‹ Vie de S. Vincent de PaulChapitre 52 sur 115 · DES MISSIONS DE M. VINCENT · texte numérisé non relu

DES MISSIONS DE M. VINCENT

SECTION r*'.

DE S£S MISSIONS EJM GÉr^ÉRAL.

II n'est pas nécessaire d'emploj^er ici un long discours pour faire voir au lecteur la nécessité ou l'utilité des missions auxquelles il. Vineent et les siens ont travaillé. L'expérience, depuis plus de quarante ans qu'elles ont commencé, la fait assez connaître. Et s'il y avait quelqu'un qui n*en fût pas pleinement persuadé, il n'aurait qu.a jeter d'un côté les yeux sur l'état déplorable où se trouvaient avant ce temps la plupart des peuples, et particulièrement ceux de la campagne, qui semblaient être comme ensevelis dans les ténèbres d'une profonde ignorance des choses de leur salut, et, par une suite inévitable, plongés en toutes sortes de vices; et d'autre côte considérer les effets salutaires que les missions de M. Vincent ont produits et les conversions admirables qu'elles y ont opérées ; certes il serait d^ligé de reconnaître et de confesser que la main de Dieu était avec son fidèle serviteur, et qu'entre plusieurs autres excellents moyens extérieurs pour le salut des âmes, sa miséricorde a voulu particulièrement employer en ce dernier siècle celui de ses missions, comme l'un des plus efficaces et des plus souverains, et sur lequel il voulait répandre une plus grande abondance de ses divines bénédictions.

Voici ce qu'un ecclésiastique de condition et de vertu, qui avait assisté et même travaillé à une mission dans une grosse bourgade de la province d'Anjou, écrivit sur ce sujet, il y a plus de vingt ans, à M. Vincent :

> Entre les personnes, lui dit-il, qui ont fait des confessions générales, je puis vous assurer qu'il s'en est trouvé plus de quinze cents qui n'en avaient jamais fait une bonne, et qui, outre cela, pour la plupart, avaient croupi en des péchés très-énormes Tespace de dix, de vin^^ et de trente ans, lesquels ont avoué ingénument que jamais ils ne s'en fussent confessés à leurs pasteurs et confesseurs ordinaires. L'ignorance y a été trouvée très-{^ ronde; mais il y avait encore plus de malice, et la honte qu'ils avaient de déclarer leurs péchés allait jusqu'à un tel point, que quelques-uns d*entre eux ne pouvaient se

résoudre de les déclarer même dans les confessions générales qn*ils faisaient aux missionnaires ; mais enfin, pressés vivement par ce qu'ils entendaient aux sermons et anx catéchismes, ils se sont rendus et ont avoué franchement leurs fautes avec gémissements et larmes. •

In grand prélat, dont la mémoire est en bénédiction (c'est messire Jacques Lescot, évêqae de Chartres), écrivant à M. Vincent sur le sujet des mômes missions, en Tannée 1647, lui parle en ces termes :

« Je ne puis recevoir une nouvelle plus agréable ni plus avantageuse que celle qu onme mande, que vous désirez faire continuer les missions en mou diocèse, si je le trouve bon. Il n'y a point de diocèse en France dont vous puissiez disposer plus absolument; et je ne sais s'il y en a où les missions puissent être plus utiles et plus nécessaires, pour les ignorances étranges que je rencontre en mes visites, lesquelles me font horreur. Je ne détermine rien, ni lieu, ni temps, ni pouvoir : tout est à vous; et pour parler aux termes d'Abraham : Ecce universa coràm te sunt, et je suis moi-même en vérité et de cœur, votre, etc. »

Un autre prélat, que nous ne nommerons point, parce qu'il est encore vivant, écrivant eu Tannée J 65 1 à M. Vincent sur ce même sujet : « La mission, lui dit-il, est un des plus grands biens et des plus nécessaires que je connaisse; car il y a la plus grande ignorance du monde parmi le pauvre peuple, et si vous pouviez voir quelle elle est dans mon diocèse, elle vous exciterait à compassion. Je puis dire, en vérité, que la plupart de tous ceux qui sont catholiques ne le sont que de nom et seulement à cause que leurs pères Tétaient, et non pas pour savoir ce que c'est que d'être catholiques. Et c'est ce qui nous donne mille peines, d'autant que nous ne pouvons mettre aucun ordre dans le diocèse, que ceux à qui cet ordre ne plaît pas ne témoignent être aussi contents d'aller au prêche comme à la messe. »

^I. Vincent n'était que trop convaincu par sa propre expérience de l'extrême besoin que les penples-avaient d'être instruits des choses nécessaires à leur salut et d'être disposés et portés à faire des confessions générales; et comme c'était dans les missions qu*bn leur rendait ces offices de charité avec plus de fruit et de succès, c'était aussi la cause pour laquelle il s'y appliquait de tout son pouvoir et y conviait et portait, autant qu'il était en lui, tous ceux qu'il voyaitpropres pour y travailler^ tant de sa congrégation que des autres. Nous allons rapporter au paragraphe suivant le sommaire d'un petit discours familier qu*il fit un jour aux siens sur ce sujet, dans lequel on pourra voir quels étaient ses sentiments touchant la nécessité et l'utilité des missions.

S 1*'. Paroles remarquables de M. Vincent touchant Jes Missions.

• Noos avons obligation (dit-il, parlant un jour à ceux de sa compagnie) de travailler au salut des pauvres gens des champs, parce que Dieu nous a appelés pour cela; et saint Paul nous convie de marcher en notre vocation et de correspondre aux desseins éternels que Dieu a eus sur nous. Or, ce travail-là est le capital de notre Congrégation : tout le reste n'est qu'accessoire; car nous n'eussions jamais travaillé aux ordinantsni aux séminaires des ecclésiastiques, si nous n'eussions jugé qu*il était nécessaire, pour maintenir les peuples eu bon état et conserver les fruits des missions, de faire en sorte qu'il y eût de bons ecclésiastiques parmi eux; imitant en cola les guerriers conquérants qui laissent des garnisons dans les places qu*ils ont prises, de peur de perdre ce qu'ils out acquis avec tant de peine. Ne sommes- nous pas bien heureux, mes frères, d'exprimer au uaif la vocation de Jésus- Christ ; car qui est-ce qui exprime mieux la manière de vie que Jésus- Christ a tenue sur la terre, que les missionnaires? Je ne le dis pas sealement de nous, mais je l'entends aussi de ces grands ouvriers apostoliques de divers ordres qui font des missions et dedans et dehors le royaume. Ce sont là les grands missionnaires desquels nous ne sommes que les ombres. Voycîs-vous comme ils se transportent aux Indes, au Japon, an Canada, pour achever l'œuvre que Jésus-Christ a commencée et qu'il n'a point quittée, depuis le premier instant qu*il y a été appliqué par la volonté de sou Père ! Pensons qu'il nous dit intérieurement : Sortez, missionnaires, allez où je vous envoie ; voilà de pauvres âmes qui vous attendent, le salut desquelles dépend en partie de vos prédications et de vos catéchismes. C'est là, mes frères, ce que nous devons considérer ; car Dieu nous a destinés pour travailler en tel temps, en tels lieux, et pour telles personnes. C'est ainsi qu'il destinait ses prophètes pour certains lieux et pour certaines personnes, et ne voulait point qu'ils allassent ailleurs. Mais que répondrionsnous à Dieu, s'il arrivait que par notre faute quelqu'une de ces pauvres âmes vint à mourir et à se perdre? M'aurait-ellc pas sujet de nous reprocher que nous serions en quelque façon causes de sa damnation, pour ne l'avoir pas assistée comme nous le pouvions? Et ne devrions-nous pas craindre qu'il ne nous en demandât compte à riieurc de notre mort? Comme au contraire si nous correspondons fidèlement aux obligations de notre vocation, n'aurons-nous pas sujet d'espérer que Dieu nous augmentera de jour en jour ses grâces, qu'il multipliera de plus en plus la compagnie, et lui donnera des hommes qui auront des dispositions telles qu'il convient pour agir dans son esprit, et qu'il bénira tons nos travaux ? Et enfin Ionien ccj& ^tCL<^ uxC^

