‹ Vie de S. Vincent de PaulChapitre 30 sur 115 · CHAPITRE XXXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXI

iTABLlSSEMKRT DE PLUSIEURS SÉMINAIHES d'eCCLÉSUSTIQUES.

Les grandes rivières vont toujours continuant leur cours vers l'Océan, en augmentant et grossissant leurs eaux, par la décharge de plusieurs fleuves et ruisseaux qu'elles reçoivent dans leur sein : ainsi la charité de H. Vincent, en se portant toujours plus parfaitement vers Dieu, prenait tous les jours de nouveaux accroissements, aussi bien extérieurement qu'intérieurement ; non pas tant à la vérité en recevant du secours des autres, qu'en se communiquant et répandant de pins en plus an dehors, selon les occasions que la Providence divine lui présentait.

Nous avons vu dans quelques-uns des chapitres précédents le zèle de M. Vincent, et les soins qu'il a pris pour faire revivre le premier esprit ecclésiastique dans le clergé ; c'est pour cela qu'il s'employa à procurer les exercices des ordinants, les conférences, et les retraites des personnes ecclésiastiques. Or, comme ces moyens, quoique trèsexcellents et très-propres, ne produisaient pas encore tout le fruit que sa charité souhaitait, il jugea qu'il fallait porter le remède jusque dans la première source de la déricature, c'est-à-dire de préparer et disposer de longue main les enfants qui témoignaient avoir quelque inclination et vocation pour cet état, par le moyen des séminaires, selon l'intention du saint concile de Trente.

C'est la raison pour laquelle, après qu'il se fut retiré en la maison de Saint Lazare, environ Tan 1636, il destina le collège des Bons- Enfants pour servir de séminaire, dans lequel on élèverait do jeunes clercs aux. lettres et aux bonnes mœurs, pour les rendre capables et dignes de Télat auquel ils aspiraient. Néanmoins, ayant reconnu depuis que les fruits de ces séminaires de jeuues clercs étaient un peu tardifs, à cause du long temps qui se passait avant qu'ils fussent en âge et en disposition de recevoir les saints ordres ; et dailleurs voyant le grand besoin que 1 Église avait qu'on formât de bons prêtres, qui fussent propres pour èlre bientôt employés aux fonctions ecclésiastiques, son zèle lui faisait souhaiter qu'il plût à Dieu de pourvoir à cette nécessité, par rétablissement de plusieurs séminaires pour ceux qui avaient reçu li*s ordres sacrés, ou qui seraient en volonté de les recevoir, afin qu'ils y prissent Tesprit ecclésiastique et se formassent aux fonctions de leur état; mais comme son humilité ne lui permettait pas de s'ingérer de lui-même en cette sainte entreprise, la divine Providence qui Tavait fait connaître à M. le cardinal de Richelieu, lequel témoignait être fort aise de le voir de temps en temps, et même de le consulter quelquefois sur les moyens de procurer la gloire de Dieu dans le clergé, lui donna occasion de déclarer un jour à ce bon seigneur les sentiments qu*il avait sur ce sujet. Il lui dit donc qu'après les exercices des ordinands et Tusage des conférences spirituelles entre les ecclésiastiques, qui se pratiquaient déjà en plusieurs lieux, il semblait qu'il ne restait plus rien à désirer, sinon l'établissement des séminaires dans les diocèses, non tant pour les jeunes clercs, dont les fruits étaient un peu tardifs, que pour ceux qui étaient déjà entrés, ou en disposition prochaine d'entrer dans les saints ordres, afin d'y être exercés pendant un ou deux ans, à la vertu, à Toraison, au service divin, aux cérémonies, au chant, à l'administration des sacrements, au catéchisme, à la prédication, et aux autres fonctions ecclésiastiques, comme aussi pour y apprendre les ca» de conscience et les autres parties plus nécessaires de la théologie ; en un mot, pour être rendus capables non-seulement de travailler à leur perfection particulière, mais aussi de conduire les âmes dans les voies de la justice et du salut ; que faute de cela on voyait fort peu de prêtres qui eussent les qualités nécessaires pour servir et édifier l'Église, et au contraire qu'il y en avait gcand nombre de vicieux, d'ignorants et de scandaleux qui servaient de pierre d'achoppement aux peuples.

