‹ Vie de S. Vincent de PaulChapitre 24 sur 115 · LRABUSSEMEBTT DES HÔPITAUX DE PARIS ET DE MARSEILLE, POUR LES · texte numérisé non relu

LRABUSSEMEBTT DES HÔPITAUX DE PARIS ET DE MARSEILLE, POUR LES

PAUVRES GALÉRIEIIS.

La misëricorde dont M. Vincent était touché envers les pauvres forçats des galères, tirant son origine de la connaissance qu'il avait eue de leur misère par sa propre expérience, comme il a été dit^ et la diarité qui animait son cœur ne lui permettant pas de les mettre en oobli parmi tous les autres importants emplois qui occupaient son esprit, il toomait souvent ses pensées vers cet hospice qu'il leur avait procnré proche l'église de Saint-Boch, où il les visitait d'affection, ne le pouvant d'effet, pour n'en avoir le temps. Mais considérant que cette diaritable entreprise ne pourrait pas longtemps subsister sans quelque revenu assuré, et sans une maison en propre, celle où ils étaient logés n'étant que de louage, il se résolut de travailler avec le secours deladivine Providence à procurer le remèdeconvenable à ses besoins.

Pour cet effet il sollicita et fit solliciter le feu roi Louis XIII, de glorieuse mémoire, et MM. les échevins de la ville de Paris, d*agréer et consentir que cette ancienne tour qui est entre la porte de Saint-Bernard et la rivière, fût destinée pour servir de retraite à ces pauvres endiainés ; ce qui lui fut accordé en l'année 1632, et ensuite ils y furent conduits, et pendant quelques années ils n'y subsistèrent que par les aumônes des personnes charitables. M. Vincent, de son côté, pour n'être importun aui autres, pourvoyait lui seul à leur assistance spiritaelle, leur envoyant des prêtres de sa Congrégation qui demeuraient au collège des Bons-Enfants, pour leur dire la sainte Messe, et pour les instruire, les confesser, etconsoler;etdans les occasions il conviait des personnes de vertu et de condition de les aller visiter, pour leur iaire quelque bien.

Uademoiselle le Gras ne fut pas des dernières à leur rendre toutes sortes de charitables offices, et à les assister de ses propres aumônes; cl comme elle était alors supérieure de la Confrérie de la Charité de la paroisse de Saint- Nicolas du Cbardonnet, il lui vint en pensée s*il ne serait pas expédient de proposer aux dames qui en étaient, de faire distribuer à ces pauvres galériens, qui se trouvaient logés dans la même paroisse, quelque partie des aumônes de la charité ; de quoi ayant donné avis à M. Vincent, il lui fit cette réponse :

• La charité envers ces pauvres forçats est d'un mérite incomparable devant Dieu; vous avez bien fait de les assister, et vous ferez bien de continuer en la manière que vous le pourrez, jusqu'à ce que j'aie

le bien de vous voir, qui sera dans deux ou trois jours. Pensez un peu si votre charité de Saint-Kicolass*en voudrait charger, au moins pour quelque temps : vous les aideriez de Targent qui vous reste. Mais quoi ! cela est difficile^ et c'est ce qui me fait jeter cette pensée eu votre esprit à Taventure. »

M. Vincent demeura plusieurs années le pourvoyeur de ces pauvres misérables, faisant contribuer sa maison pour leurs besoins corporels aussi bien que pour les spirituels; jusqu a ce qu'il plût à la divine Providence d'inspirer à une persoonerichequi mourut environ l'année 1639, de laisser par son testament six mille livres de rente, pour être appliquées par madame N.,sa fille et son héritière, suivant l'avis de quelque ecclésiastique, au soulagement des criminels condamnes aux galères. Cène fut pas néanmoins sans peine que M. Vincent, après avoir fait beaucoup de sollicitations, et souffert plusieurs rebuts de la part du mari de cette dame, obtint enfin de lui et d'elle, par Tontremise de feu M. Holé, alors procureur général, qa^ils assigneraient tons deux un fonds suffisant pour assurer cette rente; comme ils firent. Cette dame même ayant appris de M.Vincent l'état déplorable auquel ces forçats étaient réduits, avant qu'on en prit quelque soin, et combien il était important de perpétuer cette assistance, elle eut cette affaire fort à cœur, et consentit, après en avoir conféré diverses fois avec lui, que M. le procureur général en eût l'administration temporelle à perpétuité. £lle désira encore depuis qu'il y eût des filles de la Charité destinées pour le service de ces pauvres forçats, particulièrement des malades, et leur fit assurer leur entretien sur ladite rente de 6000 livres. £t d'autant qu on prétendait que HH. les ecclésiastiques de Saint-Nioolas du Chardonnet étaient tenus d'administrer les sacrements à ces pauvres gens, et d'enterrer leurs morte, à cause qu'ils étaient logés dans leur paroisse ; M. Vincent représenta que la charge était fort grande, et quelques dames ayant joint leurs instances aux siennes, firent en sorte qu'on leur accorda trois cents livres de rente, à condition qu'ils seraient tenus de leur dire la sainte Messe, leur faire des exhortations et catéchismes, et leur rendre les aulros assistances spirituelles ; de quoi ils se sont toujours acquittés, et s'acquittent encore très-dignement, et avec une très-grande charité; ce qui n'a pas empêché que H. Vincent n'ait fait faire des missions de temps en temps à ces pauvres enchaînés, surtout lorsqu'ils se trouvaient en grand nombre, et qu'ils étaient près d'âtre menés aux galères, pour les consoler et disposer à faire un bon usage de leurs peines. Il semblait qu'il ne se pouvait rien faire davantage pour le soulagement de ces pauvres forçats, et un oœur aïoins embrasé de charité