™ 250 — obtieudront le salut éternel par notre ministère rendroïit témoigoag^ à Dieu de noire fidélité dani^ nos fonctions.

«c Que eeux-là seront lieureiix qui^ à Theure de la mort, verroot aceomplic^ en euît ceit belles paroles de Notre-Seigneur : Evan^elUai^ pauperihm mtsit me Domuim! Voyez, mes frères, comme il BÊmbl que A'otre-Seigneur nous veuille déclarer par ces paroles qu*ui] de ses principaux ouvrages était de travailler pour les pauvn^s* Mai» malbeur à nous^ si nous nou^ rendons Uklics à servir et strutnir le pauvres; car après avoir été appelés de Dieu et nom être dunuéâî lui pour cela, il s>n repose eu quelque façon sur uous. Souvenez-van de ce& paroles d*uu saint Père : Si non pavUti, occidisH^ qui s'ente^ dent a la vérité de la réfection corporelle, mais qui ëe peuvent applî quer à la t^pi rituel le, avec autant de vérité et nièrae avec plus dé" raison. Jugez si nous n'avons pas sujet de trembler, si nous venons ix manquer en c^ point; et si, à cause de rage, ou bien î^ous prétexte de quelque infirmité ou indisposition, nous venons à nous ralentir et à dégénérer de uotre première ferveur. Pour moi, nouobstaul mc^i^^ Age, je ne me tiens point excusé de tjavailler au j^ervicedes pauvre0^| itear qui m'en pourrait empêcher ? Si je ne puisprêeher tous les jours, je prêcherai deux fois la semaine ; et si je n'ai assez de force pour me faire entendre dans les grandes chaires^ je parlerai dans les petites; et si je n'avaiâ pas encore assez de voix pour cela, qui e$t-ce qui m'empêcherait de parler simplement et familièrement à ces bonnes gens, comme je vous parle à présent, Icsfaitïant ajiprocber et mettre autour de moi comme vous êtes? Je sais des vieillards qui, au jour du jugement, pourront s'élever contre nous, et entre autres un bon père Jésuite, homme de sain le vie, lequel après avoir précbé plusieurs annëe|^ à la Cour, ajant été atteint à Tàge de soixante ans d'une maladie qu^f .le mena à deux doigts de la mort. Dieu lui fit connaître combien ït \y avait de vanité et d'Inutilité en la plupart de m^ discours étudiés et ipolis^ desquels il se servait en ses prédications, eu sorte qu'il en ressentit plusieurs remords de conscience : ce qui fut cause qu'avant to^M couvre sa santé, il demanda et obtint de ses supérieurs la permission" d'aller catéchiser et exhorter familièrement les pauvres de la campagne. Il employa vingt ans dans ces charitables travaux, et y persévéra jusqu'à la mort; et se voyant près d*expirer, il demanda une grâce, qui fut qu'on eulerrâi av€€ sou corps une baguette dotil il se servait en ses catéchismes, afin» dirait il, que cette baguette rendit temoiguage comme il avait quitté les emplois de la Cour pour servir Kotre- Seigneur eu la personne des pauvres de la campagne.

« Quelqu un de ceux qui cherchent à vivre longtemps pourrait poat-ètre appréheuder que le travail d^ missions ne viat a raccour^

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cir ses jours et avancer Theare de sa mort, et poar cela tâcherait de s*en exempter, autant qu*il lui serait possible, comme d*un malheur qu'il aurait sujet de craindre; mais je demanderais à celui qui aurait un tel sentiment : Est-ce un malheur à celui qui voyage dans un pays étranger d'avancer son chemin et s'approcher de sa pairie? Est-ce on malheur à ceux qui naviguent d'approcher du port? Est-ce un malheur à une Âme fidèle que d'aller voir et posséder son Dieu? Eiifin, est-ce nn malheur aux missionnaires d*aller bientôt jouir de la gloire qne leur divin maître leur a méritée par ses souiïrances et par sa mort? Quoi! a-t-on pcurqu*une chose arrive, que nous ne saurions assez désirer et qui n'arrive toujours que trop tard?

• Or, ce que je dis ici aux prêtres, je le dis aussi à ceux qui ne le sont pas, je le dis à tous nos frères. Xon, mes Frères ! ne croyez pas que parce que vous n*étes pas employés à la prédication, vous soyez pour cela exempts des obligations que nous avons de travailler au salut des pauvres, car vous le pouvez faire en votre façon, pcul-ùtre aussi bien que le prédicateur même, et avec moins de danger que pour vous; vous y êtes obligés étant membres d'un même corps avec nous, tout de même que tous les membres du sacré corps de Jésus- Christont coopéré, chacun en leur manière, à l'œuvre de notre rédemption; car si le chef de Jésus-Christ a été percé d'épines, les pieds ont été aussi percés des clous avec lesquels il était attaché à la Croix : et n, après la résurrection, ce sacré chef a été récompensé, les pieds ont aussi participé à cette récompense et partagé avec lui la gloire dont il a été couronné. »

S II. SenîimenU de M. Vincent touchant les vertus les plus nécessaires aux missionnaires^ etàlamaniére de prêcher qu'ils devaient tenir.

