, poor continuer les matières qui se trouveront avoir quelque npport et liaison ; nous réservant toutefois de développer et faire voir plas aa long dans le second livre oe qui se trouvera plus digne de considération en tous ces ouvraj^es de piété'.

Xous commencerons en ce cha|)ilre par rétablissement des Confréries de la charité, pour Ta^sislanee dos pauvres n>alades, desquels la misère corporelle et Kpiriluelle touchait vivement le cœur de M. Vincent^qui était extrêmement tendre sur ce snjrt. Avant vu les bonseftpts qifavait produits cette première asf^iMublée ou Confrérie de la Charité, que Dîea avait par son moyen établie dans la Bresse, comme H a été dit en un des chapitres précédents, il se résolut d'étendre celte hmnc œuvre autant qu'il lui serait possible : et pour cet effet en toutes les mÎKsioDB qu'il faisait par lui-même, ou par les siens dans les villages, il tâchait d'y établir cette eonfrcrio pour l'assistanee corporelle elspirituellodcs pauvres malades; et il plut h Dieu de donner une telle bâiédictioD a ce pieux dessein, qu'il y a en peu de lieux où, la mission ayant été faile, la Confrérie de la Charité n\v ait été établie.

Or, comme ce n'est pas assez de commencer les bonnes entreprises « on ne les soutient, et si on ne tAehe de les conduire à leur perfection, M- Vincent se trouvait en peine de ce qu'il devait faire pour entretenir et perfectionner ces nouvelles Confréries, lesquelles étant composées de simplis femmes de village, avaient besoin de quelque •Me extérieure, soit pour les encourager dans rexerciee des œuvres ëe charité, oii elles trouvaient quelquefois des contradictions; soit pour leur donner Irsavis nécessaires dans les difficultés qui pouvaient ■aître en leurs emplois; soit enfin pour les dresser au service des Miades : car quoique M. Vincent leur eût donné des règlements trèsproprea pour Icnr conduite, et qu'il fil ce qu'il put pour aller de fois àaatreA rendre visite, ou la faire rendre par quelques-uns des sien*!, aax lieux où ces Confréries étaient établies; elles s'étaient néîinmoins ■mltipliées en tant de lieux, et les missionnaires se trouvaient lelienent occupés vu leurs emplois, qu'ils n'y pouvaient plus satisfaire «Wme il eût été à désirer : ce fut alors que Dieu, qui a une provi- <lniee qui veille sur tout, inspira à une Irès-'^erlueuse demoiselle de Mr dédier particulièrement à ces œuvres de charité sous la direction de M. Vinrent ; et parce qu elle a beaucoup travaillé pour ces Coiifrériwde la Charité, et qu'elle a coopéré avec M. Vincent à plusieurs lulreg saintes entreprises, dont il sera parle ci-aprts, il est nécessaire de la faire plus\iarlieulicrement connaître au leetour.

C'était madcmo^Ketle [.ouise de Maurillac, veuve de M. le firas, seffélaire de la reine mère Marie de Médicis : Dieu lui avait donné les