M. le cardinal l'ayant écouté avec satisfaction, témoigna qu'il goûtait fort cette proposition, et l'exhorta efficacement d'entreprendre lui-même un tel séminaire ; et pour lui donner les moyens de le commencer, il lui envoya mille écos qui furent employa à l'entretien des

lénasUqueft que M. Vincent reçut au collège des Bodsioi9 de féYrier de Tannée 164 '2. Il les fit nourrir et inoe de deux ans^ pour les rendre capables de tout ce qui i leur condition ; et plusieurs autres se présentèrent de^ irent de payer leur pension, pour être élevés de môme à a science. C'est ainsi que le séminaire des Bons-Enfants •us la sage conduite de M. Vincent, avec la permission de feu M. l'archevêque de Paris. Ce bon prélat avait nx prêtres de la communauté de Saint Nicolas-du-Char^ commencer un autre, sur lequel Dieu versait beaucoup ins, par les soins de ces messieurs, et particulièrement imparable de M. Bourdoise, à qui Motre-Seigneur avait t clérical en abondance dès sa jeunesse , et une ardeur )iir le communiquer aux autres, nnées après l'établissement de ce nouveau séminaire au ms-EnfantSy le nombre des ecclésiastiques s'y étant beaut le logement, qui est assez resserré, ne pouvant conteersonnes sans incommodité, M. Vincent en retira les qui étudiaient aux humanités, et les transféra dans une st au bout de l'enclos Saint- Lazare hors les faubourgs, le séminaire de St-Charles, où les prêtres de sa Congreijours depuis continué, et continuent encore maintenant {\ humanités, et d'élever à la vertu les jeunes enfants qui roir quelque inclination d'embrasser Tétat ecclésiastique, emps-là, les prélats de ce royaume, considérant la n^^ ait d'établir de semblables séminaires pour les personnes A, en ont pour la plupart érigé dans leurs diocèses, et itre eux eu ont conûé la conduite aux prêtres de la Coula Blission, comme à Cahors, Saintes, Saint-Malo, Tré- Hontauban, Agde, Troyes, Amiens, Noyon, et en pluieux , non-seulement de la France, mais aussi de l'Italie, et muccs étrangères. En quoi Ton a remarqué que, comme lissions faites par M. Vincent et par ceux de sa Congré- Ité plusieurs autres vertueux ecclésiastiques de s'adones exercices des missions ; ainsi depuis qu'il se fut appli* n des séminaires, et que l'expérience en eut fait voir nt la nécessité, l'utilité et la facilité, ils ont été établis liocèses du royaume ; ce qui a beaucoup contribué au le clergé de France, qui commence, par la miséricorde prendre sa première splendeur, laqueUe semblait avoir mie dans les siècles passés.

CE QU A FAIT M* VIllGEfiT POUA AtDËR M. h ABBE OLIER EN QUELQUES DESSElîfS liT ENTREPRllâES DE PIÉTÉ*.

C'est le propre des grauds servileurs de DieUj qui sont animés d*un même esprit, d*avoir une grande liaison par ensemble, et de s'cntr'aîder les uns les autres dans leurs bonnes œuvres» C'est aussi ee qu*on a remarqué entre M, Vinceut et feu M, l'abbé 01 ier, grand serTiteur de DicUj dont la mémoire est en très-graude bénédiction, et que Dieu avait doué d'un esprit vraiment apostolique. M. Vineeut avait une estime et un respect tout particuliers pour la personne et pour la sainteté de M. 01 ier j et celui-ci, réciproquement, regardait M. Vineeot comme son père, et disait assez souvent, en parlant aui ecclésiastiques de son séminaire : M. Vincenl est notre père^ II leur témoignait ordinairement la trèB-particulièrc€Blimc qu'il faisait de ses insignes vertus, leur alléguant, dans les occasions, les saintes maiimes qu'il avait apprises de lui, et cela afln qu'ils s'en servissent pour la pratique des vertus : c'est le témoignage qu'en ont rendu ceux qui ont eu le bonhear d*étre sous la conduite de M. Olier, Il avait été Tun des premiers I qui viut aux exercices des ordinands, pour se préparer à la réception [des saints ordres, en la manière qu'il a été dit; et ce fut là qu'il puisa libondamment cet esprit ecclésiastique dont il a été si parfaitement rempli et animé. Il fut aussi Tun des premiers qui, pour mieux conserver et perfecUouuer celespril, se lia avec plusieurs autres ecclcsîas- ] tiques pour faire toutes les semaines des conférences spiritnclles à F Saint- Lazare, sous la conduite de M* Vinceut, dont il a été déjà parlé; et ensuite il fut l'un de ceux d'entiT ces bons ecclésiastiques qui commencèrent à s'appliquer à faire des missions, conjointement avec les btres de la Congrégation de M. Vlucent. Il travailla à la mission de jfessy^ au mois de janvier 1635, aprè:^ laquelle il voulut être employé I Â celle qui se ût, pendant le Carême de l'aune suivante, an refuge de rbdpital de la Pitié, au faubourg de Saint- Victor; et voyant les fruits que les missions produisaient pour la conversion et la sanelincation (des Ames, il eu voulut faire part aux paroisses qui dépendaient de son [abbaye de Pébrac, en Auvergne, où il s'achemina, après le Carême de I la mtime année, en la compagnie de deux prêtres de la Congrégation I de la Mission, et de quelques autres vertueux et zélés ecclésiastiques qui jignireut à lui pour participer à ses saints travaux. Us firent leur