Ce grand serviteur de Dieu étant rempli d'un esprit vraiment apostolique, pouvait bien connaître quelles étaient les vertus les plus couvc- Dables et nécessaires aux missionnaires, puisqu'il les possédait toutes en nn degré très-éminent, et qu'il les avait très-parfaitement pratiquées, comme il se verra en la troisième partie de cet ouvrage. Ce n'était donc pas tant par son raisonnement que par sa propre expérieucc qu'il disait qu'entre toutes les vertus, les missionnaires avaient particulièrement besoin d'une profonde humilité, et d'une grande défiance d'eux-mêmes, pour ne pas attribuer à leur industrie ni à leur travail la conversion des Ames, et les autres bons succès de leurs missions ; mais en rendre fidèlement toute la gloire à Dieu, ne retenant rien peureux sinoula confusion de leurs défauts et de leurs manquements. Il estimait aussi qu'ils devaient avoir une grande foi el mv^ ^^tl^xXft

confiance ou Dieu pour ne se laisser aller au découragement dans les peines et les contradictions, et ne se rebuter pour les difficultés qui se rencontrent dans leurs emplois; une grande charité et un zèle trèsardent du salut (les âmes, pour les aller chercber, et les secourir et servir; une grande douceur et patience pour les attirer et supporter; une grande simplicité et prudence pour les conduire droitement à Dieu ; un grand détachement des choses de la terre pour être plus libres dans les travaux qu'ils entreprennent pour Dieu, et plus propres pour inspiriTaux autres Taffection des biens du ciel ; une continuelle morlificalion de corps et d*esprit, afin que les mouvements de la nature n*empùchcnt point en eux les opérations de la grâce ; une indifférence àTégard dos emploi?, des lieux, des temps et des personnes, pour n'avoir autre prétention en toutes choses que de faircia volonté de Dieu ; en sorte que ceux-là môme qui parleraient en public fussent toujours disposés à consentir bien volontiers qu'un autre vint prendre leur place et occuper leur chaire au milieu d'une missioQ|Si telle était la volonté du supérieur ; et pour ce sujet, il ordonnait particulièrement à ses missionnaires de déférer aux religieux et aux autres prédicateurs qu'ils trouveraient dans les paroisses, surtout lorsqu'ils y avaient des stations, leur cédant volontiers la chaire et leur témoignant toute sorte de respect. Enfin, il voulait que ses missionnaires fussent personnes d'oraison et de bon exemple, estimant que, par ce moyen, ils feraient plus de fruits qu'avec toute la science et l'éloquence qu'ils pourraient employer; l'oraison attirant en eux une abondance de grâces et d onctions intérieures, et le bon exemple disposant les esprits pour bien recevoir ce qu'ils leur communiqueraient après l'avoir reçu de Dieu.

Pour ce qui est de la manière de prêcher dans les missions, Toicice que M. Vincent en écrivit à l'un de ses prêtres des l'année 1633 :

• J'ai appris de diverses personnes, lui dit-il, la bénédiction qu'il plait à la bonté de Dieu de répandre sur votre mission de N. Nous en avons été tous fort consolés ; et parce que nous reconnaissons que celte abondante gnlce vient de Dieu, laquelle il ne continue qu'aux humbles, qui reconnaissent que tout le bien qui se fait par eux vient de Dieu ; je le prie de tout mon cœur qu'il vous donne de plus en plus l'esprit d'humilité dans toutes vos fonctions, parce que vous devez croire très assurément que Dieu vous ôtera cotte grAce, de sorte que vous viendrez à donner lieu en votre esprit à quelque vaine complaisance, vous attribuant ce qui n'appartient qu'à Dieu seul Humiliez-vous donc grandement, Monsieur, dans la vue que Judas avait reçu de plus grandes grâces que vous, et que ces grâces avaient eu plus d'effet que Jrs votre/t. et que, nonobslanl cela, il s'est perdu. El que profilera- t-il

donc au plus grand prédicateur du monde et doué des plus excellents talents, *d*avoir fait retentir ses prédications avec applaudissement dans toute une province, et même d'avoir converti à I)ieu plusieurs milliers d*àmes, si, nonobstant tout cela, il vient à se perdre luimême?

« Je ne vous dis pùô ceci, xVonsieur, pour aucun sujet particulier que j'aie de craindre cette vaine complaisance ni eu vous, ni en >\ qui travaille avec vous ; maib utin que si le démon vous attaque de ce côté-lù, comme sans doute il le ierd, vous apportiez une grande attention et fidélité à rejeter ses suggcbtioiis, et a honorer Thuinilité de A'otre- Seigneur. J 'avais ces jours passes pour le sujet de mon entretien la vie commune que Aotre-Seigneur a voulu mener sur la terre; et je voyais qu'il avait tant aimé cette vie commune et al)jecte des autres hommes, que pour s'y ajuster, il s'était abais>se autant qu'il avait pu« jusque la même (ô chose merveilleuse et qui surpasse toute la capacité de 1 entendement humain!) qu'encore qu'il iùt la sapience iucréée du Père étemel, il avait voulu néanmoins prêcher sa doctrine avec un style beaucoup plus bas et plus ravalé que n'a été celui de ses apôtres. Voyez, je TOUS prie, quelles out été ses prédications, et les comparez avec les épitres et prédications de saint Pierre, de saint Paul et des autres apôtres. 11 semblerait que le style dont il use est d*un homme qui a peu de science, et que celui de ses apôtres parait comme de personnes qui en avaient beaucoup plus que lui, et ce qui est encore plus étounaut est qu'il a voulu que ses prédications eussent beaucoup moins d'effet que celles de ses apôtres; car Ton voit dans l'Evangile qu'il gaguases apôtres et ses disciples presque un à un, et cela avec travail et fatigue : et voilà que saint Pierre en convertit cinq mille dès sa première prédication. Certainement cela m'a donné plus de lumière et de connaissance, comme il me semble, delà grande et merveilleuse humilité du Fils de Dieu qu*aucune autre considération que j'aie jamais eue sur ce sujet.

• ^ous disons tous les jours à la sainte Messe ces paroles, in spiritu kumiUîalis, etc. Or un saint personnage me disait un jour comme l'ayant appris du bienheureux évoque de Genève, que cet esprit d'iiumilité, lequel nous demandous u Dieu en tous nos sacrilices, consister principalement à nous tenir dans une continuelle attention et disposition de nous humilier incessamment, en toutes occasions, tant intérieurement qu'extérieurement. Mais, Monsieur, qui est-ce qui nous donnera cet esprit d'humilité? hélas ! ce sera Notre-Seigneur, si nous le lui demandons, et si nous nous rendons liUèles à sa gn\ce et soigneux d'en prodoire les actes. Taisons-le donc, je vous en supplie, et tâchons pour cela de nous ressouvenir l'un de l'autre, quand nous prononce-

fans ces mêmes paroles au saint autel; je reapère de votre cliaril^.j

Ei parlant uu jouraux paMres de sa maison sur ce mùme sujet faut, leur disait-il, que la Compagnie S€ donne à Dieu, pour f^xpîîqv par des coaipartiisons familières ks vérilés de l'Évan^^ile^ lorsqu'^ iravailie dam ks misions. Etudioniiï-nous doue pour far onner not e^nil k celte metliode, imitanteu ci^la Nuire-Seigueur, lequel, comm^j (luk Ëaiut i]vangéii8te,stftej?ar£i6aN£ loquebainr ad i^os. ^'employo^^ que sobrement dans les prédieaUoti:^ les passages des auteurs profaucfe, encore laui-iL que ce ue soit que pour servir de marche-pied à^i iiaiute Écriture. ^ .^Ê

li recommandait aussi à ses tniâsiounaires de ne se laisser emporter à nue ferveur exeessive dans leurs prédications, et ne pas tant élev^^ je ton de leur voix ; mais de parler au peuple simplement, et &l||^| une \oi\ médiocre f tant pour mteu?i prolîler a leur auditoirCf qui écoule plus volontiers, et reçoit mieux ce qui lui est dit de la sorle^ que pour mcoager leur force et leur santé* Car ayant à prêcher souvent, et presque tous les jours, pendant une i)oune partie de Tannée, et même eu quelques occanions deux fois le jour, ils ^e réduiraient eux-mêmes dans rimpuisâancc de couliauer, si à force de crier ils Venaient à gâter leur voix et leur poitriuep Voici ce qu'il en écrivit uu jour à Tuii de ses pnStres :