v( rtuH et IcK disposition» convenables pour réuflsir avec bénédicUoi dans toutes !es saiiàlos œuvres auxquelles il la destinait; car elleavai un fort bon ju;;enu'nt, une vertu ini\Ie, et une cbarité universelle, qo lui faisait om brasser avee un zèle infatigable toutes les occasions d secourir le piocliain, et particulièrement les pauvres. Sa provideno Texorca poiidanl quelque teni[)S par divci'ses peines intérieure-s qui Taf Hiiïeaii ut i l molestaient {grandement; elle se trouva aussi en grande perplexité.^ toueliantsa propre ionduite, et la résulul ion qu'elle de vait (>renJre pour se donner à Dieu comme elle le désirait. Llle avaii demeuré pîusiem s années sous la direction de feu M. Tévèquede Belle} ; et ce fut \)i\v son conseil quVIle se résolut enfiu de preodn M. Vincent pour son directeur ; lequel, bien qu'il ne se ebargeât pai facilement dr la conduite des âmes en particulier, et qu'il évitât cei emploi autant qu*il lui était {U)ssible, de peur qu'il ne lui ôtAt du temps, (t ne rcmpècliàt de s*a{)pliquer hdes œuvres plus importantes pour le Si rvicedi^ !*K^lise, il crut néanmoins qu'il devait en cette occasion déférer aux avis de ce «irand prélat, et rendre cet office de eharité âcelh! verturusedemoise.le, Dieu en ayant ainsi disposé poor les •;rands biens que sa pro\ideuee en voulait tiriT, qui parurent bientôt après. Oite fidèle servante de Jésus-Christ se sentit fortement louchée ( n ^e>orai<ons, des'adouî'.er au >erviee des pauvres ; sar quoi avant demandé lavisde M. Vincent, il lui fit cette réponse dans une iellre : <- Oui cer'cs, Mademoiselle, je le veux bien: pourquoi non? puisque ^olr«? Scijineur vo is a donné vv saint sentiment : commania drmain, cî nous :.réj)ari/.a ia salutaire revue que vous vous praposei. lA après c/ia vous comintMicere/ les saints exercices que vonsvousètei <n'!on!iés. Je lu '^auraIs vous e\|>riiiier combien mon cœur désireardenirîient dv voir le vôiiv, p(»'n' savoir comme cela s'est passé en loi; m is ;e nr« :i veux bien niorlilifr j)our l'amour de Dieu, auquel seul jo désir.' (pic l(MÔir.- soilocc;ip«\ Or mis, je m'imagine que les |Mirol« di' (T jo;»'- vtui^ (Mil Tort t"U','l.ei'; ans^^i snnl-ellc** fort pressantes pool un vivuv .iin..int (i'nn [Mrt'.ni anuuir. Oli ! que vous avez paru aujoa^ «rijiji ^;(-\aiii Us venxdi^ Dii'u coiume un bel arbre, puisque par si ixwu'v \o,i> ..\(v. pnMbiit un lel Iruiîî Je le supplie qu'il fasse par'soi inliMie bonU', (jne v(mn ^nyz a jamais un vér. table arbre de vie, qu pr(» îui*-c •!(•> Il i\;'> d'une vraif c!:arlté. »

Ce l'ni ni trait forl |>artii'idier di* la Providence divine, qui paru en ce ipa: r:u:iinu' la iienéraie des galères étant déeedéc eu l'auné I(ij."*,a;.i.s a\oir coopère a vce lantde bénédiction ad x premières mis sion>, rî au piemier élablissemenl des missionuaires; M. Vinocn s'i-tant aifn.N (v iiti, eo.'iune \\ a été dit, an colli^ des BoDS Eufaott

t que bientôt après mademoiselle le Gras allât demeurer e ooll^i% pour coopérer avec un très-grand zèle à toutes ses de charité auxquelles ce fidèle serviteur de Dieu s'ap ur l'assistance corporelle et spirituelle de» [>auvres. Ayant i en elle de si bonnes dispositions, et é prouvé durant quel- • sa vertu, il lui proposa, au commencement de Tan 1629, r particulièrement à Notre-Seigneur pour honorer radiales pauvres, et pour fimiter autant qu*elle pourrait dans , lassitudes et contradictions qu*il avait souflertes pour leur convia d*entreprendre, à Texemple de ce très-charitable uelques voyages, et d'aller par les villapres voir comment Confréries et assemblées de charité qu*on y avait établies, continuait d'établir dans les missions : ce qu'elle lit par issance, y étant d'ailleurs assez portée par son zllo, et par elle avait envers les pauvres, il ne se peut dire quel fruit nédiction elle apporta en tous les lieux où elle fil ci'tte \ilie des Confréries de la Charité-, relcvantcelles qui étaient courageant les femmes qui les composaient ; leur en faiiterle nombre, quand elles étaient trop peu pour en porter ; leur donnant divers avis pour s'acquitter dignement de rs; les dressant au service des pauvres malades; leur diss chemises et autres linges qu'elle leur portait, avec dis )ur com[)oser des remèdes, et leur suggérant piusiei;rs autres jiioyens pour procurer le souiag(*ment et le salut ivres infirmes.

