CHAPITRE XXX
étibussemeut d'cr hôpital podu les enfants trouves.
Les peintres voulant représenter la Charité sous quelque figure scnnble, la dépeignent ordinairement avec plusieurs mamelles, et un nombre de petits enfants qu'elle tient entre ses bras et sur son sein. Si on voulait faire un emblème de la charité de M. Vincent, il ne faudrait point se servir d'autre peinture que de celle-là, qui viendrait iossi fort à propos au sujet dont nous allons parler en ce chapitre. Noos y verrons ce saint homme, comme le père nourricier d'un trèsgrand nombre de pauvres petits enfants délaissés, auxquels on peut dire qu'il a donné et conservé la vie, leur procurant, au lieu de leurs marâtres qui les avaient si inhumainement exposés et abandonnés, autant de mères très-charitables, qu'il a excité et porté de dames ver tueuses à prendre soin de pourvoir à leur nourriture et à leurs autres nécessités. Voici de quelle façon et par quelle occasion cette entreprise vraiment chrétienne a commencé.
Ijà ville de Paris étant d'une étendue excessive, et le nombre de ses habitants presque innombrable, il se trouve beaucoup de dérèglenu nts en la vie de quelques perponins p.irticulièn s. auxquels \\ \\ c¥»l
pas possible d*ftpporter un tel remède qu'il ne rente toajaars pla^ rileor»idë>orilrt*s^ entre fei^quelti un dPA pluB pernicieux est L'eipoHitlon -el rabandon des etifants nouveUemeat nés^ dont souvent on ine non- seulement la ^ie^ nmh aussi le salut en péril; les nièreiidéol t urées, ou autres qui exercent cette intmmanité envers ces petites créatures innacentesj ne ^e souciant guère de ieur procurer le tinptérae pour les mettre en état de salut.
On a re^narqué qu'il ne se pasjse aneune année qn il ne s'en retruuve an moins trots ou qnalre eents euposés, tant en la ville qu'îiUK fau* bourgs; et selon Tordre de la policef il appartient i% roflicodcii couimif^saires du Cliàtelet» et de lever ces enfants ain^i exfioséSf et de faire des proeès-vtrbauK du lieu et de l'état où ils les ont trouvés.
Ils les fait^aient porter ci devant en une maison qu'on appelait ta Couelie, en la rue Bîiint- Landry, où ils étaient reçus par une certaine veuve qui y demeurait avec une ou dcui servantes, et secliargeaitdu $oin de leur nourriture; mais ne pouvant suttire |iour un h\ grand nombre, iti entretenir des nourrices pour les allaiter, ni nourriret éleverct MX qui étaient sevrés^ faute d un iwenu suffisant, la pluparE de Ca* pauvres enfïiuts uiouraiuut de languauren ctstle miison, ou mi^me les î^crvanli s, |jour se délivrer de l'imporlnnitc de leurs cris, leur fai* salent prendre une drogue pour les endormir^ qui causait la mort à plusieurs* Ceux qui écliappaient u ee danger, étaient ou donnés a qui les venait demander, ou vendus à si vil prix, qu'il y en u eu pour le«- , quels on n'a payé que vingt sous. On les achetait ainsi , quelquefois • pour leur faire téter des femme*^ gâtées, dont le lait corrompu les fai^H sait mourir; d'autren fois pour servir auit mauvais desseins de quel^l ^ques personnes qui supposaient des enfants dans les familles, d'on arrivaient d'étranges désordres. Et on n su qu'on en avaU aelieté (o^H ^qu! fait liorreur) pour servi rades opérât ions magiques et diaboit<[ues^^ ' lie sorte qu'il semblait que ces pauvres Innoeents fussent tous eon« f damnés a la mort, ou à quelque chose de |nre, n'y en ayant pas ui seul qui écliappM à ce malheur, parce qu'il n*y avait personne qd prit soin de leur conservation. Ct ce qui est encore plus dépior&bic I plusieurs mouraient sans baptême, cette veuve ayant avoué quelll [^n'eu avait jamais baptisé ni t'ait baptiser aucun.