« On m*a averti, lui dit-il, que vous faites de trop grands efforts ( parlant au peuple, et que cela vous affaiblit beaucoup. Au nom de Di€ iti>nîiieur^ meua^e/. votre sauté et modérez votre parole et vos senti tneuls. Je \ous ai dit autrefois que Nolre-beigneur bénit les discours r qu'on fait en parlant d^unton commun et familier, parce qu*il ilIiJH même enseigne et prè*'hé de la sorte, et que cette manière de parier étaut uaturciie, diC est aussi plus aij^ee que lautre qui est forcée, et k ^peuple la goûic mTeuxel CDprallledavautageXroirtcâ£-vous, Mousie ^que les comédiens avant reconnu cela ont change leur manière de par 1er, et ne tecUent piub ieurs vcrt^ avec uu tonekve, comme ils laisaiei 'ttuireiois; mais ns le fout avec une voix médiocrei et comme pari lamiiicremeut a ceux qui les écoutent. C'était uu personnage qui a de cctie condition lequel me le disait ces jours passea. Or si le désir plaire davantage au monde a pu gagner cela sur 1 esprit de ces acte de tliéùtre, quti ï^ujet de confusion serait-ce aux prédicateurs de J tlirist Hi i ïOiectiou et le zèle de procurer ie Mlut des âmes n'avait le même ijouvoir sur eux,

« Au rc6te j ai été bnn con triste de ce qu'au lieu de faire le grand cateelusme leiKiir, youi$ avez fait deb prédications dans votre mission, ce qui ne se doit pas : I ^ parce que le prédicateur du matin peut avoir peine de cette ftocoude prédiealiou; 2** parce que le peuple a plus

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besoin de ce ealëchiAme, et qu'il en profite davantage; 3° parce qu'en faisant ce caléchisme il semble qii'il y a en quelque façon pins de sujet d'honorer la manière que Notre-Seiprneur Jésus-Christ a tenue pour instruire et pour convertir le monde; 4** parce que c'est notre usage, et qu'il a plu à Nolre-Scigncur de donner de grandes bcnélictions à eelte pratique, en laquelle il se trouve plus de moyen d'exercer Tbumiiité. »

S in. L'ordre que M, Vincent observait et a voulu être observé par ' les siens dans les Missions.

Puisque toutes les choses qui viennent de Dieu sont dans Tordre', comme lo saint Apôtre nous enseigne, et que c'est l'ordre, ainsi que Al aaint Augustin, qui nous conduit à Dieu', les missions étant des OQTragesde la grâce divine pour aider les Ames à retourner à Dieu, lorsqu'elles s'en sont éloignées par le péché, il fallait par conséquent qu'elles se fissent avec ordre, et que chaque troupe de missionnaires Ât comnic une petite compagnie de soldats bien disciplinés, ou comme ane petite armée bien rangée, laquelle ])ar nm bon ordre se rendit terrible et formidable aux ennemis de Jésus-Christ ^

C'est la raison pour laquelle M. Vincent se prescrivit dès lecomnenccment un ordre dans ses missions, qu'il a voulu depuis être nbseryé par tous les siens en la manière suivante. Premièrement les minionnaires ne vont point travailler aux missions, en quelque lieu que ce soit, qu'ils n'aient un mandement de M. l'évèque du diocèse, pour le présenter à messieurs les curés, desquels ils doivent, avant que de commencer aucune fonction en leurs paroisses, obtenir le consentementy et recevoir la bénédiction, ou en leur absence de leurs vicaires: et en cas de refus de leur part, les missionnaires s'en retournent, prenant humblement congé d'eux, pour imiter et honorer l'acquiescement de Kotre-Scigncur au refus qu'on lui a fait quelquefois en pareilles occasions, et aiusi qu'il est rapporté dans l'Évangile.

Ayant obtenu le mandement du prélat, et le consentement du curé en la paroisse duquel la mission .se doit faire, un prêtre va en faire l'ouTeistiire un jour de fête ou de dimanche par un sermon quil fait ordinairement le matiu, pour avertir h s habitants de la venue prochaine des missionnaires et du service qu'ils désirent leur rendre, et pour les exhorter à pcuitcn<:e, et se disposer pour faire de bonnes confessions. £t le même jour après vêpres il fait pour l'ordinaii^e en-

' QasBà Deo lant. ordinata «tint. Àd Rom,, 13. ' Ordo dox sd Oeum. Aug, lib, de ord, cap. i . * TvriiaiU ut cailMram ac&et ordlatU. Canticor., 6.

core an autre sermon pour les instruire de la manière de bien f leurs confessions, et particulièrement de se bien examiner, leur pliquant brièvement les péchés plus ordinaires qui se commettent ( tre les commaudements de Dieu, ou bien quelque autre pièce f pour les exciter davantage à la pénitence.

Quelques jours après, les autres missionnaires destinés pour trav 1er en cette paroisse étant arrivés, ils commencent de s'appliquer exercices et fonctions ordinaires des missions, qui consistent pri paiement à prêcher, faire les catéchismes grands et petits, entei les confessions, moyeuner les réconciliations et accommodement ceux qui sont en quelques inimitiés ou discorde, visiter et cons les malades, faire la correction fraternelle aux pécheurs impénitc remédier autant qu'il se peut aux abus et désordres publics, et g< paiement s'employer à toutes les œuvres de miséricorde et cha spirituelle qui leur sont convenables, et dont la Providence di leur fournit des occasions; sans oublier néanmoins leurs exen propres et particuliers de l'oraison mentale, de l'office divin en c mun, du saint sacrifice de la Messe, des examens généraux et part liers, et autres semblables pratiques spirituelles.

Ils ont aussi toutes leurs heures réglées, soit pour le lever, le < cher, la réfection, la méditation, la Messe, l'office divin et autres e cices que nous avons dit; soit pour les prédications, catéchismes, fessioQS et autres fonctions propres de la mission^ auxquelle s'appliquent avec une grande assiduité.