lit ordinairement quelque séjour en eha(|ue paroisse, et temps-là, outre ce qu'elle procurait pour le bien des Coui Charité, elle faisait assembler les jeunes lilîes en quelque Jculière sous le bon plaisir de >l. le curé, et les ealéchisait lit des devoirs de la vie chrétienne. S'il y avait une malle, elle lui enseignait charitablen>ent à bien faire son ofliee ; ivait pas, elle tâchait d y en faire mettre quelqu'une qui ; et pour la mieux dresser, elle-même commençait à faire istruire les petites filles en sa pr(*sen(H\ pliqua durant plusieurs an ées a ees travaux et exercices dans les diocèses de Beauvais, de Paris, de Sentis, de ? Meaux, de Chà.ons en Champagne et de Chartres, aviT t des Wnédietions qui ne se peuvent concevoir. Kllc avait tion écrite de la main de M. Vincent touchant la manière lit observer. Klle lui écrivait de temps en leiips luul ce qui et ne faisait lien d'extraordinaire ({uc par ses avis. Elle voyages et ces aumônes a ses dépens, et était toujours

Qccornpngnt'ede quelques autres demoiselles do piété et d'une servante. Après avoir employé la plus grande partie de Tannée en ces pénibles et charitables exercices, elle revenait ordinairctnent passer l'hiver à Paris, où elle continuait de s*occuper à rendre la même assistance aux pauvres; mais, non contenlc de ce qu'elle faisait par clle-mùnie, la charité qui pressait son cœur la jmrtaità convier autant qu'elle pouvait les autres personnes verUieuses de se doniier à Jésus-Christ, pour lui rendre un semblable service en ses membres. Kt ce qui est cxiusidérabîe en ceci, est qu'elle était d'une complexion fort délicate, et sujelteà beaucoup (rinfirmilés, pour lesquelles toutefois elle ne relâchait rien de ses charitables travaux.

Voici l'extrait du commencement et de la fin d'une lettre que M. Vinceut lui écrivit sur ce sujet :

• Héni soit Dieu de ce que vous voilà arrivée en bonne santé. Ayez donc soin de la conserver pour l'amour de ^'otre-Scigneur et de ses pauvres membres, et prenez yarde de n'en pas trop faire. Car c'est une ruse du diable, de laquelle il se sert pour tromper le,s bonnes âmes, de les inciler a faire plus qu'elles ne peuvent, afin qu'elles ne puissent plus rien faire. Au contraire l'Esprit de Dieu excite doucement à faire raisonnablement le fruit que Ton peut faire, afin qu'oa le fiisse avec persévérance. Faites donc ainsi, Mademoiselle, et vous agirez selon ri'>pril de Dieu, etc.

" Lorsque vous serez louée et estimée, unissez votre esprit aux mépris, aux moqueries et aux aiïronts que le Fils de Dieu a soufferts. Certes, un esprit vraiment humble est liuiuiiié autant dans les honneurs qne dans les mépris, et fait comme Tabeille qui compose son miel aussi bien de la rosée qui tombe sur l'absinthe, que de celle qui tombe sur la rose; j'espère que Vous en userez ainsi. •

Or, quoique dans le commencement M. Vincent n'eut autre dessein que d'clablir cette Confrérie de la (charité dans les paroisses des villajîes cl des petites villes, où, n'y ayant point d hùpilaux, les pauvres malades se trouvaient souvent dans un grand abandon, destitués de secours et de remeles, néanmoins feu M. rév«\|uc de Ueauvais ayant su les grands frnils (jne produisait cette ('onfrérie «i* la Charité pour le bienspiriluel,aus.>i l>i; n que pour le soulagement corporel des pauvres malaries, il voulnl (|u\lle fut établie eu toutes les paroisses de la vilic de lîeauvais, qui sont au nombre de dix-huit : et depuis, quelque s (laujcs verîuenscs et charitables de Paris, ayant vu les bons effets de cette conlVérie dans les villages, firent en sorte qurlle fût établie a Taris en leur paroisse, qui était celle deSai?it-Sauvivir. Ce fut en l'année lOi'J que se fil ce premier élablissenienten la ville de Paris p;ii- M. Vipr.'nt. <rlon Ir désir de M. le cnn». l'I l'aninM» suivante made-

