‹ Vie de S. Vincent de PaulChapitre 37 sur 115 · CHAPITRE XXXTX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXTX

CT QUErXE MAIfTK RE M. VITfCENT A C05TRlBrÉ A T/KTATîrJS<5rME:VT ET AU BÎElf SPIRITUEL DFS FlfXES DE T.A ro:\GnrGATfO\ DE TA CHOIX.

Comme la charité de M. Vinrent n'était point borner^ n anrnnc»s œii nés particulières, mais s'étendait univorsollement sur toutes c.plle*; on il voyait que Dieu pouvait ^tro erlorifié, en les approuvant et estimant toDinurs, et m^me y contribuant de ses ron^^eils oX de son entremise quand il le voyait nécessaire ou qu'il en était requis: de là vient qu'il ne p'est fait de son temps presque aucune œuvre publique de piété où il n'ait eu quelque part et pour laquelle on n'ait en recours n lui, soit pour lui demander ses avis, ou pour le prier de s'en entremettre et de l'ippuyer en quelque manière. En voici un exemple très considérable entre p1a«iears autres.

Une dame de très-{?rande piété, nommée Marie VlTuillier. veuve de feu M. de Villeneuve, ayant par occasion reçu chez elle quelques vertueuses filles de Picardie qui avaient été obligées de venir à Paris pour leurs affaires, comme elle reconnut que ces bonnes fillesavaient un zèle particulier de former ' la piété les autres personnes de leur sexe, et particulièrement les petites filles, les instruisant de tontes les connaissanresîiécessaire^pourmenerune vie vraiment cbn^lienne, elle qui se wntît pressée du môme zèle, les y porta autant qu'elle put ; et comme les liesoins spirituels sont ordinairement plus grands dans les villaires et Heox champêtres que dans les villes, elle se relira en quelques maiwnsdf. champs pour donner moyen à ces filles d'exercer plus utilement cette charité; elle les envoyait mê^ie de fois à autr.'^s en divers lifux, ou, pendant quelque peu de séjour qu'elles y faisaient, elles

s'employaient à celte instruction avec beaucoup de fruit ; ce qui convia d'autres filles qui se sentaient portées à pratiquer ces mêmes charitables exercices de se joindre aux premières qui les avaient commences, et dans la suite du temps, cette dame reconnut par cette petite épreuve le grand besoin qu'il y avait de procurer que les petites filles fussent dès leur bas Age instruites à la connaissance de Dieu et aux bonnes mœurs, et le peu de personnes qui se rencontraient particulièrement dans les petites villes, bourgs et villages, qui fussent capables de bien faire cette instruction, les religieuses Ursulines et autres qui font une spéciale profession d'y vaquer, ne pouvant pas s'établir en ces petits lieux, et les filles ou femmes veuvesqui se voulaient mêler d'y faire les petites écoles, en étant souvent fort incapables etne prenant aucun soin de former et d'instruire les filles à la piété, outrequ'ilsetrouv'eun trèsgrand nombre de lieux où il n'y avait aucunes maîtresses d'écoles; de sortcqueles filles étaient obligées, onde demeurer dans unetrès-gninde ignorance, ou d'aller aux écoles avec les garçons, d'où s'ensuivaient de Irès-grands désordres, comme l'expérience l'avait fait connaître.

Cette dame donc, considérant tout cela, prit résolution d'y apporter un remède universel, persuadant à ces bonnes filles qui étaient avec elle et qui avaient un très-grand respect et une entière déférence à ses sentiments, de s'appliquer non-seulement à continuer leurs instructions, mais encore à former entre elles d'autres filles qu'on jugerait propres pour aller demeurer en divers lieux et y faire plus chrétiennement et plus fructueusement la fonction de maîtresses d'école; et comme toutes les œuvres de piété inspirées de Dieu sont toujours exposées aux contradictions et aux traverses, ces filles en ayant au commencement reçu plusieurs, et pour ce sujet quelqu'un leur ayant dit qu'on les pouvait avec raison appeler Filles de la Croix, ce titre leur est toujours depuis demeuré, et elles l'ont conservé avec une affection d'autant plus grande, qu'il semblait les obliger en quelque façon de se tenir plus unies à Jésus-Christ crucifié, que saint Paul appelle la puissance et la sagesse de Dieu', afin d'y puiser, comme dans la vraie source, la lumière et la force nécessaire pour correspondre dignement aux desseins de sa providence sur elles et pour s'employer avec bénédiction àdétruireparmi les personnes deleursexelesdeux plus grands obstacles de la vie chrétienne, qui sont l'ignorance elle péché.

Celte vertueuse dame ne se voulut pas fier à ses propressentiments pour une entreprise de telle importance, mais elle en parla à plusieurs ^^rands serviteurs de Dieu, entre lesquels ayant une estime très particulière delà vertu et capacité de M. Vincent, elle conféra souvent avec

* PradicairiDS Ghrlstum crneiflxam Del virtatem, et Dei saplenUam. I. Cor,, 4.

lai sar ce sajct, et il lui donaa plusieurs salutaires avis, soit pour l'encourager à l'entreprise de cette boune œuvre, soit pour lui aider à bien former et conduire les filles qui la devaieut soutcuir avec elle. Depuis, le nombre de ces filles s'étaul accru, pour affermir davantage an si bon dessein, elle en obtint Tapprobatiou de 31. Tardjcvéque de Paris, et même Térection de celte compagnie de filles eu communauté et congrégation formée sous le litre de Filles de la Croix ; ce qui fut ensuite autorisé par lettres patentes du roi vérifiées en la cour du par^ lezuent ; et madame la duchesse d*AigulIion, voyaut le grand bien que cette nouvelle congrégation pouvait produire dans l'Église, poussée par sa charité ordinaire, contribua notablement pour les établir et fonder en la ville d'Aiguillon et ailleurs.