Ils fout ordinairement tous les jours trois sortes d'actions pi ques; c'est à savoir une prédication dès le grand matin, afin qu pauvres gens des champs y puissent assister, sans se détourne leurs ouvrages accoutumés ; le petit catéchisme à une heure après n et le grand catéchisme, au soir, au retour de leur travail.

Les sujets plus ordinaires de ces prédications, outre les deux qi font à l'ouverture de la mission, dont il a été déjà parlé, sont des ties de la pénitence en particulier; des fins dernières de Thomm* l'énormité du péché, des rigueurs de la justice de Dieu à l'égarc pécheurs, de Tendurcissement du cœur, de i'impénitence finale, i mauvaise honte, des rechutes dans le péché, de la médisance, de vie, des haines et inimitiés, des jurements et blasphèmes, de l'inl pérance au boire et au manger, et autres semblables péchés q commettent plus ordinairement parmi les gens de la campai comme aussi de la patience, du bon usage des afflictions et de la j vreté, de la charité, du bon emploi de la journée, de la manièi bien prier Dieu, de fréquenter dignement les sacrements^ d'ass

dé? otemeut au saint sacrifice de la Messe, de rimitation de Notre- Seigneur^de la dévotion envers sa très-sainte Hère, de la persévérauee, et autres semblables vertus et bonnes œuvres qui sont propres aox personnes de cette condition.

On change l'ordre et le sujet des prédications, selon les occasions et ka besoins, et on en retranche ou Ton en ajoute d autres, à proportion ijfifi la mission est plus longue ou plus courte, et cette durée se règle lelon l'étendue des lieux, le nombre et la disposition des personnes : en sorte que Ton continue ordinairement jusqu'à ce que tous les habîlaats du lieu, grands et petits, soient suffisamment instruits et mis CQ état de salut, par le moyen des confessions générales auxquelles on les excite autant qu'il se peut.

Pour ce qui est du grand catéchisme qui se fait le soir, les matières ordinaires bont, premièrement, l'explication des mystères principaux de la religion, c'est a savoir de la très-saiute Trinité, de riucarnalion da l:*iijs de Dieu et du très-saint Sacrement de Tautel ; ensuite des commaudemeuts de Dieu, de ceux de r£glise, et puis des Sacrements, des articles du Symbole, de l'Oraison dominicale et de la Salutation angélique. Le tout a proportion de la durée de la mission, comme il a été dit Ci-dessus au sujet des prédications du matin. £t si la mission ne dure pas assez de temps pour expliquer toutes ces choses, on se réduit aux plus importantes et nécessaires, que l'on enseigne brièvement et familièrement, selon la portée des auditeurs.

Ou fait ce catéchisme comme il a été dit, vers le soir, dans la chaire du prédicateur pour uue plus grande commodité des auditeurs, et Ton commence ordiuairemeut par uue courte récapitulation du précédeut catéchisme, sur lequel ou lait aussi quelques interrogations aux eniaots peudaut un petit quart d'heure, ensuite de quoi on explique le sujet duquel on doit tiaiter, et après cette explication à laquelle 00 donne un peu d'étendue, on en tire quelques fruits et quelques moralités, pour joindre ensemble rinstruction et l'éditication des auditeurs.

Le petit catéchisme se fait à une heure après midi, pour Tinstruction des petits enfants; on le commence le premier jour par une petite exbonation familière, par laquelle on les convie d'y assister, et on leur donne des avis nécessaires pour s'y bien comporter. Et puis les jours suivautson leur faitdes instructions sur la Foi, sur les principaux mystères de notre religion, sur les commandements de Dieu et sur les autres matières qui se traitent au grand catéchisme; mais le tout fort familièrement et proportionnémcut à la portée de leur petit esprit Ce petit catéchihme se fait sans monter en chaire, le caléchisle se T. I. 17

teuaiit parmi les eufants, auxquels il fait à la fin chauUr les €ommandemeiUs de Diou, pour les mieux inculquer dans leurs esprits.

Sur la fin de la mission l'on prépare ayee un soin particulier les enfants qui n*ont point encore reçu le très-saint Sacrement, et qui sont jugés capables de le recevoir, à faire leur première communion; et outre les instructions particulières qui leur sont faites pendant la mission, on y ajoute encore une exhortation la veille de la communion, pour les y mieux disposer, et une autre immédiatement devant leur communion en présence du très-saint Sacrement pour les exciter à une plus grande dévotion et révérence envers cet adorable mystère. Et après les vêpres on fait une procession solennelle, en laquelle on porte le très-saint Sacrement, et les enfants qui ont fait leur première communion, y assistent et marchent deux à deux devant le saint Sacrement, ayant chacun un crerge en main, et le clergé avec la peuple ensuite. Et au retour de cette procession, on fait encore une autre briève exhortation aux enfants et au peuple, et enfin pour action de grâces et conclusion de cette cérémonie, on chante le Te Deum laudamus. Et quelquefois on chante le lendemain de bon matin une messe d^action de grâces, à la fin de laquelle on fait une prédication de la persévérance, si on ne Ta faite quelque jour précédent. C^est encore un usage introduit par M. Vincent dans les missions d*établir, quand il se peut commodément dans les lieux, la Confrérie de la Charité, composée de femmes et de filles pour l'assistance corporelle et spirituelle des pauvres malades; et pour cet effet, vers la fin de la mission, Ton fait quelques exhortations particulières sur le sujet de la charité envers les pauvres, et des règlements et pratiques ordinaires de cette confrérie.

Lorsque les confesseurs n'ont plus guère d'emploi àîla fin de la mission, on prend soin de faire confesser tous les petits enfants, qui n'ont pas encore atteint Tâge propre de communier, et que Ton voit néanmoins avoir assez de discernement pour commettre des péchés el offenser Dieu ; pour les disposer à ce sacrement, et leur apprendre à se bien confesser, on leur fait quelques petites instructions particulières, proportionnées à la portée de leurs esprits : en quoi on tâche de remédier à deux abus qui se trouvaient autrefois en la plupart des paroisses des champs; l'un est qu*en quelques lieux Ton faisait confesser les petits enfants publiquement et tous ensemble; et en d'autres on ne les faisait point confesser du tout, sinon quand ils étaient en Tàge de communier.

Enfin pendant tout le temps de la mission, ou visite souvent les malades, et surtout les pauvres, leur procurant autant qu'où peut

loutes sortes d'assistances corporelles et spirituelles, et les dispof^afht ^taidaut a faire de bouues coui'cssions géuérales, pour mettre letir salut in plus grande assurance.

On voit aussi les maîtres et niailresscs d'école, et on leur donné le6 instructions et les avis nécessaires pour s'acquitter dignement de leurs cbargesy et pour porter les enfants à la vertu, et leur inspirer la piétë. 11 y a encore une chose que M. Vincent observait dans les missions et voulait être exactement observée des siens, cestà savoir do faire les iustruciious et rendre tous les services dont a été parlé, gratuitement, et sans être en aucune façon a charge aux personnes auxquelles ou reuu cet oflice de ciiarité, si ce n'est simplement pour le logcmeiAl et ies usLensiies nécessaires, qui ne se [)euvent pas commodemeut poricr; et que les prèlresde sa congrégation ont toujours depuis Uivioldbicmeut observe.