îT!vtM.*llc le Gras, a^aiil convie ciiui ou si\ daines de sa connaissaiitt di: la paroisse de Sainl-Meolasdu (Ihardoniicl où elle demeurait, de se j'iindre à elle pour le ser\iee<les pauvres niaiades, eoniine elles firent, il-eéeri\il à M. Vineent, qui éliiit alors «mi mission, [.onr lui rendre cuiiiptedu proj^rès qu'elles a\aienl fait dans ce eliarilable exercice. >ur qrioi il lui reconniian'ia pirrieiilièrein.vit de s;ii\je u's rei;iemeijls .1- e«»!!fn ries déjà i taldics, ajoutant (raiilnr= a\is eonveiiahles pour îjirr reu->ir ee saint «■u\reen nlle [)aroi>se lîiyaiii-i {\mW axait l'ait laii'iée |»rccédenteen eelleiieSaMil SauMur. (leqn'cilc <d»yer\arnièle- ..♦a' ; et Dieu v donna telle hénrdii'tifm, ipie plusieurs autres dames -ttdiit as^oeiees au\ premières, les pauxres ont toujours été depuis [iree nî«\ven Irès-bieu asMsles, sjmis la sai;e conduite de 31. leeun*.

i.a iiièuie aiméi- et la sni\anle Ifi.j I , r<l!e eo:;iiVi ii- l'«it cia!»'i»^ [ iir ! Vincent, avec la permis*»ion de M. rAreliexeipic de I^aris, et l'ajiiiieulde 3îM. les curés, dans les paroisses de Sainl-.Mélérie, Sainti.r: oit rt Saint-Sulpiec ; et ensuite en (li\ers temps le nu**me établisscannlscsl fait dans Ii-^ paroisses de Saint- l'an!, de Saint-Ci-rmaio- . Auxerroi'^, de Saint- Lu-^taeiie, de S.«int- André, de Saiîil-.lean, de V::!'-l5arlhék-niv, de Saiiît-j.tienne du .Miuit, de Siinl-.Nieoias des iJidîiîp^, de Sciinl-îioeli, de Saint-.laeqnes de la Douelierie, de Saint- J-i jUesdu Ifaul-ras, de Saint-l/iurent, et j^enéraiement presque en '.'»•;'..> les |aroi>scs cie la ville et drs laulKun'î^s de l\iris.

MM. D«">c<»rJes et Lani\, (pii ilaieiit luaiîres et adminirlrateurs de .h'iiiîûl dv.> Quin/e-Vinj;l^, [.«riermt ausi .'.i. N nieent d y établir la :« uc Coiifîcric de la (^barité; ce rpii lut l'ail.

lî ne faut i)iS omettre ici, ([ue bs première-; années que mademoi- ' e ;e (iras «-'enipioyait aux exeieiees de la (loiil'ivrie de la (Ibaritc ..;.> la parui>so de ^ainl-.Nieoias du Cbardonnet, il lui arriva un jour :.:;(irfKdKr d'une li.le qui avait la peinte : ee qtie M. Vincent ayant

• -. i! lui écrivit en ces termes : • Je \iens trai)prendre, il n'\ a qu'une Mtre, raccidenl qui est arrivé à la îille que \o-i •:ardes des pauvres n'.naieiit, cl comme \ous iave/ visitée. Je \ous a\oue, 3laden:oiselle, iuv u'dhurd cela ma si fort attendri le ciiur, que s'il n'eût élcnuitje ;>H'paili a 1 instant mèiue pour vousalUr voir. Mais la bonté de Dieu

•iî !i s pvrsui.'Ues qui îsc donnent a lui [our le ser\iee des pauvres, dans

• Touticrie de la Cbarile, tu laqueilL ju>(|'u\i prest ni auennu n'a été . .;p|.e«' de la peste, \uv l'ail avou' une tri'.^-juiriaiie eoniianee en lui •. .• \«>us n'en auiez point d»* ma!. Croiiit/. \oum, .'l;alllnioi^tile, (pu;