Ce désordre si étrange dans une ville si ricEie, si bien policée et \ ^ chrétienne qu'est celle de Paris^ toucha sensiblement le cœur > H h Vincent torsqu il en eut connaissance ; mais ne saciiani comment [ pourvoir, il en parla à quelques- unes des dames de la (iharité, et Les convia d'aller quelquefois dans celte maison, non pas tant {>our déeoii^H vrir le mal qui était assez connu^ que pour voir s'il n'y aurait poinf^ quelque moyen d y remédier. Ce qu'ayant fait, elles furent excité^ à
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Bo très-grand aentimentde compassion envers ces pauvres petits in- Docenla, qui étaient à la Yérité bien plus à plaindre que ceux qu'Hérodc fit massacrer; et ne pouvant se charger de tous, elles eurent la pensée d'en prendre quelques-uns pour leur sauver la vie. Elles se résolurent d'aliord d*en nourrir douze; et pour honorer la Providence divine, ne whaat pas ses desseins sur ces petites créatures, elles les tirèrent au «ort. Ils furent mis dans une maison de louage, hors la porte Saint- Victor, eo Tannée 1638, sous le soin de mademoiselle le Gras, et de quelques filles de la Charité que H. Vincent y envoya. Ou essaya au commencement de les faire subsister avec du lait de chèvre ou de vache, et depuis on leur donna des nourrices.
Ces vertueuses dames en retiraient encore d'autres de temps en temps, selon la dévotion et les moyens qu'elles en avaient, et toujours an sort, comme les premiers. Elles se sentaient môme fort pressées par ks élans de leur charité, et de la compassion qu'elles avaient de ceux qai restaient dans l'abandon, de se charger de tout le reste, et d'entreprendre leur nourriture et éducation : mais comme cette charge et cette entreprise étaient au-dessus de leurs forces, l'impossibilité d y satisfaire les obligeait de retenir ces bous mouvements daus leur cœur, uns passer à l'effet.
Enfin, après avoir beaucoup prié Dieu, et concerté souvent ensemble sur ce sujet, elles tinrent une assemblée générale au commencement de Tannée IG40, dans laquelle AI. Vincent leur représenta avec des paroles animées de son zèle, l'importance et la nécessité de cette bonne œuvre, et le graud service qu'on y pouvait rendre à Dieu« en pratiquant excellemment une vertu qui lui est si agréable; elles prirent une généreuse résolution d'embrasser le soin de la nourriture et de Téducation de ces petits enfants. Pour ne s'engager toutefois inconsidérément en une telle entreprise, suivant l'avis de ce sage directeur, elles ne le firent que par manière d'essai, sans dessein de s'en charger par aucune sorte d'obligation, vu que pour lors il n y avait que douze ou quatorze cents livres par an de revenu assure. Mais quoique, depuis, ieroi leur ait assigné douze millelivres par aumône sur les cinq grosses fermes,M. Vincent ayant pour cela sollicité la piété de la reine mère ; néanmoins, comme ia dépense allait tous les ans à près de quarante mille livres, les dames se sont trouvées de temps en temps fort en peine de soutenir une si grande charge, et dans Tappréheusiou de succombersous le faix d*une telle entreprise. Cela obligea M. Vincent de faire nne autre assemblée générale, environ Tan lG48,oiiil mit en délibération si lu Compagnie devait cesser, ou bien continuer à prendre &oiu de la nourriture de ces enfants, étant en sa liberté de s'en déchar-