Plusienrs années passèrent avant que cette congrégation fût mise au point qu'il fallait pour subsister : les grandes et presque contiuuelles infirmités de madame de Villeneuve y ayant apporté beaucoup de retardement, et enfin la mort Tayant prévenue avant qu'elle eut pu donner la dernière perfection à ce qu elle avait si bien commencé; de sorte qae ces bonnesfilles demeurèrent comme orphelines, ayant perdu leur mère, et cette perte leur arriva dans une conjoncture assez fàchease, en laquelle (Dieu le permettant ainsi -pour en tirer sa plus grande gloire) on peut dire que Satan commençait d'attaquer leur cougrêgalion naissante pour la cribler, ainsi qu'il fit à l'égard des Apôtres dans les commencements de l'Eglise, selon la prédiction de Jésus- Clirist*. Il y avait pour lors, à la vérité, beaucoup de personnes de Tcrlu et de condition qui désiraient et s'employaient pour faire subsister cette congrégation; mais on y trouvait de si grandes difficultés, à cause des traverses qu'on lui donuait, et d'autres fâcheux accideuts qui lui arrivèrent en ce temps^là, que les personnes mûmes qui avaient plus d'affection et plusd'iutérùt à sa conservation, coneluaieut presque toutes a la dissoudre, ou bien à l'unir avec quelque autre communauté. Sur quoi M. Vincent ayant été consulté et s'etant tenu plusieurs asscm< blèes en sa présence sur ce sujet, ce fut une chose merveilleuse, que uouobstant tout ce qui fut représenté, pour faire voir que selon les apparences humaines elle ne pouvait subsister, ce grand homme, comme inspiré de Dieu, bien qu'il fut toujours assez tardif u prendre Que dernière résolution dans les affaires de cette nature et qu il eut d'ailleurs difficalté d'approuver lesnouveaux établissements, fui néanmoins absolument d'avis qu'on devait employer tous les moyens possibies pour soutenir et faire subsister cette congrégation ; et quoi qu'on pût dire an contraure, il tint toujours ferme dans ce sentiment : il cou-

* Eece Satanas expetlTit vos, ut cribroret sicul trit.cum. Luc, n.

seilla même à une vertueuse dame, dont il connaissait le zèle et la charité, d'eutrcprcudre cette bonne œuvre et de se rendre la protectrice et comme la tutrice de ces iilles orphelines. Ce fut madame Anne Petau, veuve de xM. Benauld, seigneur deTrâversay, conseiller du roi eu sou parlement de Paris, laquelle, déférant a cet avis de M. Vincent, s'est employée avec une alTection infatigable à soutenir et défendre les intérêts de celte congrégation des Filles de la Croix, quia surmonté par son moven,cl principalement par le secours de Dieu, tous les obsiacies qui lui étaient les plus contraires, et a été mise en état de subsister et de rendre, comme elle fait, un service utile à TÉglise. M. Vincent, non content d'avoir relevé de la sorte cette congrégation qui sembîait èlrc sur le penchant de sa ruine et de lui avoir procuré un secours si la>orable,*exhorla de plus un ecclésiastique, qu*il jugeait propre pour ceteilet, den accepter la charge de supérieur, sous le bon plaisir de M. Taichevéque de Paris, pour aider ces verlueusos lilies u se perlecliouner en leur état, et pour suppléer âce qui n'avait pu être idil du vivant de madame de Viiieueuve.il lui donna ensuite, en diverbcs reueontres, plusieurs avis très- utiles touchant la conduite de celle con^re^ulion, a laquelle il a plu û Dieu depuis ce temps- là donuer une benedicliôn toute particulière; en sorte qu'il a contiibué eteoulribue encore tous les jours au salut et a la sanctification de plusieurs unies ; car les Iilles de cette congrégation s'emploient non- seulement a lurnier celles qui se présentent, pour les rendre jftopw^à instruire uUlcineut et chrétiennement les autres selon leur institut, mais elles exercent aussi toutes sortes d'œuvres de charité spirituoile qui leur sont convenables à l'égard des personnes de leur sexe, et principalement envers les pauvres, tenant ia porte de leur maison et encore plus celle de leur cœur ouverte pour les y recevoir et pour leur rendre toute sorte d'assistance en leurs besoins spirituels, soit en les iuslruisant des choses nécessaires au salut, soit en les disposant à faire ac bonues coniessions générales, ou en les recevant quelques jours en leur maison pour y faire une retraite, selon les besoins qu'elles en peuvent avoir.

Or, coiumeapres Dieu c'est M. Yincentqui leur a teiidalamainpour les soutenir et pour garantir leur congrégation d*une chute dont elle n'eût peut-être jamais pu se relever, et comme c'est lui qui a d'ailleurs grandement contribué par ses sages conseils à les mettre dans le boo elat où elles se trouvent, elles sont obligées de le reconnaître, sinon pour leur iondateur et instituteur, au moins pour leur restaurateur et conservateur, et de remercier Dieu de toutes les assistances et secours tcmporehi et spurituels qu'elles eut reçus par ses charitables entremis^» .

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