: .-Mulciiiciit je visitai feu Ai. k sous-j. rieur de N*inl-La/.are, ip:i 1. jrutdc ia pehle, uiais nième que je hcnlis >oiï baleine; et néanmoins :.. iiioi. ni uot? gcus qui Tassiëtèrcnt juwju'a rcxtremilé, u'ena\onî^

point cil (Je mal. >on, MadonKâs. !lf\ no craignez point, >'otre-Sei- «:iî('ur vtnit se servir «le x ous pour qui-ique chose qui regarde sa gloire, et joslimi* ([u'il vous conservera {)our cela. Je célébrerai la sainte Mchse il votre iulentioii. Je \ous irais voir dès demain, n'était Tassiî^nalion (|ue j*ai avec quelques docteurs à la Magdeleiue, pour des affaires qui rei:anienl rclablisyenienl de celle niaison-là. «

On a remarqué sur !e sujet de celle lettre, que la prédiction de M. Vi.-.ei'îii a vu sou eilet, cl (juc celle charitable demoiselle, nonohslanl la i {lîilinuatiou de ses pénibles exercices, et toutes ses grandes et liequenles iniinnilés, n'a pas laissé de vivre encore près de trente ans, depuis (pu* M. Viiîc; ut lui écrivit celle lettre : Dieu voulant se servir (Pelle, non--i'u!einenl pour le bien de c(»s confréries si utiles et salutaires aux pauvres malades, mais aussi pour L'étabiissementd*unc nouvelle eojnnjunauté de vertueuses filles qui ont beaucoup contribué au bien (!<• ces eoufierio, cl ipii rendent, outre cela, d'autres bons servieis a i'i]i;iise, comme nous allons voir au chapitre suivant.

CHAlMTKi: WIV.

i>.vriiLijii\ i)i: i.A c»)^;l^•.(:.^IK dks i ii.lks dk la charité, .s£HVA^'T£!»

lîJ.S I»\IV1U,S MAI.ADLS.

S'il v>l \rai, (onniiC a dit le proplicle, ({u'un abiine appelle à soi un aulre ai)iiiie, û p.iis l'orle raison peut- on dire <{u*une bénédiction allire uni' autre i)énédielio!t, et que la charité, qui est la plus féconde de toutes les vertus, aehe\ant une (cuvre, en ccmçoit ordinairement' et en «oniinenee uneanlie. Cela se vérifie particulièrement au présent sujet; car la (liuitrérie de la Charité, dont il a été parlé au chapitre pr, «edenl, a (h^nné commencement à une sainte compagnie de filles (^ui parlent le luème litre, il i-c nomment Filles de la Cliarité. Et Diea a} anl fait .M. Vineeid instituteur d'une congrégation d'hommes, pour évan^v;iser ie.- pauvres, a voulu qu'il fût aussi le père et l'instituteur d'une nouvelle coiuniunaulé de hlies, pour le service des mêmes pauvres, cl prineipalemenides malades. Cet ouvrage doit être d'autaut plus iitlribue a la conduite de la divine i'iu^idence, que M. Vincent y a uioins contribué de sa j)ropre volcuité, cl qu'il s'est vu comme nécessité, contre son dessein, de donner les mains à ce nouvel établisbe* menl ; voici de quelle façon cela est arrivé.

Les confréries de la Charité ayant clé premièremcMit établies dans les \iliages, e^fUiine il u été dit, les feiiimesqui en étaient B*a|jpliquaieiit elles mêmes au service des malades, allant les u us iiprès les autres h*s visiter, et leur itndrc toutes les u^si stances uca'bsairus : iursc^uc ix»

ecinfréries furent établies diuis li- paroisses de Paris, les dames ^ en avaient procuré rétablissenieut, pousFéesdu même esprit de ckirilê, voulurent aussi elles-mêmes les aller visiter en leurs maisons, cticor rendre le» nii^mes services. Or, ces confréries s'étnnt beaucoup ■oltipliétfft ilaiia la suite du temps, :l se trouva [)armi celles qui s*v fuinient enrôler, plusieurs damc'^ de condilion, lesquelles ne pouvuieut p», feoil par Toppositiou de leurs maris, ou pour d'autres raisons, kw rendre ellea-mônies les assistances nécessaires et ueeoutuniées, coBse lenr porter la nourriture, l'aire leur lit, préparer les remèdes, dutrea choses semblables; et 'ors([u*elles employaient leurs ^ens pur leur rendre ces services, il arrivait le plus souvent qu*ils n*anîrat ni adresKC ni aiïectitm pour s'en lut^n acquitter : <'e qui leur iii vérqa'il était absolument nécessaire d'avtrir des siTvantesqui ne lusni employées qu*à servir ces pauvres malades, et qni leur distribuasni chaque jour la nourriture et les remèdes, selon 1 exi^'cnce do leurs ■aladîeff.

