‹ Vie de S. Vincent de PaulChapitre 41 sur 115 · CT[AP1TRE XUTI · texte numérisé non relu

CT[AP1TRE XUTI

aCOLRS DONIN'ÉS OU PROCUhÉS PAR M. VlNCE.\r AUX PAUVRES A PAUIS ET K>- PLUSIEURS AUTRES LIEUX, DLRAiNT LES TROUBLES DE l'aISISÉE 1C52 ETLES AUTRES ANNEES SUIVA>n;S.

Outre les secours charitables donnés et procurés par M. Vincent au \ pauvres de la Lorraine, de la Champagne et de la Picardie, dont il a été parlé aux chapitres précédents, les nouveaux troubles survenus en ce royaume en l'année 1652, lui fournirent encore une nouvelle matière, pluR ample et plus abondante, pour exercer sa charité, que Dieu voulait de plus en plus perfectionner, afin de donner par ce moyen le comble aux mérites de son fidèle serviteur et de tontes les autres personnes vertueuses dont le xèle à^^rocurer le bien spirituel et le soulagement corporel des pauvres s'est signalé en cette occasion. Voici de quelle façon les choses se sont passées.

Le campement et le séjour des armées aux environs de Paris ayant causé partout une étrange désolation et misère, la ville d'Ktampes fut celle qui en ressentit davantage les funestes eflots, ayant été assiéptîc longtemps cl plusieurs fois de suite; ce qui avait réduit les habitants decctliî ville et les villages eircoiivoisi;i»dans un pitoyahie état de Un^ueuretde pauvreté, la plupart étant malades et ne leur restant plus que la peau collée sur les os, et avec cela ils étaient tellement 'iénucs de secoui*s, qu'ils n'avaient personne f)Our leur donner seuU»nuut uu verre d'eau. Pour surcroit de misères, cette pauvre ville, après avoir été ainsi prise et repris^;, se trouva tout infectée, à cause des fumiers pourris qui étaient répandus de tous cotés, dans lesquels on avait Iai6.sé quantité de corps morts, tant dhonnnes que de femmes, mêlés avec des charognes de chevaux et d'autres bétes, qui exhalaient uue telle puanteur qu'on n'osait s\mi approcher.

M. Vincent donc, ayant appris le misérable état de cette ville et de &es environs, après Tavoir re|)résenté a rassemblée des dames de la charité^qui le secondaient avec tant de bonne volonté dans toutes sc*s uiutes entreprises, envoya plusieurs desesmissionnaircb pour secourir

ipifiiueileineQtet corporeUeineatces pauvres abaodoDués. L'uue des premières choses qu'ils firent y étant arrivée et ayant vu un si étrange Dpectacle, ce fut de faire venir d'ailleurs des hommes torts et robustes avec des cïiarrettes pour calever tous ces fumiers et nettoyer la ville; ce qui ue s'exécuta fm^ sans une grande dépense; ensuite de cela ilë dan^^^ent la HCpuUnre à tons ces pauvres corps à demi pourris^ et pui» ils firent parfumer les rue^t et les maisons, pour eu èter rinfectiouel les rendre habitables. Ils établirent en même temps la distnbntiou des potages, qui se faisait tous lei jours, tant eu la ville d^Ctaoïpes que dans pluîiieura autres villages que ces missîonuaireSj après avoir parcouru tous les environs, rcconnureut avoir été les plus maltraités par les armées, et où étaient tes habitants dans une pi us grande nécessité ; ce qu'ils firent partieulicrcmeut, outre la ville d'JLtampes,à Guillerval, Villecoiîils, Étrechy et St--Anioul, où les pauvres geus, tiint de ces lieux-la que des autres cicouvoisius, allaient tous les jours recevoir leurs portions. Us furent aussi a Palaiseauoù les soldats avaient fait de grands rava^^es, et y établirent aussi la distribution de ces potages pour co^H server la vie à un ^rand nombre de pauvra^ laugutssauts. Mais par^^ que plusieurs de ces paroisses qu ou assistait se trouvaient sans pasteurs, qui étaient morts ou eu fuite, les prêtres misiiiounaireâ ue pouvant pas satisfaire aui néceësités s|^rttuellt^s et aux eorporelles en mèmetemps, M, Vincent envoya les Filles de la Charité pour faire et distribuer les potages, et pour avoir soin de pourvoir aux autres oéceîisités extérieures des pauvres malades, comme aussi d'un grand nombre de pauvres orphelins qu ou trouva dans ces lieux, qui fureut assemblés et relijés dans une mérae maison à Étampes, et la vêtus et aourris. I^eodaut que ces bonnes filles vaquaieut a ces couvres do charité extérieures et eorporelles, les prêtres oiissiounaires allaient d'uu côté et d'autre dans les paroisses visiter et consoler ces pauvres affligés, leur dire la sainte Messe, les instruire, leur administrer les Sacrements; le tout avec les permissions et apprabatious requises de la part des supérieurs.