' Yajrei la Vie dâ U, OlJer, 1841, pagexllï do la Préface. L I, el l, lî, p. S39.

■mioii il ^ilil)l Snipice, apr^s laquelle M. O'ier rendit compte à la compagnie des eiTlc.siastique» de la eonféronre qui se fait à Saint-Lanre, de son voyage et de ses emplois, par une lettre qui est de si {erande édification, tant pour le succès de cette mission dont il fait un anple récit, que pour les sentiments dignes de sa piété qu*il avait coDças de l'excellence des emplois des missions. Nous rapporterons cette lettre, pour la satisfaction du lecteur, au second livre.

Ce très-digne abbé ajant, ensuite de ces missions, obtenu de Mgr révèque de Saint- Flour son agrément pour faire faire la retraite aux curés da diocèse, dans son abbaye de Pébrac, et même les exercices d'ordination, comme il se pratiquait à Paris, il écrivit une autre lettre, in mois d'octobre de la même année, à MM. les ecclésiastiques de la conférence de Saint- Lazare de Paris, pour leur demander du secours, en lear représentant qu'il y allait de la réformation de tout un diocèse; et depuis, au mois de février 1G37, il leur en écrivit encore une aotre, comme il achevait la quatrième mission, et qu'il était sur le point d*en entreprendre une cinquième, fort importante, à la Motte, près de la ville de Brioude. Il décrit, ^ar cette lettre, les biens que faisait la compagnie des ecclésiastiques de la ville du Puy, qu'il avait Mociée à celle de la conférence de Saint-Lazare.

Environ ce temps-là, M. Olier connaissant, par sa propre expérirnce^ combien les missions étaient profitables et avantageuses pour IcMlut des peuples, et considérant d'un autre côté le grand besoin qa'il j arait de travailler à la perfection du clergé, il se détermina à cette dernière œuvre; et, pour y parvenir, il se résolut de prendre une rare dans Paris, pour y donner un modèle d'une bonne conduite de puoisse, tant pour la personne du curé que pour les prêtres qui sont appliqués par lui pour la desservir. Pour cet effet, il traita delà cure deSaint-Salpice avec M. de Fiesque, qui en était pour lors curé, en liqaelle M. Olier a depuis établi une grande communauté de prêtres, et par ce mojen y a produit de très-grands fruits,tels que chacun sait, en sorte qu'en peu de temps on a vu cette grande et nombreuse paroisse toute changée de face, avec l'admiration et l'applaudissement de tout Paris. Ce qui n'est pas néanmoins arrivé sans de grandes diffieoltés et traverses que l'ennemi du genre humain lui suscita, jusqu'à tel point que, sur un différend arrivé entre Tancien et le nouveau rare, quelques habitants du faubourg Saint -Germain prirent les arncs pour eu chasser M. Olier et les prêtres de sa communauté. Pendanteet orage, M. Vincent, qui prenait très-grande part à tout ce qui Umchait ce sage abbé, faisait tout ce qu'il pouvait pour le défendre,