Celafut proposé dès riiniiée l(i.U)à M. ViniMMit, le(pu'l,aprèsy a\oir ffosé devant Dieu, et reconnu la née/sMlé de ce sri-(»!irs, se soiivint (jBf, dans les miss^ions des xLilai.^*-^, on i'«>n(>onli-aii ipirl (Uifois de knnes fi.les, qui n'avaient pas de ilispo^itions pour l** :iiana;;e, ni le ■offndV'îre reîi!;euse8,etqu'ils'e.i poiirrail Ironvrdi' ce nombre ijui micDt bien aises de se donner pour i'anioiir de Dieu an service des [•■vres malades, lia Providence de J)ieu di^p(>^a ics ciioses en sorle fi'aos premières missions suivantes, il sVn trouva deux qjii acvp- Icfmtla proposilionquilenreu lut faiie, elipii iurent mises l'une eu h paroisse de Saint-Sauveur, et fa itre ou celiC de S:unt Benoit : et fOMiile il R*en présenta d*autres, qui furent placées i\ Sriiut-Nicolas ia Chardonuet, et en d'autres j^ni/.>M's.

M. Vincent et mademoiselle le iiras leur dwnnrient les avis qu'ils Jttsèrent nécessaires fjour leur aider à si» comporter de la manière qu*rUcsdevaient,tuntfnverslesdaniesqu'('nveri<ies pan vn*s malades; BdMces filleSy étant venues de divers lieu\« n'avaient alors aucune tiaiami ni correspondance entre élites, ni autredi'ji'.'ndinre qnedesda- ■ndi*« paroisses où elles demeuraient; d aillrnrs, h'a\ant point été droset-s aux exercices de ee^; cliariie*; cnv» rs le-i pan\ros malades, il s'en trouvait parmi elles qtii ne ilonnaient noiut de salist'.iclion, Ichqnelies poorcM-la il t'allait ôter; et comme on ifavail point dis lilies de réserve qin>UT«*eset formées, il arrivait cpie les dames et les pauvres ritombucutdanK leur premier i^esoin. (icla i.iisait bien voir ipi'il était né- «nvired*Hvoirenmaiu un uraud nond)re de ILlles, pi»ur en mettre dans kinles lieux do INiritt où (xs coulréricd bc trouvaie.il ciabiLcs *, t2lv^vx\l

jfallail aussi en prendre un soin particulier pour les dresser àu service des malades, leur apprendre à saigner et à préparer les remèdes; mais i iicorc plus pour les élever et former à l'exercice de roraisoii el de la vie spirituelle, étant comme impossible de persévérer longtemps en celle vocation Ircs-pénible, et de vaincre les répugnances que la nature } ressent, si on n'a un {»rand fonds de vertu.

i\I. Vincent vo\ait ce grand besoin, et il était fort sou vent importuné sur ce sujet par les dames, qui n'avaient recours qu'à lui pour leur fournir d<.^ iilles telles qu*il était à désirer, mais qui ue se pouvaient que livs-difilc'ilcnu'nt rencontrer. Or, comme il n'était pas homme à s'inquiéter ni empresser, il se contentait de recourir à Dieu par la prière, attendant qu'il pliU à sa providence lui découvrir quelque mo}'en pour pourvoir à celte nécessité. H ne fut point trompé dans son attente; car plusieurs filles n'étant bientôt présentées, il en choisit trois ou quatre ({u'il Jugea les plus propres, et les mit entre les mains de mademoiselle le Gras, qui logeait alors auprès de Saiut Nicolas du Chardonnet ; Tavaiit auparavant disposée à les recevoir, loger et eu* treteiiir en sa maison, pour les rendre capables de cori^espondre aux desseins de la providence de Dieu sur elles.

Cela se fit en L'année IG33, seulement par manière d'essai, et Dieu donnant bénédiction à ces commencements, le nombre des filles s'augmenta, et il s'en forma enfin une petite communauté, qui a servi et qui sert encore d'une pépinière de Filles de la Charité, pour servir les pauvres malades <lans les paroisses, dans les hôpitaux, et dans les autres lieux où elles sont appelées.