que celui de U. Vinceat} se fût coutenté dé leur avoir procuré cette retraite, avec toutes les asaistaoces corporelles et spirituelles qu'ils y recevaient : mais ramourqu*il avait pour eux ne lui permettait pas de les quitter, ni de s'en séparer. Il les accompagna de ses charitables soins jusqu'à Marseille, où il les trouva dans uu état encore plus misérable que celui dont il les avait délivrés à Paris : car ceux qui devenaient malades demeuraient toujours attachés à la chaîne sur Icsga- Icres, 0 ù ils étaientrongés de vermine, accablés de douleurs, et presque consomés de pourriture et dlnfection. Son cœur pitoyable fut sensiblement touché, voyant des hommes faits à l'image de Dieu dans une telle extrémité de misère, et des chrétiens réduits a mourir comme dos bètes-Cela le fit résoudre d'avoir recours à M. le cardinal de liichelieu, pour lors général des galères, et à madame la duchesse d*Aiguillon aa niêee; et leur ayant représenté l'état de ces misérables forçats, et l'extrême nécessité d'un hôpital, pour les y fahre porter et assister lorsqu'ils seraient malades, leur piété procura qu*on en bùtit un à I^farseille; à qnoi feu M. Gault, évoque de Marseille, dont la mémoire est en bénédiction, et feu M. le chevalier de Simiaue de la Coste, gentilhonune provençal très-charitabie, ont aussi beaucoup contribué de leurs soins et sollicitations. Mais comme ce n'était pas assez d'avoir une maison sans revenu, M. Vincent, après la mort du roi Louis \ni, avant étéapiielé par la reine régente pour lui donner ses avis dans les alTaires ecclésiastiques et autres œuvres de piété, porta Sa Majesté à faire en sorte que le roi sou fils, heureusement régnant, se rendit le foodateor de cet hôpital ; ce qu'il lit par ses leltres-|)atentes de i année 1645, par lesquelles Sa 31ajesté assigna audit hôpital douze mille libres de reveim annuel sur les gabelles de Provence; et ordonna «lue les prêtres de la-3Iission, qui étaient dès lors établis à Marseille, comme il se dira ci-après, auraient la direction spirituelle de cet hôpital à perpétuité, suivant le pouvoir qui leur en avait été octroyé par le seigneur évéquc, et qu^ils auraient aussi à perpétuité la direction tcmfiorelle du même hôpital conjointement avec quatredes principaux * i des plus zélés bourgeois de la ville. Et afin que les galères f(i^.>oat a l'avenir pourvues de bons aumôniers. Sa 3Iajesté ordonna par ces mêmes lettres, que le supérieur de la Mission de Marseille aurait droit 'le les uommer, etaussi de lesdestitucr quand besoin serait-, et même de les obliger de vivre en communauté eu leur dite maison, lorsque les galères seraient au port de Marseille, pour être rendus capables par les exercices qu ils y pratiqueraient, de bieu faire leurs fonctions d'aumôniers. Pour cet effet Sa Majesté unit à perpétuité la charge d'aumônier royal à la Congrégation de la Missiou, afin que les mis-

ridonnaîreiï qui étaient employés à procurer le salut des forçats, eus tout le pouvoir aécessaire pour y travailler avec plus de fruit et béuëdîctioti.

M* le chevalier de la Coste avait un tel zèle pour cet établissemea^ qu'il vint exprès à Paris pour solliciter rcxpédition de ces lettres, ^ les ayant obtenues^ à la recommandation de M. Vincent, voici en

I quels termes il lui en écrivit Tau 1645 :

m Je vous écria pour vous faire voir le progrès de Thôpîtalj àl'élabtissemeut duquel vous avez tant contribué. Vous aurez appris par ma dernière, comme après beaucoup de résistance, par raide de Notre- Seigneur, on nous a donné les malades des galères. Certes je ne vous saurais exprimer la joie que reçoivent ces pauvres forçais lorsqu*iU se soient transportés de cet enfer dans rbôpital qu'ils appellent un paradis; à rentrée seulement ou les voit guérir de la moitié de leur mal, parce qu ouïes décbargede la vermine dont ils viennent couverts, on leur lave les pieds, puis on les porte dans un lit un peu plus mou que le bois sur lequel ils ont accoutume de coucher. Et ils sont tous ravis de se voir coucbés, servis et traités avec un peu plus de charité que dans les galères, où nous avons renvoyé grand nombre de convales* cents qui y fussent morts* Gertes, Monsieur, nous pouvons dire que Dieu a béui cette œuvre, ce qui parait non-seulement en la con version des mauvais chrétiens, mais même des Turcs qui demandent te saint baptême* v ^M

Depuis ce temps, la plupart des galères ayant été transférées S^ Marseille à Touton, le soin des malades y a été aussi transmis; on y a pris une maison à louage pour les y retirer^ où il y a ordinairement un prêtre de la mission qui les assiste spirituellemeut, et qui veille à ce qu'ils soient pourvue de tout ce qui est nécessaire pour le soulage? ment de leurs corps, dans leurs maladies.

Page 1