Or, coumie toutes ces as^istauce^ spirituelles et corporelles ne se pouvaient pas reudre sans des peines et des fatigues extrêmes, etsaus ë exposer au danger de contracter les mêmes maladies auxquelles ou lâcbaitde remédier, a cause de riulectiou de^ Ueux^il arriva que plusieurs de ces bons missiouuairus tombèrent malades et consumèreat leur vie dcins ces exercices de cliarite, et il ne faut pomt douter que leur mort u ait été très- précieuse devant Dieu, et qu'ayant cuurageu- ^ JKimeut travaille et combattu pour sa gloire et garde une invioUble iîic^uea sa sainte volonté par lour prompte et parfaite obéissance^ ei

ainsi heureusement acheté lear course, ils n'aient reçu de sa divine ■ûséricorde la couronne de justice.

D T eut aussi plurieurs de ces boaues Filles rie la Charité qui, après iToir beaucoup souffert daus les services qu elles reiidiiieiit aux pauvres, avant enfin offert leur vie à Dieu en holocauste de suavité avec un courage qui surpassait leur seie, participèreut à la même couronne.

Mais pendant que M. Vincent employait ses soins pour assister les pauvres de ces côtés-là, Dieu lui préparait un nouveau sujet pour étendre les exercices de sa charité; car il arriva que les armées approchèrent de Paris et firent un étran^^e ravage dans tous les villa$;es et lieux dftouvoisius. Etcomme on eut rapporté à ce père des pauvres que les habitants du bourg deJuvisy et des environs étaient dans un déplorable état pour le corps et pour TÀme, il y euvoya aussitôt un de ses prêtres avec des aumônes pour distribuer aux plus nécessiteux: et lorsqu'on eut appris que la désolation était |>:énérale et que de tous vùié» \e& habitants des villages, après avoir été pillés et maltraités par les soldats, étaient pour la plupart réduits à une très-grande et presque extrême nécessité, plusieurs personnes de condition et de piété, de Tun et de l'autre sexe, touchées de Dieu et portées d*une charité vraiment chrétienne, sejoignirentà >I. Vincent pour secourir ces pauvret Affligés ; et considérant que ce secours ne se pouvait exécuter qu*avec des dépenses très-grandes qu'il eût fallu faire pour fournir tontes les choses nécessaires à ceux qui avaient été dépouillés de tout ce qu'ils avalent, la charité qui est ingénieuse, ou plutôt le Dieu de charité, leur suggéra la pensée de faire un magasin charitahle, dans lequel ou iuvileraituu chacun de porter ou envoyer les meubles, habits, ustensiles, provisions et autres choses semblables qtii leur seraient snotTdues, ou qu'ils pourraient plus facilement donner que de l'argent, qui !ie trouvait alors fort court en la pKipart des familles.

>'ous ne devons pas omettre ici que c'est (larticulièrement à M. du l'ie^sis-SIoubart, dont la vertu et le zèle s'est signalé en beaucoup d'autres rencontres, qu'on a l'ohligation de ce c.iaritahîe et admirablc dessein; car c'est lui qui dressa le plan de ce magasin charitable et qui proposa les moyens de le rendre utile et fructueux, de quoi il Kera amplement parlé en la seconde partie.

Or, ce fut de ce merveilleux magasin, comme d*une source inépuisable de chanté, qu'où a tiré pendant six ou sept mois toutessortes de leoours pour ces pauvres, c'est a savoir des habits, du linge, des meubles, des ustensiles, des outils, des drogues pour composer les reuièdsip de la fiirîae, des pois, du beurre, de l'buile, des pruueau\ et au-

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très choses nécessaires à la vie, etmèmedes ornements, calices, ciboires, livres et autres nieu blés et linges sacres pour en fournir les églises qui avaient été pillées. Toutes ces choses étalent envoyées en certains lieux de la campagne, d'où elles étaient après distribuées avec ordre etme- Bure* Les misëionnaires allaient cfiaque jour de village en village avec dm btUes chargées de vivres et de bardes, pour les départir selon le iMteûin de chacun ] à quoi on ajoutait encore la di^tribulioii journalière des potages qui ont sauvé la vie à un nombre presque innombrable de pauvres faméliques qui ne gavaient où trouver du pain.

