CHAPITRE XXXVIII
M. VINCENT EST EMPLOYÉ POCR LES AFFAIRES ECCLESIASTIQUES DU ROYAUME, PEiniAIlT LA RÉGENCE DE LA REINE MERE.
Le roi Louis XIII, de glorieuse mémoire, ayant laissé en mourant la régence du royaume à la reine, pendant la minorité de son fils et très-digne successeur, cette sage et vertueuse princesse considérant l'étendue de cette grande monaTcbie, et la multiplicité des affaires qui accompagnaient sa régence, et surtout l'importance de celles qui
., qa'elle
iti. le cardinal Ma-
. ..ttrton, pénitencier de Paris, et
-j-fcsolulion de ne disposer des bénéfices
...t ae sa nomination, que par lears avis.
^uoiqoc M. Vincent fût très-porté à rendre toutes sortes de services à leurs Majestés, ce lui fut néanmoins une très-grande peine de se voir appelé à la cour, pour tenir un rang dans le conseil, qui lui était d'autant plus insupportable^ qu'il paraissait plus honorable aux yeux des hommes : sa grande humilité Lai ayant toujours fait regarder les honneurs comme des croix dont il ne pouvait porter la pesanteur. Il fit toutes les instances qu'il put, pour obtenir la grâce, ainsi qu'il disait, d'être dispensé de cette charge; mais la reine, connaissant assez n Tcrtu et sa capacité, voulut absolument qu'il y demeurât. Il entra donc ainsi dansTcxercicede cet emploi en l'année 161 3, par une pure déférence aux volontés de Sa Majesté, et avec une grande crainte, non pas de n'évanouir dans les honneurs du monde, dont il ne connaissait que trop la vanité, mais de n'en pouvoir pas sortir aussilrtt qu'il l'eût désiré, pour vaquer seulement au soin de sa congrégation, et à la pratique de l'humilité et des autres vertus qu'il préférait à toutes les grandeurs de la terre. C'est ce qui l'obligeait de s'adresser incessamment à Dieu, le priant tous les jours qu*il lui plût le délivrer de cet embarras; et il dit à une personne de confianee, que depuis ce temps-là il n'avait jamais célébré la sainte Messe, qu'il ne lui eût demandé cette grâce, laquelle il désirait jusqu'à un tel point, que s'étaat retiré hors de Paris pendant quelques jours, et le bruit ayant coam qu'il était disgracié, et qu'il avait eu ordre de se retirer de la cour, comme, après son retour, un ecelésiastique de ses amis se conjnuifwait avec lui de ce que ce bruit ne s'était pas trouvé véritable, il lai dit en levant les yeux au ciel, et frappant sa poitrine : Ahl mtsérable que je suiSy je ne suis pas digne de celte grâce.
Dieu voulut qu'il demeurât pour le moins dix ans dans cet emploi qui lui était très-pénible, parce que c'était à lui qu'on renvoyait la plupart des affaires qui se devaient traiter en ce conseil; il recevait les placcts qu'on présentait à Sa Majesté, et prenait connaissance des raisons et des qualités des personnes qui demandaient, ou pour lesquelles on demandait des bénéfices, pour en faire ensuite son rapport an conseil : la reine l'avait particulièrement chargé de l'avertir de It eapacité des personnes, afin que Sa Majesté ne fût point surprise. Nais c'était un sujet digne d'admiration, de voir ce grand serviteur de
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Dieu €onaervenine sainte (^^ralité d^esprit au milieu^lU ^i^a'ffldiilHiit : . de personnes et d'afTaircîî, dont jl <*taîl assailli ronHnnelli'mcnt, et po^îfiéder snn î\iiieeTi paix fous ii!iarcab1{*meiit dodistmelionî^ etd*împortiiQitës, I! recevait Iour ceux qrii le venaient trouver, toujoïirftavec m |nèi^e sérënilë de viRafïe,et sanR sortir de soi-mt^me il redonnait è ii| ^chacun, et se faisait totit à tous pour les fran:ner tous h Jé$(US'Chri^| n est vrai que qui TeiU considéré dans les occupations de ce nouvfl emploi, joint à la coniiïite de sa conj^rëj^ation, et des antre^s corn muliantes, éJablif^ements et assemblées dont il a été parlé aux précédent eliapijres, il vù\ semblé devoir ^tre parlasré oi comme divisé en une tiij finité desoins et de pensées différentes ; veillant et pourvoyant à tou^ et travaillant nuit et jour pour satisfaire à toutes ces charges, que Vc béissanre on la cliarité lui avaient imposées : néanmoins, par un eS^ admirable de la gnVe, on le voyait toujours recueilli en soi et uni i Dieu, toujours présent àlui-mAme, et se possédant parfaitement av( autant de paix et de tranquillité que s'il n'eût en aucune aiTaire; im jours pnH et disposé d'écouter ceux qui Tabordaient, et de satisfair à un chacun sansrcbuter jamais personne, ni témoigner aucune peini quelque importunée qu'on lui pût donner; recevant avec la mH iaGTabilité les petits et les pauvres* que les ricbes et les grande; enf I Top peut dire de M* Vincent dans ce maniement des alTaires publique I ce que le saint Apôtre disait de lui-même, qn*il a clé fait comme [spectacle au monde, aux bommes et aux auges; et que la cour a i comme un ihéàlre, où la vertu de ce fidMe serviteur de Dieu a par dans son plus grand jour; où son bumiiité a triomphé des vains nf ' plaudisscmenls des bommes; où sa patience s'est montrée in^incib| parmi les pertes, les afflictions, et tous les traits envenimés de Vem et de la malice ; où sa fermeté h soutenir lesinlérétsde Dieu et de Tl Iglise s'est fait voir an dessus de toute crainte et de tout respect bu fmain* C'est la qu'il a témoigné sa fidétilé inviotablc et son affeetic constante au service de leurs Majestés; son respect et sa soumission cb vers les prélats; T estime et la charité qu'il conservait eu sou cceur poB tous le» ordres de l'Eglise, et pour toutes les communautés ecclésiaa I eues et religieuses ; le grand désir qu'il avait de bannir l'avarire et Far I î^ition de tous Icshénéficiers, de remédier au x abus qui se commettaieD ' êtèm l'usage des biens de l'Eglise, et dans les moyens qu'on employait ordinairement pour parveniraux bénéfices et aux autresdignités ccx^l^^ Biastiques^de quoi il sera plus amplement parlé en la seeoude |)arti^^^
Mais ce qui est principalement digne de remarque et qui fait bien voir le parfait dé^inléresHement de M, Vïneent, est que la r^'ine élan pj^ur lorâ environnée et pressée de toutes parts de demanileun; et '
pemonnes qui aspiraient avec ardeur aux charges, aux bénéficeR et aatrm sortes de biens, il ne lui demanda ni ne lui fit demander aaciine chose pour lui ni pour les siens, quoiqu'il fût si près de la source d*où ils découlaient abondamment sur tous les autres, et qa*il y ait fnrand sujet de rroire que la reine, qui avait une estime particulière de sa vertu, Taurait très-volontiers fnrntifié de pinceurs choses, s'il eût été dans la disposition de les acceptor. Il courut mAme un bruit pendant quelques jours qu'il allait ètrec^irdinnU juf«que-1à que diverses personnes lui en firent compliment. Il est vrai qu'on ne sait pa» si Sa Majesté eut ce dessein, comme on le disait publiquement ; mais quoi qu'il en soit, l'on peut assurer que si elle avait eu cot to inten tien, rburailité de M. Vincent aurait été assez éloquente pour l'en dissuader.