Outre toutes ces fonciious qui se pratiquent à Tégard des personne» laïques, M. Vincent >oulait encore que ses missionnaires s cmpiojadâcnli comme ils ionl, piuaant le temps de leurs missions, à n;udre tousies services qu'us pcu\ eut aux ecciesiastiques des lieux o(i lib travaiâieut, particulièrement par le moyen des conférences spirituelles, Uaus lesquelles ils tiaueni avec eux des obligations de leur é44&l|deb ueiautd qu'ilâUuivent prmcipaiement eviler,Ues vertusqu'ils bout obuges Ueprauquer, cl qui leur sont les plus propres et conveuabies, cl autres semuiabica sujets.

Or, quoique duus le cojuuieaeemeut, comme il a été dit ailleurs, là. N lueeul se renuil exUememeiAL asMdu aux misbions, voyant la néccb&iie ue ce ciianiable empioi, ei 1 aUeelion des peuples pour en proUicr, eu sorte que, loi^qu n eiait oblige de relouruer a i^aris, il iui&embiait, comme u a dit queiqueiois, que les portes de la xtHe Ue^ %aieut lumiicr bur lui, tant u lal^alt &erujiuie ue vaquer a autie chose qu au baïUL de ces pauvicd uiars, qui ae perdaient laulc d asbistauce, ueaumoiUb ayaut i'ccuuuu pur bapioiiie cjkpei ieiiee que cet emploi qui cot gicUiaemcui pénible, et qui a aiueuia uissipo beaucoup l'esprit, ujù »c peut cuutinuer baus qucique reiuciie; eeia lUi lit preiiiire resomuua de uouuer cuaque unuee quelque temps de repos aux ouvriers qui U'uv allient uaiis leb mibaioubj et u lui bcuiula que le plus propre puui' ccàtt était cciUi de la niui^sun et des >cndanges, les gens de la Ccuupa^ue se trouvant aiuib bi lurt oeeupea a leur recuile, qu'ils ne peu veut, bUiib a lueuuimouer iioiabieiiiciii, assibier aux exercices de la mibbiou. il uebtiua Uuiic eette balcon, laat pouruuiuier temps Uux misbiunnaircb u ctudier, composer ei pieparer les matières qu lis uoiveut precUer et cuaeiguer daas leuia miaaioas suivantes; que jjOUf leur donner aubsi moyen, après avoir seivi les autres, de travailler pour

f^a^mêmes et pour lear propre perfection, vaquant avec plus de loisir et de Iranquillilé à la récollection et à la prière, conformément à ce que Kotre-Seigneur fit faire à ses Apôtres, lorsqu'un jour étant re« t<xurnés des lieux où il les avait envoyés prêcher, et lui ayant rap* p<^té ce qu'ils y avaient fait, il leur dit : « Venez un peu à l'écart dans un lieu solitaire, pour y demeurer quelque temps en repos et en tfianquiliité ' . » Et c'est ce que M. Vincent procurait à sesmissionnai. 1*^,. pendant ces vacances spirituelles qu'il leur faisait prendre, dont iJis, employaient, comme ils font encore, une bonne partie à faire les ^^rcices de la retraite, les confessions annuelles, etle renouvellement 4^jiçur intérieur. Car il arrive assez souvent aux personnes qui travaillent pour le salut des autres, et qui vaquent aux fonctions apoeto- .4j4^^9C6 V^^ i'^u ^^^^ AU^ horloges, lesquels en servant lepublic« se démontent et s'usent; et pour cela ont un besoin particulier de céparer le déchet que cause la dissipation extérieure par l'exercice du irecueillement intérieur. Et à ce propos M. Vincent disait quelquefois : .«t Que la vie d'un missionnaire devait être la vie d'un chartreux à la jnaison, et d'un apôlre à la campagne, et qu'à proportion qu'il travaillera plus soigneusement à sa perfection intérieure, ses emplois et fi»» travaux seront aussi plus fructueux pour le bien spirituel des au- Irosi Et dans une lettre qu'il écrivit en l'année 1631 àundesesprètresy lui parlant sur ce même sujet : « Nous menons, dit-il, une vie presque aussi solitaire à Paris que celle des chartreux ; parce que, ne prêchant, ne catéchisant, et ne confessant point à la ville, personne n!a ai£aire à nous, et nous n'avons aussi affaire à personne ; et cette solitude nous fait aspirer au travail de la campagne, et le travail à JA,8olitude. »

S IV. Avis que H. Vincent donnait à ses Missionnaires, touchant la manière d'agir avec les hérétiques dans les Missions.

; :. ^ Gomme il se trouve souvent des hérétiques dans les lieux où se font Jles ^lissious, particulièrement en quelques provinces, telles que sont cdSm de Guienne, du Languedoc, du Poitou, etc., où cette zizanie s'estxépandue plus que dans les autres; aussi H. Vincent, dont la chjirité n'avait point de bornes, et qui embrassait le salut de ces dé- .VQjés.avec autant d'affection que celui des autres, voulait que ceux ik «a compagnie s'employassent selon leur pouvoir dans leurs missions, à procurer la conversion de ceux qu'ils y rencontraient; mais pojui: y bien réussir, il leur prescrivait diverses maximes, que l'expéjri^iiiUQ lui avait fait connaître très-propres pour cette lin. ,.. J'cen^èremeut, il estimait que les contentions et disputes en matière iA.A.\eaUe4iMrBttm in desertum locurn, et rcquic<^cit«. Harc, 6.

de religion, et partiealièrement celles qui se font avec l'esprit à^hk^ greur, et avec des paroles piquantes, n'étaient en aucune façon pto^ |MW pour convertir les hérétiques; c'est pourquoi il recommandait inz siens de les éviter absolument, surtout les invectives et les ro^ proches. Il disait à ce propos que les gens doctes ne pouvaient rieti' gagner avec le diable par la superbe, d'autant qu'il en était plus rem-< pK qa'enx ; mais au contraire qu'il serait aisément vaincu par l'humi-^ lité, parce que c'était une arme dont il ne pouvait se servie. Il ajou^ tait snr ce même sujet qu'il n'avait jamais vu ni entendu qa*aucun hérétiqae eût été converti par la subtilité d'un argnmenti mais- bien par la douceur et par l'humilité.

Or, quoique M. Vincent ne fût pas d'avis que ses missionnaires s'enr gageassent aux contentions et disputes contre les hérétiques, il leot noommandait pourtant d'apprendre soigneusement tout ce qui appan tient à la théologie polémique et aux controverses, pour être toq4 jours prêts, selon la maxime du Prince des Apôtres, de rendre raison de leor foi , d*en soutenir la vérité, et de convaincre de fausseté leb orreors contraires; conférant à l'amiable avec les hérétiques, être* pondant doucement à leurs objections, plutôt pour les convertir que poar les confondre. Et de tout temps il les a obligés de faire des ecmférences et une étude particulière sur ce sujet. Voici ce qu'il en écrivit dès Tannée 1 628, de la ville de Beauvais, où il était alors, à celui auquel il avait laissé en son absence la conduite du collège des Bons- Enfants à Paris.

