CHAPITRE LUI
CE Qn A PRÉCÉDÉ, ACCOMPAGINR LT SUIVI LE TRÉPAS DE M. VIiNCENT.
Ce fidèle sprviteur de Dieu, parmi les langueurs de sa longue maladie attendait, comme un aulre Siméon, l'beure désirée, en laquelle son divin Rédempteur viendrait le délivrer de ce corps de mort qui retenait son àme en captivité. Li si Taecomplissement de son désir était différé, ce n*était que pour lui donner moyen de mettre le comble à ses mérites par la continuation de rexercice de la patience et des autres yertus qu'il pratiquait si dignement, et pour acbever la couronne qui était préparée à sa fidélité, hnfin tout cela se trouvant accompli, le Père des miséricordes et le Dieu de toute consolation voulut lui donner la plus grande et la plus de.-^irable de toutes, qui est celle de mourir de la mort des justes, ou pour iuieu\ dire cesser de mourir dans cette \ie mourante pour commencer de vivre de la véritable vie des justes et des . aints dans la bienheureuse éternité.
L'Histoire Sainte nous apprend que Dieu ayant appelé Moïse sur le sommet de la montagne de ^ebo, il lui lit eommandement de mourir en ce iieu-lâ ; et que ce saint patriarcbe, se soumettant a la volonté deDieU| mourut a la même heure, non par i ellort d'aucune ma.adie, nuis purement par l'efiicace de son obéissance. El il mouruty comme
dît Î^Êcrilure-Sàînle, sur M bouche du Seigneur^ c'eBt*à-dire en recevaut la mort comme uoe faveur toute siogiiiière^ et comme an baiser
de paix de la boucbe de son StHgneur et de sou Dieu, .
Que s il est permis de faire quelque ccmparaisou des gràeea qi^B Dîeu fait à &cs saints et à ses plus cliers servileurs, en lui laissant ^fl jugement de leurs mérites, uous pouvoûs dire que par uue miscri* Gordc très -spéciale, il a fait quelque ehoge de semblable eu faveur de SOD fidèle serviteur Yiueeut de Paul, lequel ayant toujours vécu dans une entière dépendance de sa voloulé, est mort enlin, non lant par l'effort d'aucuue fièvre ou autre maladie violente, que par une espèce *
' d'obéissance et de soumisKiou à cette divine loloulè j il est mort duue mort û paisible et si tranquille, qu on l'eût plutôt prise pour un doux
• sommeil que pour une mort j en sorte que pour mieux exprimer quel a été le trépas de ce i^aint bomme, il faut dire qu'il s est endormi e^H la paix de son Seigneur ^ qui l'a voulu prévenir en ce dernier passag^^ des plus désirables béoédictîons de sa divine douceur , et mettre sur 50Q chef une couronne d'un prix inestimable. C'était une récompense particulière que Dieu voulut rendre à sa fidélité et à son zèle. II avait consumé sa vie dans les soins, dans les travaux et dans les fati-
i gués pour son service, et il la terminée heureusement dans la paix et daus la Iranquitiité* 11 s'était votonlairement privé de tout repos et de loulc propre sali^sfactiou pendant sa vie, pour procurer ravancemeut du rojaume de Jésus -Christ et raccroissemeut de sa gloire, et en mou* rant il a trouvé le véritable repos et a commencé d'entrer dans la joie de son Seigneur. Voici plus en particulier comme tout s est passé.
M. Yincent voyant que la tîu de sa vie approchai!, se disposait de pins en plus intérieurement à ee dernier passage, en continuant de pratiquer au fond de sonàmc toutes les vertus qu*il croyait cHre les plus agréables à Dieu, et en se détachant de toutes les choses créées, autant que la charité lui pouvait pcrnullrc, pour élever et porter plus parfaitement son cœur vers le principe de tout bien. Le 2b du septembre, vers le midi, il s'endormit dans sa chaise ; ce qui lui arrivait depuis quelques jours plus qu à l ordinaire, et provenait tant de ce qu'il ne pouvait prendre aucun jepos la nuit, que de sa grande faiblesse, qui allait toujours s'augmentant, et qui le lenail la plupart du temps comme assoupi* 11 considérait cette somnolence comme Timage et ravaut-courritre de sa prochaine mort; et quelqu'un lui ayant di^^ mandé la cause de ce sommeil extraordiuaire, il lui dit eu sourianl^| C'^l que le frère vient en attendant la sœur, appelant aiusi le sommeil le frère de la mort à laquelle il se préparait. Le dimauche, 20 septembre, U se fit porter à la chapt lie.
lit la sainte Messe et communia, comme il faisait tous les joars; it de retour en sa chambre^ il tomba dans un assoupissement plu rond qu'à Tordinaire ; de sorte que le frère qui Tassislait, voyant cela continuait trop longtemps, réyeilla, et, après Tavoir fait er, TOjant qu*il retombait aussitôt dans le même assoupissement, i ayertit celui qui avait le soin de la maison, par l'ordre duquel lia quérir le médecin, lequel étant venu Taprès-dinée trouva iTincent si débile qu'il ne le jugea pas eu état de recevoir aucun ède, et dit qu'il lui fallait donner TExtrôme-Onction. Néanmoins, it que de se retirer, l'ayant éveillé et excité à parler, ce vertueux Gule, selon son ordinaire, lui répondit avec un visage riant et affa- ; mais après quelques paroles il demeujrait court, n'ayant pas la se d'achever ce qu'il voulait dire.
