CHAPITRE XXXIII
QL'BUQL'ES SERVICES RENDUS PAR M. VIXCElNT A FEU M. LE C0MMA:«DEUK DE SILLERY, ET A L ORDRE DE S.-JEAN DE JÉRUSALEM, COMMUISÉMENT DIT DES CMEVALIEBS DE MALTE.
Feu messire Koi4 de Bruslard de Sillery, commandeur du Temple de Troyes de Tordre de Saint Jean de Jérusalem, après avoir été envoyé CD diverses ambassades en Italie, en Espagne, et eu d'autres provinci^s étrangères, et été employé en plusieurs importantes aiïaires pour Iv icrvicc du roi, dont il s'était toujours acquitté avec honneur et avec une entière satisfaction de Sa Majesté, fut enfin particulièrement toucbé deDiea, de se donner plus parfaitement à lui, et en se séparant de toates les distractions de la cour et de tous les embarras du siècle, vaqaeravec une attention plus particulière aux affaires qui concernaient leserviccdeOieu et la sanctification et perfection de son Ame. Il avait ea connaissance de M. Vincent et conçu une haute estime de sa vertu, dès le temps qu'il était engagé dans le grand monde ; ce qui le fit retondre de lui commniquer son dessein et le prier de l'assister de st^s conseils pour le mettre en exécution : à quoi il apporta de son côté une si bonne disposition et témoigna unesi grande docilité à suivre et même à prévcuir quelquefois les salutaires avis de ce sage directeur, qu'on peu de temps on tit des changements très-notables en sa personne et m toute sa conduite.
Et premièrement, reconnaissant la vanité du luxe et des grandes dépenses du monde, il quitta son liùtel de Sillery avec tous ses somp-
lueux €t magniriquef^ nppartomenla dont il ji'étaît servi pour i avechonïicurj comme il est i niait devoir faire, les grandes chargea at qaelle^ il avait été employé. Il congédia la plu» grande partie de s train, rétompcnsaiil î?es serviLem^ïî à proportion du service qu*îls avaient rendu* Il vendit tous ms plus riekes et prëeieusi meubles, distribua de grandes et notables sommes eu diverses œuvré» de d riti\ Après cela il fut inspiré de se consacrer encore plus particnltèi ment à Dieu dans le saint ordre de prèlri&e ; sur quoi ayant pri& l't de M. Yineent, il se disposa à ce grand sacrement par les pratiques' piété les plus convenables ; et Fayant reçu il commença de mener u >ie digne de la sainte lé de ce caractère^ s exerçant en toute sorte \ertufi. Et pour s'y alîermir davantage, il voulut se lier encore pi étroitement à M. Yiucentdana ce nouvel état, preuaut nue nouvc résolution de suivre eutièr émeut ses conseils et se conduire eu tou cboses par sa direction* Yoici comme il lui parle en Tune de ses lettn • Monsieur mon révérend et très-clier père^ je ne doute point qi connaissant comme vous faites le coeur de votre chétif fils, vous n'aj voulu, par volve tant aimable et si cordiale lettre, le remplir de ti de douceurs de votre exubérante bonté^ qu'encore qu*en matière cordialité il ne cède à personne, vous l'obligez néanmoins â vous re dre les armes et à vous reconnailre, ainsi qu'il fait très- volontiers cela et eu tout, pour son maître et son supérieur* £t de vrai il faudn Être bien rude et bien at^restt^ pour ne pas fondre tout eu dilectiou [Kî une charité si amoureuBiment exereée par un si digne et si débo naire père envers un fils qui ne sert qu a lui donner de la peine, Mi il n'y a remède. Je reçois humblement et volontiers la confusion toutes les pauvretés ut faiblesses que vous supportez eu moi, api vous en avoir, eu toute révérence et soumission, requis pardon. Je vo promets bien, mon très-cher père, que c est à bon escient que j'ai bon envie, moyennant ta gn\ce de >Jolre-Seigiieiir, de m*eu amender, 0 certes, mon unique père, il m'est avis que je ne me suiis jamais sei touché par ce regard jusqu'au point où je me trouve. Oh ! que si uo pouvons et venons à travailler efficacement à un bon amendement^ tant de misères dont votre révérence sait que je suis rempli et en' ronué de tous côtés, je suis assuré qu'elle en recevra des consoktk indicibles; et quand ce bien n'arriverait pas si promptement ou îiotablemeut que votre piété le désire, je vous conjure, mon bon ph ptT viscera miêevicordim Dei noBtri in quibui visilavit nos crncîtJ aJ/o, que votre bonté ne se lasse point et ne veuille jamais délaisf ce pauvre fils; vous savez bit^n qu'il serait sous nue trop umuvj conduite sM demeurait sout^ la sienne, >»
^oilà une partie de celle lettre en laquelle il est malaisé de dire ce est plus admirable de voir on une telle humilité et simplicité en un KNinage qui avait passé la meilleure partie de sa vie parmi les in- IMS de la cour et dans le maniement des plus importantes affaires rojaumey ou bien une conduite si sage et si remplie d'onction , t qa*était celle de M. Vincent, qui a pu, avec la grâce de Dieu, doire de si grands effets et gagner une telle créance sur l'esprit de teneur.