Lea travaux des mî.ssionnaircs furent si grands dans em voyages et dans ces services qu'ils rendaient aux pauvres^ et les maladies qu'Us Y contraclèrent si maïignes, qu il y en eut quatre ou cinq qui en moururent, et plusieurs autres en furent malades fort longtemps. Mais quoique M* Vincent ressentît vivement les incommodités et la mort de ces bons missionnaires qu'il chérissait tendrement, comme ses enfants spirituel*, néanmoins il louait et béuiRsait Dieu de les voir travailler et souffrir pour les membres de Jésus- Christ avec tant de courage, et riuirain<>i glorieut^ement leur vie dans lechamp de bataille, l 'et, s il est permis de dire^ les armes îi la main, sachant bien que mou* rîrde la sorte ce n*est pas mourir, mais [iluLôt cesser de mourir i>our commencer une nieilleure et plus heureuse vie, dans la possessi parfaite de celui qui est la source et le principe de la vraie vie.

Outre ces assistances qu'on rendait aux pauvres babitautsdes villages hors de Paris, on eut aussi soin de pIuMcurs dVntre eux qui, fuyant devant les armées, vinrent se réfugier à Paris : il y eut surtout nn grand nombre de femmes et de filles^ et même de religieuses qui se trouvèrent d'abord dans une grande nécessité^ lesquelles on fit rcLirti^f en des lieux aj^surés. Ce furent quelques-unes des dames de laCharît^^ que M. Vincent convia de s'appliquer à ce charitable office, et qui, après les avoir départies en diverSes bandes, logèrent chaque bande en une mainon. Pendant le temps qu'elles y furent retirées, outre la nourriture et les autres nécess^itcs du corps qui leur étaieut fournies, on se servit de cette occasion pour leur faire en chaque lieu comme une petite mission, tant pour les instruire des cho^^es nécessaires au salut que plusieurs d'entre elIcH ignoraient, que pour les disposera faire dti bonnes confessions géuérales, et se mettre en état d'offrir ^i Dieu des fii ieres pour la paix et la tranquillité du royaume qui méritat>sent délre exaucées. On pourvut aussi particulièrement à la retraite des religieusfs selon les avis de M. Vincent, lequel écrivant e tenqis la su r le sujet de toutes ces misères a un docteur en tbéologi U FacuUé de Paris, qui était pour hirsà Home, lui parle en r«stermef

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• Je ûe doate pas qae tous soyez averti de tontes choftes. Je Toufi dirai seulement, au sajet de la descente solennelle de la châsse de sainte Geneviève et des processions générales qu'on a faites pour demander à Dieo la cessation des souffrances publiques par rintercession de cette sainte, qu*il ne s'est jamais vu à Paris plus grand concours de peuple, ni pins de dévotiou extérieure.

» L'effet de cela a été qu'avant le huitième jour, le duc de Ix>rraine, qni avait son armée aux portes de Paris et qui était lui-môme dans la Tille, a décampé pour s'en retourner en son pays, ayant pris cette résolntionsur le point que l'armée du roi allait fondre sur la sienne. On continue aussi depuis à traiter de la paix avec les princes, et Ton espère d*autant plus de la bonté de Dieu qu'elle se fera, qu'on tâche d'apaiser sa justice par les grands biens qui se font maintenant dans Paris, à l'égard des pauvres honteux et des pauvres gens de la campa • gMqni s'y sont réfugiés. On donne chaque jour du potage à quatorze OQ quinze mille qui mourraient de faim sans ce secours, et de plus on a retiré les filles en des maisons particulières, au nombre de huit à neuf cents, et l'on va enfermer les pauvres religieuses réfugiées qui logent par la ville, et quelques- unes même (comme Ion dit) en des lirai f uspectB, dans un monastère préparé pour o«t effet, où elles seront bien gouvernées. Voilà bien des nouvelles, monsieur, contre Ja pKite maxime où nous sommes de n'en point écrire ; mais qui pourrait s'empêcher de publier la grandeur de Dieu et ses miséricordes? etc. • Il ne faut pas ici omettre que ces distributions de potages se faisaient presque toutes par les Filles de la Charité, et cela par les soins et aumAnes des dames de la compagnie de la Charité, qui ont toujours eu one très-bonne part à toutes ces grandes œuvres. Or, comme ces pauvres réf ug:ié8 étaient séparés eu divers endroits de Paris, surtout dans In fanboui^, H. Vincent prit un soin particulier de la nourriture et de rinstrnction de ceux qui se trouvèrent dans les quartiers proches deSaint-Lazare, an nombre de sept à huit cents ; il les fai ait venir tous Icft jours le matin et l'après-dlnée, pour leur distribuer la nourriture et pour leur faire par ce moyen les mêmes instructions et exercices qui se pratiquent dans les missions. Après la prédication on faisait entrer les hommes et les garçons dans le cloître de St.-Lazare, et les avant divisés en neuf ou dix bandes ou académies, il y avait un prêtre tn chaeune pour les instruire, pendant que d'autres prêtres travaillaient à instruire les femmes et les filles dans l'église. M. Vincent voulut prendre part à ce travail et faire aussi lui-même le catéchisme à « pauvres.