\a des priii^ipaux prêtres de sa Congrégation Tétant venu voir en- », et lui ayant demandé sa bénédiction pour tous ceux de ladite igrégation, tant présents qu'absents, il fit un effort pour lever sa I et pour l'accueillir avec son affabilité ordinaire, et ayant comaoé les paroles de la bénédiction, il en prononça tout haut plus de Boitié, et les autres tout bas. Sur le soir, comme on vit qu'il s'af- Uissait de plus en plus, et qu'il semblait tendre à Tugonie, on lui loa le sacrement de l'Extrême-Onction. Il passa la nuit dans une lœ, tranquille et presque contmuelle application à Dieu ; et quand 'aitôoupissait on n avait qu'à lui en parler pour l'éveiller, ce qu'à De toute 9utre parole pouvait faire. Or, entre les dévotes aspiraus qu'on lui suggérait de temps en temps, il témoigna avoir une rotion particulière à c^ paroles du Psalmiste : Deus^ in adjulorium iim inlende. Et pour cela on les lui répétait souvent, et il répont aussitôt : Domine, ad adjuvandum me festina. Ce qu'il continua Eure jusqu*au dernier soupir, imitant en cela la piété de ces grands nts qui ont autrefois habité les déserts, lesquels usaient fort frésmmeut de cette courte prière, par la continuelle répétition de laelle ils avaient intention de protester leur dépendance de la souvcae puissance de Dieu, le besoin continuel qu*ils avaient de ses grâces le ses miséricordes, leur espérance en sa bouté, et Tamour lilial Ht leur cœur était animé, qui les portait incessamment a rechercher m comme leur très-bon père, sans crainte de 1* importuner, par une 8-graude et très-parfaite coniiancc en sa charité plus que paternelle. Un très-vertueux ecclésiastique de la Conl'ércnce de Saint-Lazare it pour lors en retraite en la même maisoii, lequel honorait elchcsait beaucoup M. Vincent; et réciproquement 31. Vincent avait aucoup d'estime etde tendresse pour lui : ayant donc appris Tcxlré-
ciet. Et i
imite ou ëtaii réduit ce eher maladif il vint en su clmtnbre un peu avant f qu'il fxpinU ; et en lui demandant sa br^m^dietion pour tous ceiï meurs de la Conferenee qui lavait associés, il le pria de letirlais^ [jçgpritf et d*abtenir de Dieu que leur Compagnie ne dé^i^nénU Je la yerlu qu il lui avait inspirée et communiquée : h quoi il ré Javee son humilité ordinaire : Qui cœpi( opus bonumj ipsê perfclei bientôt aprè.s, il passa doucement de cette vie à une meilleure, sans I. e Db rt n i cou v u I si o n aucune .
Ce fut le lundi 27 Beptembre 1660, Rur \eê quatre beures et datais
[du matin, que Dieu le tira à lui, lorsque ses enfants spirituels asseftt-
ihlésà réglise commençaient leur Oraison mentale pour attirer Dieu
Un eux : ce fut à la mt^me beure, etau même moment qu'il avait aeeoti-
tumé, depuis quarante ans, d'invoquer le Saint-Esprit sur lui et lis
IfilenSf que cet esprit adorable enleva son âme de la terre au ciel, comme
^la sainteté de sa vle,son zèle pour la gloire de Dieu, sa charité pour le
[)rocbain, son humititd, 8apaticne4ï et toutes ses autres vertus, dans la
[pratique desquelles il a persévéré jusqu'à la mort, nous donnent juste
^ sujet de croire de Tintinie bonté de Dieu. Ce fidèle serviteur de sa dl-
^;vine Majesté ayant bien pu dire en mourant, avec une bumlile recon-
L naissance de ses grâces, à rimitationdu saint Apôtre, qu'il avait cou^
i rageusement combattu» qu*il avait saintement consommé sa course,
[gu'il avait gardé une fidélité inviolable, et qu'il ne lui restait plus siuon
[de recevoir la couronne de justice de la mai u de sou souverain Soigneur.