^[adcmoiselle le Gras voyant les bénédictionsque Dieu répaudaitsur cclto [)clite communauté naissante, et raffection qu'elle avait pour les pauvres la poussant à s'appliquer plus particulièrement à dresser ces iilles, ({ui leur pouvaient rendre un service si utile et salutaire, elle voulut savoir de 31. Vincent si elle se dédierait entièrement à cette sainte entreprise; et après Tavoir pressé plusieurs fois pour ladéter* miner, et lui dire si elle devait écouter celte pensée et suivre ce mouvement, voici la réponse qu'il lui fit, selon sa maxime ordinaire de ne s'employer aux œuvres nouvelles et extraordinaires que par manière d'essai.

« Quant à cet emploi, lui dit il, je vous prie, une fois pour toutes, de n'y point penser, jusqu'à ce que ^olre-Seigueur fasse paraître qu'il le veut; car on désire souvent pluMeurs bonnes choses d'un désir qui semble être selon Dieu, et néanmoins il ue l'est pas toujours ; mais Dieu permet ces désirs pour la préparation de l'esprit à èlre selon ce que sa providence même désire. î5aul cherchait des Ancsses,el il trouva

en royaame. Saint Louis prétendait à la conquête de la Terre- Sainte, et il obtint la conquête de soi-même et de la couronne du Ciel. Vous dwfchez à devenir la servante de ces pauvres filles, et Dieu veut que vous soyez la sienne, et peut-être de plus de personnes que vous ne seriez en cette façon. Pour Dieu, Mademoiselle, que votre cœur honore b tranquillité de celui de Notre-Seigneur, et il sera en état de le servir. Le royaume de Dieu est la paix au Saint-Esprit; il régnera en Toosy si vous êtes en paix. Soyez-y donc, s'il vous plaît, et honorez souverainement le Dieu de paix et de dilection. «

El par une autre lettre il lui manda : « Je n*ai pas le cœur assez éelairci devant Dieu en cette affaire : une diiliculté m*empêcbe de voit quelle est sa volonté. Je vous supplie. Mademoiselle, de lui rccom^ BMnder ce dessein, pendant ces saints jours, auxquels il communique plus abondamment les grâces du Saint-Esprit. »

Par ces lettres et plusieurs autres que M. Vincent écrivit sur ce môme sujet, on voit avec quelle retenue il procédait au discernement de la Traie vocation de cette vertueuse demoiselle pour la direction de ces filles ; non-seulement parce qu'il la jugeait capable de plus grandes choses que cellc-Ià, qui paraissait alors bien petite, pour borner les talents et les grâces qu'elle avait reçus de Dieu, mais aussi parce que son humilité ne lui permettait pas de présumer que Dieu voulût se ser- Tir de lui pour exécuter tout ce que sa providence a fait depuis par rentremise de cette charitable demoiselle : il la tint donc deux ans dans c«tte indifférence, la remettant toujours sans lui donner une dernière résolution, et l'exhortant à se confier uniquement en Dieu, moyennant quoi il l'assurait qu'elle ne serait point trompée. Quant à lui, sa grande humilité lui faisait toujours souhaiter que Dieu fit tout sans lui ; ne s*estimant capable de rien, sinon d'apporter obstacle aux desseins de sa providence ; et U semblait, tout au contraire, que Dieu se plaisait de se servir de la main de son fidèle serviteur maigre lui, pour commencer et conduire à fin les choses les plus importantes pour sa gloire.

Eûfiui cette parole qu'il avait si souvent répétée sur ce sujet à mademoiselle le Gras, que, se confiant uniquement en Dieu, elle ne serait foint trompéCi se vérifia dans la suite du temps, par les bénédictions extraordinaires que Dieu donna à ces premiers essais, qu'elle n'avait entrepris et continués que par esprit d'obéissance. Pour M. Vincent, l'on peut dire en quelque manière qu'il fut lui-même trompé; car il ne prétendait que de faire instruire et dresser quelques filles au service de Dieu et des pauvres malades, pour les départir ensuite dans les paroisses de Paris, sans que cela parût au dehors. Mais Dieu a tellement multiplié cette petite communauté de filles, en nombre et en gn\- T. i. H

ces, que M. Vincent et cette vertueuse demoiselle ont eu la consolation pendant leur vie de la voir répandue non seulement en vingt-cinq ou treille endroits de Paris, mais encore en plus de trente autres villeSi bourgs et villages de diverses provinces de la France, et même jusque dans la Pologne, où la reine, par sou zèle et par sa charité, a voulu les établir pour le bien des pauvres de son rojaume.