« Comment se porte la compagnie, lui dit-il, chacun est-il en bonne disposition et bien content? les petits règlements s'observefit-ils? étudie-1- on, s'exerce-t-on sur les controverses? y observez- vous Tor-^ dre prescrit? Je vous supplie. Monsieur, qu'on travaille soigneuses ment à cela ; qu'on tâche de bien posséder le petit Becan, il ne se peut dire combien ce petit livret est utile à celte fin. Il a pin à Dien se ser^ vir de ce misérable (c'est de lui dont il parle) pour la conversion <te trois personnes depuis que je suis parti de Paris; mais il faut que j'avoue que la douceur, l'humilité et la patience, en traitant avec ces pauvres dévoyés, est comme Tàme de co bien. Il m'a fallu employer deux jours de temps pour en convertir un, les deux autres ne m'ont pas coûté de temps. J'ai bien voulu vous direcela à ma confusion, afin que la compagnie voie que s'il a plu à Dieu de se servir du plus ignorant et du plus misérable de la troupe, il se servira encore plus efiicacement de chacun des autres. •

C'était donc sa maxime de joindre à la doctrincet à l'étude des coutroversea ane bonne provision d'humilito, de douceur, de patience, pour s'en servir lorsqu^il sera question de converser ou de conférer

atea les h^^rc^tiqiies ; il voulait mt^me qn'on leur trmoign.1t quelque sorU de respect et d'affeetion, non pour les flatter dans leurs erreurs, mais pour cracrner plus facilement et plus efficacement leurs esprits ; surtout il estimait que la vie vertueuse et exemplaire des catholiques, et parhculièrement des ecclésiastiques et des missionnaires, aurait plu» do fçrce qu'aucune autre chose, pour les retirer de rcireur, et leur, feiro embrasser la véritable reliîjion : c'est ce qu'il a souvent inoulqtK' dans ses lettre*!, comme entre les autres écrivant au supérieur 4leiki nloison de Sedan, il lui parle en ces termes :

•" liWRqutilcroi vonsenvoya à Sedan, cefutfi condiiion de ne jamais disputer contre les hérétiques, ni en chaire, ni en particulier, sachant que cefanerlde |wu,etquebien souvent on fait plus de bruit que de fruit; La hfvnrte vilf^ et la bonne odeur des vertus chrétiennes mises en pratique, attire le»;4évoyés au droit chemin, et y confirme les catholiques : 0 cfïl; ainsi qtie la compacrnie doit profiter à la ville de Sedan, en ajoulaht aux bons'excinples les exercices de nos fonctions, comme d'instruire le peuple de notre façon ordinaire, de prêcher contre le vioe et le» TOautaifaes mœurs, d'établir et de persuader les vertus, montrant leur néoemiti^v^^^'ir beauté, leur usage et les moyens de les acqutTir : è'esl à 'q»Toi principalement vous devez travailler. Que si vous désirez pavlet ée quelques points de controverse, ne le faites point si rÉvan<îiïeda jour ne vous y porte ; et alors vous pourrez soutenir et ï>rouver; lek ivérités que les hérétiques combattent, et même répondre à leurs raisons, sans néanmoins les nommer, ni parler d'enXi » ■

Et l>in des frères de. la Congrép^ation de la Mission, qui était fort habile en chirnrîrfe, ntant eu mouvement d'aller contribuer parles bienfaits de f<on art efcdci^a charité à l'établissement de la foi dans l'île de Mrfrfaça'ïCffrr M.: Vincent l'envoya pour s'embarquer à la Rochelle aoittoi<»'<*e décembre* de l'année IG59, avec quelques prêtres de sa nïé'mfi-eorrtnaçnie. Mais ce bon frère ayant remarqué que plusieurs hni»!Tenotsdevrtien% faire le même voya;;e, et s'embarquer dans le nx^me navire «qui les devait mener eti celte île, il eu conçut un grand déplaisir qu'il fit oomiaitre à !^L Yinoent par une de ses lettres, à laiqueJleee sap:«»Mpérleurdc8'mifif*ior.naire» lit la réponse qui suit :

« Je suis fort alllifçé, lui dit*il^ du-savoinque vous ave/, des hérétiqiftCAdans votre xtïis«eau, cl par ^.ons«'quent beaucoup à souffrirde leur part. Mais enfin Dietiest le rttaîtw,«t itl'à ainsi. permis pour des raisons que nous ne savons pas ; peut-être pour voua obliger d'être plu> retenu en leur présence, plus' humble, et pluedévoi^eiàvers Dieu, cl plusHvtritable oHvers le prochaihvafin quii^ v^oul la>faeBiU;é.et la wintetë'de iiotrerelî^ion, et qu4k» soiaNtrpiy>ee.'iiMjeA OKcitéi'd^jf

, I revenir. Il faudra Hoigucusemeiit éviter toutes sortes de disputes et d'invectives avec eux, vous inootrer pationt et dibonimire en leur •ndroit, lors mt^nie qu'ils s'ochapporont contre vous, on contre notre i-réance et nos |)ratiqui*s. La vertu est si hellc et si aimal)!e, qu'ils seront contraints de l'aimer en vous, si vous la pratiquez bien. II est à souhaiter que dans les services que vous rendez à Dieu sur le \ai>fcau, vous ne lassiez point aceOi»tion de personne, et ne nietliez pas différence qui paraisse, entre les catholiques et les liuy:ucnois, afin que ceux-ci connaissent que vou^ les aimez en Dieu. J'espire que vis bons exemples profiteront au \ uns et au\ autres. Aviz Foin de votr.î «aoté, je vous en prie, et de celle de nos missionnaires, etc. »

> V. Des fruits en ijènèrnl qui oui êlt' produit.^ par les Missinus th 31. Vincent et des siens.

Puisque, selon la maxime de TKvangile, Ton connaît l'arbr.* par les fruits, et qu'il n'y a point de marque |:lus assur('»e de sa b;)nlé et fertilité, que de voir l'abondance et l'utilité des fruils qu'il pi(»'luil, nous ne saurions mieux connaître l'exeellence et rnlilitê des missions et des emplois des missionnaires institués par M. Vincent, ({n'en rap portant leseflets salutaires qu'ils ont causés et les grands biens qu'ils ont produits dans toute l'Église. >'ous dirons premièrement quelque chose de ces* fruils en général, et |)uis nous viendrons au détail et au particulier, le tout néanmoins simplement et sans aucune exagération; carnousne prétendons pas ici faire un panégyrique, mais un simple récit, dans lequel toutefois le lecteur trouvera d'autant plus d« satisfaction et même d'édification, qu'il y verra la pure vérité des choses rapnoriée sans aucun artifice et avec plus de sincérité.