Ajant rendu le dernier soupir, son visage ue cbaugea point, il df-
meura dans sa douceur et sérénité ordinaire, étant dans sa cbaise eu la
même posture que s'il eût sommeillé* Il expira tout assis et tout vêtu,
étant demeuré de la sorte les vingt-quatre heures dernières de sa vie,
ceux qui rassistaient ajant cslimé qu'en cet état il était dilûciie d@
(.toucher sans lui faire plus de mal, et sans danger dabréger sa vie*
^ est mort sans fièvre et sans accident e\traordiuairc, ayant cessé de
vivre par une pure défaillance de la uatuie, comme une lampe qui
s'éteint insensiblement, quand Thuile vient à lui manquer. Son corps
ne se raidit point, mais demeura aussi souple et maniable qu'il était
auparavant, U fut ouvert et ou lui trouvâtes parties nobles fort sain
Il s'était formé en sa rate un os de la largeur d un écu blanc, et
long que large, ce que les médecins et chirurgiens trouvèrent fort traordinaire; et Ton peut dire que cela nes'était pas fait sans une duite particulière de la providence de Dieu sur sonhcrviteur : car la i rate étant selou sa nature d'une matière mollasse et spongieuse, (|^| sert de réceptacle à rbumeur mekucolique, lorsqu'elle \ieutà regw^ ler, elle envoie pour Tor^aùjôguautité de vapeurs au cerveau qii^
ttlbsctuent l'edtéadenient et remplissent Timagination d'illasions, et ^Hdqaefois affaiblissent et même troabient entièrement le jugement, iats Diea destinant M. Vincent pour rendre de si grands services à I0|^ Eglise, semble lavoir voulu exempter de ce défaut, ayant donné I êette partie de son corps une solidité contre sa propre nature, afin }tte son esprit ne fbt point sujet à toutes ces fausses lumières et trompeuses apparences : eten effet il était au-dessus de tontes ces faiblesses, st il avait un jugement sain, qui savait fort bien discerner en toutes dioses le bien d'avec le mai, le vrai d'avec le faux, et le certain d'à* rec le douteux, comme il se voit dans toute la conduite de sa vie.
Il demeura exposé le lendemain 28 septembre jusqu'à midi, tant hns la salle que dans l'église de Saint-Lazare, où le service divin se ItBolennellemeht, et ensuite son enterrement. M. le prince de Gonti ^7 trouva avec M. Piccofomini, nonce du Pape, archevêque de Césate, et plusieurs prélats ; comme aussi quelques-uns des curés de Paris, prand nombre d'ecclésiastiques et quantité de religieux de divers or- Ires. Madame la duchesse d'Aiguillon et plusieurs autres seigneurs et lames voulurent semblablement honorer sa mémoire par leur préienGe,aussi bien que le peuple qui s y trouva en grande foule. Son cœur nt réservé dans un petit vaisseau d'argent que la môme duchesse kmna pour cet effet, et son corps ayant été mis dans une bière de ilomb avec une autre de bois par-dessus, fut enterré au milieu du «ir de Teglisede Saint-Lazare, et couvert d'une tombe, sur laquelle «s chers enfants ont fait graver cette épitapbe.
Hiejaeet ven/trabili$ vir Vincbntius a Paulo, Presbytère Fundalor ai InitUutorf etprimtM Superior Generalis Congregalionis MissioniSj lec non Puellarum Charitalis. Obiit die 27 seplembris anni 1660, Malif verà sum 85.
Les ecclésiastiques de la Conférence de Saint-Lazare que M. Vincent ivait unis et dirigés tant d'anuées, lui lireut quelque temps après un ervice fort solennel en l'église de Saint-Germain i'Âuxerrois à Paris, m messire Uenrido Maupas du Tour, ci-devaut évèque du Puy , et préeatementd'£vreux, qui avait eu une vénération et uue affection toute nrticulière pour ce grand serviteur de Dieu, prononça son oraison 'onèbre avec tant de zèle, d'érudition et de piété, qu'il fut écouté ivec une singulière admiration et édification de tout sou auditoire, qui c trouva composé d' un grand nombre de prélats , d'ecclésiastiques, de tUgieax, et d'une fouie incroyable de peuple, il ne put néanmoins Ml dire ce qu'il avait projeté, quoiqu'il pariât plus de deux heures, a native étant si ample et si vaste, que, comme il avoua lui-même, 1 m avait aiaei pour prêcher tout un carême. ^ '
Plusieurs églises cathédrales, et entre les autres la célèbre métrop olitaine de Reims, lui ont fait faire des services solennels, comme aussi diverses églises paroissiales et communautés, et un grand nombre de I)ersonnes particulières, tant à Paris qu'en plusieurs autres lieux de la France, qui ont désiré rendre ce témoignage des obligations qu'ils avaient à sa charité, et cette reconnaissance des services qu'il avait rendus à toute TÉglise.
FIN DU LIVRE PREiniSR.
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