Iprèa un changement si considérable en l'état et en la vie, M. le unandenr de Sillery, poussé par son zèle qui prenait tous les jours ■ooTeaux accroissements, eut la pensée de pourvoir aux besoins rituels des religieux et des curés de son ordre, dépendant du grandrare do Temple; et ayant reçu commission de M. le grand-mai tre Malte pour les visiter, il en conféra avec M. Vincent, et concerta e lai de la manière de faire utilement ses visites. Ils convinrent enible qu'ils feraient des missions dans les paroisses, en même temps il les Tîsiterait, tant pour mettre les peuples en bon état, que pour mer aux religieux et aux curés qui étaient chargés de leur conte, les avis et les remèdes les plus propres et convenables aux oiiis des paroisses, ce qui fut fait avec un heureux succès : de quoi le grand-maitre de Halte ayant eu connaissance, il en reçut une e satisfaction, qu'il en écrivit la lettre suivante à M. Vincent pour 1 remercier.
i Monsieur, on m'a donné avis que le vénérable bailli de Sillery vous dt choisi pour lui aider à faire la visite des églises et des paroisses i dépendent du Grand- Prieuré, & quoi vous avez déjà commencé mploy er utilement vos soins et fatigues pour Tinstruction de ceux i en avaient un extrême besoin : ce qui me convie à vous en faire, 'ees lignes, de bien affectionnés remerciements, et à vous en deader lacontinuation, puisqu'elle n'a d'autre objet que l'avancement la gloire de Dieu, et l'honneur et la réputation de cet ordre. Je iplie de tout mon cœur la bonté de Dieu de vouloir récompenser iezëleetcharitédeseKgrc1ceHetbcné(liclions,et me donner le pouir de vous témoigner combien je m'en reconnais votre, etc. liC md-oiaitre Lascaris de Halte, le sept septembre IG37. » M. le commandeur, considérant que ce n'était pas assez de nettoyer ruisseaux si on ne purifiait la source, ne se contenta pas de bien re ces visites, mais, outre cela, il voulut procurer qu'on élevât de DS ecclésiastiques dans la maison du Temple, à Paris, et qu'on oiftlt |K)urcet effet lespersonnes que Ion reconnaîtrait bien appelées bicu |)our lui rendre service dans cette religion, afin que ceux (pii en
prendraient l'babit en reçuf^sent aussi le véritable esprit, et qu'on pût après tirer d'entre eux des sujets propres pour remplir dignement les cures, et renouveler ainsi peu à peu toute la face de ce grand ordre. Mais ce bon dessein n'eut pas tout l'effet qu'on en espérait, quoique i\[. Vincent eût été prié de s'y appliquer, et que pour cela il eût fait ([uelque séjour dans le Temple ; parce que n'ayant pas eu la liberté d'y agir à sa façon, il n'y put pas réussir, comme il eût bien désiré. Voici ce qu'il en écrivit alors à une [)ersonne de confiance : • L'on me violente, dit-il, par la précipitation de l'affaire du Temple, dont je crains (fu'on n'ait pas un succès tel que je le souhaite. Je le dis et redis, et néanmoins Ton passe par-dessus. I/humilité m'oblige à déférer, et la raison me fait appréhender. In nomine Domini. Je ne vois rien de plus commun que le mauvais succès d'une affaire précipitée. «
L'on apprend par une autre lettre de M. le grand -maître de Malte que M . Vincent lui en avait écrit plusieurs pour le service de M. le commandeur de Sillery, et pour lui recommander ses pieuses intentions. £ten effet, il obtint pouvoir de son ordre de disposer de ses grands biens, qu'il employa tous en diverses œuvres de piété très-considérables ; entre lesquelles il ne faut pas omettre en ce lieu que ce vertueux seigneur, pour reconnaissance desobligations qu'il avait & M. Vincent, et plus encore par considération des grands services que sa congrégation rendait et pouvait rendre à l'avenir à toute TÉglise, donna une ^omme considérable, tant pour la fondation d'une maison et d'un séminaire en la ville d'Annecy, au diocèse de Genève, que pour aider à la fondation de celle de Troyes, et à la subsistance de celle deSt-Lazare à Paris, (|ui est comme la mère des autres, laquelle en a des obligations immortelles à sa charité. Dieu l'en récompensa aussi par les grandes grâces (|u*il lui lit, non-seulement durant sa vie, mais particulièrement à sa mort,(iui fut sainte et précieuse devant les yeux de sa divine Majesté; M. Vincent, qui lui rendit en cette dernière heure tous les services et toutes les assislanex» qu'il put, ayant rendu cctavantajreux témoignage de lui, qu'il n avait jamais vu mourir personne plus rempli de Dieu (piVtait ce vertueux et charitable seigneur eu e« dernier passage.