>ous avcms dit en la première partie comme, avant même (pic M. Vincent eùl institué sa Congrégation, il commença ses premières missions dè>^ l'année 1017, et les eontinua jusqu'en l'année M)2.>, non-'>eulementdans les bourgs et villages de plusieurs diocèses, mais aussi dans riiô|)ital des Petites-Maisons de Paris et dans celui des galériens, et à Bordeaux dans les galères ; à quoi il fut aidé par plusieurs ecclésiastiques d'érudition et de piété, et méuie de condiliiiii 1 1. de naissance. On ne sait pas le nombre de ces missions 'pi'il a lai les lui même en personne, durant C(*s sept ou huit premières années, mais il est constant qu'il en fit presque en toutes les terres de la maison lii? Goiidy, y comprenant aussi celles de madame la générale des galères ; ([ui allaient à près de quarante, tant villes que bourgs et village: , et (|u*i»utre celies-làil en a fait en lraiieou|) d'autres lieux. Depuis la naLsçancede la Oiugrégationde la jMissie.n qui fut en l'année li'iô, iasqu*en l'année 1032, qu*elle fut établie à Saint-T.azare, il a fait par

lui oa par les siens tout au moins cent quarante missions. £t depuis Tannée 1 632 jusqu'à la mort de ce grand serviteur de Dieu, la seule maison de Saint-Lazare en a fait par son ordre près do sept cents, en plusieurs desquelles il a lui-mî^me travaillé avec grande bénédiction. A quoi, si on ajoute toutes celles que les autres maisons de sa comf^agnic établie en plus de vingt-cinq diocèses, dedans et dehors le royaume de France, ont faites sous sa conduite, qui est-ce qui pourra concevoir la grandeur, l'étendue et la multiplicité des biens qui en ont réussi pour la gloire de Dieu et pour l'utilité de son Église ? Qui pourra dire combien de personnes, qni étaient dans une ignorance criminelle des choses de leur salut, ont été instruites des vérités qu'elles étaient obligées de savoir? combien d* autres qui avaient toute leur vie croupi dans rétat du péché, en ont été retirées par de bonnes confessions générales? combien de sacrilèges qui se commettaient en la réception indigne des sacrements ont* été réparés? combien d'inimitiés et de haines déracinées et d'usures bannies? combien de concubinages et autres scandales ôtés ? Hais combien d'exercices de religion et de pratiques de charité établies? combien de bonnes œuvres et de vertus mises en usage en des lieux où elles n'étaient seulement pas connues? et ensuite combien d'âmes sanctifiées et sauvées qui glorifient maintenant Dieu dans le ciel, lesquelles auraient peut-être, sans le secours qu'elles ont reçu des missions, persévéré jusqu'à la mort dans leurs péchés , et à présent blasphémeraient et maudiraient Dieu avec les démons dans l'enfer? C'est lui seul qui connaît retendue et le nombre de tous les biens que sa grâce a opérés par le ministère de ses serviteurs dans ces emplois apostoliques, et qui les manifestera on jour à sa plus grande gloire. Et pour comprendre tout en peu de paroles, il semble que sa providence miséricordieuse ait voulu employer les missions pour coopérer efiicacement aux effets principaux qn il avait dessein de produire par l'incarnation de son Fils, et qu'il avait fait prédire par son prophète: c'est à ^ày oir j d' e ff acer V iniquité, d'abolir et exterminer le péché j et de rétablir la sainteté et la justice^.

Or, en attendant que Dieu en découvre dans Téternité les pièces tout entières, nous en rapporterons seulement quelques petits échantillons dans les chapitres suivants ; mais auparavant nous ferons ici quelques remarques nécessaires sur ce sujet.

La première est que les missionnaires n'ont point fait de recueil exprès des fruits de leurs missions, s' occupant plus à faire de bonnes œuvres qu'à les écrire ; et que ce que nous en rapporterons a été trouvé par hasard depuis peu par-ci par-là^ dans quelques lettres,

' Finem accipiat peccatum et deleatur Iniquitai, et addueatur iuitltia sempiterna. Dan., cap. 0.

entre un tros-grand nombre, ooritcs tanlpar les |)rélats dans les diocèses desquels M. Vincent par leur ordre a fait travailler, que par les missionnaires de sa Congrégation lui rendant compte de leurs missions. Si Ton eût pn les parcourir toutes, on aurait encore trouvé des choses beaucoup meilleures, mais cela serait trop immense d*en parler an long; le peu que nous en dirons servira pour faire juger du reste!.

La seconde remarque est que M. Vincent ne voulait point que ses missionnaires fissent leurs ouvrages à la h(\tc et en courant, mais ([u'iis y employassent tout le temps et tout le loisir nécessaire pour y bien réussir, et pour en rapporter le fruit qu'ils se proposaient, qui éîaiî Tinstruction des ignorants, la conversion des pécheurs, lasanctilieation des âmes et le rétablissement du service de Dieu. Et pour cet effet, quand ils travaillaient en quelque lieu, ils n'ensortaient point que tout le peuple n'eût été bien instruit, et mis en état de se sauver ; employant pour cette fin tout le temps nécessaire, en sorte que les mis sions duraient quelquefois jusqu*à cinq ou six semaines dans les gros lieux, quoiqu'à la vérité le temps le plus ordinaire pour les villages médiocres soit de trois Semaines ou environ, et pour les plus petits lieux quinze jours ou à peu près.

Déplus, afin que ceux qui travaillaient dans les missions fussent mieux en état de le faire avec bénédiction, M. Vincent établit pour règle, que tous ceux qui se donneraient à Dieu pour le servir dans sa congrégation, renonceraient à toutes charges et négoe.iations d'affaires, afinqu'étant ainsi dégagés et entièrement libres ils pussent s'employer sans aucun cmpi^hement aux fonctions charitables des missions, et, à l'imitation du Fils de Dieu, aller de village en village évangéliser les pauvres.

Quoique le principal dessein de M. Vincent ait été de pourvoiraux besoins presque extrêmes des pauvres de la campagne et qu*il ait particulièrement attaché à leur service et assistance ceux do sa romp ignie, il n'a point pour cela eu moins de charité envers les habitants des villes, car il a souvent excité et porté plusieurs vertueux eeilésiastîques, particulièrementceux qui s'assemblent à Saint-Lazare |)<>ir les conférences spirituelles, à entreprendre plusieurs missions en diverses villes de ce rovaume et même en celle de Paris, oii étant assisté de ses charitables amis et de sa prudente conduite, ils ont réussi avec une grande bénédiction. Et non-seulement ceux qui ont été comme appliqués par lui, se sont adonnés à ces saints emplois; mais on a vu un trèî?-grand nombre d'autres ecclésiastiques, depuis que M . Vincent a institué sa congrégation de missionnaires, s'unir et s'associer ensemble, et même former des compagnies en diverses provinœs, pour faire des missions et travailler à l'instruction et au salut des peuples, les

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