gcr, puisqu'elle n avait point d'autre obligation à cette bonne oeuvre que celle d'une simple charité. 11 leur propoi^alcs raisons qui pouvaient leg dissuader ou persuader; il leur fît voir que jusqu'alors, par leurs cliarltables soins, elles en avaient fait vivre jusqu àeiuqou six cents, qui fussent roorLs sans leur asBistance , dont plusieurs apprenaient métîer^et d*autres étaient en état d*en apprendre; que par leur moyen tous ces pauvres enfants, en apprenant à parler, avaient appris à ' connaître et à servir Dieu ; que de ces commencements elles pouvaient inférer quel serait à Ta venir le fruit de leur charité. Et puis élevant \ UQ peu sa voix, il conclut avec ces paroles : « Or sus^ Mesdames, Il compassion 6t là charité vous a fait adopter ces petites créatures pour vos enfants; vous avez été leurs mères selon la grâce depuis que leurs mères selon la nature les ont abandonnés; voyez maintenant si vous voulez aussi les abandonoer- Cessez d'être leurs mères, pour devenir ô présent leurs juges, leur vie et leur mort sont entre vos mains; Je m*en vais prendre les voix et les suffrages : il est temps de prononcer leur arrét^ et de savoir si vous ne voulez plus avoir de miséricorde pour eux* Ils vivront, si vous continue?. d*en prendre un charitable soin; et au contraire, ils mourront et périront infaiUihlement, si vous les abandonnez : rexpéricnce ne vous permet pas d'en douter. «^ W, Vincent ayant prononcé ces paroles avec un ton de voix qui faisaîl ™ assez connaître quel était son sentiment, ces dames furent si fort touchées^ que toutes unanimement conclurent qu il fallait soutenir^ h quelque prix que ce fût, cette entreprise de charité, et pour cela elles délibérèrent entre elles des moyens de la faire subsister.
Ce fut ensuite de cette résolution qu'elles obtinrent du roi les bâtiments du cbdteau de Bicétre, où elles ont logé pendant quelque temps ces enfants, aprèsquHs étaient sevrés; mais outre que Fair y était trop subtil pour ces petites créatures, il y avait encore d*autres incommo* dilés qui obligèrent les dames de les faire ramènera Paris, et de prendre à louage une grande maison au bout du faubourg de Saint- Lazare, où ils sont encore présentement nourris et élevés par dix ou douze filles de la Charité. On entretient plusieurs nourrices dans cet hôpital, pour donner du lait aux enfants nouvellement apportés^ en attendant que d'autres nourrices des champs les viennent prendre, auxquellefl on paie par mois le salaire dont on convient avec elles* Lorsque les enfants sont sevrés, elles tes rapportent au mi'me hôpital, où ces bonnes filles de la Charité prennent soiu d'eux, eten leur apprenant à parler, leurapprennent àpricrDïeUjàle bien connaître, à raîmerelà le servir; et quand ils avancent un peu en âge, elles les occupent à faire quelque petit ouvrage pour éviter loisiveté| en attendant que lapro-
TÎdenee de Dieu fasse naitre qaelqae occasion pour les pourvoir, et mettre en état de subsister par leur travail et industrie.
Voilà quels ont été les fruits de cette sainte œuvre qui s'est conti- Doftavec grande bénédiction depuis plus de vingt-cinq ans, par la sage conduite de M. Vincent, et par les soins et les bienfaits de ces vertoenaes dames, dont la charité a été si avantageuse et si favorable à ces enfiBmtfl, qu'on peut dire qu'ils sont plus heureux dans l'abandon où ils ont été exposés, que s'ils avaient été nourris et élevés parmi leors parents, que Ton peut présumer être ou très-pauvres ou très* Tieieox ; en sorte que Dieu semble avoir voulu vérifier par le mouvement de sa grâce, qui est le premier principe de cette charitable entreprîfle, ce qn'il a dit par un prophète : que s'il se trouvait des mères n dénaturées, que de mettre en oubli et à l'abandon leurs propres enfants, sa Providence paternelle en prendrait le soin, leur suscitant et donnant d'autres mères bien meilleures, qui auraient raffeclion, et qui prendraient le soin de suppléer abondamment au défaut des autres.