^ |JOur détourner cette tempête, par ses prières à Dieu, par ses bons

conseils à M. Ffibbé Oliefj et patï^on crédit à la rour. ïï est h rcraaî^êF qu*on attribuait:, en quelque façon, h M. Vincent la cause de ce grand tumulte, parce que le peuple appelait MmUmnaires les prétrea de la communauté de Saint- Su l pi ce, quoiqu'ils ne le fuBstal pas et qu'euxmêmes n'en prissent pas le nom, qu'à raison de ce que M. Vînceiit était estimé être leur chef, à cau^e de la mission qui avait été faite, un peu auparavant; au reubourg Saint- Germain, par MM. les ecclésiastiques de la conférence de Saint-Lazare, que M. Vincent y avait employés. Un jour, comme on parlait de ce tumulte au Conseil où il était j et qu'on en rejetait sur lui tout le hidme, M. Vincent, au lieu de se mettre à couvert de ce reproche^ en déclarant que les prêtres de Saint Sulpicc n*élaient point de sa congrégation et n'avaient aucuue dépendancede lui, comme il était vrai^et comme il te déclarait toujours en d'autres occasions, quand on voulait lui attribuer le bien qu'ils faisaient; néanmoins^ en ce rencontre fdcheux, quoiquil n'eùl aucune part dans le diUéreod qui était le sujet du vacarme^il ne voulut ijourtant jamais dire uu seul mot pour désabuser ses accusateurs et se justifier sur les reproches qu'il eu recevait. Au contraire, pour praLiqucr rhumilité, et tout ensemble faire paraître Testimc qu'il avait de M. Olier, et la part que sa charité lui faisait prendre en lims ses intérèls, qu'il estimait très-justes, il prit le parti dndit sieur Olier et de MM. ses ecclésiastiques. Il défendit leurs înténHs plus cbaudement et bien mieuK qu'il o'eCit fait les siens propres; et, lorsqu'on les blâmait et qu'on leur donnait tort, il leur servait d'apologiste, et disait tous les biens qu'il pouvait de leur vertu et de lasaintcléet utilité de leurs emplois : en sorte que, pour conserver leur réputation, il €A|K>sa volontiers la sienne, et oe lit point de difliculté de mettre en quelque façon sa compagnie à la merci de cet orage, pour lâcher d'en exempter M* Olier et les siens, et leur procurer la pai\ et la tranquillité. Ce procédé de îVL Vincent, qui semblait si contraire à la prudence humaine, étonna diverses personnes; et quelqu'un de ses amis lui ayant demandé pourquoi U avait agi de la sorte, it lui répondit : Qu'il peusait que tout chrétien y était obligé, et qu'il croyait qu'en se coraportantcomme il avait fait, il avait suivi les maximes de lÉvangite. C*était restime très-grande quit avait de la vertu de 51. l'abbé Olier, qui lui donnait c^s sentiments, et qui lui faisait regarder ses saintes entreprises, non comme un ouvrage particulier, mais comme un bien public, à la conservation et défense duquel un cTtaeun était obligé. Quelque temps après cet accident, AL 1 abbé Olier, voulant douner nue plus ample matière à sou zèle, jeta les fondcmenis de c^ grand séminaire qui a servi et sert euwre tons les jours a former tant de bom

eeclésiastiqaefi, de toute sorte de conditionfl, dont pliisieurg rc répan deDt dans les provinces pour y communiquer, au grand avantage de l'Eglise, les grûcas et les bénédictions qu*il.s ont puisées dans ce saint liea.

Pour toutes ces grandes œuvres de M. Tabbé Olier, dont nous ve noiis de parler, et pour les rares et excellentes vertus dont Dieu Tavait doué, M. Vincent l'avait en grande vénération, et le regardait comm(* on saint et le publiait partout comme tel. Quand il plut à Dieu de retirer à soi ce sien grand serviteur, M. Vincent se trouva à Textré- Bité de sa maladie et à sa mort, et fut un de ceux qui regretta davan • tage la grande perte que TÉgiise avait faite, en la personne de ce saint abbé; et depuis il a toujours continué, dans la même aiïection, de servir MM. de sa communauté, qui s'assemblèrent plusieurs fois avec lui et avec d'autres personnes considérables, pour aviser aux moyens de nainteair et perpétuer ce que M. Olier avait si dignement commencé.

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