Il a ptat i Dieu de donner une telle bénédiction sur toutes ces cha-

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^rîtatile» pTSlrppri!=t*îî fowiïn^^nct'eft par les foîii$ ft par les aTis deMvVttiteïif, qu'elles ont toujours clé continuas a\fc le mtTnezèlcen diversefi ocfSâaÂouf^ qui Ke sout depuis présentéefi, tnéme après le décès de C€ gimséflervHeui' de D΀U ; lequel, coinine un autre Klte, semble aYoir laissé i^on esprit non-scuJeraent a &a sainte conj^régation, mais aussi à toutes ces perso nues vertueusses qui ont été peudaatsa vie unies avec loi dans ien exercices de» œuvres de cliarité. Cela s'est vu au commencfmeut de i âunée 1 1»61 ^ auquel ieiiip«^ ii se trouva un très-grand nombre de pauvres lïersoiineH réduites eu une extraordinaire n«?ccssitéj à l'occasion de ta détende des deiiteile^, dont le travail leur tournissait auparavautcte quoi vivre; comme au.«^si à cause de La grande cberié da ble : et outre eela, vers te Bioiy de juillet et d'août de la même année, une certaine maladie maligne et en quelque façon contagieuse, se r^ pandtt prei^que uuiversetlement en tous les lieuji de la campagne; ce qui empéciia une partie de^ pauvres peuples de taire ta moisson qui fui encore lort ctiutive^et ainni la clieiie du pain et des autres vivre» augmenta notablement. MAI. tet^ grands- vicairen de Paris euvojèrent plusieurs préires de la CongréguLiou de la Mission presque par tout te dio- 'ccsêj pour reconnaître ta iiéceîssilé des tieun, et en taire un rapport aïiëure. Ils trouvèrent plus de huit mille malades en quatre-vingts paroisses qn litt \i&itereni, et d'autres ailleurs a proportion, dont la plupart étaient sans aucune assistaûce, legtamilles t^uuerea étant altcintes ue ce mal, et la disette des vivres ctaut très- grande partout ; ensuite décela, suivant tf s mêmes ordres qui s'obKcr valent du vivant de M. Vincent, on lit porter et distribuer des vivres et des remèdes de tous cètés par les soins des dames de la tbanto, et avec ie secours ûm aumdnea qu'elles douuaicut, ou qu cUes recueitlaienl par leurs quittes* ^M

Lteoinineia lèmiiie lut Ires-graude a la Un de ladite année IGGt^^ et pendanL 1 année suivante, uou-Keulement aux envirous de Parti»^ mais aussi en plusjjeurs provinces, comme dans te Maine, le Verctie, laUeauce, lai ou raine, le Blaisûis, leberry, leliàtiuais et autres; ces mêmes Uainet» 1 misant r^i vivre en leurs cœurs le même esprit qui aux niait M, Vincent, et qui tm iaismt embrasser i assistance de toutes sortes de pauvres aUanies, et leur envoyer de quoi se nourrir, ce qn eties ont lieureu^ciatnL exécute: Dieu a^dut beni leurs soins, et multipUé leurs cl) an tes en telle sorte, qii cites ont sauvé la vie, par le mojen ûm mission narres de M. Vmceut, a un très- grand nombre de pauvres créaturcs de tout âge, mxe et condition, qui eussent péri saus leurs assistanees> Jii les aumônes qui ont été taili^ pour c^la depuis t aunée i^^Q^ en lai^udic est mort M* Viucent, juiiqu a t'annéd lii64| se sont troil* vaes monter à plus de cinq i>eut milk livres. ^

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