Voilà quels ont été les fruits de Thumilité de M. Vincent, qui ne pensait à rien moins que di* se faire instituteur d*unc nouvelle communauté de lilles, sur laquelle il a plu à Dieu répandre une si abondante rosée de ses bénédictions et de ses gn\ces, qu'elle a été désirée et recherchée de toutes parts, jusquà un tel point, qu on ne donne pas le temps de bien dresser les filles, parce que (s*il faut ainsi parler ) on arrache ces jeunes plantes de leur séminaire presque aussitôt qu'elles y sont mises, sans leur donner le temps de se former ; à quoi néanmoins Dieu suppléant par sa miséricorde, les a toujours assistées de telle sorte, que, par leur frugalité, assiduité dans le travail, amour de la pauvreté, patience, modestie et charité, elles ont donné et continuent de donner beaucoup d'édification en tous lieux ou elles sont employées. Les premiers fondements de leur communauté furent posés dans la maison de mademoiselle le Gras, en la paroisse de Saint-Nicolas du Ghardonnet, d*où, depuis Tavis de M. Vincent, elle les transféra en une autre maison, au village de la Chapelle, à une demi-lieue de Paris, comme à un lieu plus propre pour les élever, nourrir et vêtir à la façon des champs, dans un esprit de pauvreté et dliumilité, étant destinées pour être les servantes des pauvres. Ensuite de quoi, environ l'année lGi2, elles retournèrent & Paris, et furent logées et établies au faubourg Saint-Lazare, en la maison où elles sont encore aujourd'hui. Enfin, M. Vincent leur prescrivit des règles et constitutions qui furent approuvées par iM. Tarchevôque de Paris, lequel, par sou autorité, les érigea en congrégation ou compagnie, sous le titre de Filles de la (Charité, servantes des pauvres, et sous la direction du supérieur générai de la Congrégation Je la Mission. Le roi a confirmé et autorisé leur établissement par ses lettres-patentes, qui ont été vérifiées au parlement de Paiis. Outre le service et Tassistauce qu'elles rendent aux pauvres malades, elles s'emploient encore, eu plusieurs lieux, à instruire les jeunes iilles, et leur apprennent surtout à connaître et servir Dieu, et ù s'acquitter des principaux devoirs de la vie chrétienne.

Cette œuvre semblera petite aux yeux du monde, qui ne prise que les choses qui ont de l'apparence et de l'éclat : mais ceux qui savent combien les œu \ res de miséricorde et de charité sont précieuses devant Dieu, et de quelle façon elles ont été recommandées par Notre-Sei-

fg cofmattmut-qiie tel întnUuti quoique petit devant les bonim«t^ amoiiiiï grand devant Dieu, et d'autant plusmérîtoire danssai cMpIfiis, que JésmiNClirii^ a p\m txprtmémmi déclaré qu'il avait aussi igréyilé le service qu'où rend uux pauvres, que s'il était fait à sa pro^ pw|iaMiinft; et que d'ailleurs la charité avec laquelle ou ]ui rend ce ï eu ta penonne des pauvres, est plus pure, cl par eouséqueut ^pRrfaitéi n*y avant souvent rjen à attendre pour toute recouds la imri de Cl s pauvre» créatureg| que des €ontradictioiifl| itâ pbtiited et dcss iuiurea.

(Tcit Dîeii qut, par Thuinble et ebaritable Yincent de Paul, a fait

ialliV€t oiuUiplier cette f»ctite communauté, laquelle a produit par le

pÊté^ i^Dtinue toujours de produire des fruits d'buuiiUté^ de pa-^

iiaqjy de charité^ et dei^ autres vertus que le Fils de Dieu a le plus

^feieii et plus pariicnlièremeut recommandées dana TÉ vangile; de

|Bîl sera encore parlé en la seconde partie.

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